NLCS 2026 – Brewers vs Dodgers : David contre Goliath, acte II

Nous y sommes enfin dans le dernier carré de cette saison 2026 de baseball. Évidemment les doubles champions en titre sont de la partie. L’ogre Dodgers se présente fort de ses multiples stars et avec l’élan d’un parcours qui pourrait les faire entrer dans l’histoire. Cependant, on oublie vite que l’équipe qui a affiché le meilleur bilan de la National League n’est pas en Californie. Elle est bien du côté du Wisconsin, à Milwaukee. Les Brewers, l’antithèse philosophique et sportive de son adversaire, s’avancent confiants après avoir disposés des Padres en Division Series. Un duel de haute voltige entre deux clubs que tout oppose.

Deux salles, deux ambiances

D’un côté nous avons un mastodonte sportif, historique et financier. On ne présente plus la franchise mythique des Dodgers. Surtout le double champion en titre peut entrer dans l’histoire en devenant l’une des seules équipes à réaliser un « Three-Peat ». Pour cela l’équipe a joué son atout en dépensant sans compter. Quitte à se mettre le monde du baseball à dos. Résultat : une masse salariale estimée à 432.8 millions de dollars. Soit autant que les 4 autres équipes encore en lice (les Guardians et les White Sox se disputent encore une place en ALCS quand cet article est écrit).

De l’autre, nous avons une jeune franchise qui ne bénéficie pas des avantages de Los Angeles, en terme d’exposition, de marché et de finances. Avec « seulement » 154.7 millions, Milwaukee doit travailler autrement. Et ils le font à merveille, avec sans doute l’un des front office qui travaille le mieux de la MLB. Avec un « pitching lab » de prestige qui parvient à tirer le meilleur de ses lanceurs, une attaque clinique et une défense magistrale, les Brewers récitent un baseball de manuel. Ce baseball est chirurgical en saison régulière mais à tendance à avoir des difficultés en playoffs. Lieu si particulier. La preuve, Milwaukee s’est qualifié en postseason 8 fois sur les 9 dernières saisons, mais n’est parvenu à se hisser en Championship Series qu’à 3 reprises. L’an passé, nous avions déjà eu le droit à cette affiche, et les Brewers s’étaient fait sweep par LA en ne scorant qu’un seul point sur chaque match.

Les forces en présence

Milwaukee a su faire de son attaque une machine de précision, d’orfèvrerie, capable de clutch et de coup d’éclat par occasion. Mais la majorité du temps, elle parvient à construire un point via du baseball intelligent. En face, c’est différent, on se repose sur ses stars et ses individualités. Ainsi sur la saison régulière, les Dodgers ont par exemple frappé 50 HRs de plus que les Brewers. Milwaukee qui était d’ailleurs classé 28e team de MLB dans ce registre avec 154. Et on a vu l’importance que les HRs ont pris dans cette postseason.

L’année dernière, Milwaukee avait aussi été muselé par le pitching des Dodgers. Frappant en équipe à juste .118, concédant 41 strikeouts contre 11 petit buts sur balles face à Ohtani, Glasnow, Snell et Yamamoto. Alors oui chaque série est différente mais 3 de ces starters seront de retour, tandis qu’Ohtani sera lui remplacé sur la butte par… un double Cy Young, Tarik Skubal. Contre ces monstres, Milwaukee n’avait frappé qu’un Homerun et 4 doubles, dont deux de la part de Caleb Durbin qui évolue désormais chez les Red Sox. Contre 6 homeruns et 7 doubles pour LA

Une tendance et une philosophie qui se sont confirmées en Division Series cette année. Face à Atlanta, Los Angeles a frappé 8 homeruns pour une moyenne collective de seulement .203. L’attaque californienne a pu compter sur un Kyle Tucker retrouvé (.333/1HR) et un Freddie Freeman bien clutch.

Face aux Padres en feu sur la fin de saison, Milwaukee a frappé pour .250 collectivement mais seulement 3 homeruns. Il a fallu un grand William Contreras (.375/2HR/2RBI) et un Jackson Chourio, clutchissime (.188/1HR mais 6 RBI !!!) pour se défaire de San Diego. Pour s’en sortir face aux 4 chevaliers de l’apocalypse du monticule des Dodgers, il faudra que chaque coureur sur base soit égal à un run. Sinon cela risque d’être compliqué.

Au niveau du pitching, on a déjà parlé des 4 aces de Los Angeles avec en bonus, éventuellement, un Shohei Ohtani qui pourrait sortir du bullpen pour venir donner un coup de main. Sachant qu’en relève, les Dodgers peuvent compter sur Tanner Scott, Roki Sasaki, Brock Stewart et bien sur Edwin Diaz, très bien remis de sa blessure.

Face à eux, ce sera Jacob Misiorowski qui devrait avoir un immense rôle pour les Brewers dans cette série. Le futur Cy Young de la National League et auteur d’une saison légendaire, devra tout faire pour contenir les Dodgers. Il sera le starter du match 1 face sans doute à Tarik Skubal, double Cy Young de l’AL avant de débarquer à LA en juillet. Il devrait aussi être le lanceur du match 5, et Milwaukee se doit d’emporter ces 2 matchs s’il veut avoir une chance dans cette série. Il pourrait ensuite être pourquoi pas être utilisé en sortie de bullpen si besoin dans les matchs décisifs. Par la suite, nous devrions avoir Logan Henderson sur la butte des Brewers. Impérial face à San Diego avec 5 manches lancées, un point encaissé pour 4 strikeouts. Il a été l’une des bonnes surprises du pitching des pensionnaires de l’American Family Field, avec 2.47 d’ERA sur la saison régulière. D’ailleurs, le pitching de Milwaukee peut se targuer d’avoir un meilleur ERA collectif (3.51) que celui des Dodgers (3.60).

Mais derrière ces deux figures de proue, difficile de trouver qui devrait monter sur le monticule. Dustin May ? Il s’est bien fait cartonner par les Padres et son arrivée à l’été dans le Wisconsin n’a pas été convaincant (ERA 5.65). Shane Drohan ou Brendon Sproat semblent encore trop tendres pour se frotter au double champion en titre. Cela devrait être Robert Gasser. Auteur d’une surprenante saison régulière (3.87 d’ERA en 109.1 manches), il est parvenu à bien contenir l’attaque de San Diego en ne concédant que 3 coups sûrs et un point encaissé. Pour le match 4, Pat Murphy, pourrait se tourner vers un « bullpen game » avec en opener des lanceurs comme DL Hall (1.91 d’ERA en saison regulière) et/ou Chad Patrick. Enfin côté bullpen, Milwaukee peut également se targuer d’avoir des talents au moins aussi bon que ceux des Dodgers avec des garçons comme Trevor Megill, Aaron Ashby et Abner Uribe. 0 d’ERA combiné pour ces 3 lanceurs sur les NLDS. Mais ces derniers ont déjà énormément lancé face aux Padres avec 3.2 manches en 4 matchs pour Uribe, 5.2 pour Ashby et 3.1 pour Megill. Milwaukee va avoir besoin que ses « bridge guys », c’est à dire les lanceurs qui font la transition entre starter et finisseur, soit au rendez-vous. Et ces hommes devraient être Senzatela, Jojo Romero, Hall et Patrick.

Du côté Californien, on peut se targuer d’avoir une profondeur de rotation quasiment inégalée dans l’histoire. Yoshinobu Yamamoto est toujours aussi percutant en postseason. Après sa campagne légendaire de 2025, il est parti sur les mêmes bases en 2026 avec une sortie terminée avec 7 manches lancées pour 4 hits encaissés, un point concédé mais surtout 10 strikeouts face aux Braves. Sa saison régulière a été tout aussi impressionnante avec 2.53 d’ERA en 185 manches et 182 strikeouts, avec l’impression de ne même pas forcer. Il devrait démarrer le match 3. Il sera précédé de Tarik Skubal donc; 2.61 d’ERA avec LA depuis son arrivée à l’été et lui aussi auteur d’une perf magistrale sur la butte en NLDS (6 IP, 2 H, 1 ER, 7K). Pour le match 2, face à Henderson, cela devrait être Blake Snell (3.2 manches, 3 H, 1 ER,5 K mais surtout 5 BB) tandis que Glasnow devrait s’occuper du Game 4.

Bilan et prédiction

Milwaukee n’est plus l’équipe insouciante qui s’était faite sweep par les Dodgers l’an passé. Cette équipe sait désormais qu’elle fait partie des grandes et qu’elle a toute sa place à ce stade de la compétition. Elle reste une jeune équipe mais qui a confiance en ce style de jeu. C’est à dire, un baseball de précision, d’équipe et de cohésion. Tout le monde joue pour le maillot afin de construire ses points et un pitching très dominant. Mais on le sait, le baseball d’octobre est souvent un baseball de stars. Et si les Brewers peuvent se targuer d’en avoir quelques unes avec Chourio, Yelich, Contreras ou Misiorowski, les Dodgers en ont un à chaque poste.

On peut en vouloir aux Dodgers pour jouer avec les limites de la légalité au niveau financier, mais ce serait réducteur pour l’excellent travail de son front office dans le scouting et le développement de ses jeunes joueurs. Chaque année, ils arrivent à infuser un peu de jeunesse dominante dans ce roster. L’exemple parfait cette saison est José De Paula.

Mais mon petit cœur balance pour les Brewers et ce front office qui parvient à faire des miracles avec si peu de moyens. Un peu à l’image des Rays ou des Guardians, Milwaukee est l’une des franchises qui travaille le mieux en MLB, et elle doit être récompensée. Malheureusement ma raison me ramène vite à la réalité, et le mastodonte Dodgers ne va pas se laisser faire. Avec une équipe de vieux briscards habitués de ce niveau, un pitching stratosphérique et des joueurs inattendus qui clutch (coucou Kiké Hernandez), cette équipe semble (pré)destinée à aller chercher son 3e titre d’affilée. Ils rentreraient dans l’histoire en devenant la 3e franchise à réaliser cet exploit après les Yankees (3 fois) et les Athletics (une fois).


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