Le Duel TSO #2 : Verlander vs DeGrom

Voici la 2e édition du « Duel TSO » ! Le principe est très simple, deux joueurs, deux postes similaires ou deux légendes, lequel choisissez-vous pour être dans votre équipe ? Le Duel peut opposer des stars retraitées ou en activité. Des jeunes pousses aux dents longues comme de vieux loups des mers ou encore des Cy Young à des MVP des World Series, tous ont un point commun : ce sont des icônes de ce jeu. Après la bataille de NY, place au second duel by TSO : Justin Verlander vs Jacob deGrom, les deux derniers Cy Young !

Julian Ortiz : Jacob deGrom

Choc de générations entre les Rookie of the Year 2007 et 2011. Des palmarès longs comme leur bras droit, dont le Cy Young Award pour chacun d’eux en 2019, mais à part ces deux distinctions, ces deux lanceurs hors-du-commun sont loin d’avoir eu des parcours similaires. S’il a fallu moins de deux ans à Verlander après avoir été drafté 2ème en 2004  pour rejoindre les ligues majeures et marquer Detroit de son empreinte, Jacob deGrom a dû attendre presque quatre années entières entre sa sélection au 9ème tour de la draft 2010 et son premier match de MLB. Évidemment, ce jour-là les Mets ont perdu 1-0. C’est une opération de type Tommy John en octobre 2010 qui a retardé son ascension, bien qu’elle ne lui empêche pas aujourd’hui d’avoir l’une des fastballs les plus rapides de la ligue. Cette fastball lui permet de « simplement dominer la MLB pour les années à venir » ! C’est Joe Buck qui le dit, lors du All Star Game 2015, où deGrom obtient 3 strikeouts en seulement 10 lancers. Les 8 premiers étaient tous des fastballs, lancées en moyenne à 97 mph. Démonstration de pitching la plus convaincante depuis la performance de Pedro Martinez au ASG 1999 (2 manches, 5 strikeouts).

 

Les comparaisons avec le Hall of Famer Pedro Martinez ne s’arrêtent pas là. De la gestuelle jusqu’aux statistiques les plus avancées, leurs pics respectifs se ressemblent comme deux gouttes d’eau. En 1997, Pedro Martinez remporte son premier titre de Cy Young avec les Expos de Montréal en affichant un ERA de 1,90. En comparant avec les stats moyennes de 1997, cela lui donne un ERA- de 45 soit 55% de mieux que la moyenne, ce qui le place dans le top 10 depuis 1969. En 2018, Jacob deGrom remporte son premier titre de Cy Young avec un ERA de 1,70. Mais la différence d’environnement offensif lui donne un ERA- de 45 identique à celui de Martinez en 1997. L’année suivante, Pedro Martinez rejoint les Red Sox suite à un trade mémorable et, avec un ERA- de 61, termine second du Cy Young de la Ligue Américaine derrière Roger Clemens (57 ERA-). Pas de Roger Clemens en NL en 2019 pour empêcher deGrom de s’offrir un autre titre de Cy Young, mais son évolution suit celle de Martinez avec un ERA- de 59. Pedro enchainera en 1999 et 2000 deux saisons mythiques que personne n’a jamais égalé.

 

Qui sait si Jacob deGrom serait allé le rejoindre avec une saison 2020 entière ? Quoi de plus typique pour un joueur des Mets que de manquer une chance de marquer l’histoire à cause d’une intervention du destin ?

 

Ce qui distingue Jacob deGrom de ses contemporains ne sont pas sa capacité à limiter les walks ou maximiser les strikeouts, bien qu’il soit excellent dans ces registres. En combinant les saisons 2018 et 2019, la différence entre son taux de strikeouts et son taux de walks (K-BB%) se classe 5ème de MLB avec 26,5% soit pile entre les monstres Sale, Verlander, Cole et Scherzer qui tournent à 30% et la horde de « wannabes » à 22-23% (Snell, Corbin, Buehler, Severino…). La grande différence se situe dans l’imperfection des lanceurs : lorsqu’ils manquent d’un poil leur cible, la balle fonce dans les gradins au lieu du gant du receveur. Jacob deGrom est le moins imparfait de tous. En 2018 et 2019, il a concédé un homerun en moyenne une fois toutes les 14,5 manches (0,62 HR/9). Mieux que lui ? Personne. Juste en dessous ? Brad Keller et Mike Soroka, dont les K/BB en inquiètent plus d’un. Avec 0,82 et 0,84 HR/9, Charlie Morton et Luis Severino sont les deux artistes du K/BB qui se rapprochent le plus du deGrominator. Justin Verlander en est bien loin avec 1,32 HR/9 depuis 2018.

Martin Keuchel : Justin Verlander

Je ne vais pas contester le fait que Jacob DeGrom est un lanceur exceptionnel. Loin de moi cette idée. Ce qu’il réalise est tout simplement impressionnant d’autant qu’il évolue dans une équipe qui fait tout son possible pour ne pas le faire briller. Mais cela ne fait « que » 6 ans que DeGrom éclabousse de son talent la MLB. Mon poulain, lui, est un lanceur exceptionnel depuis 2005, soit 15 ans sur le devant de la scène. Que ce soit avec Detroit ou avec Houston, il a toujours eu ce statut d’ace et de numéro 1 de rotation. Tandis que DeGrom ne possède ce statut que depuis 3 ou 4 ans.

Légende à Détroit, c’est un véritable crève cœur pour Verlander de quitter les Tigers pour rejoindre Houston. Photo : DR

Comme l’a dit Julian, ces deux joueurs ont eu un parcours complètement différent. DeGrom sélectionné au 9e tour de la draft tandis que Justin Verlander a été le 2e choix de la draft 2004. Et si l’ascension du lanceur des Mets est admirable, l’ancienne idole des Tigers a lui dû jouer avec la pression d’une telle sélection. Et il a répondu présent.

Rookie de l’année en 2006, soit seulement deux ans après sa draft, il remporte également deux trophées de Cy (2011 et 2019), un total qui aurait pu être plus élevé mais laissons les polémiques de côté. Jusque-là DeGrom tient la comparaison. Mais le numéro 35 a encore d’autres cartes dans sa manche. Un titre de MVP, fait très rare pour un lanceur, décroché également en 2011 pour un doublé historique. Il peut se targuer d’avoir une bague, lors des World Series 2017, mais également d’avoir remporté la triple couronne (c’est à dire se classer premier en victoires, K et ERA). On peut aussi parler des 31 matchs de postseason disputés par le natif de Virginie ou bien de ses 8 sélections au All-Star Game. Voilà pour l’armoire à trophée qui commence à avoir une belle gueule du côté de la famille Verlander.

Au niveau des stats, personne ne peut rivaliser avec la saison à 1.70 d’ERA de Jacob DeGrom. Mais ce qui est encore plus fort c’est d’avoir un ERA moyen en carrière de 3.33. Surtout que l’une des grandes qualités de Verlander reste sa faculté à avaler des manches. Sur ses 15 saisons, Justin aura lancé au moins 200 manches dans 12 d’entre elles. Avec un pic incroyable à 251 lors de sa saison historique de 2011. L’autre grande qualité du joueur des Astros réside dans sa facilité à éliminer des batteurs sur strikeout. 5 fois leader de cette catégorie en carrière, il affiche un total en carrière de 3006 K, ce qui le classe 18e ALL-TIME !!! Et le meilleur en activité. Il est à un peu moins de 400K du Top 10 All-Time. Mais s’il reste sur ses standards actuels, il pourrait y accéder en une saison et demie. Car à 37 ans, Verlander est comme un bon vin, il se bonifie avec l’âge. Surtout depuis son arrivée à Houston à l’été 2017. On peut d’ailleurs évoquer sa deuxième partie de saison cette année-là, où Verlander ne perdra pas un seul match et affichera un ERA de 1.06. C’est simple depuis qu’il est au Texas, Justin vit une fin de carrière en apothéose et s’il ne semble pas plus fort que durant ces années à Détroit, il paraît bien plus dominant. Chez les Astros, le n°35 est tout simplement stratosphérique avec un ERA moyen de 2.45 contre 3.49 avec les Tigers. Et je vois déjà venir les nouveaux haters des Astros concernant le scandale de 2017. Si Verlander peut se reprocher quelque chose c’est de n’avoir rien dit, lui qui est pourtant rarement avare lorsqu’il s’agit de s’insurger. Sinon sur le terrain il est irréprochable et personne en MLB ne le conteste.

Le seul point faible qu’on peut trouver à ce futur Hall of Famer, qui devrait entrer à Cooperstown avec la casquette des Tigers, c’est ses stats en WorldSeries. Si Kershaw a beaucoup de mal en postseason, Verlander, lui, souffre seulement, et malheureusement, uniquement lors de la dernière marche. Ainsi en 7 matchs de WorldSeries, Justin affiche un piteux total de 6 défaites pour un ERA moyen de 5.68. Indigne d’un joueur de ce calibre. C’est fou lorsque l’on sait qu’en ALDS, il affiche 2.52 d’ERA moyen pour une seule défaite en 13 matchs (8 victoires) et qu’en ALCS, c’est 3.13 d’ERA pour 4 défaites en 11 rencontres (6 succès).

Le seul titre qu’il manquait à Justin Verlander : les World Series. Photo : Getty Images

Pour finir, Justin Verlander est un no-doubter Hall of Famer que ce soit de par son palmarès ou de par ses stats individuelles. Si DeGrom parvient à rivaliser avec l’ace des Astros, il ne tient pas la route concernant la longévité au plus haut niveau de Verlander. Cerise sur le gateau pour clore ce débat et donner l’avantage à mon poulain. Justin Verlander fait partie du cercle très fermé des joueurs avec au moins 3 no-hitters (seulement 6 lanceurs : Nolan Ryan, Sandy Koufax, Bob Feller, Cy Young et Larry Corcoran). Je vous laisse chercher celui de notre ami des Mets.

Bastien leGrom : Match Nul

Je peux difficilement le cacher, ne serait-ce que pour mon nom d’auteur adopté dès la création de TSO, je suis un véritable fan boy de Jacob deGrom, que je vois comme la meilleure chose qui soit arrivée aux New York Mets, a la National League et au baseball depuis l’avènement de la génération Scherzer/Kershaw a la fin des années 2008, et tout simplement comme LE meilleur lanceur des Ligues Majeures depuis son arrivée à pleine maturité ces deux dernières saisons.

Julian a dressé le portrait statistique du héros du Queens au-dessus, lui qui n’était qu’une composante de cette rotation 2015 des Mets que l’on comparait déjà aux mythiques Braves des années 90. L’image aura fait long feu, mais DeGrom aura appris. Il aura su aspirer la maitrise du Dark Knight Harvey, la puissance colossale de Thor Syndergaard, la bonhommie impitoyable de Big Sexy Colon, tout en gardant la volonté de fer qui a défini tout son parcours de lanceur professionnel, de ses années collège déjà son propre statut de super-héros. DeGrominator est la somme de tous ces talents armée d’un bras stratosphérique.

Alors non, je n’ai aucun doute sur le fait qu’à bientôt 32 ans, l’avenir est radieux pour DeGrom, sous contrat avec les Mets jusqu’à 2024 et en progression constante. DeGrom est un futur Hall of Famer, c’est un fait presque acquis… Et mon être tout entier aurait voulu ignorer totalement le monument qu’est Justin Verlander. Oui mais voilà, on ne peut pas ignorer le monument Verlander et là -encore, Martin a donné toutes les données statistiques et sportives pour illustrer la grandeur du numéro 35 des Astros.

Par son expérience, par son palmarès, pour sa saison 2011 qui fut l’une des plus abouties du 21e siècle, pour sa renaissance dans le Texas – avec ou sans résine de pin, si Trevor B. nous lit. Pour son retour au sommet de l’olympe baseballistique, tant sur un plan collectif avec cette bague enfin acquise qu’individuel avec ce second titre de Cy Young, lui que l’on a pu croire un temps piège pour toujours dans le bourbier des Detroit Tigers a su trouver les ressources pour prouver qu’il avait sa place parmi les très grands.

Justin Verlander incarne avec Clayton Kershaw, Max Scherzer et Madison Bumgarner tout ce que la MLB a pu offrir de meilleur lors de la décennie écoulée, quand Jacob DeGrom fut le précurseur d’une nouvelle génération que l’on peut oser imaginer tout aussi dominante (Flaherty, Soroka, Buehler…). Et si je vois DeGrom devenir sur les 6 prochaines années l’un des plus grands pitchers de l’histoire, grâce à une apparente stabilité dans la performance que Justin Verlander n’a longtemps pas su trouver, cela n’est que potentiel face aux faits d’armes établis du canonnier des Astros. Alors entre le cœur et la raison, entre le potentiel et le palmarès, entre l’excellence et l’excellence, j’ai choisi de couper la poire en deux, et de trancher ce magnifique face à face de la manière la plus lâche possible. Match Nul.

Verdict : Match Nul ! 

Et vous, quel joueur choisissez vous entre Jacob deGrom (New-York Mets) et Justin Verlander (Houston Astros) ? Répondez dans les commentaires ou sur nos réseaux sociaux ! 


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