JO Paris 2024 : Baseball et Softball reviennent dans la course olympique

Il y a un peu plus d’un an, dans un billet intitulé « Baseball/Softball aux JO 2020 : un come-back à court-terme ? », je posais la question des chances réelles de voir du baseball et du softball aux Jeux de 2024, notamment si Paris était choisie. Et, en regardant les faits, il fallait s’armer d’un optimisme forcené pour voir nos disciplines préférées s’ancrer dans le projet parisien. Paris vient d’être choisie par le CIO. La capitale française va accueillir les JO 2024 tandis que Los Angeles, dans une nouvelle procédure de double attribution, aura ceux de 2028. C’était, bien entendu, un secret de Polichinelle puisque le CIO avait travaillé à cela et que Los Angeles avait déjà décidé de laisser les JO 2024 à Paris cet été. Mais qu’en est-il du baseball et du softball ?

Le baseball fera son retour lors des JO 2020 à Tokyo. Mais en sera t-il de même à Paris, 4 ans plus tard ? (AP Photo/Kathy Willens)

Il était difficile d’y croire, il y a un an de cela. Le baseball et le softball ne rentraient pas dans le projet parisien pour plusieurs raisons et l’intérêt de ces deux disciplines étaient de voir Los Angeles 2024 l’emporter, Los Angeles déclarant être candidat seulement pour 2024. Pourtant, aujourd’hui, il existe plusieurs raisons d’être optimiste.

Premièrement, l’obstacle des infrastructures pourrait être résolu. En juillet dernier, la Fédération Française de Baseball Softball a signé un protocole d’accord avec l’agglomération du Val d’Europe pour la construction d’un centre national qui hébergerait le siège fédéral mais aussi plusieurs terrains dont un stade de baseball et un stade de softball aux normes olympiques. Ce projet, s’il voit le jour, permettrait à Paris 2024 d’avoir une infrastructure récente, existante et donc en dehors de son budget construction. Ou alors à sa marge. Et ce complexe aurait une vie après les jeux, respectant la notion d’héritage au cœur du projet parisien. Didier Séminet, président de la FFBS, va dans ce sens sur le site de la fédération après Lima :

« Le Centre National est l’un des fondements du Projet Fédéral « Ambition 2024 » élaboré par le Comité Directeur de la Fédération […] Dans l’éventualité où le baseball-softball serait au programme, le Centre National pourrait être site olympique, cela constituerait un formidable héritage pour notre Fédération et une célébration incroyable pour nos disciplines. »

La donnée budgétaire est importante puisque le dossier parisien se targue d’avoir déjà 95 % des infrastructures nécessaires, ce qui rassure dans la maîtrise des coûts afin de ne pas trop déborder sur son budget prévisionnel de 6,6 milliards d’euros. Bien entendu, l’histoire récente le démontre, Paris dépassera ce budget. Mais en restant dans un surcoût réduit (8-9 milliards par exemple), ce serait une première dans l’histoire des jeux depuis 1984.

En autres, le surcoût du budget viendra certainement, avec la sécurité (qui est une donnée difficile à évaluer aujourd’hui car conjoncturelle), de l’accélération de projets de transports (nouvelles lignes de métro, Grand Paris Express) qui sont déjà actés car essentiels à la capitale et à la région, et non par la construction d’éléphants blancs, ces installations coûteuses tombant en désuétude après la fin des Jeux.

Un surcoût lié aux transports serait plus acceptable qu’à cause de la construction d’un stade de baseball. Il ne faut pas sous-estimer cette question du surcoût car, aujourd’hui, elle est l’argument numéro 1 de ceux et celles qui ne veulent pas organiser les JO et du retrait de nombreuses villes candidates. Et l’histoire des Jeux depuis les années 80 vient appuyer avec justesse ces craintes car la gabegie financière de l’organisation des JO est avérée. Paris et Los Angeles ont pour mission de changer cela pour assurer la pérennité de la compétition. Le baseball/softball français doit donc rassurer et non effrayer les décideurs de Paris 2024.

Le comité d’organisation devra rendre sa liste des sports additionnels au plus tard en 2021, ce qui laisse du temps pour le projet de centre national de la FFBS. Un projet qui pourrait séduire le comité d’organisation par sa proximité avec Disneyland Paris et une zone déjà très touristique, reliée à Paris, à la province et à l’Europe par les transports en commun, notamment la gare SNCF de Chessy-Marne la Vallée.

2021, une échéance qui donne du temps

Deuxième donnée importante, que je viens d’évoquer, c’est l’année 2021. Même si le CIO annoncera les sports additionnels de 2024 en 2019, Paris pourra maintenir ou changer tout ou partie de ces sports jusqu’en 2021. Outre que cela laisse du temps pour la construction de stades, cela laisse aussi le temps à la France de démontrer un potentiel sportif. La France du baseball/softball part avec un vrai désavantage si Paris souhaite choisir des sports avec de vraies chances de médailles françaises. Le squash, la pétanque, l’e-sport, le karaté… autant de disciplines où la France a des chances de médaille.

En baseball et en softball, la France en est à espérer une qualification. Côté softball, les Françaises ont terminé 23ème des mondiaux 2016 et 10ème de l’Euro 2017. En baseball, les Bleus ont déçu à l’Euro 2016 en terminant 7ème après des qualifications à la World Baseball Classic encourageantes la même année.

L’écart avec le haut niveau mondial est très important et la France n’arrive pas, en baseball comme en softball, à franchir un cap au niveau européen. Une qualification pour Tokyo 2020, plus probable en baseball qu’en softball actuellement, serait un signal fort avant une possible désignation en 2021. Mais on en n’est pas là et la route est encore longue même si les Universiades de cet été, à Taïwan, ont vu les Français accomplir quelques belles prestations contre des nations réputées du baseball avec des victoires contre Taïwan et le Mexique. Des promesses mais pas des garanties.

Compter sur une équipe de France dans le top 10 mondial en baseball et softball d’ici 2020 ou 2021 pour acter une présence des sports de batte à Paris 2024 serait donc une entreprise périlleuse. La meilleure chance pour y arriver, c’est d’inscrire le baseball et le softball comme des disciplines incontournables.

Et dans ce schéma, la double attribution qui a eu lieu à Lima cette semaine est une chance. Il y aura du baseball et du softball à Tokyo 2020 et il y en aura à Los Angeles 2028. Paris 2024 pourrait donc être tentée par garder ce qui est, tout de même, la septième pratique sportive au monde avec deux des ligues pros les plus rentables de la planète (Major League Baseball et Nippon Pro Baseball), soit la garantie d’une meilleure attractivité économique et médiatique qu’avec la pétanque ou le squash.

Ce sera le travail de la FFBS et de la World Baseball Softball Confederation que de convaincre Paris 2024 et le CIO, même si ce dernier semble déjà favorable à nos disciplines. Les soutiens de la Major League Baseball et de la Nippon Pro Baseball seront décisifs pour convaincre l’organisation. Les sports de batte n’ont jamais fait long feu dans l’histoire des Jeux Olympiques et le travail de lobbying devra s’attacher à donner des gages solides en termes de budget, d’infrastructures, d’attractivité économique, médiatique et sportive. Faire du baseball et du softball un marqueur indélébile de la culture sportive et populaire olympique.

Riccardo Fraccari, président la WBSC, ne dit pas autre chose après l’annonce du CIO à Lima :

« Notre prochaine étape dans les prochaines semaines et prochains mois sera de montrer au CIO et au comité d’organisation de Paris 2024 comment nos sports peuvent contribuer à des Jeux spectaculaires et au développement du sport en France. » (Reuters, 13/09/2017)

Faire émerger le complexe de Val d’Europe et inscrire le baseball/softball dans la culture olympique, un double défi qui pourrait être gagnant pour les sports de batte français. Un double défi tout même instable car sans le complexe de Val d’Europe, pas de plan B crédible à l’heure actuelle niveau infrastructures. Et de plus en plus de sports tapent à la porte des Jeux Olympiques, comme le cricket, deuxième pratique sportive mondiale qui permettrait au CIO de débarquer sur le marché inexploité indien, ou l’e-sport, qui a le vent en poupe, économiquement et médiatiquement. Sans compter notre pétanque nationale !

Le baseball/softball aura affaire à une rude concurrence et la FFBS comme la WBSC devront mobiliser toutes les énergies possibles pour s’imposer, en sortant d’un lobby classique à coups de dossiers de presse, de données chiffrées et de diaporamas pour s’imposer, avec des projets audacieux, dans un univers sportif et médiatique dense. En somme, le baseball et le softball devra faire sa révolution culturelle au sein du mouvement olympique.

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