Paris 2024 : La MLB pourrait avoir besoin des Jeux Olympiques

À la lecture du titre de cet article, vous devez trouver cette approche curieuse. Comment l’une des ligues professionnelles les plus rentables du monde pourrait-elle avoir besoin des Jeux Olympiques ? Ne serait-ce pas plutôt le monde du baseball qui aurait besoin de la MLB pour figurer aux Jeux de Paris en 2024 ? Bien entendu, le soutien actif de la MLB serait déterminant pour conserver le baseball et le softball aux JO 2024 mais les signes de déclin du baseball américain devraient inciter la MLB à faire des Jeux Olympiques un enjeu prioritaire pour maintenir son rang et ses profits. Décryptage.

De nouvelles règles pour les JO de Paris 2024

Le 18 juillet dernier, la Commission Exécutive du Comité International Olympique a déterminé le processus pour la désignation des sports additionnels en 2024, avec des règles différentes de Tokyo 2020. Et, disons-le d’entrée, des règles qui ne vont pas dans le bon sens pour un maintien du baseball et du softball en 2024.

Ainsi, les sports choisis devront être attractifs pour la jeunesse et pouvoir, pour certains, se jouer en ville. La cible du CIO est claire : la jeunesse des villes. Des disciplines comme le skateboard, l’escalade ou l’e-sport pourraient tirer avantage de ces critères. On comprend pourquoi la World Baseball Softball Confederation mise énormément sur le développement de sa nouvelle discipline officielle, le Baseball5. Ce nouveau street baseball, d’inspiration cubaine, répond parfaitement aux désirs du CIO. Mais c’est une jeune discipline. Ce n’est pas elle qui sera sport olympique et qui pourra régler les problèmes posés par les autres critères.

Quels sont ces autres critères majeurs dans la désignation des disciplines additionnelles ? La limitation des coûts et le quota d’athlètes. Pour le premier critère, c’est la nouvelle rengaine du CIO et ce, à raison, tant l’organisation des Jeux est généralement une gabegie financière. Quant au quota d’athlètes, contrairement à Tokyo 2020, il sera comptabilisé dans le quota général des athlètes qui participeront aux JO et dont la limite est de 10500 athlètes dont 450 pour les sports additionnels.

Si la Fédération Française de Baseball Softball, soutenue par la fédération internationale, s’est engagée à construire un stade aux normes pour la compétition olympique afin de limiter les coûts sur le budget de Paris 2024, la règle du quota d’athlètes est une mauvaise nouvelle pour les sports collectifs qui, comme le baseball/softball, consomment un grand nombre de sportifs et de sportives.

La bonne nouvelle : le critère des sports populaires dans le pays hôte a été levé. Officiellement du moins. Tony Estanguet, président du COJO Paris 2024, a par ailleurs déclaré qu’il y aurait moins de sports additionnels à Paris qu’à Tokyo (cinq sports y seront représentés : escalade, surf, skateboard, karaté et baseball/softball). Enfin, si un premier choix sera arrêté par le CIO en octobre 2019, après un processus de sélection mené par Paris 2024 et qui débutera cet automne, la décision définitive interviendra en décembre 2020, afin de pouvoir juger de l’impact des sports additionnels de Tokyo. Un élément qui peut avoir son importance pour le baseball/softball.

La MLB au secours du baseball/softball olympique

Les nouvelles règles du CIO offrent un avenir plutôt pessimiste pour le baseball/softball en 2024. Or, pour que le baseball et le softball soient assurés de devenir des disciplines olympiques à part entière, ils doivent être présents sur trois olympiades consécutives. Si on estime qu’ils ont de bonnes chances d’être présents à Los Angeles en 2028, Paris 2024 devient un enjeu stratégique. C’est en tout cas le sens du travail mené par la World Baseball Softball Confederation qui a fait des jeux parisiens une priorité puisqu’elle s’est engagée à financer le stade de baseball/softball qui accueillerait les compétitions.

Mais ce soutien de poids suffira-t-il ? L’une des raisons de la disparition du baseball aux Olympiques a été le manque d’implication des ligues professionnelles, particulièrement la MLB. Pour Tokyo 2020, la Nippon Pro Baseball, la grande ligue professionnelle japonaise, s’est pleinement investie dans le projet, s’engageant à mettre sur pause le championnat durant le tournoi olympique. Un signe fort vers le CIO. Et la garantie d’un succès populaire qui pourrait faire basculer les choix du CIO en décembre 2020.

Il n’en est pas de même du côté de la MLB. Si Rob Manfred avait déclaré être heureux du retour du baseball aux Jeux Olympiques, il a ensuite déclaré en mars 2017 qu’il serait difficile d’imaginer des joueurs de MLB aux JO, arguant notamment de l’impossibilité de suspendre deux semaines le championnat en été (bien que la NHL l’est déjà fait pour les JO d’hiver) ou de laisser quelques joueurs partir au risque de mettre leurs équipes en péril en plein milieu de la saison, les propriétaires des franchises MLB s’opposant certainement à ces mesures. Sans fermer totalement la porte, il a bien fait comprendre que les joueurs pros du baseball organisé qui se rendront à Tokyo viendront des ligues mineures.

Depuis mars 2017, la MLB ne semble pas avoir changé d’avis et dans sa communication, la WBSC ne semble pas compter sur des Major Leaguers à Tokyo. Mais la MLB n’est-elle pas en train de faire une erreur ?

Le déclin du baseball américain

Aujourd’hui, la MLB est au centre de la galaxie baseball. Même le softball, qui a pourtant ses compétitions pros et internationales, ne pèse pas bien lourd dans la balance. La WBSC vit dans l’ombre de la MLB. Si on parle batte et balle à couture à la mode US, on parle baseball, Babe Ruth, Yankees de New York et Fenway Park. Seul le baseball japonais arrive à s’extraire de cette présence écrasante de la ligue américaine.

Cette position d’ultra-domination, la MLB la doit avant tout à son ancienneté (1876) et à la domination du baseball sur les autres sports de la guerre de Sécession aux années 70 (période où la NFL va prendre le meilleur sur la MLB en termes de spectacle sportif préféré des américains), qui en fait le porte-étendard de la culture américaine et le ciment de cette jeune nation. De fait, la MLB a acquis une puissance symbolique, médiatique et financière hors-normes, échappant même aux lois anti-trusts afin de protéger le National Pastime et son joyau qu’est la MLB.

Mais le baseball américain est en déclin. De nombreux signes attestent que le baseball US traverse une crise qui n’épargne pas la MLB. Une crise profonde car si les effets restent limités pour la MLB, elle naît d’un problème inhérent à sa nature : le baseball n’est plus en phase avec son époque. Il ne plaît plus aux jeunes. En tout cas, il plaît moins.

L’âge moyen du téléspectateur MLB est de 53 ans quand celui de la NFL est de 47 ans et la NBA 37 ans. Une récente enquête montre que le soccer grignote son retard dans le cœur des fans américains, particulièrement sur le baseball. Dans son dernier sondage annuel, l’institut Gallup a établi que seulement 9 % des américains déclaraient le baseball comme sport préféré, contre 37 % pour le Foot US et 11 % pour le basketball, eux également en baisse mais plus légèrement.

Ce chiffre de 9 % est le plus petit enregistré par l’institut depuis le premier sondage réalisé en 1937. Plus inquiétant, le baseball est désormais talonné par le soccer qui a obtenu 7 % des suffrages exprimés. Une autre enquête, de l’institut Nielsen, a démontré que 50 % des spectateurs TV de baseball aux États-Unis avaient 55 ans ou plus, contre 41 % il y a 10 ans. Seulement 4 % des 6-17 ont regardé les matchs de postseason MLB ces dernières années.

gallup
La descente aux enfers du baseball ? – source : gallup.com

Alors que le noyau dur des fans de baseball vieillit aux États-Unis, celui du soccer se situe chez les jeunes et les adultes de moins de 35 ans. Cette tendance se ressent particulièrement au sein des compétitions jeunes depuis 20 ans. Dans les années 90, la Little League, la plus importante organisation jeune de baseball et de softball au monde, comptait 3 millions d’enfants dans ses rangs. Il y a deux ans, ce chiffre est tombé à 2,4 millions. La Little League estime perdre 1 à 2 % de ses effectifs chaque année depuis 12 ans, ce qui force certaines villes à s’unir pour maintenir des équipes et un championnat jeune. La pratique du baseball reste, après le basketball, la pratique la plus répandue chez les jeunes américains mais le soccer refait son retard petit à petit (ce phénomène est également observé dans deux autres grands pays de baseball, le Japon et Cuba). Surtout, dès l’adolescence, la pratique du baseball chute drastiquement.

Cette chute des effectifs est particulièrement parlante chez les afro-américains ou les classes populaires qui se sont détournés du baseball pour d’autres sports : basketball, football US et soccer. Le nombre de joueurs afro-américains en MLB est passé de 20 % dans les années 80 à 8 % en 2016.

D’une manière générale, si les affluences au stade restent très bonnes et que le baseball dégage des sommes folles, notamment en droits TV, il est en perte de vitesse sur le petit écran. Hormis les World Series de 2016 qui ont vu la victoire historique des Cubs, le baseball n’arrive plus à faire s’asseoir les américains devant leur télévision.

Dans les années 80/90, 40 millions d’américains suivaient les World Series sur le petit écran. Ils n’étaient que 12,2 millions pour le premier match de la série finale 2017, soit le plus petit score jamais enregistré pour un match des World Series. Mais 12,2 millions reste un bon score à l’aire des smartphones, d’internet et du streaming. Simplement, le monde a changé et la MLB a commencé à s’adapter (MLB TV, appli At-Bat, Facebook Live). Cela ne suffit pourtant pas. Elle doit en faire plus.

C’est ce que s’efforce de faire le commissaire de la MLB Rob Manfred depuis sa prise de fonction, bien conscient qu’une génération d’américains risquait d’échapper au baseball. Un phénomène déjà visible chez les plus jeunes dont les parents n’ont jamais pratiqué et qui donc ne transmettent plus la passion du baseball à leurs enfants.

Sans compter qu’une étude de l’université du Nebraska a mesuré que 95 % des joueurs de baseball universitaires avaient leurs deux parents biologiques à la maison tandis que seulement 46 % des jeunes de 18 ans et moins les ont encore sous le même toit. Or, la tradition familiale et la transmission parents-enfants (notamment père-fils) sont les bases du baseball américain. Les nouveaux modèles familiaux rentreraient donc en contradiction avec l’histoire du baseball américain.

D’ailleurs, Manfred a bien compris que les obstacles liés au baseball chez les jeunes – rythme lent, sport exigeant, coûteux en temps et en argent, parents qui se désengagent, spécialisation des jeunes au sein des ligues pour sortir des athlètes boursiers ou pros au mépris d’un baseball pour tous – devenaient par essence des obstacles pour élargir la fanbase de la MLB et accrocher la jeunesse.

Pour attirer à nouveau jeunes enfants, ados et jeunes adultes au baseball, Manfred veut jouer avec les codes de la jeune génération : raccourcir le temps de consommation et diversifier cette consommation à travers le numérique. Car le baseball est un sport à la temporalité particulière, alternant lenteur et actions éclairs. Ce qui faisait la force du baseball, et son charme, ce temps propice à la convivialité, ne semble plus adapté à des générations de spectateurs, parfois isolés devant l’écran de leur téléphone portable, qui veulent sans cesse de l’action et zapper, switcher, surfer à volonté.

En souhaitant accélérer le rythme du jeu, la MLB veut revenir à la durée de match du début des eighties soit 2h30, contre 3h00 actuellement, et ainsi ramener la jeunesse américaine au bercail du National Pastime. La glorieuse Ligue Majeure a bien compris qu’elle était en danger à moyen ou long terme, surtout avec la concurrence croissante de la MLS.

Chaque année, ESPN sort son classement des 100 athlètes les plus célèbres au monde. En 2015, pour la première fois, aucun joueur de baseball n’apparaît dans le classement. Rebelote en 2017 et 2018. Alors que les stars comme Messi, CR7 ou Neymar-la-roulade trustent le top 5, les stars de la MLB s’effacent peu à peu face à des sports qui ne cessent de se mondialiser. Même le cricket place plusieurs joueurs régulièrement dans ce top 100.

Les Jeux Olympiques au secours de la MLB

Dans ce monde de l’hypermédiatisation ou de l’hyper-information mondialisée, la concurrence est rude et les sports qui se mettent au diapason d’un monde sans cesse en mouvement rapide et à portée d’un simple smartphone remportent la partie. C’est ce tournant qu’a pris le cricket en inventant le format T20 pour passer des formats internationaux d’un (ODI) ou plusieurs jours (Test Cricket) à une formule de 3 heures pour garder les diffusions TV et se développer à l’international. C’est aussi ce choix qu’a fait le rugby en entrant dans la famille olympique par le Rugby Seven et capter un plus large public, sortant d’un Rugby à XIII ou à XV réservé à quelques nations.

Ne serait-ce pas là l’intérêt de la MLB que de se joindre pleinement à la famille olympique ? La MLB pourrait asseoir son audience à travers les JO. Une « Dream Team » de la MLB, vainqueur du tournoi olympique, pourrait donner de nouveaux rôles models à la jeunesse américaine, bien plus que leur première victoire en World Baseball Classic la saison dernière. La Dream Team des USA, aux JO de 1992, issue de la NBA, a eu un impact considérable sur le monde du sport.

De plus, la MLB pourrait gagner des fans à travers le monde. Les JO de Paris lui permettraient de passer un cap sur le marché européen. Avec la WBC et les matchs MLB délocalisés au Japon, en Australie, au Québec, au Mexique et, en 2019, à Londres, la stratégie de la Ligue Majeure est clairement orientée au-delà des frontières américaines. La logique voudrait une implication pleine et entière de la MLB au sein de la famille olympique. Une famille qui cherche aussi à reconquérir les jeunes spectateurs. Une entraide, entre deux mastodontes de l’économie sportive, serait donc la bienvenue.

Bien sûr, les JO ne seront pas un remède miracle au problème qui se pose au monde du baseball américain, et donc à la MLB : le baseball, dans sa structure profonde – historique, culturelle, sportive – est en confrontation directe avec la jeunesse du 21ème siècle. Le baseball se confronte donc à son avenir.

Jamais les crises passées qu’ont pu connaître le baseball et la MLB ne se sont attaquées aussi frontalement à leurs fondamentaux. Désormais, la MLB va devoir résoudre la quadrature du cercle soit changer ce sport pour qu’il rentre pleinement dans le 21ème siècle sans le dénaturer. Face à cette mission impossible, le baseball olympique est une réponse partielle pour faire du baseball majeur un spectacle réellement mondialisé et résister sur son sol à l’offensive du soccer.

Photo en Une : Team USA, médaille d’or JO 2000 à Sydney (leur seule médaille d’or) – crédit : Getty Image


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