World Series ‘18 – Dodgers vs Red Sox, le match des franchises

1916. Les Red Sox de Boston, tenants du titre, rencontrent les Brooklyn Robins, futurs Dodgers. Boston, emmené par Harry Hooper, conserve le trophée des World Series, notamment grâce à leur jeune star, Babe Ruth, qui lance un quasi shutout game de 14 manches dans la deuxième rencontre (après avoir donné un point en première manche, il n’en concède aucun dans les 13 suivantes). 102 ans après, voilà que les deux franchises se retrouvent à nouveau pour la dernière série de la saison. Mais avant de connaître le vainqueur des prochaines World Series, nous vous proposons notre traditionnel match des franchises. En 2017, les Dodgers l’avaient remporté face aux Astros dans ce qui fut appelé plus tard la boucherie du siècle. Mais qu’en sera-t-il face à une autre franchise mythique de la MLB ?

51e254HvwVL._SX466_

Ancienneté

Los Angeles Dodgers : Les Dodgers ne furent pas toujours l’équipe emblématique de Los Angeles (les Angels ne le sauront jamais… désolé). Tous les fans de baseball le savent. Avant d’arriver dans la Cité des Anges, les Boys in Blue étaient les gars de Brooklyn et les représentants des petites gens de Flatbush, quartier de Brooklyn, et les pensionnaires d’Ebbets Field. Ils furent longtemps l’une des deux grandes équipes de New York avec les Giants, avant la prise de pouvoir des Yankees durant les années 20 puis leur déménagement sur la côte Ouest en 1958, quatre ans après les Giants.

Il faut dire que l’histoire des Dodgers remonte presque aux débuts de la MLB. La franchise est créée en 1884, sous le nom des Brooklyn Atlantics, au sein de la jeune American Association (1882) qui cessera ses activités en 1891. En 1890, les Dodgers rejoignent la première des Ligues Majeunes, la National et ne la quitteront plus jamais. En revanche, ils quittent leur premier nom en 1885 et vont en changer souvent : Grays, Bridegrooms, Grooms, Bridegrooms (à nouveau), Superbas, Trolley Dodgers, Superbas (encore), Robins et enfin Dodgers dès 1932. En même temps, ça prend du temps de trouver soi-même un surnom cool !

Boston Red Sox : L’histoire des Red Sox se mêle à celle de l’American League puisque l’équipe de Boston est fondée en 1901 pour accompagner la naissance de la Ligue Américaine, ancienne ligue mineure, la même année. Avant cela, Boston ne possédait qu’une seule équipe des Ligues Majeures, les Boston Braves (aujourd’hui à Atlanta après un passage par Milwaukee). Les Braves, créés en 1871, ont donc accompagné la naissance de la National Association of Professional Base Ball Players qui allait devenir la National League puis la MLB. Leur premier nom était… les Red Stockings (comme le premier nom des Reds de Cincinnati).

Le terme Stockings est tombé en désuétude quand la presse de Chicago a préféré, pour des titres plus frappants concernant les White Stockings, changer le terme par Sox. On peut donc voir que les Boston Americans, en changeant de nom pour les Red Sox en 1908 se sont inspirés d’équipes pionnières de la MLB. Depuis, ils ont acquis les surnoms de Sox ou BoSox.

En revanche, c’est en 1912 que Fenway Park est ouvert pour accueillir les Red Sox. Il est devenu depuis le plus vieux stade de baseball de la MLB encore en activité et un stade mythique avec son Green Monster, cet énorme mur au champ gauche. Agrandi au cours du temps, expliquant son aménagement si particulier, c’est le seul quatrième ballpark à la plus petite capacité au sein des Majeures.

Résultat : Les Dodgers évidemment. Ils sont plus anciens, faisant figure de pionniers. Les Red Sox ont seulement suivi le train en marche de l’American League et piqués leur nom à de vénérables institutions fondatrices de la MLB. BouuuuuhSox.

Palmarès

Los Angeles Dodgers : Malgré leur ancienneté, les Dodgers ne comptabilisent que 6 titres en World Series dont le premier n’arrive qu’en 1955 contre les Yankees. Il faut dire que les Bronx Bombers furent les bêtes noires des Dodgers en World Series, les Yankees étant les responsables de 6 de leurs 12 défaites dans les Séries Mondiales. Néanmoins, leur 6 titres les placent au 6ème rang des vainqueurs des World Series, derrière les Yankees (27, oui, 27, vous avez bien lu, 27, c’est ça… 27), les Cardinals (11), les Athletics (9), leurs rivaux des Giants (8) et les Red Sox (8, ce n’est pas 27 mais c’est honorable bien que très loin de 27, je veux dire entre 8 et 27, il y a pas mal de chiffres quand même comme 13, 18, 22 ou encore 26, juste avant 27).

En revanche, avec 22 titres en National League, dont celui de cette saison, les Dodgers ont tout de même une étagère à trophée garnie depuis le premier fanion en American Association en 1889.

World Series (6) : 1955, 1959, 1963, 1965, 1981, 1988

American Association (1) : 1889

National League (23) : 1890, 1899, 1900, 1916, 1920, 1941, 1947, 1949, 1952, 1953, 1955, 1956, 1959, 1963, 1965, 1966, 1974, 1977, 1978, 1981, 1988, 2017, 2018

Boston Red Sox : Tout vrai fan de baseball le sait. Entre le titre de 1918 et celui de 2004, les Red Sox ont vécu le supplice de 86 années sans titre grâce à la Malédiction du Bambino (aka Babe Ruth). Néanmoins, cela ne les empêche pas d’avoir gagné plus de titres en World Series que les Dodgers grâce à deux périodes prolifiques, les années 1910 (quatre titres en 1912 et 1918) et l’après-malédiction avec trois titres depuis 2004. Cela fait peanuts face aux 27 victoires en World Series des New York Yankees mais les BoSox se classent tout de même au 4ème rang des titres en séries mondiales avec les Giants. Mention honorable.

World Series: Red Sox v Cardinals Game 4
Briseurs de malédictions, briseurs de rêves… – crédit mlb.com

Les Red Sox ont d’ailleurs le privilège de remporter les premières World Series de l’histoire, en 1903, face aux Pirates Pittsburgh d’Honus Wagner. En revanche, ils souffrent de la comparaison face aux rivaux des Yankees en termes de fanions de ligue avec 14 American Leagues remportées contre 40 pour les Bronx Bombers.

World Series (8) : 1903, 1912, 1915, 1916, 1918, 2004, 2007, 2013

American League (14) : 1903, 1904, 1912, 1915, 1916, 1918, 1946, 1967, 1975, 1986, 2004, 2007, 2013, 2018

Résultat : Même si les Dodgers ont gagné plus de championnats, ils accusent deux World Series de retard sans avoir l’excuse de la malédiction. De plus, leur dernière victoire finale date contrairement aux Red Sox, équipe en forme du 21ème siècle. Ils possèdent surtout un meilleur ratio en World Series. Avantage Red Sox. Beurk.

Hall of Famers

Los Angeles Dodgers : De très nombreux joueurs et managers de légende, introduits au Hall of Fame, sont passés par les Dodgers comme Tony Lazzeri, Casey Stengel, Al Lopez, Greg Maddux, Pedro Martinez ou Rickey Henderson. Sur l’ensemble de ces joueurs d’exception, 13 joueurs et 2 managers ont été introduits comme membres des Dodgers. Le plus connu de ces joueurs est assurément Jackie Robinson, dont le numéro 42 est le seul retiré dans tous les équipes.

On y trouve aussi Sandy Koufax, aka Le Bras Gauche de Dieu, l’un des meilleurs lanceurs de l’histoire de la MLB. Suivent Pee Wee Reese (que tout le monde a vu dans le film 42, short-stop légendaire), Roy Campanella (l’un des premiers Negro Leaguers à rejoindre Robinson en MLB), Burleigh Grimes, Willie Keeler, Wilbert Robinson, Don Sutton, Duke Snider, Dazzy Vance, Zack Wheat, Walter Alston et Don Drysdale. Les deux managers sont les mythiques Léo Durocher et Tommy Lasorda.

Robinson Jackie w Reese 112.2006
Jackie Robinson et Pee Wee Reese – crédit National Baseball Hall of Fame

Boston Red Sox : Si les Red Sox est l’une des équipes les plus aimées des Majeures (bien que cet amour soit incompréhensible pour une personne saine d’esprit), c’est également qu’elle a accueilli de nombreuses légendes. Au premier rang de ces légendes, l’un des tous meilleurs frappeurs de tous les temps, le grand Ted « The Kid » Williams. 19 fois All-Star, 2 fois MVP de l’Américaine, 2 Triple Crown, il est le dernier joueur à avoir frappé une moyenne de .400 ou plus en saison (1941). Jouant toute sa carrière aux Red Sox, modèle du pur franchise player, il lui a manqué quelques saisons pour franchir les 3000 hits car, par deux fois, il a préféré servir son pays plutôt que jouer au baseball (il fut pilote d’avion durant la Seconde Guerre Mondiale et la guette de Corée).

D’autres grands noms du Hall of Fame sont passés par le club comme Lou Boudreau, Luis Aparicio,Rickey Henderson, Ferguson Jenkins, Tris Speaker, Cy Young ou encore Tom Seaver. Bien entendu, le plus grand de ces joueurs fut Babe Ruth qui commença sa carrière en MLB comme lanceur et frappeur des Red Sox. Mais aucun de ces noms ne fut introduit au Temple de la Renommée avec la casquette de Sox, contrairement à ces illustres joueurs : Carlton Fisk, Lefty Grove, Joe Cronin, Rick Ferrell, Jimmy Collins, Wade Boggs, Bobby Doerr, Herb Pennock, Harry Hooper, Pedro Martinez, Jim Rice, Carl Yastrzemski et bien entendu Ted Williams. Soit 14 joueurs au Hall of Fame sous les couleurs des BoSox.

1-ted
Ted Williams, pilote d’avion en temps de guerre, légende du baseball et actuellement cryogénisé…

Résultat : Très très très serré. De chaque côté, vous avez des légendes du baseball. Certaines ont même joué dans les deux équipes comme Pedro Martinez et Rickey Henderson. La liste des Hall of Famers en chiffres (14 joueurs côté Sox, 13 joueurs et 2 managers côté Dodgers) ou en talent se vaut. Les Red Sox ont en plus connu les débuts de la légende des légendes, Babe Ruth. Mais ce dernier reste surtout associé aux Yankees et à la lose de Boston alors que les Dodgers ont ouvert la voie à une nouvelle ère avec Jackie Robinson. En toute impartialité, Dodgers.

Impact sportif

Los Angeles Dodgers : Au contraire des Yankees, des Athletics, des Reds ou des Orioles, les Dodgers n’ont jamais possédé une équipe considérée comme l’une des meilleures de l’histoire de la MLB mais certaines de leurs saisons sont rentrées dans l’histoire comme celle de 1942 où ils ont passé les 100 victoires avec 104 parties gagnées mais ce sont les Cardinals avec 106 victoire qui remporteront le fanion de la NL cette année-là. Ils ont d’ailleurs obtenu le même nombre de victoires cette année mais dans une saison de 162 matchs contre 154 en 1942.

Cela dit, les vraies saisons historiques des Dodgers resteront à jamais 1947 et 1955 (première victoire en World Series avec un vol de marbre de Jackie Robinson dans le match 1). La première saison citée est bien entendu celle de l’arrivée de Jackie Robinson en MLB après une saison en Ligues Mineures. Les courages de Branch Rickey, alors General Manager des Dodgers qui décida de son recrutement, et Jackie Robinson, qui vécut un chemin de croix pour se faire accepter, permettront à la MLB de rentrer pleinement dans le 20ème siècle en brisant la Color Barrier ségrégationniste. C’est un événement historique qui a marqué l’ensemble du sport US et, au-delà, la société américaine, célébré depuis chaque 15 avril avec le Jackie Robinson Day.

La fin de la barrière raciste a également libéré un potentiel sportif, celui des Negro Leagues où se jouait un baseball aussi bon qu’en MLB et possédant parmi les meilleurs joueurs de tous les temps, au premier rang desquels se trouvaient Satchel Paige et Josh Gibson. D’ailleurs, même si certaines équipes tarderont à s’y mettre, de nombreuses stars et prospects des Negro Leagues vont rapidement débarquer en MLB avec succès : Don Newcombe, Roy Campanella, Larry Doby pour ne citer qu’eux.

Bien sûr, en plus des joueurs afro-américains, la voie sera ouverte pour les joueurs hispaniques puis asiatiques. Willie Mays, Ernie Banks, Felipe Alou, Roberto Clemente, Hideo Nomo, Ichiro Suzuki… merci qui ? Merci les Dodgers ! D’ailleurs, les Dodgers seront la première équipe à engager un coréen (Chan Ho Park, 1994) et un taïwanais (Chen Chin-Feng, 2002) ainsi que le deuxième japonais (Hideo Nomo, 1995).

Chan Ho Park maîtrise le baseball. Moins le coup de pied sauté de Tae Kwon Do…

De la fin des années 40 aux débuts des années 80, les Dodgers furent l’une des meilleures équipes de la MLB, régulièrement en World Series bien que peu victorieux. Que ce soit dans les Séries Mondiales ou dans les Séries de la Nationale, les Dodgers vont se frotter aux meilleures équipes de l’histoire, les Yankees de DiMaggio ou des M&M Boys bien entendu mais aussi les incroyables Athletics et Reds des années 70 qui vont donner quelques unes des meilleures équipes de la MLB. Des obstacles qui les empêcheront de glaner bien des trophées avant de baisser de niveau durant les années 80 et la décennie suivante.

Boston Red Sox : Comme les Dodgers, les Red Sox n’ont jamais compté dans leur histoire l’une des toutes meilleures équipes de tous les temps, contrairement aux Yankees qui les collectionnent rappelons-le à toutes fins utiles (1927, 1932, 1939, 1961, 1998…), mais l’équipe de 2004 s’en approche. Si les bostoniens ont rayonné durant les années 1910, c’est bien l’équipe de 2004 qui marque encore les esprits pour avoir mis fin à la disette après une finale de l’American League incroyable face à l’ogre Yankees qui venait de remporter 3 des 4 derniers championnats.

Les Red Sox étaient menés 3 matchs à zéro et se sauvent en 12ème manche lors du match 4 au Yankee Stadium. Le match 5 se joue lui en 14 manches toujours chez le rival. Boston enchaîne 4 victoires dont un 10-3 sur le match 7 pour aller en World Series et briser la malédiction, se permettant un sweep sur les Cardinals, après un premier sweep sur les Angels en ALDS. Bonne équipe en saison régulière (98-64), les Red Sox ont performé en postseason, ce qui leur permet d’être dans la deuxième division des top teams de l’histoire de la MLB.

Cette victoire est souvent montrée comme celle des sabermetrics. A la suite de la politique « Moneyball » des A’s, les Red Sox engage le père des sabermetrics, Bill James, inspirant la politique du jeune General Manager Théo Epstein, 28, jeune diplômé de Yale. Si cette stratégie n’a jamais permis aux A’s de gagner le titre, les sabermetrics et la puissance financière des Red Sox ont fait des merveilles, permettant à la révolution Moneyball de prendre son envol au sein de la MLB.

Autre apport sportif des Red Sox au baseball : Babe Ruth. En donnant sa chance au Babe, les Red Sox ont mis fin à la Dead Ball Era. Cette ère de la balle morte se caractérisait par des scores bas et peu de homeruns. Lors de sa dernière aux Sox, Babe Ruth frappe 29 homeruns, initiant une nouvelle ère pour la puissance au bâton, qu’il va confirmer dès sa vente aux Yankees en 1920 et les années suivantes, bien aidé par Lou Gehrig et ses autres coéquipiers des Bronx Bombers. Les exploits de Babe Ruth propulsèrent le baseball dans une autre dimension.

giphy

En 1920, il frappa plus de homeruns (54) qu’aucune autre équipe de la Ligue Américaine. Seuls les Phillies firent mieux en National League (64). Il répéta cet exploit en 1927 avec son record de 60 homeruns. Si c’est avec les Yankees qu’il rayonna comme le meilleur batteur de tous les temps, c’est bien aux Red Sox qu’il débuta cette nouvelle ère. Malheureusement, cela ne dura qu’un an car le propriétaire des BoSox Harry Frazee avait besoin d’argent et vendit Babe Ruth pour… financer ses pièces de théâtre. Il avait également peur qu’en renégociant le contrat de Babe Ruth à la hausse, les autres joueurs se montrent gourmandes aussi. Loser.

Résultat : Encore très serré. Les Dodgers ont ouvert la voie pour les joueurs afro-américains, latinos et asiatiques. Les Red Sox ont ouvert la voie à une nouvelle ère, celles des homeruns et ont grandement aidé à populariser la révolution Moneyball. Egalité !

Poids économique

Los Angeles Dodgers : Les Dodgers sont un monstre économique. Le magazine Forbes a évalué la valeur de la franchise à 3 milliards de dollars en 2018 soit la franchise la plus chère et la plus puissante économiquement après les Yankees de New York (et 14ème mondiale, tous sports confondus). Normal puisque, si New York est logiquement le premier marché MLB, Los Angeles, deuxième ville du pays, est tout logiquement le deuxième marché. Et ce, malgré la concurrence des Angels. Comme les Pinstripes, les Boys in Blue font marcher à fond le merchandising, le logo du club étant devenu le logo de la ville comme dans la Big Apple. Il suffit de voir en France : casquettes, sweat, tee-shirt avec les logos des Yankees et des Dodgers sont légion, bien plus que les autres franchises de la MLB.

De plus, le Dodger Stadium, alias Ravez Chavine, fait le plein avec plus de 3,8 millions de spectateurs cumulés et une moyenne de 47,042 spectateurs en match cette saison. Le stade des Dodgers continue d’occuper la première place des affluences MLB et n’a pas connu la perte de spectateurs contrairement à la plupart des ballparks des Ligues Majeures. Et les droits télé des Dodgers, qui ont atteint les 3 milliards, assurent un bel avenir pour l’ex-équipe de Brooklyn.

Boston Red Sox :

Si les Dodgers sont un monstre économique, les Red Sox en sont un aussi (même si la Red Sox Nation se rêve en petit poucet face à l’Evil Empire new-yorkais). Avec 2,8 milliards en valeur marchande, elle se positionne à la 5ème place des équipes MLB, derrière les Yankees et les Dodgers et talonnant de prêt les Cubs et les Giants. En termes de revenues, Boston dépasse San Francisco dans ce classement. Les Red Sox est donc l’un des poids lourds de la MLB, comptant une fanbase aussi importante aux Etats-Unis qu’à l’international, avec les revenues qui vont avec. La Nouvelle-Angleterre est d’ailleurs l’une des régions les plus sportives de l’Amérique avec les Patriots en NFL, les Celtics en NBA, les Bruins en NHL, les New England Revolution en MLS, les Boston Breakers en Women’s Professional Soccer ou le Marathon de Boston.

fenway17952
Fenway Park, terrain de jeu d’une grande équipe de baseball, les Yankees de New York mais c’est aussi le stade attitré des Red Sox de Boston depuis 1912 (année du Titanic)

Cette fanbase assure des revenues en merchandising (et comme la casquette des Yankees, la casquette de Boston se vend très bien chez les non fans de baseball) et en billetterie. Même si Fenway Park connaît la baisse de fréquentation des stades comme partout en MLB, le club a connu 10 ans de guichets fermés entre 2003 et 2013, démontrant l’amour d’une ville à son club. Plus de 30 millions de places furent vendues durant ces 10 années. En 2018, le club a accueilli quasiment 2,9 millions de spectateurs avec une moyenne de 35747 personnes présentes soit le 9ème rang de la MLB. Une performance avec un stade possédant la 4ème plus petite capacité d’accueil dans les Majeures.

Et les audiences TV sont excellentes, gagnant des parts en 2018 sur les 25-54 ans, la population que la MLB cherche justement à reconquérir. Une bonne santé financière qui a permis à Boston d’investir dans les salaires, même lors des trades estivaux, pour gagner le titre, ce qui aura pour conséquence qu’elle sera la seule équipe de l’American League à payer la Luxury Tax (les Nationals seront la seule équipe en National League mais avec moins de succès…).

Résultat : Les chiffres ne mentent pas et la bonne santé économique des Dodgers l’emportent de peu sur la bonne santé économique des Red Sox. World Series de riches en somme.

Impact dans la culture populaire

Los Angeles Dodgers : J’en ai parlé précédemment mais l’image de marque des Dodgers est et restera Jackie Robinson. Un des actes fondateurs de la réconciliation nationale pour lutter contre la ségrégation. L’histoire de Jackie Robinson, de Branch Rickey et des Brooklyn Dodgers a été plusieurs fois portée à l’écran, notamment par Jackie Robinson lui-même en 1950 et récemment avec le film 42. Il a fait l’objet également de nombreuses publications et, même en France, son histoire est régulièrement reprise.

Sandy Koufax fut également important et marquant dans l’histoire du club, de la MLB et des États-Unis, à la fois car c’était un lanceur extraordinaire, permettant ainsi aux Los Angeles Dodgers d’avoir un joueur les sortant de l’ombre de Jackie Robinson et des Brooklyn Dodgers. Ayant lancé un perfect game, refusant de jouer un match de World Series durant Yom Kippour et considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire, il reste un monument de la culture populaire sportive aux États-Unis.

Mais les Dodgers, comme les Giants, représentent bien plus dans une Amérique nostalgique d’un passé glorieux et sans tâche( bien que fantasmé). Le déménagement des Giants et des Dodgers sur la côte Ouest fut vécu comme une trahison à New York. Le départ des Dodgers donna même le goût à la politique et au militantisme au démocrate Bernie Sanders. Leur stade, Ebbets Field, fut détruit comme le Polo Grounds des Giants. Cette destruction leur conférera une dimension à la fois poétique et mythique d’une Amérique nostalgique, une dimension bien explorée dans le livre culte de WP Kinsella, Shoeless Joe.

D’ailleurs, malgré leur déménagement, la rivalité Dodgers-Giants reste l’une des plus âpres du baseball et du sport américain, bien plus qu’avec les Angels, derby de moindre valeur. La rivalité avec les Yankees reste également vivace mais plus par nostalgie, renvoyant à un passé glorieux de la franchise et à une époque rêvée du baseball.

On peut mentionner que les Dodgers seront l’équipe perdante d’un match considéré comme l’un des plus importants du baseball, le Miracle de Coogan’s Bluff de 1951 où fut frappé The Shot Heard ‘Round The World.

Enfin, on ne peut parler culture populaire des Dodgers sans évoquer Vin Scully, légendaire commentateur de la franchise qui a pris sa retraite en 2016 après 66 ans de bons et loyaux services à suivre l’équipe, de Brooklyn à Los Angeles. Une retraite qui donna même des articles en France tant il fut une institution à lui seul à l’instar de Harry Caray aux Cubs.

Boston Red Sox : L’équipe de Boston est un élément crucial de l’histoire, la culture et l’imaginaire de la MLB et du baseball. Et ce, dès qu’ils recrutèrent Babe Ruth. Embaucher le meilleur des meilleurs, le joueur parfait, aussi fort sur le monticule qu’avec une batte, est déjà la garantie de marquer l’Histoire mais avec Babe Ruth, c’est allé au-delà. Celui-ci marqua l’avènement d’une nouvelle ère. Mais ce n’est pas les Red Sox qui en profitèrent mais les Yankees, représentants de la ville rivale de New York. Qui plus est, alors que Babe Ruth apportait la gloire à l’équipe du Bronx, en même temps que New York et l’Amérique devenaient le nouveau centre du monde dans les années 20, les Red Sox ne gagnaient plus. Et cela dura durant 86 années.

A chaque fois que Boston avait des joueurs de talent et une équipe gagnante, ils perdaient, parfois lamentablement comme avec cette erreur de débutant, décisive, de Bill Buckner lors du match 6 des World Series contre les Mets. En 1967, Boston retrouve les World Series, grâce notamment à Carl Yastrzemski, formidable batteur ayant pris la succession de Ted Williams. Mais les BoSox ne sont pas au complet face aux Cardinals. Le 18 août 1967, ils perdent sur blessure Tony Conigliaro, après qu’il ait été atteint par une balle à l’œil. Ce dernier a débuté aux Red Sox, en 1964, à 18 ans et frappe 24 homeruns pour sa première saison. Il devient ensuite le plus jeune joueur à atteindre les 100 homeruns. Il est promis à un grand avenir mais après sa blessure, sa vision baisse et il ne retrouvera jamais son niveau. Un crève-cœur pour Boston qui perd la chance d’avoir deux génies du baseball pour faire face au lanceur des Cards Bob Gibson. Le futur hall of famer gagnera trois matchs et Boston s’inclinera en sept rencontres. La malédiction avait encore frappé.

tony-c
Tony C alias le Scarface de Boston

Le reste du temps, ils vivaient dans l’ombre des Yankees qui empilaient les titres en championnat et World Series. Saison après saison, à mesure que la vente de Babe Ruth devenait la malédiction du Bambino, la rivalité Yankees/Red Sox est devenue la plus grande rivalité du sport américain. Une rivalité qui prit un tour nouveau après le retournement de situation de la finale de l’American League en 2004 (avec la fameuse bloody sock de Curt Schilling lors du match6, le lanceur de Boston étant blessé à la cheville, le sang colora sa chaussette blanche en une Red Sox de circonstance) et la fin de la malédiction, au moment même où la nouvelle dynastie du Bronx (Jeter, Rivera, Posada, Pettite) commençait sans le savoir son déclin.

La malédiction du Bambino et la rivalité avec les Yankees a donc construit l’histoire de la franchise, de la MLB et du sport américain. Et partout dans le monde, les fans de la Red Sox Nation et des Bronx Bombers se chambrent, voir se haïssent dans les cas les plus extrêmes, où que l’on soit à coups de Red Sucks ou Yankees Suck. La popularité des Red Sox s’est construite à travers cette rivalité, à essayer de se défaire de l’ombre des Yankees, et une réputation de lovable losers, à l‘instar des Cubs, créant un lien très fort entre les fans et le club et donnant à Fenway Park une des meilleurs ambiances du Baseball Majeur.

D’ailleurs, cette ambiance et cet attachement au club fut très bien montré par le film Fever Pitch (avec Jimmy Fallon et Drew Barrymore) qui relate la relation naissante entre un fan des Red Sox et une architecte qui ne connaît rien au baseball durant la fameuse saison 2004, le film relatant toutes les références possibles à l’histoire (tragique alors) des Red Sox comme la blessure de Tony Conigliaro en 1967 ou l’erreur de Bill Buckner mais aussi l’ambiance de Fenway avec la chanson Sweet Caroline de Neil Diamond chantée à chaque match depuis 2002 en 8ème manche.

Résultat : Egalité. La culture populaire américaine, comme celles des fans de baseball à travers le monde, s’est imprégnée de l’histoire mythique de ces deux franchises. De ce fait, la littérature et le cinéma n’ont pas hésité à se nourrir des histoires de ces deux clubs. Stephen King notamment qui est un fan des Red Sox. Et Jackie Robinson, en plus du film 42, a été maintes fois représenté ou cité dans des livres ou des films. La bienséance nous oblige à cacher le fait que la popularité des Red Sox doit beaucoup à la malédiction du Bambino et à la rivalité Yankees/Red Sox et donc, de fait, aux Yankees.

Verdict

Dodgers win ! Voilà un beau titre pour parler du vainqueur des World Series 2018 non ? En tout cas, c’est le verdict de ce match des franchises. Même si la lutte fut féroce, la franchise de LA, anciennement de Brooklyn, a su se bâtir seule, là où les Red Sox ont construit leur popularité sur le concept de lovable losers piqués aux Cubs et la rivalité avec les Yankees. Pas très sympa de voler un peu de la lumière des Bronx Bombers. Et puis, quand vous avez Jackie Robinson dans votre équipe, que vous avez joué dans les deux plus grandes villes des États-Unis et que vous existez quasiment depuis les débuts de la MLB, c’est difficile d’être battu.

BruisedSoulfulDassie-size_restricted
Mais qui a écrit ce article ? Déjà que je suis hyper déçu de ne pas être un joueur des Yankees, alors perdre face aux Dodgers…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s