
A 22 ans, Mathis Nayral est devenu le 3e français a être drafté en MLB, après avoir connu une trajectoire express : devenant lanceur à plein temps en 2021, il rejoint la franchise des Blue Jays seulement 5 ans plus tard. De ses débuts à Montpellier, en passant par des showcases en Floride et en Arizona, ou encore deux universités, Mathis a franchi chaque étape sans jamais s’arrêter. Il lui reste désormais à escalader la pyramide des ligues mineures pour tenter d’aller chercher le graal : la MLB.
C’est l’histoire d’un coup de foudre. Celle d’un jeune montpelliérain et de la célèbre balle blanche qu’il ne connaît pas encore. Mais celle-ci va pourtant changer sa vie. Il y a plus de 10 ans, une rencontre anodine dans une salle de classe d’Occitanie : Mathis découvre le baseball grâce à la démonstration de tout l’attirail de ce sport. Batte, balle, gants, tout y est et cela attire la curiosité du jeune garçon. Il a de la chance, Montpellier possède une des meilleures équipes de baseball de l’hexagone. Il va donc pouvoir s’y mettre immédiatement.
Et le coup de foudre est immédiat comme il nous le raconte : « Je me suis pris au jeu très rapidement même si au début, je voulais juste être frappeur. »

Evidemment comme tout les jeunes, il rêve de frapper la balle et de réussir des prouesses en attaque. Et pour Mathis cela sera le cas jusque tard. Il est persuadé qu’il parviendra à être le meilleur batteur. Mathis va gravir les échelons au sein du club des Barracudas de Montpellier et finir par atteindre l’équipe première en première division. A 17 ans, il découvre donc le haut niveau en foulant les terrains de la D1, batte en main. Mais ses coachs le sentent, il a un potentiel sur la butte. Il est donc lancé dans le grand bain lors du Challenge de France 2021 (la Coupe de France du baseball). « Je me souviens de ce match d’ouverture face à La Rochelle où j’avais été excellent (NDLR : 6.1 manches, 0 ER, 5K) se rappelle t-il. Je n’ai pas tremblé et c’est grâce à ce match, notamment, que je me suis fait sélectionner pour le championnat d’Europe avec l’équipe de France Senior. C’est le début de la prise de conscience pour Mathis, son futur dans le baseball sera sur la butte. J’ai fait une excellente compétition et j’ai eu ce déclic que lanceur c’était peut être fait pour moi, que c’était ma vocation.«
Pourtant pour la suite de sa carrière, Mathis n’a pas encore d’idée précise. Il faut dire qu’après avoir connu le pôle espoir de Montpellier puis le Pôle France à Toulouse, ainsi que les joies d’être sélectionné en Equipe de France, Mathis semblait avoir fait le tour de la question au niveau national. « J’ai toujours eu ce rêve d’aller joueur en MLB, et ça dès mes débuts, nous confie-t-il. Mais c’était plus un rêve qu’un objectif. Puis au fur et à mesure ça s’est concrétisé et à la fin du Pôle Espoir, je me suis dit que je pouvais le faire et que je devais me donner les moyens d’y parvenir. Il était peut-être l’heure d’aller à la rencontre de son rêve.
Ca tombe bien car le Pôle France s’est alors lancé dans la mise en place d’un showcase aux Etats-Unis pour faire la promotion des meilleurs joueurs de notre nation. Les contacts sont noués sur place pour l’organisation avec l’aide de Nolan Soliveres, joueur français passé par une université de Floride, et sous l’égide du DTN Boris Rothermund. « Cela m’a permis de pratiquer aux Etats-Unis en étant encadré avec des gens et des joueurs que l’on connaissait se rappelle le jeune homme de 22 ans aujourd’hui. On a pu ainsi découvrir ce que c’était que de faire un showcase et emmagasiné beaucoup d’expérience. J’ai énormément apprécié cette aventure et ca m’a donné encore plus envie d’aller jouer là-bas ».
Et ça paye pour Mathis qui est repéré par des recruteurs américains. Il est ainsi invité à un autre showcase. Mais cette fois, c’est organisé par la … MLB. « Ca a été un vrai tournant ce showcase à Phoenix. Avec la présence de coachs de différents horizons, cela m’a permis de parfaire ma formation. »

Mathis qui ne voyait pas trop de chemin clair pour son avenir, commence à sentir le vent tourner. Car ses belles performances sont une nouvelle fois appréciées. Mais cette fois, c’est par des recruteurs d’universités, la porte d’entrée pour jouer au baseball aux Etats-Unis. Approché par le Cochise College, le joueur français est tout de suite emballé. Il faut dire que l’université situé dans l’Arizona a noué des belles relations avec le baseball tricolore grâce une nouvelle fois au DTN. Mais aussi par la réussite de Mathias LaCombe (Le parcours de Mathias LaCombe est à retrouver ici).

Malgré ce saut dans l’inconnu, Mathis n’est pas impressionné. « Ca a tellement été un rêve et j’avais tellement hâte que ça se fasse, qu’honnêtement je me suis jeté dedans sans réfléchir car pour moi je n’avais aucun doute, il fallait que j’y aille et que je commence cette aventure, explique t-il. Evidemment il y a un peu de stress mais ça ne m’a pas tellement affecté car j’avais tellement hâte de franchir cette étape et de me frotter aux Etats-Unis ».
D’autant que la transition vers le niveau universitaire est facilité : « En fait la transition (ndlr : entre le baseball français et américain) n’aurait pas pu être mieux car durant ma première année là-bas, j’étais avec Mathis Meurant (qui joue désormais à l’Université d’Arizona en D1), Tanguy Meurant ainsi que Pierre Doat. J’ai donc rapidement été dans ma zone de confort puisque tu te retrouves avec pas mal de français. Ce qui m’a grandement facilité la tâche pour mon intégration et pour me focaliser sur le terrain.«
Pourtant malgré cette intégration express, un coup du sort vient frapper le parcours de notre français. « J’ai raté une moitié de la saison après m’être blessé à l’épaule lors du 2e match et j’ai mis bien deux mois à m’en remettre, se remémore Mathis. Ça a été une grande frustration de pas pouvoir aider mes coéquipiers, l’équipe et de ne pas pouvoir toucher la balle ». Mais au lieu de sombrer, le jeune homme va utiliser cette frustration pour revenir encore plus fort. « En revenant, j’avais vraiment un goût de trop peu, donc je me suis donné à fond et j’ai pris tout ce que j’avais à prendre sur le reste de cette première année. Pour ma 2e année, je me suis retrouvé seul (sans les autres français, partis), donc je me suis rapidement mis dans mon truc et j’ai fait une excellente année.«
Une excellente année 2024-2025, c’est peu de dire. Mathis termine avec un ERA de 2.70 en 80 manches lancées avec 84 strikeouts, 2 matchs complets, 2 shutouts. Il avait alors le meilleur ERA de son université et le plus de starts (14). De telles performances qui lui valent l’exploit d’être choisi dans la 2e team des meilleurs joueurs de tout le niveau JUCO (NJCAA).

Après deux ans au niveau JUCO et cet exercice de haute voltige, Mathis attise les convoitises du niveau supérieur : la D1 universitaire, lieu d’affrontement des écoles les plus prestigieuses. Et véritable vitrine pour la MLB. « J’ai eu pas mal de discussions avec pas mal d’universités après mes deux années. Mon agent m’a alors parlé de l’université du Kansas. C’est une équipe que je ne connaissais pas énormément, je n’avais aucune idée de comment ça marchait. Mais je me suis dit okay, on est sur quelque chose de quand même très intéressant car on est dans une grosse conférence la Big XII. » Une des divisions les plus relevées et respectées du pays.
D’autant que KU met le paquet pour tenter de convaincre le français. « John Coyne, le recruteur de l’université de Kansas m’a appelé et on a beaucoup discuté donc c’est qu’ils étaient intéressés. » Enfin, Evan Shaw, drafté par les Dodgers au 16e tour de 2024, a aussi discuté avec notre français. Passé par Cochise et par Kansas University, l’américain a pu terminer de convaincre Mathis en lui exposant les avantages de KU.
Nouvelle étape de franchi pour Mathis qui se retrouve dans l’élite des joueurs universitaires. Et si Cochise a quand même dû être un choc par rapport à la France, alors que dire d’une université comme Kansas University, l’une des plus reconnues du pays. « Comparé au niveau Junior College, c’est complètement différent. Et là on peut dire que la transition a été un peu plus dure parce que tu passes d’un tout petit campus où t’es dans ta bulle, dans ton cocon, à un campus où fallait savoir où tu allais tellement c’était grand, nous raconte le français. Donc j’ai dû m’adapter assez vite.«
C’est donc dans la cour des grands que Mathis débarque. « Même au niveau des supporters, c’est un autre monde. Sur pas mal de matchs, ils étaient en nombre conséquent. Par exemple sur mon premier match, ca a été une super ambiance, c’était dans le Texas à l’UTRGV (ndlr : Université of Texas Rio Grande Valley) pour leur Opening day, et il y avait pas moins de 4000 personnes. » Pourtant malgré ce contexte, Mathis va répondre plus que présent en sortant un match de grande classe avec 7 manches, deux hits, un point encaissé, aucun walk et 4 strikeouts. Une performance qui va permettre de rassurer notre français : « Ça a été le test parfait car pour mon premier match, direct tu vas être dans des conditions que tu n’as jamais vécues donc on va voir si j’ai ce qu’il faut pour jouer à ce niveau. Et pour le coup, ça m’a galvanisé et j’ai pris beaucoup de plaisir sur le monticule, donc au final ça m’a rassuré pour la suite de la saison.«

Petit à petit Mathis fait son nid. Et prend de l’ampleur au sein du roster des Jayhawks. Allant même jusqu’à devenir le lanceur du Vendredi (« Friday Starter ») : l’équivalent du poste d’ace en MLB. Brandon Scott, son coach, s’est confié sur notre français pour le site R1S1 : « Ce rôle ne semble pas l’avoir trop affecté car c’est un joueur qui sait comment gérer. On sait que c’est un lanceur qui ne va pas concéder de walk, limiter le trafic sur les bases, et c’est ce qu’on attend d’un lanceur pour le vendredi.«
Au final, c’est une totale réussite pour Mathis. Il réalise une saison pleine avec 4.96 d’ERA en 69 manches avec 71 strikeouts et seulement 28 BB. Des performances qui aident son université à se qualifier pour les playoffs universitaire. Le français aura su gagner la confiance de ses coéquipiers mais aussi de ses coachs puisque c’est lui qui aura l’honneur de débuter le premier match de la finale de la conférence Big 12.
Et quand les moments sont importants Mathis sait répondre présent. La preuve, il lancera pour 4.1 manches sans encaisser le moindre point face à West Virginia. Et preuve de son mental, le début de match a été compliqué avec deux coureurs sur bases, mais il finit par s’en sortir en faisant frapper un double jeu. De l’expérience, du travail, le numéro 34 de KU a engrangé énormément sur cette dernière saison. « J’ai énormément appris cette année car j’ai beaucoup joué aussi et j’ai pu découvrir toutes les facettes et rôles de lanceur (starter, ace, bullpen etc…) explique Mathis. Ça vraiment été une expérience de fou, et j’ai vraiment senti que j’ai tiré le maximum de cette expérience.«
Mathis et les Jayhawks signent une saison historique en remportant le plus de victoires (45 win, record à égalité) et le titre de conférence. Les 17 starts de Mathis est le 3e meilleur total de la Big 12 conférence et le 5e plus gros total à égalité de l’histoire de l’université.
Du coup, deux choix se présentent pour notre français : continuer une année de plus afin d’encore progresser et emmagasiner plus d’expérience, histoire de s’avancer avec une feuille de stats encore plus propre ; ou bien se présenter à la draft. Mais, comme à son habitude, notre lanceur a les idées claires : « J’ai fait ce que j’avais à faire et je me suis senti prêt pour franchir une nouvelle étape, celle de signer pro. Evidemment si je n’avais pas signé, je serais revenu avec plaisir. Mais dans ma tête j’étais prêt.«
Direction donc la draft pour Mathis. Et son coach, Brandon Scott partage le même avis que son protégé, toujours pour R1S1 : « Il a tellement appris. Que ce soit au niveau des lancers mais également sur tout les aspects du poste. Donc, pour moi, il a des chances d’être sélectionné. Mathis a tout d’un pro et c’est un prospect solide. Je pense que quelqu’un va tenter sa chance avec lui et qu’il signera avec.«
Place désormais à la magie de son agent Jesse Cook (également agent de Mathias LaCombe). Ce dernier va s’occuper de gérer la folie de cette période. Il transmettra les informations à Mathis qui devra ensuite rencontrer les équipes intéressées. Et c’est ainsi qu’est arrivé Toronto. Mathis a eu un entretien depuis la France où il a pu se reposer. Et ça a matché. Pourtant, notre français a essayé de ne pas s’emballer : « Tu te dis qu’à tout moment ta vie peut changer. Tu dois aussi être prêt à ce que ça n’arrive pas parce que tu ne veux pas vivre une déception non plus, donc j’étais un peu dans un entre-deux. Mais je restais positif car au pire il me restait encore un an d’éligibilité en université. Même si dans ma tête j’étais convaincu que ça allait se faire.«
Et il a bien fait d’être confiant, puisqu’avec le 402e choix de la draft soit le 13e tour, le nom de Mathis Nayral est appelé ! Il rejoindra les Blue Jays de Toronto. Une consécration pour celui qui devient ainsi le 3e joueur français drafté après Joris Bert en 2007 (19e tour par les Dodgers) puis Mathias LaCombe en 2023 (12e tour par les White Sox).
Ils sont désormais deux à pouvoir prétendre devenir les premiers français (formés en France) à découvrir la MLB. Même si Mathias LaCombe à un petit peu d’avance puisqu’il évolue désormais en Double-A (soit deux niveaux en dessous de la MLB). Mathis peut lui emboîter le pas. Juste après la folie de la draft, la franchise canadienne a décidé d’envoyer notre frenchie dans ses installations du Spring Training en Floride. Et Mathis entend bien profiter aussi des coachs mis à disposition. « On arrive à la fin de la saison pour les jeunes joueurs donc je vais avoir une grande période où ça va être beaucoup d’entraînement et de musculation pour être prêt pour atteindre les objectifs qu’ils me donnent. Le but? Arriver à 100% en 2027 pour attaquer une nouvelle saison et on verra à quel niveau ils m’envoient, nous confie t-il. Il va falloir performer au bon moment pour avoir la chance de se faire appeler au niveau au-dessus. Mais pour le moment je sais ce qu’il me reste à faire pour les prochaines semaines, mois.«
Et on l’a vu quand Mathis à une idée en tête, il se donne les moyens d’y arriver. On a donc déjà hâte d’être en 2027 pour voir ce que l’avenir réserve à notre français.
Par Martin Casamatta
Encore merci à Mathis pour le temps qu’il nous a accordé durant ses entraînements. Merci également à son agent Jesse Cook. Toutes les déclarations de Mathis sont issues de notre conversation avec lui. Les déclarations de son coach sont tirés du site R1S1sports.com. Les photos appartiennent à leurs propriétaires.

