ALCS 2026 – Guardians vs Rays : le triomphe des small markets

Qui aurait pu prévoir une finale de Ligue américaine entre les Guardians (85-77) et les Rays ? Personne, et encore moins Ben Verlander… Mais est-ce au final une surprise d’y retrouver deux champions de division ? Vainqueurs de leur Division et profitant de l’effondrement de la division West, les Guardians se sont offert le luxe de contourner les Wild Cards. Ils ont ainsi pu attendre patiemment le nom de leur prochain adversaire : les Astros (81-81) ou les rivaux de Chicago, les White Sox (84-78), qu’ils avaient coiffés au poteau pour rafler le titre de la division.

Ce sont finalement les White Sox qui se sont qualifiés sans trop de difficultés face aux Astros pour une ALDS d’un niveau décevant même si plein de suspense en la comparant avec l’autre série. En effet, les Rays de Tampa Bay, meilleure équipe de toute l’American League, affrontaient les Yankees. Ces derniers, 2èmes de leur division mais forts du deuxième meilleur bilan de la Ligue (93-68), venaient d’éliminer les Red Sox (87-75), le 3ème bilan global de l’American League (sans doute faudra t’il revoir ce format qui impose aux 3 meilleurs bilans de s’affronter si tôt…).

Bref, si les Guardians sont passés tout près de la correction face à Chicago, arrachant leur ALDS 3 victoires à 2 après avoir perdu les deux premiers matchs à domicile, les Rays, eux, n’ont eu besoin que de trois rencontres pour éteindre des Yankees (5 runs seulement pour les rayés) pourtant en feu depuis début septembre. La franchise new-yorkaise avait d’ailleurs atomisé Boston en Wild Card Series avec 18 points marqués en deux matchs.

Cette affiche RAYS – GUARDIANS est-elle, sur le papier, déséquilibrée entre la 27e masse salariale (Tampa Bay) et la 29e (Cleveland) ? Détaillons ensemble les forces de chaque équipe…

Pitching rotation : à qui l’avantage ? Durant toute l’année, les Rays ont bâti leur succès sur leur pitching (une recette historique de la maison) : 3e en ERA, 2e en WHIP, 1er en BB/9, 4e en H/9… La rotation comprend le vétéran Nick Martinez (3.10 ERA, 1.09 WHIP, 180 IP) et le très sous-estimé Drew Rasmussen (2.67 ERA, 0.91 WHIP, 172 IP). L’absence de McClanahan (3.36 ERA, 1.11 WHIP, 112 IP), blessé, a été compensée par l’arrivée de l’ancien All-Star Freddy Peralta. En totale perdition dans le bourbier des Mets (4.99 ERA, 1.48 WHIP), il est devenu MVP du mois de septembre sous le maillot floridien (0.79 ERA, 0.78 WHIP). Ian Seymour (132 IP, 4.21 ERA, 1.13 WHIP mais surtout 158 K) et Griffin Jax (3.53 ERA, 1.17 WHIP) ont quant à eux peu à peu appris à endosser le rôle de lanceur partant au fil des mois pour compléter cette rotation. On oublierait presque l’absence pour la saison de Ryan Pepiot, prometteur en 2025.

En face, dans l’Ohio, les Guardians se sont reposés sur un groupe de partants solide (9e en ERA, 12e en WHIP, 5e en K/9, 12e en H/9) mais assez hétérogène. L’impressionnant Parker Messick (2.56 ERA, 1.06 WHIP, 186.1 IP, 193 K) et Gavin Williams (3.76 ERA, 1.11 WHIP et 248 K en 184.1 IP) ont mené la franchise de bout en bout tout au long de la saison ! Un 1-2 punch d’élite qui explique leur présence à ce niveau. Derrière eux, Tanner Bibee a un peu péché par moments (4.36 ERA, 1.23 WHIP) et Joey Cantillo a souffert en remplissant trop souvent les sentiers (3.62 ERA mais 1.41 WHIP).

Petite frayeur côté Guardians : Messick a connu deux départs compliqués contre les White Sox.

Rotation, avantage net pour les Rays : Martinez, Rasmussen et Peralta n’ont pas tremblé face aux Yankees, et le groupe floridien semble globalement plus dense.

Le bullpen : qui aura le dernier mot ? À Cleveland, l’enclos des releveurs est tout aussi sérieux que la rotation : 6e en ERA, 9e en WHIP, 1er en K/9, 7e en H/9. La franchise s’est appuyée sur de nouveaux noms dans le monde du baseball, comme Colin Holderman (53 IP, 2.73 ERA, 1.04 WHIP), et sur deux jeunes formés au club, gauchers et géants : Tim Herrin (3.02 ERA, 1.30 WHIP) et Eric Sabrowski (2.61 ERA, 1.18 WHIP). Autre grand bébé de près de 2 mètres et 100 kilos pur produit de l’Ohio, Hunter Gaddis a encore une fois été redoutable sur la butte (2.98 ERA, 1.28 WHIP). Mais c’est surtout le closer Cade Smith qui a crevé l’écran lors de cette campagne : 1.95 ERA, 0.96 WHIP, 107 K en 74 IP, 41 saves, 1 sélection au All-Star Game… de l’or en barre.

Chez les Floridiens, le bullpen a été plus contrasté et a manqué de constance (13e en ERA, 4e en WHIP, 3e en BB/9 mais 21e en K/9), son succès tenant beaucoup à la défense qui l’entoure. Toutefois, Kevin Cash, le manager des Rays, va s’appuyer sur 4 releveurs qui n’ont pas déçu. Kevin Kelly (2.44 ERA, 0.89 WHIP en 73 IP) a été très sollicité, se voyant parfois imposer des apparitions de deux manches voire plus. Cam Boozer (1.98 ERA, 0.76 WHIP) poursuit sa rédemption à la perfection. Casey Legumina (3.60 ERA, 1.23 WHIP) et Cole Sulser (4.32 ERA, 1.24 WHIP) seront sans doute appelés lors de cette série. Enfin, le closer Bryan Baker, All-Star lui aussi, s’est montré un cran au-dessus de Cade Smith cette saison : 1.44 ERA, 0.91 WHIP, 41 saves au total dont 34 consécutifs (31 en saison régulière, 3 en ALDS en 3 matchs !).

À ces cinq-là s’ajouteront Jax ou Seymour ! Difficile à départager, on prononcera l’égalité !

Quelle attaque prendra le dessus lors de cette série ? Commençons par les Rays : 2e en AVG, 5e en OBP, 8e en OPS, 12e en Runs, 2e en SB ! L’équipe a été extrêmement présente sur base, révolutionnant l’utilisation de la sabermétrie (Chandler Simpson en position de cleanup, nombreux coups sûrs sur le premier lancer…).

Le leader de cette attaque est évidemment le possible MVP de l’année (dans le Top 3 assurément), Junior Caminero, joueur de 3ème but de 23 ans. Il confirme son statut et son exercice 2025 avec 42 HR, 101 RBI et une OPS+ de 144. Le All-Star mexicain Jonathan Aranda est lui aussi au rendez-vous (22 HR, 92 RBI, 121 OPS+), tout comme le vétéran très expérimenté Yandy Díaz (22 HR, 85 RBI, .293 AVG, 124 OPS+). Ce trio a produit 509 hits, soit 36 % de toute l’équipe ! Mais ce monstre à trois têtes n’a pas écrasé la ligue à lui seul : un profil atypique, presque oublié du baseball moderne, a refait surface en la personne de Chandler Simpson (175 hits, une moyenne de .306 à la batte, 0 HR, 38 RBI et 46 bases volées !). Le tout en frappant numéro 4, juste derrière les stars de l’alignement ! Le LF des Rays possède cette capacité d’atteindre la première base sur une simple frappe dans l’infield, permettant aux coureurs d’avancer. Un choix stratégique très malin de Cash, reproduit plus bas dans l’ordre de frappe avec un Richie Palacios accrocheur (10 HR, 57 RBI, 17 SB) ou bien avec DeLuca (.260 AVG, 17 SB).

En mai, la direction est allée repêcher un joueur écarté par les Marlins : Víctor Mesa Jr., devenu rapidement indispensable des deux côtés du terrain ! En seulement 79 matchs (soit une demi-saison), il a généré 14 HR, 34 RBI, une OPS+ de 127 et une bWAR de 2.9, soit davantage que la WAR de Díaz, et plus de la moitié de celle de Caminero ! L’autre acquisition floridienne, Liam Hicks (lui aussi venu de Miami), est sans doute le receveur le plus prolifique de l’American League cette année avec la batte : 18 HR, 82 RBI et 126 OPS+.

Chez les Guardians, c’est une toute autre histoire : 24e en AVG, 18e en OBP, 26e en OPS, 24e en Runs, 27e en HR… Autant dire que Cleveland n’a pas brillé offensivement en 2026. Le jeune champ droit Chase DeLauter fait figure d’arme numéro 1 (16 HR, 67 RBI, 131 OPS+), suivi par l’autre talent issu des ligues mineures locales, le champ gauche Angel Martínez (18 HR, 62 RBI, 110 OPS+). Citons enfin le deuxième but Travis Bazzana, rookie et pur produit maison (15 HR, 57 RBI, 2.7 bWAR). À noter également les 73 RBI et 15 HR de Brayan Rocchio (malgré une OPS+ sous les 100). Les yeux se sont souvent tournés vers la superstar José Ramírez qui, miné par des blessures (125 matchs joués), a connu le pire exercice de sa carrière : .235 AVG, 12 HR, 53 RBI, en dépit de 37 bases volées. Il a toutefois marqué les esprits en permettant aux siens de renverser les White Sox lors des ALDS (2 HR, 7 RBI, 1.187 OPS en 18 AB) !

Difficile néanmoins de trouver dans cet effectif un autre joueur capable d’inquiéter la rotation de Tampa Bay. À moins que ce ne soit Joe Adell, transfuge de l’été, mais qui est resté très discret depuis son arrivée dans l’Ohio (7 HR, 32 RBI en 48 matchs). Avantage sans contestation possible : Tampa Bay Rays.

Et la défense dans tout ça ? Souvent oubliée dans l’ombre du pitching, elle est pourtant le facteur X qui fait basculer les séries d’octobre. Ici, l’écart entre les deux franchises est saisissant. Les Rays ont bâti une véritable forteresse pour protéger leurs lanceurs : avec +37 OAA (Outs Above Average, 1er de toute la MLB) et + 29DRS (Defensive Runs Saved), le champ extérieur emmené par Mesa Jr. DeLuca / Mullins (qui ont alterné en CF) et Simpson transforme des frappes dangereuses en retraits souvent spectaculaires. Cette couverture de terrain exceptionnelle s’illustre parfaitement dans la différence entre l’ERA collective de Tampa Bay (3.71) et leur FIP de 4.04 : cet écart de -0.33 prouve que les lanceurs ont été grandement sublimés par leurs coéquipiers.

En face, Cleveland s’appuie sur une défense honnête mais beaucoup plus neutre (+4 OAA, +19 DRS), à l’image d’un FIP (3.82) quasiment identique à son ERA (3.77). Preuve que les lanceurs de l’Ohio ont dû faire le travail quasiment seuls. Si l’on ajoute à cela le DefEff (Defensive Efficiency) de Tampa Bay (.723, 1er de la ligue), qui convertit près de 72 % des balles mises en jeu en retraits contre .619 pour les Guardians (23ème), le constat est implacable.

Défense : Avantage sans appel pour les Tampa Bay Rays.

L’attaque remplit les stades, le pitching fait gagner des titres. Pour les Rays, il faudra sans doute attendre le futur ballpark pour attirer des foules qui peinent à garnir le vieillissant et vétuste Tropicana Field. Mais la franchise a tous les ingrédients pour se qualifier en World Series. Car sur cette Série, sa rotation semble mieux armée, son attaque est plus prolifique et sa défense plus solide.

Les Guardians, émoussés après 5 matchs âpres, ne pourront de toute façon pas débuter la série avec Messick ou Gavin Williams, fortement sollicités lors des rencontres 4 et 5 en ALDS. Il s’agit là d’un handicap majeur alors que ls Rays, eux, reposés après n’avoir joué que 3 matchs en 15 jours, arrivent avec plein de certitude. C’est peut être ça, leur faiblesse… .

Pronostic : Victoire des Rays 4-1.

Publié dans MLB

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