
De nouvelles World Series signifient un nouveau match des franchises. Cette année, nous avons droit à une affiche inédite et l’assurance d’une toute nouvelle équipe au palmarès des World Series. En effet, ni les Tampa Bay Rays ni les Milwaukee Brewers n’ont remporté les World Series, malgré quelques rares présences à ce niveau pour chacune de ces équipes. L’occasion d’un match-up inédit pour ce match des franchises dont on vous rappelle le principe : on revisite l’ancienneté, le palmarès, les Hall of Famers, l’impact sportif, le poids économique et l’impact dans la culture populaire de chaque équipe. Qui remportera ce duel entre franchises en quête d’un premier titre suprême et qui est probablement l’un des plus équilibrés et indécis depuis la création du match des franchises ? Réponse ci-dessous.
Ancienneté
Brewers : Les Milwaukee Brewers furent créés en 1969 à… Seattle. Oui, durant une saison, ils furent les Seattle Pilots, nouvelle équipe de l’American League durant l’expansion MLB de 1969, qui donna alors la création des premières divisions du baseball majeur. Malheureusement, l’expérience tourne court. L’équipe est mauvaise, le stade tombe en ruine, les difficultés s’accumulent pour en faire un nouveau et la franchise finit en banqueroute. C’est finalement Bud Selig, futur commissaire du baseball et ancien propriétaire minoritaire des Milwaukee Braves, qui va racheter la franchise, voulant ramener la MLB à Milwaukee, après le départ des Braves à Atlanta en 1966. La saison 1970 voit donc débuter la quatrième incarnation des Milwaukee Brewers après ceux de l’Union Association, éphémère ligue majeure de l’année 1884, ceux de 1901, équipe de l’American League qui ne resta qu’une saison avant de devenir les Saint Louis Browns, et ceux ayant évolué en ligue mineure de 1902 à 1952. Ils restent en Ligue Américaine près de trois décennies avant d’être transférés en Ligue Nationale pour la saison 1998. (Nous avions fait un épisode d’En Toute Franchise sur l’histoire de cette franchise à retrouver ici)

Rays : 1998. Les Tampa Bay Rays sont les petits derniers de la MLB avec les Arizona Diamondbacks en National League. Créés avec la dernière expansion des Ligues Majeures, cinq ans après leurs cousins de Floride, les Marlins, les Rays ont débuté leur carrière sous le nom de Devil Rays, une variété locale de raies. Mais un changement de proprio en 2007 conduit la franchise à un changement de nom, de logo et d’uniformes. Après avoir examiné plusieurs options (Dukes, Stripes, Nine, Aces, Bandits, Cannons), c’est finalement le nom de Rays qui est adopté pour assurer une continuité.
Résultat : Vous l’aurez compris, 1998 est une année de changement et, alors que les Brewers quittent l’Américaine pour la Nationale, ce sont les Rays qui s’installent dans la plus jeune des deux ligues. Malgré tout, il n’y a pas débat. Les pensionnaires de Tampa Bay restent les petits jeunes de la MLB alors que les Brewers ont déjà de la bouteille. Le point pour Milwaukee.
Palmarès
Brewers : La franchise de Milwaukee fait partie du cercle restreint des équipes n’ayant jamais gagné les World Series avec les Tampa Bay Rays, les Seattle Mariners, les Colorado Rockies et les San Diego Padres, ce club fermé ayant perdu deux membres récemment, en 2019 avec les Washington Nationals et en 2023 avec les Texas Rangers (la magie Bruce Bochy…). Néanmoins, ils ont déjà connu les joies des World Series. Une fois. C’était en 1982, comme représentant de l’American League. Ils défont les California Angels en finale de ligue mais s’inclinent dans les World Series, au bout de sept rencontres, face aux Saint Louis Cardinals qui n’avaient plus gagné depuis 1967. Ce sera leur deuxième expérience de playoffs en American League après une qualification en 1981 qui se termine dès le premier tour face aux New York Yankees. En revanche, ils connaîtront dix fois les playoffs entre 2008 et 2026, sans pour autant remporter de titre majeur, avant les NLCS 2026. Malgré tout, les Brewers ont bénéficié de ce changement de ligue pour devenir une équipe régulière des playoffs. En remportant les NLCS 2026, ils rejoignent les Houston Astros, seule autre équipe à avoir changé de ligue (dans l’autre sens) et à avoir remporté le championnat dans chaque ligue.
World Series : 0
Ligue Américaine : 1982
Ligue Nationale : 2026
Rays : Contrairement aux D’Backs, avec lesquels ils partagent leur année de création, les Rays n’ont toujours pas remporté les World Series. Les D’Backs ont remporté leurs premières et seules World Series, en 2001, face aux Yankees de New York dans une série mondiale d’anthologie. Les Rays ont attendu 2008 pour connaître, sous la houlette de Joe Maddon, leurs premiers playoffs et leurs premières World Series, dans lesquelles ils furent défaits par les Phillies de Philadelphie, 4 matchs à 1, même si 4 des 5 rencontres se sont finis par 1 ou 2 points d’écarts. Avec 2020, l’équipe de Tampa Bay remporte son deuxième championnat de l’Américaine, après avoir atteint les playoffs en 2010, 2011, 2013 et 2019, avec trois titres de divisions au total en 2008, 2010 et 2020. Mais ils tombent sur la puissance des Dodgers qui profitent de la saison Covid pour enfin entériner leur domination de saison régulière avec un premier titre au 21ème siècle. Meilleure équipe de la saison régulière en 2026 en American League, ils remportent avec logique leur ligue pour un troisième trophée à ce stade de la compétition.
World Series : 0
Ligue Américaine : 2008, 2020, 2026
Résultat : Comparés aux Rays, les Brewers ont eu plusieurs décennies d’avance pour gagner, en vain. Un seul titre de ligue avant 2026. Alors, oui, c’est charmant d’avoir gagné dans chaque ligue mais on peut douter de l’efficacité de la franchise de Milwaukee, d’autant plus que les Rays, en moins de 30 ans d’existence, avec l’un des plus faibles budgets de la MLB, a remporté trois titres de ligues. Trois titres à deux, point logiquement attribué à Tampa.
Hall of Famers
Brewers : Ayant débuté en 1969 et ayant eu peu de moments de gloire, les Hall of Famers passés par les Brewers sont peu nombreux. On en compte uniquement dix dont deux comme membres de la franchise de Milwaukee, Paul Molitor et Robin Yount, qui y passa toute sa carrière. Parmi les huit autres, on trouve notamment Bud Selig, comme dirigeant MLB, et Hank Aaron, qui y termina sa carrière. En complément, deux commentateurs passés par le micro des Brewers ont reçu le prix Ford C. Frick du Hall of Fame dont l’iconique Bob Uecker, ancien joueur MLB, bien connu des fans pour sa performance dans le film Les Indians où il interprète le commentateur désespéré et hilarant de Cleveland.

Rays : Pour une équipe encore jeune dans l’histoire de la MLB, il est difficile de placer des joueurs ou des managers à Cooperstown. Seuls deux Hall of Famers sont passés par Tampa : Wade Boggs et Fred McGriff mais ces derniers ont été introduits au Temple de la Renommée avec la casquette des Red Sox de Boston pour le premier et sans équipe particulière pour le second.
Résultat : Le club des légendes des Rays reste à construire. Celui des Brewers n’est pas immense mais il possède tout de même deux joueurs au Hall of Fame avec la casquette du club et un Hank Aaron. Milwaukee reprend l’avantage.
Impact sportif
Brewers : Longtemps, les Brewers ont joué les faire-valoir en MLB. Durant leurs années dans l’Américaine, ils n’ont joué que deux fois en playoffs et n’ont connu que 12 saisons en positif sur 29. Pour une franchise qui débuta en 1969, le bilan n’est pas si mauvais mais rien qui ne révolutionna le baseball, même si, en 1981, Rollie Fingers y devint le premier releveur à gagner le MVP de l’American League. C’est en arrivant en National League que les Brewers commencèrent à prendre une autre dimension. Malgré un budget modeste, l’équipe de Milwaukee commença à se qualifier régulièrement en playoffs à partir de 2008. Actuellement, beaucoup considèrent que les Brewers sont l’une des franchises qui travaillent le mieux, avec un des meilleurs départements d’analyses de données de la MLB. Et, avec un manager à l’ancienne depuis 2024 (Pat Murphy), ils pourraient avoir trouvé l’équilibre entre le baseball old school et le baseball Moneyball 2.0. De quoi révolutionner le baseball ? Wait and see.
Rays : L’impact sportif des Rays reste difficile à mesurer. Certes, leur saison 2008 est considéré comme un petit conte de fées mais, sans victoire au bout, la belle histoire est incomplète. Idem en 2020 où ils ont été dominés par une franchise qui travaille bien et qui, en plus, avait un budget démesuré comparé aux Rays. Il est certain que les Rays, qui présentent un des plus petits budgets de la MLB, a montré depuis 2008, avec plusieurs qualifications en playoffs et trois en World Series, qu’il était possible de gagner, un temps, avec peu de moyens, en utilisant intelligemment les statistiques avancées, en fortifiant son farm-system et avec des trades très bien pensés. Un modèle que seuls les Astros ont rendu victorieux plusieurs fois, mais avec une victoire entachée d’un scandale de triche et avec une équipe au payroll bien supérieur à celui des Rays.
Au crédit des Rays et de leur talentueux manager Kevin Cash, à la tête de l’équipe depuis 2015, l’équipe floridienne a remis au goût du jour la technique de l’opener. Si on ne peut parler de révolution tactique, elle a été utilisée par d’autres franchises, offrant une solution quand la rotation est en panne. Plus globalement, elle participe, avec d’autres franchises de petits et moyens marchés, à mettre en avant l’application astucieuse des stats avancées et à trouver les moyens de performer régulièrement malgré un budget limité.
Résultat : Depuis quelques saisons, Brewers et Rays, comme également le perdant des ALCS, les Cleveland Guardians, participent à redéfinir le baseball majeur, en démontrant que l’on peut gagner intelligemment, sans tout miser sur la puissance et les gros payrolls. Manque un titre en World Series pour valider tout cela. Ce sera fait dans quelques jours par une de ces deux équipes. Pour le moment, match nul.
Poids économique
Brewers : Pour 2026, Forbes a classé Milwaukee au 21ème rang de la MLB en termes de valorisation de la franchise, avec un montant de 1,9 milliards de dollars. Ils étaient 25ème en 2016 pour une valorisation à 875 millions. Comme toutes les franchises, les Brewers ont profité de la croissance économique de la MLB et du sport business. Couplé à des performances sportives régulières, cela a permis à la franchise de se développer et de gagner en finances, même si elle ne boxe pas dans la même catégorie que les Dodgers ou les Yankees, bloqué par son petit marché. Milwaukee n’est que la 31ème ville des États-Unis en habitants, avec 577 222 habitants, et un petit 1574 731 habitants en élargissant à son agglomération, des chiffres modestes pour une grande ville américaine. Malgré tout, sans être du niveau des Yankees ou des Dodgers, les Brewers restent une marque efficace, tant dans le merchandising que dans l’affluence au stade (11ème rang MLB en moyenne de matchs et en cumulé pour 2026, et plutôt 15/16ème dans les années 2010/2020) et les audiences TV (top 5 MLB pour les audiences locales).

Rays : Les Rays de Tampa Bay est un poids plume de la MLB, ce qui rend d’autant plus admirables les succès de l’équipe depuis 2008, notamment dans leur division qui compte deux des cinq équipes les plus riches de la MLB, les Yankees et les Red Sox, sans oublier les Blue Jays plutôt bien lotis ces dernières années. Alors que les Yankees, les Red Sox et les Blue Jays trônent tout en haut de la liste des salaires de la MLB, avec d’autres poids lourds, les Rays se situent à la 25ème place, gagnant tout de même trois places par rapport à 2020. C’est le signe que le poids plume prend de l’épaisseur et cela se ressent aussi au niveau de sa valeur économique. 28ème au niveau de sa valeur marchande (1,050 milliards de dollars) en 2020, la franchise du sud de la Floride est remontée au 24ème rang en 2026 (1,7 milliards de dollars). Signe d’un changement de statut, grâce à ses performances sportives, même si le Tropicana Field rénové n’attire toujours pas plus de monde que cela dans un des plus petits marchés de la ligue et que l’équipe est 28ème au rang des revenus générés. Mais, déjà, par rapport à 2020 et leur dernier passage en World Series, on ne parle plus de garde partagée avec Montréal ou d’un déménagement de l’équipe.
Résultat : Les Rays ont indéniablement progressé mais les Brewers sont encore un peu devant, même si l’écart n’est pas si énorme. Petit avantage Brewers.
Impact dans la culture populaire
Brewers : Si une personne a marqué culturellement les Brewers et le reste des États-Unis, c’est Bob Uecker. L’ancien joueur devenu commentateur des Brewers était ce que l’on appelle un personnage et cela s’est vu notamment avec sa performance cinématographique dans Les Indians. Mais c’est aussi dans une célèbre pub qu’il a marqué les esprits comme membre des Brewers, la « Front Row » de la marque Miller Lite en 1984. Dans cette pub, la star du baseball s’attend à avoir une place au contact du terrain (front row) mais il se retrouve relégué dans les pires places de l’ancien stade des Brewers, le County Stadium, tout en haut des tribunes. Des places qui ont depuis gagné le surnom de Bob Uecker seats, une expression reprise dans le monde du baseball pour les mauvaises places. Au Miller Park (ou American Family Field) de Milwaukee, les places dont la vue est gâchée par les constructions du stade sont vendues 1 dollar, avec, en prime la statue de Bob Uecker pour tenir compagnie. Uecker participera à d’autres pubs connues de la marque mais celle-ci est la plus célèbre d’entre toutes.
L’autre grande apparition des Brewers dans la culture populaire, ils la doivent à Hollywood et au film Mr 3000, une comédie de baseball qui se déroule au sein de l’équipe de Milwaukee. Le héros, joué par Bernie Mac, y frappe 3000 hits et prend immédiatement sa retraite après, abandonnant son équipe en plein milieu des playoffs. Égoïste et narcissique, il pense sa place garantie parmi les membres du Hall of Fame grâce à ses 3000 coups sûrs. Mais une erreur est réperée dans ses statistiques et de 3000, il passe à 2997 hits. Il décide alors de revenir au jeu, presque 10 ans après, pour obtenir les trois coups sûrs manquants, synonyme de Hall of Fame. Les Brewers rejoignent ainsi le club des équipes MLB à avoir été au centre d’un film de baseball, à l’instar des Guardians (Les Indians), des A’s (Le Stratège), des Twins (Little Big League) ou encore des Angels (Angels in the outfield).
Enfin, les Brewers ont une place particulière dans la culture populaire en lien avec l’histoire des brasseries de bière de la ville, que l’on retrouve dans les pubs Miller Lite citées plus haut, mais aussi dans les animations iconiques du stade comme sa Sausage Race, sa mascotte Bernie Brewer et son toboggan, le Bernie’s Slide ou encore la culture du tailgating, barbecues et pique-niques de parking.
Rays : Avec une jeune histoire, difficile d’exister dans l’histoire de la MLB et dans la culture populaire américaine. Quand on pense aux Rays, on pense d’abord à un Tropicana Field désertique pour se moquer de la franchise floridienne ou aux petits poucets de l’Américaine qui réussissent à batailler avec les Yankees et les Red Sox pour les encenser. Ou encore au film The Rookie (Rêve de Champion), production Disney, sur l’histoire vraie de Jim Morris, ancien joueur des ligues mineures, qui quitta le monde du baseball professionnel à cause de blessures et devint professeur de lycée au Texas et coach de l’équipe de baseball de l’établissement. À 35 ans, pour répondre à une promesse faite à son équipe, il tente des essais auprès des Devil Rays. Étonnamment, il enchaîne 12 lancers à 98mph, lançant plus fort que durant sa jeunesse. Quelques mois après, il fait ses débuts avec les Devil Rays en MLB face aux Texas Rangers à Arlington. Une belle histoire qui donna un peu de visibilité aux Rays sur le plan de la culture populaire.
Résultat : Comme tout stade de la MLB, celui des Rays a aussi ses particularités, comme le bassin des raies, mais, soyons honnêtes, les Brewers sont bien plus présents dans la culture populaire américaine que les Rays, notamment grâce aux liens entre l’équipe et la ville des brasseurs, comme le montre la popularité des pubs Miller Lite avec Bob Uecker. Les Rays boivent la tasse dans le fût de bière des Brewers qui remportent ce dernier duel.
Verdict
4 points pour les Brewers, 1 pour les Rays et un match nul. On pourrait y voir un duel déséquilibré mais la plupart des points de Milwaukee l’ont été de justesse. La franchise du Wisconsin a débuté son histoire en 1969 mais, hormis deux belles saisons en 1981 et 1982, avec les Harvey’s Wallbangers (surnom donné aux joueurs du manager Harvey Kuenn), les Brewers n’ont commencé à briller qu’à la fin des années 2000, comme les Rays. L’ancienneté leur a permis de prendre l’avantage dans ce duel mais les deux franchises restent proches. Il n’est donc pas étonnant de voir qu’elles proposent toutes les deux une orientation assez proche pour performer en championnat sans dépenser trop d’argent. Pour ces World Series, ce ne sera pas seulement une bataille entre les deux meilleures équipes de chaque ligue mais une bataille entre les deux franchises les plus intelligentes et malines du moment.


