Quelques heures après la Draft de Mathis Nayral par les Toronto Blue Jays, le baseball français a fêté une autre excellente nouvelle en juillet dernier : la promotion de Mathias LaCombe en Double A – avant-dernier échelon avant la MLB – chez les Birmingham Barons, équipe affiliée des Chicago White Sox ! L’occasion idéale pour prendre des nouvelles du lanceur de 24 ans. Mathias se rapproche un peu plus de son rêve et dans ce long entretien, il nous parle de ses progrès, livre ses ambitions, évoque sa relation avec les autres français de MiLB… Il est aussi question du souvenir de Michael Jordan dans l’Alabama et de cartes à collectionner! Merci Mathias pour cet échange qui va ravir nos lecteurs/lectrices et tous/toutes les fans de baseball français. Bonne lecture.

The Strike Out : Bonjour Mathias, d’abord fais-nous voyager : d’où nous parles-tu? [note : Mathias nous a répondu dans la nuit du dimanche 16 août].
Mathias LaCombe : Je suis actuellement à Birmingham en Alabama, je rentre juste d’une semaine à Rocket City [chez l’équipe des Trash Pandas, située à Madison dans le même Etat de l’Alabama]. On joue donc à domicile cette semaine.
TSO : Les Minor Leagues c’est idéal pour se plonger dans la géographie des USA à la découverte de petites ou moyennes villes. As-tu eu quelques coups de cœur cette saison en arrivant dans un stade, pour le cadre, pour l’ambiance?
Mathias : J’ai beaucoup aimé le stade des Spartanburgers de Hub City [à Spartanburg, Caroline du Sud] quand j’étais en High A. Le stade est tout neuf, les bullpens sont au fond du champ droit. Le public était bien présent tous les soirs et donnait de la voix. Et puis on avait des bons snacks dans le vestiaire haha!

TSO : Ta progression en MiLB continue avec ta promotion en Double A mi-juillet. Comment as-tu appris la nouvelle? Et peux-tu nous expliquer les changements par rapport à l’échelon inférieur. Y a-t-il plus de staff avec vous? Plus de confort pour voyager?
Mathias : J’ai appris la nouvelle à la fin d’un match contre les Tourists de Asheville. Le manager m’a convoqué dans le dugout, m’a félicité pour mes performances depuis mon arrivée et m’a annoncé ma promotion. Il n’y a pas vraiment de changement en terme de logistique ou de staff.

TSO : Mais sportivement, y a-t’il une grande différence entre la A+ et la AA? Si oui à quels niveaux?
Mathias : Ah oui, la différence est vraiment frappante. En A+ je dirais qu’il y a entre 1 et 3 frappeurs qui sont vraiment dangereux dans le lineup – même si tous sont capables de mettre un HR bien sûr – mais en AA c’est plus entre 5 et 7. Ce sont des joueurs qui sont presque prêts pour jouer en MLB. Les frappeurs ici sont beaucoup plus sélectifs, ils swing très peu sur des balles en dehors de la zone et si on ne leur met pas la pression rapidement dans le compte, ils punissent fort dès que la balle s’approche du milieu.
TSO : Cette promotion est arrivée après un très bon début de saison [25IP en High A, 35SO, 8ER, 2-0, ERA 2.88, voir Baseball Savant]. Quels aspects de ton jeu as-tu améliorés ces derniers mois? Et quels sont les axes sur lesquels tu travailles avec ton nouveau pitching staff?
Mathias : J’ai amélioré ma localisation. Je lance plus de strikes et essaye d’attaquer un maximum la zone en début de compte. Ensuite, je varie mieux mes effets et mes séquences. C’est à dire que je lis le swing du frappeur pour trouver ses faiblesses et lancer le meilleur pitch au bon moment.
TSO : Tu joues donc maintenant pour les Birmingham Barons. Cette équipe a forcément un statut particulier puisqu’elle a accueilli un certain Michael Jordan lors de son premier break NBA au milieu des années 90. Est-ce que sa présence se fait encore sentir au club? Son maillot numéro 45 est toujours le plus vendu des Minors chaque saison!
Mathias : On voit souvent des fans avec son maillot oui c’est vrai. On a aussi un énorme poster de lui dans le vestiaire. C’est vraiment un stade chargé d’histoire et c’est une fierté de représenter les couleurs des Barons [l’équipe originelle des Barons a été fondée dès 1885. Celle dans laquelle évolue Mathias date de 1981 et a notamment évolué pendant plusieurs saisons dans le mythique stade de Rickwood Field].

TSO : Quels sont tes objectifs sur cette fin de saison? Grimper encore dans la liste des top prospects des White Sox par exemple? Tu es 18e selon les derniers rankings.
Mathias : Mon objectif est de finir fort, lancer un maximum de manches blanches. Ce ranking n’est pas vraiment un objectif non. C’est une valorisation qui fait plaisir bien sûr mais je préfère me concentrer sur mes performances sur le terrain, m’améliorer en temps que lanceur, dominer les frappeurs, montrer que j’ai le niveau pour jouer en AA et viser plus haut.
TSO : D’ailleurs comment se passe la concurrence au sein des équipes de Minors? Vous voulez tous atteindre la MLB grâce à vos perfs individuelles mais le baseball est un sport d’équipe où tu souhaites évidemment la réussite de tes coéquipiers… C’est quoi du coup la relation entre les joueurs?
Mathias : C’est vrai que le baseball est spécial pour ça, vu que ce sont les joueurs qui montent de division et pas l’équipe. J’ai des bons potes dans chaque niveau donc à chaque promotion je les retrouve, mais c’est vrai que c’est frustrant de voir un autre lanceur se faire promouvoir en premier. On se dit toujours « pourquoi pas moi ? ». C’est un sport d’équipe mais très individuel. On choisirait tous de faire un super match à titre personnel et de perdre plutôt que de gagner sur une piètre performance.
TSO : Tu suis les perfs de l’équipe première en MLB? Les Chicago White Sox sont une vraie surprise avec notamment le rookie japonais Munetaka Murakami. Cette belle forme a des retombées sur les Minors ou ce sont vraiment deux mondes séparés?
Mathias : On suit les matchs oui. Ils sont toujours diffusés dans le vestiaire. On sent que l’équipe MLB booste tout le monde. Ils vont sûrement se qualifier pour les playoffs s’ils continuent sur cette lancée et ça nous motive pour nous dépasser et espérer une promotion pour la fin de saison régulière quand ils auront besoin de renforts.

TSO : Un échelon au-dessus de toi – en Triple A – évolue le franco-cubain Ernesto Martinez Jr. Es-tu en contact avec lui? Il joue dans l’organisation des Yankees, ça serait fou de le voir en MLB en pinstripes!
Mathias : On se connaît mais on n’est pas tellement proche. On discute de temps en temps et c’est toujours sympa de se rencontrer pendant le spring training. Je suis ses performances et j’espère pour lui qu’il sera call up en MLB… même si j’aimerai être le premier Français à l’être, haha.
TSO : Et Mathis Nayral vous a maintenant rejoint en Minors ! As-tu suivi sa Draft, peut-être même son année à Kansas University? Lui as-tu donné des conseils par rapport à ta propre expérience? Vous avez d’ailleurs été drafté quasi au même rang, 12e tour pour toi, 13e pour lui.
Mathias : Mathis et moi sommes proches, on s’appelle assez régulièrement pour discuter de notre saison, de nos performances, etc. J’étais vraiment content quand il a été drafté et fier de lui, de son parcours, de sa détermination. Il m’a posé beaucoup de questions et je suis content de pouvoir l’aider, l’aiguiller un peu dans la tempête qu’est la MiLB. Je peux partager mon expérience et lui éviter les erreurs que j’ai faites ou lui apprendre des choses que j’aurai aimé savoir plus tôt. Mais il fera ses expériences et apprendra par lui-même ce qu’il faut pour progresser et être le meilleur lanceur possible. J’espère qu’on se rencontrera un jour au plus haut niveau.
TSO : Vas-tu l’aider à distance dans l’apprentissage de cette nouvelle vie? Qu’est-ce qui est le plus important pour lui pour lancer sa carrière pro, ce qui t’a le plus servi à toi pour en être là aujourd’hui?
Mathias : Je pense que la chose la plus importante à comprendre c’est la longueur de la saison. Ce n’est pas comme en université ou c’est deux mois à fond pour prouver ce qu’on vaut. En MiLB la saison dure 6/7 mois en comptant le spring training avec 1 à 2 mois de prépa physique en amont en plus. C’est un marathon pas un sprint. J’ai fait cette erreur de partir à fond ma première année pour prouver ce que je valais, mais je me suis blessé parce que j’en faisais trop. Même si on ne lance pas beaucoup d’un point de vue extérieur, faire des lancers à très haute intensité est traumatique pour le corps et les temps de repos sont importants.
TSO : Le nom d’un autre français est dans l’actu : Ben Couvreur, qui rejoint à son tour la NCAA D1 pour KU, la même université que Mathis. Le baseball français s’exporte bien. Comment expliques-tu cette belle période?
Mathias : C’est une très bonne nouvelle pour lui et pour baseball français. C’est un peu l’effet boule de neige. À chaque Français qui passe par un College ça créé des contacts et ouvre des portes aux générations suivantes. On se doit d’être exemplaires pour garder ces bons contacts et donner un maximum de chances aux plus jeunes qui ont les même rêves. Je pense qu’on a tous aussi cet esprit compétitif et on se tire vers le haut les uns les autres.
TSO : Te considères-tu comme un modèle pour les jeunes joueurs en France qui aimeraient suivre tes pas? Quels conseils leur donnerais-tu pour qu’ils se lancent dans la même aventure que toi?
Mathias : Si je suis un modèle ça c’est à eux d’en décider. Moi, je me donne à fond et représente le baseball français du mieux que je peux aux US. Ça me motive de voir que certains sont dans mes pas et réussissent. J’espère arriver en MLB et prouver que c’est possible de le faire en étant français. Je pense que le meilleur conseil serait de prendre du plaisir. La passion du baseball est ce qui est le plus important pour se dépasser. Poser des questions est aussi très important selon moi. Ne pas savoir quelque chose ce n’est pas grave tant qu’on fait des efforts pour apprendre.

TSO : Es-tu au courant qu’on est plusieurs en France à avoir commencé notre collection de cartes Mathias LaCombe? Ça fait quoi d’avoir sa First Bowman [première carte d’un joueur éditée par la compagnie Topps sous sa marque Bowman]? Tu en as déjà signé dans les stades de Minors?
Mathias : Oui j’ai eu plusieurs collectionneurs qui m’ont envoyé leur collection c’est génial, ça fait chaud au cœur. Franchement c’est une fierté immense. La plupart des joueurs sont collectionneurs eux-mêmes donc j’en ai signé pour eux. Et puis il y a beaucoup de fans qui viennent aux matchs avec leur classeur pour espérer obtenir des signatures donc presque tous les jours je m’arrête pour en signer quelques-unes. C’est toujours sympa d’échanger et de rencontrer des passionnés.
TSO : Il va y avoir le premier Card Show 100% Baseball près de Paris fin septembre, preuve du développement des cartes en France. Qu’en penses-tu? Tu collectionnes d’ailleurs tes propres cartes? Ou tu laisses ça à ton père qui a une très belle numérotée sur 5 je l’ai vue en photo!
Mathias : J’en ai entendu parler oui. C’est super qu’un événement comme ça voit le jour, j’espère que ça se passera bien et que ça ne sera pas le dernier. Topps m’a envoyé des base cards [les cartes dites « de base » sont les plus éditées dans les collections], mais sinon je trouve ça bizarre de collectionner mes propres cartes haha! Je pense que ça fait plus plaisir d’en donner à des enfants fans de baseball plutôt qu’elles restent dans un tiroir de ma chambre. Mon père a commencé la collection, je ne sais pas s’il compte la finir entièrement mais je sais qu’il commence à prendre goût à collectionner.

TSO : Je te laisse carte blanche pour terminer. Quel message veux-tu faire passer aux personnes qui suivent ta progression depuis la France?
Mathias : Je voudrais dire merci. Même si vous ne vous en rendez pas compte, le soutien de la communauté baseball français m’apporte beaucoup. Que ce soit des messages de soutien ou de savoir que certaines personnes regardent les matchs en direct, ça motive énormément. Alors merci de me suivre, de me pousser, de m’encourager. Et cette attention je compte bien la rendre en fierté en arrivant en MLB.
TSO : Un très grand merci Mathias!
Par Marion Hayot – Je tiens à remercier chaleureusement Mathias pour ce long échange et lui souhaite une excellente fin de saison. Merci également au papa, Michaël, d’avoir rendu possible cette interview. L’équipe de The Strike Out suit Mathias depuis sa Draft et on l’espère jusqu’à son arrivée en MLB! Vous pouvez relire ici un long portrait que nous lui avions consacré en mai 2024.
