Comment regarder un match de baseball : 5 – Le Jeu sur Bases

Dernier volet de notre série pour mieux suivre un match de baseball depuis votre canapé ou les tribunes : Le Jeu sur base. Le baseball n’est en effet pas seulement un batteur, un lanceur et des défenseurs qui essaient d’éliminer le batteur. Sur les 3 bases il peut se passer des choses cruciales pour le destin de la rencontre. Il ne faut en aucun cas négliger ce qu’il se passe sur ces bases. Voler une base, transformer un simple en double, un double en triple, exécuter un « sac-fly », un bunt ou un squeeze peuvent faire la différence. Tout est souvent question non seulement d’exécution technique mais aussi et surtout savoir prendre la bonne décision, les bons risques au bon moment.  
Dernier virage avant le marbre. Mais avez-vous bien prêté attention à votre coach de troisième but?

Le Jeu sur Bases

Tout d’abord un rappel. L’objectif est toujours de marquer des points et pour cela il faut avoir en tête :
  • Qu’un batteur ne marquera que sur home run.
  • Que depuis la 1 vous marquerez sur triple et possiblement sur un double.
  • Que depuis la 2 vous marquerez sur un double et possiblement sur un simple
  • Que depuis la 3 vous marquerez sur un simple et possiblement sur un bunt, un sacrifice, une balle frappée côté droit, une « passed ball » ou une erreur défensive.
La première déduction que l’on peut faire est que si l’attaque a déjà deux morts, être en 2 ou en 3 ne fait pas beaucoup de différence, il vous faudra un « hit » pour marquer. Par contre la différence est abyssale si vous n’avez aucun éliminé ou un seul. Tout commence évidemment au bâton. Partir vite vers la 1ère base est clé. C’est comme cela que l’on peut transformer un simple en double ou un double en triple, ou simplement provoquer une erreur défensive. Un batteur ne devrait jamais penser qu’il est out avant que la balle ne soit dans le gant d’un champ extérieur ou qu’elle soit arrivée à la première base avant lui. Rien de plus frustrant pour un manager qu’un batteur qui n’a pas couru à fond vers la première base. Une fois que vous êtes en première base commence alors l’heure des prises de décision et de risques. En dehors des vols de base que l’on abordera plus loin, vous devez faire les bons choix selon le nombre de outs, la force et la trajectoire de la balle battée. Juger si une balle haute sera attrapée pour savoir si l’on peut commencer à courir ou revenir vers la base « taguer », juger sur une balle basse si l’objectif est d’atteindre la seconde ou d’essayer d’aller jusqu’à la troisième, tout cela demande de l’expérience et de l’instinct. Quoi qu’il en soit et aussi multiples puissent être les possibilités, l’obsession du coureur depuis la première base, si il y a moins de 2 outs, doit être d’atteindre la 3ème base. Avec un joueur en 1 et un joueur en 3 et moins de deux outs l’attaque se retrouve en effet dans une position très favorable (elle peut marquer à tout moment et sur n’importe quel fait de jeu et le coureur en 3 n’est pas obligé de s’élancer à la moindre balle frappée). Comme sur la course vers la 1 depuis le marbre, une course de la 1 vers la 3 doit toujours être faite à fond, même si elle a peu d’espoir de réussir, c’est sur les jeux tendus que les défenses font des erreurs. L’obliger à jouer vite c’est aussi lui faire prendre des risques. Parfois un bon jeu sur bases demande juste un peu d’expérience et d’assurance. Un exemple ? Sur une balle frappée mollement à droite avec un vrai risque de double jeu un coureur entre la 1 et la 2 peut parfois sauver sa tête en sachant ne PAS slider. En courant debout il peut cacher l’arrêt court au seconde base qui au lieu de risquer de toucher le coureur ou de manquer le gant de l’arrêt-court va alors oublier le double jeu et seulement faire le « out » facile en 1.
To slide or not to slide?
Depuis la seconde base, évidemment tout se complique un peu plus. Est-ce qu’il y a quelqu’un en 1 qui va m’obliger à courir si une balle est mise en jeu ? Est-ce que je dois essayer d’atteindre le marbre dès qu’une balle ressemblant à un simple est tapée ? Est-ce que le manager va essayer de me faire avancer vers la 3 en demandant un bunt ? Quelle avance puis je prendre ? C’est sans doute là où le coureur sur bases a le plus à réfléchir, à estimer les meilleures options. De plus on lui demande aussi parfois d’aider le batteur en lui donnant des indications sur les lancers. Notamment si il voit le receveur se placer de manière inhabituelle. Un des rares cas où il n’y a pas à réfléchir est la balle frappée au sol à droite. La course vers la 3 est simple et quasi sans risques, la défense jouant soit le double jeu en 2 soit le out simple en 1. Depuis la 2 là aussi les grands coureurs sur base peuvent être les plus malins. Willie Mays par exemple qui était extrêmement rapide savait, sur un simple, doser sa course vers le marbre en regardant le jeu se dérouler pour pousser la défense à essayer de l’éliminer au marbre (ce qu’elle n’arrivait quasiment jamais à faire) et permettre ainsi au batteur d’atteindre la 2. C’est en tout cas en partant de la 2 que la plupart des jeux critiques au marbre se passent. Ces actions qui restent parmi les plus spectaculaires de notre sport sont toujours des grands moments dans un match avec un point en jeu. Sur la 3ème base les choses redeviennent plus basiques. L’objectif est simple, marquer. Il faut donc avant tout être attentif et être prêt à la moindre occasion. Quelle que soit la base où le coureur se trouve il a pour l’aider la présence des deux coaches un au niveau de la première base et un au niveau de la 3ème . On ne saurait sous-estimer leur rôle, surtout celui de la 3ème base qui doit donner les bonnes instructions à ses joueurs au fur et à mesure qu’un jeu se déroule. Des hommes de l’ombre qui ont un vrai rôle dans une équipe de haut niveau.  

Voler ou ne pas voler

  Quand essayer de voler une base ? Au final, un peu quand on veut, même si c’est généralement au début d’un passage à la batte (et très rarement, cela se comprend avec 3 balles dans le compte). Dans certains cas il peut être « gratuit » et sans risques : Si vous avez un joueur en 1 et 2 morts et que votre meilleur batteur est au bâton avec deux strikes, une tentative ratée vous permettra de retrouver ce même batteur au bâton avec un compte à zéro pour commencer la manche suivante… Les lanceurs qui aiment les balles basses (notamment les sinkers ou des splitters) sont plus souvent victimes de vols de bases car cela demande quelques fractions de plus au receveur de lancer vers la base. Il ne faut pas négliger aussi le fait que quelquefois les tentatives et surtout les fausses tentatives de vol de bases ont aussi pour objectif de perturber le lanceur, de le déconcentrer, de lui faire perdre son rythme. Le vol de base reste un travail de spécialiste et certains joueurs ne se lancent jamais dans ce genre d’exercice. Le timing, l’explosivité et l’observation à la fois de la défense (Le 1er et le second base sont-ils bien placés ? Le receveur est-il attentif ?…) sont clé. Peut être encore plus important le « slide », fait les pieds en avant quand on est pas Rickey Henderson. Les plus doués savent se placer pour passer sous le tag pour s’arrêter juste sur la base. La seconde base est bien sur celle que l’on vole le plus souvent. Voler la 3ème est risqué et n’a pas autant d’impact que voler la 2ème . En 2ème on est déjà en position de marquer avec un hit…
De la prise de décision à « l’atterrissage », le timing est essentiel pour un vol de base réussi
Le vol de la 3ème a de l’intérêt principalement avec un mort pour mettre la pression sur le lanceur et la défense, et on le réserve quasi exclusivement lorsque des batteurs droitiers (bouchant la vue du receveur vers la 3) sont au bâton. Plus rare encore le double vol simultané de la 2 et de la 3 est réservé aux équipes de spécialistes qui ont deux joueurs rapides dans leur effectif. Exceptionnellement on peut aussi voir une tentative de double vol depuis la 1 et la 3. Dans ce cas le coureur en première base commence sa tentative en premier pour que le receveur lance vers le seconde base en espérant que le coureur parti de la 3 puisse toucher le marbre avant que la balle ne revienne vers le receveur. Très risqué mais parfois payant. Mais le jeu le plus audacieux du jeu sur bases reste la tentative de « vol de la maison » simple. Dans ce cas le coureur en 3 doit partir comme une fusée dès que le lanceur commence son mouvement car il doit être au marbre avant le lancer. Rarissime (moins de 10 par saison MLB ces dernières saisons), sa réussite (25% des tentatives environ) est un véritable exploit!

L’art du bunt

Pour faire avancer un coureur sur base, surtout quand il n’y a encore aucun « out », le bunt reste une des solutions les plus efficaces. Il a l’avantage de ne « couter », au pire, qu’un seul « out » pour faire avancer dans l’immense majorité des cas, un coureur de la 1 à la 2. Mais le « coût » est presque automatique, les hits sur bunts restant rares. C’est pourquoi le bunt est avant tout utilisé en fin de match quand l’équipe à l’attaque a besoin d’un point pour passer devant ou revenir à égalité au score. Les bunts sont aussi plus communs en National League où les lanceurs passant à la batte peuvent être des habitués de l’exercice. Comme souvent en baseball la réussite vient de la surprise, de l’inattendu et les bunts les plus réussis sont souvent ceux que l’on attend pas.
  Si dans la plupart des cas on bunt pour faire avancer des coureurs de la 1 vers la 2 ou de la 2 vers la 3, le plus spectaculaire de tous reste celui où l’on essaie de marquer depuis la 3. Dans ce cas on parle de « squeeze bunt ». La situation idéale pour le tenter ? Des coureurs en 1 et 3 (qui « retiennent » les joueurs de champ) et un out (avec zéro out il y a souvent des chances plus simples de marquer). Au pire dans ce cas vous vous retrouverez avec la même configuration et 2 outs. C’est en tout cas un jeu où le timing et la surprise sont clés. Tout repose sur l’exécution et le fait que le 3ème base ne peut pas en même temps gérer la balle et le coureur qui part de la 3. Pour gonfler les chances de réussite (mais aussi les chances de catastrophe !), le coureur en 3 peut commencer sa course avant que la balle ne soit buntée. C’est alors ce que l’on appelle un « suicide squeeze » car si le batteur n’arrive pas à bunter (c’est pourquoi on évite de le tenter sur des comptes favorables au lanceur avec des risques de balles lancées hors zone) le coureur se retrouve complètement à découvert…  

Hit and Run

  En quelque sorte à la croisée des chemins du vol, du bunt et autres « sac fly » le hit and run est une dernière méthode pour « avancer ces pions ». Dans ce cas la consigne est simple : Le batteur met la balle en jeu à tout prix et le(s) coureur(s) en 1 (et 2) commence(nt) sa course dès que la balle quitte la main du lanceur. Le but est de créer le chaos dans la défense et notamment du côté des 2B et SS qui doivent décider en un clin d’œil si ils doivent couvrir le coureur en allant vers la 2 ou attendre de voir où la balle va être frappée car ils risquent de devoir la jouer. Ceci peut transformer, avec un peu de réussite, ce qui aurait été un « simple » vol de base en un double (le coureur se retrouvant en 3), pour le prix (ou pas selon la qualité du coup de batte) d’un out. Comme pour le suicide bunt le risque est là aussi que le batteur n’arrive pas à mettre la balle en jeu. CoBunt, vol, base sur balles, hit and run, ou simplement frappe mise en jeu, le baseball peut aussi se gagner sur les bases et sans même de « coup sûr». Des scenarii du style Base sur Balle- Vol de la 2 – Sacrifice bunt- balle frappée pour le out en 1- ne sont pas si rares que cela et cela fait un point marqué malgré le fait qu’aucune balle n’a été frappée au-delà de l’infield ! Le baseball ne s’appelle pas ainsi pour rien, c’est bien sur les bases que le jeu se joue !  

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