Postseason 2021 : New York « Rollercoaster » Yankees

A quelques heures du Wild Card Game d’American League, un Bonus Game de la Rivalry entre les Red Sox et les Yankees, on commence notre tour d’horizon des forces en présence pour cette postseason 2021. D’ici vendredi, nous vous présenterons les 10 équipes encore en lice pour remporter le Trophée du Commissionner, leurs forces, leurs faiblesses et le bilan de leur saison régulière. Après les Boston Red Sox qui accueillent ce do or die game dans la nuit de mardi à mercredi, dans le cadre mythique de Fenway Park, place à leurs adversaires et rivaux de toujours, les New York Yankees.

Recap de la saison : rollercoaster émotionnel

Comme en 2020, les Yankees ont offert une saison difficile à suivre. Difficile pour leurs fans qui ont vécu des émotions contradictoires et difficile pour les spécialistes qui n’ont jamais su réellement où situer cette équipe sportivement. Probablement que les Yankees eux-mêmes ne le savent pas. Cette équipe est capable du meilleur comme du pire cette saison. Pour le meilleur, elle fut capable d’aligner 13 victoires d’affilée en août pour revenir dans la course aux playoffs ou encore d’aller sweeper les Red Sox chez eux, avec panache, dans le money time de la saison. Pour le pire, d’innombrables défaites crève-cœur en 9ème manche, des sweeps historiques à domicile, comme contre les Blue Jays et quelques raclées comme la récente infligée par les Rays au Yankees Stadium dans l’avant-dernier match de la saison régulière.

Un match sur deux, vous encensez ces Yankees ou vous les conspuez. Un match sur deux, vous les voyez en World Series. Un match sur deux, vous en avez honte. Les Bronx Bombers ont donc offert un véritable rollercoaster émotionnel à leur public, comme en 2020 mais en dix fois plus puissant. Et un rapide coup d’œil sur la saison le montre. L’équipe, une des grandes favorites pour le titre, débute plutôt mal en avril en étant dans le négatif. Puis, elle rebondit en mai avant de flancher à nouveau en juin. On se dit que les Yankees vont alors planter leur saison, sans compter les blessures qui ne sont jamais loin de l’équipe. Puis les new-yorkais vont retrouver des couleurs en juillet et surtout en août avec une fiche de 21 victoires pour 8 défaites et un winning streak de 13 victoires à la suite du Field of Dreams perdu contre les White Sox, une nouvelle défaite déchirante par ailleurs. Avec cette accumulation de victoires, on croît la saison lancée pour de bon. Et non ! Les Yankees enchaînent à nouveau les défaites avec notamment une séquence de sept matchs perdus début septembre. Malgré tout, nouveau rebond avec une séquence de sept victoires en fin de championnat, dont un sweep de Boston à Fenway et une série gagnée à domicile face aux Blue Jays pour prendre la tête de la Wild Card Race. Décidément, les Yankees n’ont pas voulu laisser leurs fans naviguer paisiblement sur un long fleuve tranquille… Finalement, la qualification se jouera lors d’un match 162, sur le score minimale de 1-0 avec un walk-off hit de la coqueluche du Bronx, Aaron Judge.

Comment expliquer cette saison en montagnes russes ? La première explication tient à l’attaque. L’atout numéro 1 des Bronx Bombers a été d’une incroyable inconstance tout le long de la saison, terminant à la 23ème place en moyenne au bâton (.237). Il aura fallu également une demi-saison pour que les Yankees retrouvent de la puissance pour finir à la 6ème place en termes de homeruns, à égalité avec les Reds et les Rays. En revanche, l’un des grands drames de l’équipe aura été sa capacité à marquer des points et à frapper avec des coureurs sur base, alors qu’elle possède une la 9ème présence sur base de la MLB. Les Yankees se sont fait une spécialité à frapper des double jeux. Longtemps leader dans la catégorie, ils ne « finissent » que deuxième de ce mauvais classement derrière les Nationals.

En début de championnat, l’offensive était même aux abonnées absentes, sauvée par Aaron Judge, le seul capable de constance, et, par séquence, Gio Urshela et Giancarlo Stanton. Entre blessures et joueurs en plein slump, comme DJ « la machine détraquée » LeMahieu ou Gleyber « je ne frappe plus de homeruns mais tout de même quatre erreurs par match » Torres. Effectivement, ce dernier a également été le symbole d’une défense accumulant les erreurs. Même s’il s’est repris un peu par la suite, Il a connu une saison loin de ses standards offensifs et offrant de nombreuses victoires aux adversaires par ses erreurs en début de championnat. Si la défense n’a pas toujours été le point fort des Yankees dans son histoire récente, elle est une deuxième explication aux difficultés de l’équipe. En cela, l’ajout d’Anthony Rizzo et de Joey Gallo, à la trade deadline, a fait du bien à certains postes. Malheureusement, l’équipe n’a pas trouvé de solution au poste de receveur où sévit encore Gary Sanchez.

Attaque Yankees
Les Yankees ont connu des hauts et des bas cette saison – crédit : Brett Davis-USA TODAY Sports

La défense est donc la deuxième explication à l’inconstance des Yankees. La troisième, ce sont les lanceurs. Il est étonnant de dire cela alors que les Yankees ont fini avec la 6ème meilleure ERA collective de la MLB (3.74), juste derrière les White Sox et devant les Astros, tout en jouant dans la division la plus compétitive de la MLB. Le souci est que rotation et bullpen ont rarement été au diapason. Longtemps, la rotation a tenu sur un homme, Gerrit Cole, impérial en début de saison et qui, malgré un « étrange coup de mou » suite à l’interdiction de certains substances sur les balles, a offert une quasi-saison Cy Young aux Yankees avant de flancher en fin de saison. Cette inconstance résume celles de tous les lanceurs Yankees. Les paris Kluber et Taillon en témoignent. Kluber a retrouvé rapidement ses marques, lançant même un no-hitter, avant de se blesser. Le pari gagnant de Cashman n’aura pas duré longtemps. L’autre pari, Taillon, a eu besoin d’une demi-saison pour s’acclimater avant d’enchainer ensuite un été où il fut probalement le meilleur lanceur de la MLB à ce moment-là, avant de repartir dans les difficultés puis de se blesser.

Dans le bullpen, même chose. Chapman, invincible durant deux mois, a fini par se faire détruire par tout le monde, avant de revenir à un niveau acceptable. Britton lui n’a pas réussi à retrouver son niveau et s’est même définitivement blessé. Chad Green a tenu la baraque avec Jonathan Loaisiga une bonne partie de la saison. Mais trop utilisé, il a fini par perdre de sa superbe. C’est donc Loaisiga qui est devenu la clé de voute des releveurs. Forcément, il s’est blessé. Au final, quand la rotation galérait, le bullpen faisait le taf. Et inversement. mais rarement, les Yankees ont pu marcher sur leurs deux jambes du pitching.

Néanmoins, le talent présent dans cette équipe lui a permis, sur son potentiel, et malgré les doutes sur le coaching d’Aaron Boone, d’obtenir une place en postseason avec un bilan de 92-70 et une 2ème place en Wild Card. Des joueurs ont su répondre présents, comme les SP Jordan Montgomery (6-7, 3.85), le surprenant Nestor Cortes (2-3, 2.90) ou encore le rookie Luis Gil (1-1, 3.07) qui a réussi de beaux débuts en MLB alors que l’équipe en avait bien besoin. En relève, Lucas Luetge a également donné plus qu’espéré (4-2, 2.74), tout comme Clay Holmes et Wandy Peralta, qui ont su relever leur niveau de jeu en fin de saison pour solidifier le bullpen. Un bullpen qui a eu la joie de retrouver celui qu’on espérait plus revoir après un enième report de son retour, Luis Severino. L’ancien Ace des Yankees, après deux ans de blessures, est revenu aux affaires en sortant de l’enclos afin de le ménager. Un retour gagnant dans le money time et qui pourrait compter en playoffs.

L’inconstance générale des Yankees leur aura coûté le titre de division et une saison à dominer tranquillement, même s’ils ont enchaîné une 29ème saison consécutive avec un bilan positif, la deuxième plus belle série en MLB et la troisième du sport américain (ils détiennent d’ailleurs le record, établi entre les années 1920 et 1960). De quoi ouvrir les yeux au front-office sur les nécessités d’un grand ménage qui aurait dû avoir lieu l’hiver dernier ?

Passé récent en postseason : si près, si loin

Les Yankees sont des habitués du baseball d’octobre mais aussi, ces dernières années de la Wild Card. Mis à part un titre de division en 2019, les Yankees sont passés par la Wild Card en 2015, 2017, 2018 et 2020. S’ils ont perdu en 2015 contre les Astros, ils se sont imposés à chaque fois depuis, respectivement contre les Twins et les Athletics, sur un match sec, et contre les Indians, en 2020, sur des Wild Card Series.

Durant cette période 2017-2020, ils ont atteint deux fois les finales de l’Américaine, éliminés à chaque fois par les Astros, en 7 puis 6 matchs, en 2017 et 2019. En 2018, ce sont les futures champions, les rivaux de Boston, qui les sortent en Division Series au bout de 4 matchs, tandis que les Rays en ont fait de même en 5 matchs l’année dernière.

La franchise du Bronx a donc l’expérience de la postseason et elle reste toujours redoutable à affronter au mois d’octobre. Les Rays peuvent en témoigner, les finalistes MLB 2020 éliminant les Yankees seulement au match 5 des ALDS sur le petit score de 2-1.

La star : Aaron Judge

La grande majorité des fans des Yankees sont clairs envers la direction de leur franchise : donnez le chéquier à Aaron Judge et laissez-lui remplir le montant à sa convenance. C’est un peu exagéré mais il faut dire que la coqueluche du Bronx a été le pilier de l’équipe. Il est le seul joueur à avoir fait preuve de constance et quasiment sans se blesser qui plus est. Oui, on parle d’Aaron Judge et d’une saison à 148 matchs. Un nombre de rencontre qui aurait été beaucoup plus proche des 162 sans une période Covid après le All-Star Game.

Solide dans son champ droit et efficace offensivement, il affiche une WAR de 5.9 sur cette saison, la meilleure des Yankees et dans le top 20 de la MLB. Il finit cet exercice avec une moyenne de .287, 39 HR, 98 RBI, un OPS de .916 et un WRC+ de 148, la sixième marque de la MLB. La WAR calculée par FanGraphs, de 5.5, le place même au 9ème rang. Si Aaron Judge n’a pas été le meilleur joueur de la Ligue Américaine et ne sera pas en course pour le MVP, il a peut-être été le joueur le plus utile à son équipe de toutes les équipes de la ligue, avec Shohei Ohtani dans un autre genre. Pour son équipe comme pour les fans, il fut le phare lumineux d’une équipe en proie bien souvent à l’obscurité.

Le joueur à suivre : Giancarlo Stanton

Le mois de septembre a permis de mettre en lumière le potentiel du duo Aaron Judge/Giancarlo Stanton au cœur de l’offensive Yankees. Sur courant alternatif depuis le début de saison, on a retrouvé le Stanton MVP dans la dernière ligne droite. Frappant clutch avec puissance (11HR et 30RBI dans ses 30 derniers matchs), il a notamment réussi un Grand Slam tonitruant au-dessus du Green Monster de Fenway Park pour offrir une victoire essentielle à son équipe chez le rival honni. De quoi se construire une légende dans le Bronx.

Si Stanton garde ce rythme en octobre, son duo avec Judge pourrait amener les Yankees plus loin qu’espéré à l’heure actuelle. En tout cas, il finit la saison régulière avec une belle ligne de .273/.354/.516, 35HR, 97RBI. Pas une saison de MVP, mais du solide. Et les Yankees ont bien besoin de solidité pour espérer quelque chose en playoffs.

Factor X : Gerrit Cole

L’Ace des Pinstripes, avec son contrat record, laisse un goût amer à l’issue de cette saison. Ultra-dominant en début de championnat, il accuse un petit coup de mou après l’interdiction de substances sur la balle. Sans le fameux spider-tack, on se dit que Cole Train va s’écrouler. Ce sera nullement le cas. Au contraire, il enchaîne les performances, soutient la rotation dans les moments difficiles et se retrouve en tête de la course au Cy Young face à Robbie Ray. Mais ses deux dernières sorties difficiles, pour ne pas dire catastrophiques, devraient profiter à Ray pour le trophée de meilleur lanceur de l’Américaine.

Gerrit Cole pitching Yankees
Gerrit Cole a connu, à l’image de sa franchise, une saison sur courant alternatif. Quel Cole aura t-ol durant ce Wild Card Game ? Photo : DR

Surtout, le doute est semé chez les fans des Yankees. Dans un do or die game, faut-il donner le balle à Gerrit Cole à ce moment-là de sa saison, où il semble accuser le coup ? La réponse donnée par Boone est sans équivoque. Cole lancera face aux Red Sox. A savoir lequel ? Celui qui a dominé une grande partie de la saison les battes adverses ou celui capable de trous d’air catastrophiques ?

Gerrit Cole finit, tout de même, la saison avec de belles stats : une ERA de 3.23, 16 victoires (1er AL), un FIP de 2.92, une WAR de 5.6, un WHIP de 1.06 et 243 K. Solide même si on attend plus de lui dans le Bronx. C’est en postseason maintenant qu’il va devoir prouver qu’on peut compter sur lui.

Le Pronostic

C’était l’affiche rêvée. Elle aura bien lieu. The Great Rivalry aura pour nouvelle scène un Wild Card Game. Un match do or die qui va attiser les tensions et la rivalité entre deux équipes mythiques. Deux équipes qui ont eu des saisons loin des attentes et pronostics faits avant le mois d’avril. D’un côté, les Yankees, promis au titre de division et potentiel vainqueur des World Series a galéré toute la saison en mode survie. De leur côté, les pensionnaires de Fenway Park ont surpris leur monde, en dominant la division avant de ralentir pour laisser leurs rivaux de la Grosse Pomme mais aussi les Blue Jays, les Mariners et, un temps, les A’s, revenir dans la course à la Wild Card.

Si Boston a été sans pitié pour les Yankees une partie de la saison, ce sont bien les Yankees qui ont pris un certain ascendant en fin de saison, en allant sweeper avec panache les Red Sox dans l’ante-pénultième série de la saison. Sans compter que les Yankees ont enchainé avec une série gagnée contre les Blue Jays alors que les Red Sox perdaient la leur contre les Orioles. Même si les Red Sox reçoivent à Fenway, stade où ils ont dominé (49-32), les Yankees ont montré qu’ils pouvaient les y dominer, eux qui ont également été bons sur la route (46-35).

De toute manière, les équipes ont fini la saison avec la même fiche de 92-70 et un mois de septembre assez proche en Win/Loss. Elles ont montré toutes les deux de l’inconstance et une marge de manœuvre réduite l’une contre l’autre. Les starting pitchers seront donc encore plus déterminants qu’à l’accoutumée. Gerrit Cole est dans une mauvaise période avec une fiche de 2-2 et une ERA de 6.15 sur ses cinq derniers départs. De l’autre côté, Nathan Eovaldi s’est fait littéralement détruite lors de la dernière série à Fenway entre les deux équipes. Néanmoins, chaque équipe a de la ressource dans le bullpen pour tenir le choc d’un mauvais départ de leur partant et réagir rapidement pour ne pas lâcher le match trop tôt. C’est donc un match difficile à pronostiquer, comme ce fut le cas en 1978, quand les deux équipes jouèrent une match 163. Un match de légende que remportèrent les Yankees, grâce à un homerun à 3 points de Bucky « Fucking » Dent, comme le surnomma la Red Sox Nation. Pour les Yankees, on ne peut qu’espérer une même dénouement avec Aaron Judge ou Giancarlo Stanton dans le rôle de Bucky Dent. A moins que la surprise ne vienne de Gary Sanchez, le Kraken, généralement muet, mais aimant exprimer sa puissance face aux gars de Boston. En tout cas, dans un match serré, ce sera un nouvel homerun Yankees au-dessus du Green Monster qui scellera la victoire des Bronx Bombers. Oui, il paraît que l’Histoire aime se répéter…


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