La rivalry Yankees – Red Sox est de retour et ça fait du bien au baseball

Je ne vous le cache pas. En tant que fan des Yankees, cette saison 2018 a été quelque peu frustrante et c’est mal fini. Pour un partisan des Bronx Bombers, on souhaite avant tout le titre pour son équipe puis, si cela est impossible, on souhaite le titre pour n’importe quelle équipe qui ne soit pas de Boston. Tout sauf les Red Sox ! Malheureusement, Boston a survolé la compétition et a fini par soulever le trophée des World Series en se permettant de sortir les Yankees en ALDS.

Pourtant, malgré une saison frustrante entre les espoirs suscités par la saison 2017, les performances de Boston, les blessures importantes de joueurs phares (en premier lieu Aaron Judge), une rotation peu rassurante, surtout après la chute de régime de Severino post All-Star Game, et une défaite en quatre match contre le rival bostonien en ALDS, les Yankees ont fini la saison régulière à 100 victoires et le troisième meilleur bilan des Majeures, se qualifiant logiquement pour les playoffs. La plupart des franchises auraient signé pour une telle saison et leurs partisans aussi… sauf le fait d’être sorti par son meilleur ennemi.

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Je pensais que c’était un billet d’humeur par un fan des Red Sox – crédit : Drew Litton

Avec le recul, cette frustration tend à s’effacer pour deux raisons. La première est que les Yankees s’activent sur le marché des transferts pour être les prétendants numéro 1 au titre en 2019. La venue de James Paxton, les rumeurs de trade pour Stanton dans le sens des départs, et de Harper ou Machado dans le sens des arrivées, sont autant de signes que la franchise phare de New York ne veut pas imiter son voisin du Citi Field et laisser passer le train de la gagne. 2017 fut une année de reconstruction et 2018 l’année où les Bronx Bombers ont vu ce qu’il manquait pour être champions. Pas grand-chose finalement.

Avec une rotation bancale, un bullpen plus aussi dominant et une attaque manquant de constance, les Yankees ont signé 100 victoires. En ajustant l’effectif pour combler ses faiblesses, ils pourraient devenir effrayants. Comme les Red Sox 2018. Nous fêterons en 2019 les dix ans du dernier titre des Pinstripes en World Series. CC Sabathia était alors l’ace des Yanks et pour sa dernière saison dans les Majeures, on peut espérer comme cadeau d’anniversaire un nouveau trophée sur l’étagère.

La deuxième raison est que le retour de la rivalry est une excellente nouvelle pour le baseball. Pas seulement pour les fans des Yankees et des Red Sox mais pour tout le baseball. Et il en a bien besoin.

En août dernier, je vous parlais du déclin du baseball aux États-Unis et de la nécessité pour la MLB de soutenir le baseball/softball aux JO 2024 à Paris. C’est aussi pour cette raison que le commissaire Rob Manfred met en place un certain nombre de mesures pour accélérer le jeu et reconquérir un public jeune. La MLB se retrouve confronter à une rude concurrence, notamment par la Major League Soccer, et sa temporalité semble à l’opposée d’une jeunesse de l’hyper-information qui veut vivre le sport spectacle en accéléré, ne souhaitant plus rester 3 heures dans un stade ou devant la télé pour suivre un match de baseball.

Alors bien sûr, raccourcir la durée des matchs est la solution numéro 1, même si on ne reviendra pas aux durées de la Dead Ball Era où certains matchs des Big Leagues ne dépassaient pas l’heure de jeu. Mais le baseball a besoin de plus pour reconquérir des fans et la rivalité Yankees-Red Sox en fait partie.

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La rivalry est indissociable de l’Histoire du Baseball

Encore plus depuis le début de la fin de la Curse Era – c’est mon invention ! -, symbolisée de manière éclatante par la victoire des Cubs en 2016. Juste avant leur victoire, je m’interrogeais sur ce site si elle serait une bonne chose pour le baseball, tant ce sport a fait des malédictions et de l’insolite son credo mais aussi son créneau sur l’échiquier sportif. Cette part de surnaturel, d’ésotérique, que sublimaient les Cubs avec 108 années de lose absolue, faisait du baseball une discipline unique. Le baseball transcendait l’idée même de sport et de jeu. Comme le disait le légendaire arbitre Bill Klem « le Baseball est plus qu’un jeu pour moi, c’est une religion ».

C’est un sentiment qui fut longtemps partagé par l’Amérique, jusque dans les années 60, quand le baseball était une affaire nationale, l’un des symboles du pays, alors que ses stars étaient des prophètes, et pour certains des dieux, comme Babe Ruth, Ty Cobb, Honus Wagner, Ted Willians, Joe DiMaggio pour ce citer qu’eux. Puis le sport business, le sport spectacle pris une autre dimension, consacrant le football américain comme nouvelle religion.

Néanmoins, le National Pastime conserva ce petit quelque chose en plus. Le football américain devint la religion principale, celle qui défoule de ses frustrations mais le baseball restait la religion de l’intime, de la nostalgie, de la relation à l’autre (particulièrement la relation filiale), connectée à l’histoire du pays comme à l’histoire personnelle.

Les malédictions des Cubs, des Red Sox, des Giants ou des Indians, par leur durée et leur intensité, se reflétaient dans ces histoires nationales et personnelles. Le baseball était à-part. Aujourd’hui, reste une seule malédiction, celles des Indians. Moins emblématique que celles des Cubs et des BoSox. Pas de quoi fouetter un chat, surtout que la maltraitance animale, c’est mal !

Le souci est que la fin successive des malédictions s’est accompagnée du déclin de la plus grande rivalité du baseball et du sport américain, celle opposant les New York Yankees aux Boston Red Sox. Cette rivalité s’est forgée sur les victoires des Yankees et les défaites des Red Sox. Les premiers engrangeaient les titres, les seconds alternaient des saisons catastrophiques et des périodes dorées mais se terminant par une irrémédiable défaite, alors même qu’ils touchaient le titre du bout des doigts. Telle fut la malédiction du Bambino dès 1919 quand Babe Ruth fut vendue aux Yankees de New York par le propriétaire des Chaussettes Rouges Harry Frazee qui possédait alors l’une des meilleures équipes des Ligues Majeures. Ce dernier, pour pouvoir rembourser des emprunts et financer des spectacles, vendit quasiment toutes les stars de l’équipe aux Yankees jusqu’en 1923.

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Ted Williams et Joe DiMaggio, deux légendes. Le bon temps aussi quand les Yankees gagnaient tout et les Red Sox perdaient tout !

A partir de là, les Yankees passèrent du statut d’équipe moyenne de l’American League à mastodonte de la MLB, enchaînant les titres de champions en American League et en World Series, voyant se succéder joueurs et équipes de légende, de Babe Ruth et Lou Gehrig à Derek Jeter et Mariano Rivera, du Murderers’ row de 1927 à la Nouvelle Dynastie du Core Four des années 90/2000. La rivalité grandit à mesure que les Yankees gagnaient et que les Red Sox perdaient, avec grandeur, se positionnant à la deuxième place des Lovable Losers derrière les Cubs.

La force de cette rivalité ne reposait pas uniquement sur le sportif et sur l’histoire de la vente maudite de Babe Ruth. Dès le 18ème siècle, les deux villes développent une véritable rivalité pour le contrôle de la côté Est, que ce soit sur le plan économique, culturel ou politique. D’un côté, Boston est le berceau de l’Amérique, marquée par de nombreux événements centraux de la Révolution Américaine et la guerre d’indépendance. De l’autre côté, New York ne va cesser de prendre le meilleur économiquement et culturellement sur Boston, et les autres grandes villes de la côte Est, durant le 19ème puis le 20ème siècle. Chaque ville développe un art de vivre bien à lui, en contradiction avec son rival. Boston est une ville à visage humain, où l’on prend son temps, d’où son surnom de Walking City. À l’inverse, New York devient la ville qui ne dort jamais. On y vit vite, cherchant toujours la première place.

Il était tout naturel que le baseball, devenu sport roi de l’Amérique, hérite de cette rivalité. Si le National Pastime fut codifié à New York, Boston en fut rapidement une place forte. Les Boston Braves firent partie des équipes dominantes de la National League jusqu’en 1900 avant que les Red Sox remportent les premières World Series en 1903 puis deviennent une des top teams des années 1910. À New York, Dodgers et Giants remportaient quelques trophées mais bien moins que les équipes de Boston. En baseball, New York vit longtemps dans l’ombre de Boston, jusqu’à l’émergence des Yankees.

Cette rivalité a donc écrit quelques unes des plus belles pages de l’Histoire du baseball. Cette rivalité est entrée dans la culture populaire américaine et participa au rayonnement de la MLB, même quand le baseball était concurrencé par le football américain et le basket. Aucune rivalité de la NFL ou de la NBA, encore moins en NHL ou NCAA, n’a jamais égalé l’intensité de cette rivalité. Bien entendu, il en est de même pour les autres rivalités du baseball, en MLB ou ailleurs.

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Dites vous que les Red Sox en gagnant des titres nous ont privé de cet humour fin et délicat… CRIMINEL !

Puis en 2004, les Red Sox gagnent. Avec brio. Encaissant trois défaites d’entrée en finale de l’Américaine, et promis au sweep face aux Yankees qui dominent la ligue depuis 1996 grâce au Core Four (Derek Jeter, Mariano Rivera, Jorge Posada et Andy Pettite), ils reviennent d’entre les morts en s’imposant 6-4 dans la 12ème manche du match 4 à Fenway Park. Le lendemain, ils gagnent 5-4 en 14 manches et 5 heures 49 minutes. Puis ils enchaînent une victoire serrée 4-2 au Yankee Stadium avant de s’imposer 10-3 dans le match 7. Une claque pour les Yankees qui vont voir leurs rivaux s’imposer en World Series 4 matchs à 0 face aux Cardinals de Saint Louis. Et mettre fin à 86 ans de malédiction.

Trois saisons après, les Red Sox remettent ça en remportant à nouveau les Séries Mondiales. Les Yankees répliquent en 2009 dans un dernier sursaut du Core Four. Puis les new-yorkais vont entamer un lent déclin, ne se qualifiant qu’une fois en postseason entre 2013 et 2016, une première depuis l’avènement de la Nouvelle Dynastie en 1996. Quant aux Red Sox, ils remportent encore les World Series en 2013 mais offrent également des saisons catastrophiques en 2012, 2014 et 2015.

Dans le même temps, les Giants ont également mis fin à leur malédiction en remportant le titre suprême en 2010, 2012 et 2014. Les Cubs en font de même en 2016. Dans ce contexte, la rivalité Yankees/Red Sox s’effrite. Comme les malédictions, mais aussi les charges au marbre, les slides dangereux en seconde base et la puissance victorieuse des Yankees, la rivalité semble appartenir à un autre temps. Puis vînt la saison 2017.

Avec le renouveau des Yankees grâce à ses Baby Bombers (Aaron Judge, Luis Severino, Gary Sanchez), la rivalité sportive entre New York et Boston reprend de plus belle mais c’est surtout la saison 2018 qui va redonner de l’éclat à la rivalry. Les Red Sox affichent une équipe impressionnante et les Yankees ambitionnent une nouvelle dynastie autour d’Aaron Judge et Luis Severino, qui plus est avec la venue du MVP de la National League Giancarlo Stanton et ses 59 homeruns en 2017. On rêve d’un nouveau murderers’ row au Yankee Stadium, surtout que Miguel Andujar impressionne dès le Spring Training et que l’arrivée en MLB du top prospect Gleyber Torres est imminente.

Le tout est agrémenté par une bagarre générale le 10 avril entre les deux équipes, nous rappelant au bon souvenir des brawls mémorables entre les deux équipes alors que les joueurs semblaient plus enclin à l’échange courtois ces dernières saisons après les tournées d’adieu des Jeter, Rivera et Ortiz.

Certes, les Yankees ont perdu en ALDS face aux Red Sox mais cette seulement quatrième rencontre en postseason entre les deux rivaux est arrivée à point nommé pour une MLB en perte de vitesse. Et, pour que l’essai soit transformé, il fallait que le vainqueur de cette joute soit le vainqueur des World Series. Chose faite.

Pour mesurer l’importance de cette rivalité, dans l’Histoire de la MLB comme son actualité, il suffit de voir quelle est l’affiche choisie pour le premier match officiel de la MLB en Europe en juin 2019 : les Yankees affronteront les Red Sox lors des MLB London Series. Après tout, si les Dodgers possèdent le deuxième marché national de la MLB après les Yankees, la popularité des équipes des Ligues Majeures sur Facebook* montrent que le dauphin des Bronx Bombers (8,7 millions de likes) au niveau mondial est Boston (5,3 millions), tandis que les Dodgers, troisièmes, ne sont « qu’à » 3,4 millions.

Premier effet mesurable du retour de la rivalry, le match 4 des ALDS entre les BoSox et les Yanks se place à la troisième place des audiences TV des Divisions Series depuis 2011, après les matchs 5 de Mets-Dodgers en 2015 et Yankees-Indians en 2017. D’une manière générale, les médias ont sauté sur l’occasion dès le début de la saison, notamment au moment de la bagarre générale d’avril et Sports Illustrated a consacré un hors série à la rivalry durant la postseason.

Le renouveau de cette grande rivalité du sport américain et mondial est une excellente nouvelle pour la MLB et le baseball international. Bien entendu, elle ne pourra plus obéir aux règles de la malédiction du Bambino. Elle ne pourra se satisfaire d’une équipe dans la lumière et d’une autre dans l’ombre. Désormais, chaque équipe va devoir répondre coups pour coups et rester sans cesse au plus au niveau, créant une nouvelle dynastie à deux têtes. On en serait presque désolé pour les autres équipes de l’AL East. Et de l’Américaine. Et de la MLB.

En 2018, les Yankees ont encaissé un sévère direct des Red Sox au menton. En 2019, ils comptent bien placer un crochet destructeur au foie des bostoniens. La rivalité a de beaux jours devant elle. Le baseball aussi.

* les résultats sont plus serrés sur Twitter et Instagram. Les Red Sox sont soit au même niveau soit légèrement devancés par les Cubs ou les Dodgers. Néanmoins, les Yankees y restent leaders. Notons aussi que ces deux réseaux sociaux ont moins d’utilisateurs dans le monde que Facebook.

 


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