Les 10 plus belles saisons d’un pitcher au XXIe siècle

Partie I / De la 10e à la 6e place

L’idée de ce « top 10 », très subjectif et complétement polémique m’est venue en tête fin septembre une fois le 3212e et dernier pitch 2018 lancé par Jacob deGrom. Jake ponctuait alors un « millésime » 2018 exceptionnel qui aurait pu lui ramener clairement un titre MVP si New-York possédait des armes offensives capables d’apporter plus de « win » à leur ace. Malheureusement le baseball est injuste. Et dans quelques années, il y a fort à parier que lorsqu’on regardera dans le rétroviseur on ne trouve aucune trace de deGrom au chapitre « Cy Young 2018 ». Une injustice que j’ai souhaitée réparer à travers ce classement qui sera lui-même contesté à son tour. Comme peut l’être un « strike out » annoncé sur une balle un peu trop extérieure. Ainsi va le baseball.

 

Avant de commencer ce top 10 des « plus belles saisons » accomplies par un pitcher, il est utile d’apporter quelques précisions en guise de « warm-up ».
Un « top 10, 50, ou 100 » est par définition subjectif, on l’a dit. Dans un souci d’équité, aucune saison établie avant le nouveau millénaire ne sera prise en compte. Oubliez donc les Koufax, Maddux, Gibson ou Carlton. Abandonnez aussi l’idée de retrouver les premières légendes de ce sport que sont les Cy Young, Newcombe ou Spahn. Comme l’indique le titre, on « pitch » ici exclusivement sur la butte du 21e siècle et rien d’autre.
Oui mais pourquoi ? D’abord parce qu’on voulait faire un top 10 et non un top 1000 et qu’il serait très laborieux de faire rentrer un intervalle de 115 ans d’histoire dans un minuscule top 10. Cela reviendrait à présenter la pointe de l’iceberg comme responsable du naufrage du Titanic en oubliant la partie immergée.
Ensuite parce qu’il est tout bonnement impossible de comparer les époques. Cette année aucun lanceur n’a plus lancé que Max Scherzer et ses 220 manches. Il y a 100 ans, Scott Perry en lançait 113… de plus. Aux prémices de ce jeu, on arrivait facilement à plus de 600 manches dans l’année. Ainsi difficile de comparer les 24 victoires d’un Verlander ou Johnson au XXIe siècle sur une trentaine de départs à un Old Hoss Radbourn remportant 59 matchs sur 73 starts dans une époque qui semble avoir connu les derniers dinosaures.

Présentations faites, allons-y. Ah oui, dernier détail. Il est évident que certaines « surprises » apparaitront. Ainsi vous ne trouverez nulle trace d’un Max Scherzer pourtant triple Cy Young et pour cause, si MadMax est incontestablement futur Hall Of Fame, je garderai plus en tête sa régularité qu’une saison parmi d’autres. Tel un bon starter, vous avez lu mes signaux. On ne s’arrête ici que sur des saisons d’exception. Du genre à être racontées un soir d’hiver au coin du feu.
Allez, sans plus tarder, Play Ball !

#10 / Lee Cliff – Cleveland Indians 2008

Il a été difficile de choisir entre cette saison et celle de Kluber version 2017 mais la trace laissée dans l’histoire par Lee Cliff en 2008 est sans doute plus importante de par son scénario. Une saison qui a quelque part ouvert la voie à un Kluber près de dix ans après.
Mars 2008, Lee Cliff, lanceur moyen n’ayant jamais posté une ERA inférieure à 3.61 en 6 saisons s’avance avec une multitude de questions sous la casquette après un exercice 2007 catastrophique (6.29 d’ERA en 20 matchs). Mais d’entrée, son mois d’avril affiche la couleur. 5-0, 0.96 ERA, Lee ne fait plus rire personne dans la batter’s box.
Après 21 départs, il remporte 19 décisions, devenant le 8e lanceur à réaliser telle perf’ depuis 1920. À la maison, il prend feu, remportant ses 6 premiers starts, du jamais vu depuis 20 ans à Cleveland. Lee Cliff décroche dans la foulée sa 1e sélection au All-Star Game. En tant que starter, qui plus est. 2 scoreless innings plus tard, Lee peut sortir serein. La suite ? Il poste 5-0, 1.86 d’ERA en août et braque son 2e « Pitcher du mois ». Il termine la saison en tête du classement des victoires et celui de l’ERA en American League et obtient évidemment le Cy Young en fin de saison. Dans sa collection : 4 Complete Game et 2 Shutouts. Inutile de vous dire qui fut « Comeback Player 2008 » ?

Les chiffres : 22-3, 2.54 ERA, 170 Ks, AL Cy Young, 1e AL ERA & Wins

#9 / Eric Gagné – Los Angeles Dodgers 2003

Profession : serrurier. Passion : fermer des portes. Voilà comment résumer la saison 2003 du closer des Dodgers tant Gagné est rentré en 9e pour claquer la porte au nez de ses adversaires. Jugez plutôt. 55 saves sur 55 opportunités pour devenir le premier lanceur à obtenir 50 saves plus d’une fois. Cette année il devient aussi le plus rapide à atteindre le plateau des 100 « S ». Entre 2002 et 2004, Gagné a converti 84 sauvetages consécutifs sans en laisser un au passage. Un record incroyable qui tient toujours. Mais si ce record existe, c’est grâce à cette extraordinaire saison 2003 où plus d’un batteur sur deux affrontés est retiré sur strikeout (55%).
Aucun blown save, des runs concédés seulement dans deux tentatives de sauvetages, 11 « strike out the side », cette année-là Gagné ne sort que six fois de l’enclos sans s’offrir un « K ». Un an après s’être réinventé closer suite à des débuts mitigés comme starter, Gagné est alors le meilleur au monde à son poste. Mieux. Il est le meilleur lanceur tout court et devient le premier closer depuis 11 ans, et la légende Dennis Eckersley, à obtenir le CY. À ce jour il est toujours le dernier reliever inscrit au palmarès.

Les chiffres : 55 saves, 1.20 ERA, 15 SO/9, 2 home runs concédés en 82.1 innings, NL Cy Young

#8 Jacob deGrom, New-York Mets 2018

En 2018, Jacob a été deGrominant. Il a pondu une saison qui de mémoire n’a que peu d’égal sur ces 20 dernières années en terme de suprématie pure et dure sur la butte. Seul un autre lanceur a établi une ERA inférieure à deGrom (voir plus bas) depuis les 2000’s. Sincèrement avec peut-être sept ou huit wins de plus (merci les copains !), deGrom serait non pas dans la course au CY mais bel et bien au MVP. Verlander et CK ont tous deux été MVP avec une moyenne supérieure à deGrom. Cette saison MadMax devrait récupérer un 4e CY. Pourtant l’ace des Nats, qui a lancé 4 manches de plus que deGrom, a encaissé… 20 runs de plus dans la gueule. Ça en dit long sur l’hégémonie établie par deGrom contre les frappeurs. Sur sa motte, c’est lui le king. Aussi l’ace des Mets encaisse très rarement des HR ce qui explique pourquoi son ERA est si basse. Une autre stat primordiale en MLB est la WAR (win above replacement). Là-encore, deGrom affole les compteurs en se plaçant sur le podium de TOUTE la MLB (pitchers, batteurs confondus). Seuls Mookie Betts et Mike Trout le dépassent, c’est dire ! Enfin deGrom a déposé 23 quality starts consécutifs ! 23 ! La marque référente en MLB est détenue par Bob Gibson (26). Seulement cette marque a été établie sur deux éditions (66-67) contrairement à celle de deGrom qui est un record unique sur une saison. En plus de ses 23 QS, Jake a déposé 28 matchs consécutifs sans encaisser plus de 3 runs. Tout simplement du jamais vu. Allez une dernière pour la route ? Il est devenu le 3e homme en 110 ans à afficher moins de 2.00 d’ERA, plus de 250 Ks et moins de 50 BB. Unique on vous dit. Comme sa saison.

Les Chiffres : 10-9, 1.70 ERA, 269 Ks, 0.91 WHIP, .196 en BAA

#7 Zack Greinke – Los Angeles Dodgers 2015

W-L: 16-8, ERA: 2.16, SO: 242. Voici la ligne de stats de Zack Greinke, version 2009 aux Royals. Propre hein ? Il décroche alors un Cy Young. Et si je vous disais que six ans plus tard, Greinke signe 3 victoires de plus que son bilan 2009, concède 5 défaites de moins et obtient une moyenne non pas à 2.16 mais 1.66 sans obtenir le graal des lanceurs ? Ou voilà comment placer une saison bien au-dessus des standards Cy Young. Si sur son sacre 2009 ses adversaires frappent pour .230 contre lui, en 2015 cette stat chute à .187. Une misère. Sa moyenne (1.66 ERA) est alors la plus basse depuis 20 ans dans les Majors et un certain Greg Maddux. Une moyenne historique qui devient d’entrée la nouvelle marque record du 21e siècle.

À Los Angeles, Zack Greinke est tellement ahurissant qu’il relègue son coéquipier Clayton Kershaw au second plan. Sur 32 starts, il domine outrageusement la boîte adverse, ne concède pas plus de 2 runs lors de 26 matchs ! De mi juin à mi juillet il ne cède aucun point et aligne plus de 45 manches blanches. Zack Greinke n’obtient aucun prix personnel mais signe dans la foulée un contrat phénoménal à 206.5 M$ sur six ans pour les DBacks et devient le 4e pitcher le mieux payé de l’histoire. Ne vous y trompez-pas. Sa « carrer year » est bien certifiée 2015 et non 2009. Aucune discussion possible.

Les chiffres : 19-3 2e AL, 1.66 ERA 1e AL, 200 Ks, 222 ERA+, 0.844 WHIP 1e AL

#6 Roy Halladay, Philladelphie Phillies 2010

L’histoire s’écrit parfois au-delà des ballparks. Souvent elle termine par un titre MVP, un Cy Young sur la cheminée ou une bague de champion mais ce 7 novembre 2017, le destin tragique de Roy Halladay a basculé dans un crash aérien. Décédé à 40 ans, Halladay laisse un grand vide dans nos cœurs. On ne s’en cache pas, on aime profondément ces gâchettes des monticules que sont les lanceurs. On ne se nomme pas « The Strike Out » pour rien. Placer Roy Halladay dans ce top 10 est notre manière de lui rendre hommage, près d’un an après sa disparition.
En 2010, Philly s’offre Halladay en provenance de Toronto afin de tenter un troisième sacre consécutif en NL. Ils échoueront finalement en NLCS mais Halladay, lui, écrit son sport. Le 29 mai, il lance le 20e Perfect Game de l’histoire. Et comme si ça ne suffisait pas, il envoie pour son tout premier match en carrière de play-offs un… no-hitter ! Le premier et dernier no-no en postseason depuis 58 ans. Cette saison-là est un chef d’œuvre. Halladay mène les Majors en victoires (21), complete game (9), innings, shutouts (4) et ratio strikeouts sur walks. Le « Doc » est chirurgical et domine la saison jusqu’à obtenir son 2e CY.

Les chiffres : 21-10, 2.44 ERA, 219 Ks, 1e MLB en complete games, shutouts, innings, lance un perfect game et un no-hitter en postseason, NL Cy Young

On se retrouve très vite pour la deuxième et dernière partie de notre trop 10. La crème de la crème arrive prochainement sur TSO…

J-Sé Gray : « In Billy Beane we trust »


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