Comment regarder un match de baseball : 1 – Le Receveur

Nous voilà au cœur de la saison MLB. L’occasion peut-être pour vous de prendre le temps en ces douces soirées d’été, de suivre en détail et en longueur des matchs. Le baseball est quelquefois ingrat, monotone et répétitif, surtout quand on est un novice. Mais sous ses aspects austères, il révèle des trésors insoupçonnés pour qui veut bien y regarder de plus près. C’est pourquoi nous vous proposons, au fil de quelques articles, de vous donner quelques pistes pour mieux apprécier notre sport fétiche où, malgré la première impression, il se passe toujours quelque chose d’intéressant à regarder, que l’on soit en tribunes ou derrière son écran… Commençons aujourd’hui par celui que l’on a souvent tendance à oublier : Le « catch ».

Au cœur de l’action, accroupi derrière le marbre, il se fait un peu oublier tant l’attention est souvent fixée sur le duel entre le lanceur et le batteur; pourtant, il est souvent très intéressant de regarder ce qu’il se passe de ce côté-là.

Les signaux :

Sauf en cas de coureur en deux qui pourrait « voler » la consigne, les signaux sont en général assez simples et peuvent même être assez souvent décryptés par un simple téléspectateur, en tout cas en ce qui concerne le type de lancer demandé. Un doigt, deux, trois doigts, quatre parfois, représentent chacun un des lancers de base du lanceur. Mais attention, en Major League, ce n’est que le début de la séquence, car en général ce signal en est suivi par un autre concernant l’endroit de la zone visé, notamment si le lancer appelé est une balle rapide.

Haute, basse, intérieure, extérieure, chaque balle est appelée dans le détail, y compris parfois sur des balles à effet. Le catcher peut ainsi demander une balle qui revient dans la zone de strike ou qui en sort. La plupart des receveurs de Major League utilisent pour cela, après la désignation du lancer, leur index et petit doigt pour ajouter ces détails à la consigne. Ce signal, si l’observateur arrive à le décrypter, donne en général une meilleure idée du lancer à venir que la position du gant du catcher, celui-ci essayant toujours d’égarer ou d’induire en erreur le batteur en changeant régulièrement de position au dernier moment.

Un doigt, deux, trois doigts, quatre parfois, représentent chacun un des lancers de base du lanceur.

Même si, de fait, le risque qu’il veut éviter à tout prix et d’induire en erreur… son propre lanceur ! Une grande partie des « wild pitchs » et « passed balls » lancées en Major League trouvent leur origine dans des signaux mal compris, notamment quand, avec un coureur en deuxième base, le receveur utilise des codes plus compliqués.

Comme toujours en baseball, la présence de coureurs sur base complique la donne. Si un coureur en seconde amène des signaux plus compliqués, un coureur en première provoque lui l’apparition des signaux pour tenter un pickoff (traditionnellement le pouce vers la première base, mais ces dernières décennies ont vu d’autres signaux moins évidents apparaître) ou un pitchout (très souvent le poing fermé).

De façon moins « éthique », avant les caméras précises que nous connaissons aujourd’hui qui permettraient de prouver la préméditation, les catchers avaient des signaux pour des lancers très intérieurs, voire visant directement le batteur. Le plus classique était celui du « joueur de bille ».

Un fois le signal du lancer donné, il faut évidemment que le lanceur soit d’accord. S’il ne l’est pas, il n’engage pas son mouvement et peut faire « non » de la tête.  Très souvent, et surtout chez les lanceurs non expérimentés, un lancer refusé est une balle rapide et les batteurs ont tendance à attendre des balles à effet quand un lanceur refuse un signal. Ce qui peut aussi amener les catchers à tendre des pièges aux batteurs. Avec les bases vides par exemple et après une série des balles rapides efficaces, le catcher peut faire un signal tout en faisant « non » de la tête pour que le lanceur fasse semblant de refuser un lancer, avant bien sûr de lancer une nouvelle balle rapide que le batteur n’attendait plus.

De la même façon un « OK » du lanceur suivi d’un « non » a tendance à indiquer une balle rapide (« OK » pour le lancer mais « non » pour l’endroit de la zone visé), une tendance qui peut aussi être contrecarrée par des pièges du receveur. C’est un vaste jeu de bluff qui peut avoir son importance…

Le tandem Lanceur/receveur :

Comme on vient de le voir sur les signaux, le receveur, par son rôle et sa position sur le terrain, est de fait le cerveau de l’équipe. A lui d’appeler les bons lancers, les pickoffs, les pitchouts, à lui d’une certaine façon d’être la tête du lanceur, de réfléchir pour lui afin que ce dernier soit pleinement concentré sur sa technique. C’est pourquoi la confiance qui existe dans ce tandem est clé. Comme on l’a vu plus haut, si un lanceur commence à douter des choix de lancers de son « catch », non seulement cela peut aider le batteur à anticiper ce qu’il va devoir affronter, mais aussi et surtout cela peut révéler que la confiance entre le lanceur et le receveur est en train de s’effriter.

la confiance et la comprehension mutuelle est clé dans un tandem lanceur-receveur (illus: Jeff MacNelly, Chicago Tribune, 1979)

Et rien n’est plus mauvais pour un lanceur que le doute qui s’installe dans sa tête. C’est pourquoi le rôle du catcher est aussi de donner confiance en n’hésitant pas, en montrant de l’assurance, en donnant l’impression à son lanceur qu’il maîtrise la situation. Il est toujours très intéressant de regarder, notamment dans les moments clés du match, les signes, verbaux ou non, que donne ou pas le receveur à ses coéquipiers. C’est souvent là que l’on voit certains matchs basculer.

Le receveur doit « gérer » la ressource, c’est-à-dire l’arsenal du lanceur : ne pas abuser du même lancer, ne pas complètement oublier un lancer même si le lanceur est dans un jour « off » sur ce lancer. Parfois il doit savoir prendre des risques pour que le lanceur « trouve » son lancer. Avec deux retraits et personne sur base par exemple. Il peut aussi avoir à « calmer » un bras un peu trop tendu et incontrôlable en essayant de mettre le lanceur dans le bon rythme, sa zone de confiance, ou l’aider à se lâcher…

Pour cela, là aussi la confiance est clé. Si le catcher a des difficultés à faire ce qu’on lui demande en premier, attraper les lancer, si ses « catchs » ne sont pas nets et efficaces, le lanceur peut commencer à « gamberger ». Plutôt que de demander des lancers très précis dans des points particuliers de la zone de prise, le receveur peut aussi essayer de « détendre » son lanceur en lui montrant qu’il rattrape bien tous ses lancers même ceux éloignés de la cible théorique. Comme un bon arbitre, le bon « catch » est souvent celui qu’on ne remarque pas.

On ne saurait oublier un dernier aspect du rôle du receveur : Ses propres devoirs défensifs, mais pour cela je vous donne plutôt rendez-vous pour un autre article où nous ferons le tour des rôles défensifs de chaque poste…

@olivier R


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