ALCS – Blue Jays vs Indians : amour vache et bras d’acier

Si l’on s’attendait à une saison des plus ouvertes en American League, avec une bonne dizaine d’équipes pouvant nourrir des espoirs légitimes de participation à la postseason, il aurait fallu un sacré œil pour prédire cette affiche de Championship Series entre les Cleveland Indians et les Toronto Blue Jays. Mais si les deux équipes n’ont jamais croisé le fer en postseason, tous les éléments étaient réunis pour que cela arrive enfin en 2016, que ce soit du côté des bureaux, de l’histoire ou, finalement, de l’année écoulée.

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Une affaire de famille

S’il est deux membres de l’encadrement des Blue Jays pour qui ces American League Championship Series face à Cleveland auront un gout très particulier, c’est certainement Mark Shapiro (président) et Ross Atkins (General Manager). Arrivé sur les rives du Lac Ontario en Aout 2015, Shapiro faisait partie de l’organisation des Indians depuis 1991, et il en a été le General Manager depuis 2001 avant d’en devenir le président en 2010.
Une fois sa prise de fonction entérinée en Octobre 2015, sa première décision majeure fut de congédier le General Manager des Blue Jays Alex Anthopoulos (extrêmement populaire auprès des fans après avoir permis aux Blue Jays de retrouver la postseason pour la première fois depuis 1993, mais coupable selon Shapiro d’avoir épuisé le Farm System des Jays pour arriver à ses fins) par l’un de ses plus fidèles associés, Ross Atkins, joueur et dirigeant dans l’association de Cleveland depuis 1995 !

Alors, forcément, ce vendredi, lorsque Corey Kluber enverra le premier lancer de ces séries, les deux Executives de la franchise canadienne seront probablement quelque peu tiraillés en voyant s’opposer une success story américaine qu’ils ont bâtie et pour laquelle ils ont œuvré pendant deux décennies et une belle histoire canadienne qu’ils ont pris en marche et dont ils sont aujourd’hui les deux principaux conservateurs à défaut d’en être les architectes.

Du côté de Cleveland, cependant, un autre dirigeant pourra apprécier le sentiment de voir son équipe lutter pour un retour sur la grande scène des World Series avec le sentiment de voir son œuvre prendre forme : Chris Antonetti, nommé General Manager des Indians en 2010, à seulement 36 ans, et successeur de Mark Shapiro au poste de président de la franchise. Il est le cerveau derrière la reconstruction de la franchise, la composition de l’effectif actuel ou encore le recrutement de Terry Francona en 2012, alors qu’il était free-agent depuis son départ des Boston Red Sox un an plus tôt.

Back in the 1990s…Retrouver les World Series !

Mais éloignons-nous maintenant des bureaux pour retrouver les diamants, et la poursuite d’une participation aux World Series. Après une défaite logique en 1995 face à « ces Braves-là » (Maddux, Glavine, Smoltz, Avery), Les Cleveland Indians n’ont pas revu le Fall Classic depuis 1997, et ce qui reste comme l’une des défaites les plus cruelles de l’histoire du baseball :

Lors du Game 7 de ces World Series au couteau, Les Indians menaient encore 2-1 dans le haut de la neuvième manche face aux Florida Marlins, une toute jeune franchise créée quatre ans plus tôt à Miami Gardens. Mais deux hits et un sacrifice-fly concédés par le closer José Mesa ramenaient les Marlins dans la course, et les Floridiens faisaient la différence au terme de la onzième manche. Les Indians restent à ce jour la seule équipe à avoir perdu les World Series en démarrant la neuvième manche du Match 7 avec un avantage au tableau d’affichage.

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Depuis, les Cleveland Indians ont connu quelques éliminations en Division Series (1998, 1999, 2001), une élimination en Wild Card en 2013, et surtout un autre match 7 tout aussi désastreux, lors des ALCS 2007 face aux Boston Red Sox de Terry Francona et Big Papi. Les Indians menaient alors 3-1 après quatre matchs dans cette série, ils finirent par s’incliner 4-3, terminant sur trois humiliations terribles : 7-1, 11-2 et 12-2 !

Pour une victoire, il faut remonter encore un peu plus loin. Ce n’est pas vraiment les Cubs, mais ça fait tout de même 68 ans que la « Tribu » n’a pas remis les mains sur le trophée suprême… Ils n’ont d’ailleurs jamais mis les mains sur le moindre trophée, puisque ceux-ci n’existaient pas en 1948 (le premier fut attribué en 1967).

Les Toronto Blue Jays n’ont plus, n’ont pas eu le plaisir de participer aux World Series depuis les années 1990, mais ils ont la particularité d’avoir remporté les deux éditions auxquels ils ont participé dans leur encore jeune histoire (les Blue Jays n’ont rejoint les Ligues Majeures qu’en 1977), en 1992 et 1993.

Les Blue Jays ont une autre particularité, celle d’avoir remporté leurs deux titres sans trembler (4-2 à chaque fois) mais en les obtenant de la plus spectaculaire des manières. En 1992, les Blue Jays avaient vu les Atlanta Braves recoller à 2-2 dans le bas de la neuvième manche du Game 6, avant de finalement s’imposer sur un double de Dave Winfield pour faire rentrer White et Roberto Alomar (Le premier Hall of Famer de l’histoire des Blue Jays, qui faisait également de la partie – en compagnie de son frère Sandy Jr – du roster des Indians lors des Worlds Series 1997).
L’année suivante, lors de séries une fois de plus maitrisées contre les Philadelphia Phillies, les Blue Jays avaient atteint le bas de la neuvième manche du Match 6 avec un déficit d’un point avant qu’un 3-run Home Run de Joe Carter ne délivre les Canadiens.

Et puis, plus rien… Les Toronto Blue Jays n’ont pas revu les Play-offs pendant 22 ans, jusqu’en 2015, et une élimination lors des ALCS face au futur champion, les Kansas City Royals…

2016, année des pitchers

Il s’en est fallu de peu – une septième manche maudite pour les Nationals cette nuit – pour que les deux affiches de ces Championship Series opposent de manière symétrique les deux meilleurs pitchings staffs de leur ligue en termes d’ERA et de WHIP. Ainsi, en American League, les Toronto Blue Jays dominent les débats avec un ERA de 3.78 et un WHIP de 1.23, juste devant les 3.84 et 1.24 des Cleveland Indians (Les Chicago Cubs dominent eux, bien entendu, une National League monstrueuse de talent sur la butte, avec une carte de 3.15 et 1.11, devant les Washington Nationals (3.51, 1.19)… mais les Dodgers (3.70, 1.19) ne sont pas bien loin derrière).

Mais, si les Blue Jays misent tout ou presque sur une rotation performante mais aussi capable de trous d’air impressionnants, les parfois injouables Marco Estrada et Marcus Stroman en sont l’illustration, les Indians appuient une rotation fantastique (mais diminuée par les blessures) avec l’un des meilleurs bullpens de l’American League et même des Ligues Majeures (ERA 3.45, 4e). Une arme rendue encore plus efficace par l’arrivée d’Andrew Miller cet été, qui est peut-être le meilleur releveur des Ligues Majeures cette année, performant dans le Bronx comme dans l’Ohio, en cours de match comme en clôture.

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Si les Cleveland ont réussi à disposer de Red Sox pourtant vus comme les favoris de ces Division Series, ils peuvent d’ailleurs remercier leur as du bullpen, qui a su sortir deux manches quasi-parfaites lors de chacun des matchs 1 et 3 (1 hit et 1 walk à chaque fois) et soulager sa défense lors de matchs serrés et dans lesquels les starters n’ont pas exactement tenu la distance (4.2 manches pour Bauer lors du Match 1; 5 pour Tomlin lors du match 3).

Mais, tandis que  Corey Kluber a impressionné lors du Match 2 (7 IP, 0 ER, 3 H, 3 BB), Terry Francona aura besoin que ses autres lanceurs se mettent au diapason, sous peine de souffrir terriblement face aux frappeurs de Toronto. Pour le reste, les Indians ont fait ce qu’ils savent le mieux faire : ils ont frappé, frappé, frappé, beaucoup de small balls et quelques Home Runs, ils ont défendu à la perfection (Fld% 1000, aucune erreur) et ils ont fini par écœurer des Red Sox qui pensaient probablement pouvoir faire la différence par la simple surpuissance de leurs batting staff.

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Mais, si les Indians ont bâti leur succès et leur balayage en Division Series sur les fondations d’une remarquable coordination défensive entre lanceurs, receveurs et joueurs de champ, les Blue Jays ont su manier le bâton à la perfection dans leurs séries survolées face aux Rangers. La franchise Canadienne a marqué 27 runs en quatre matchs depuis le début de la postseason, avec un Josh Donaldson proche du mode MVP (.500, 5 R, 5 XBH, 3 RBI) et un Edwin Encarnacion au-dessus des nuages (.375, 3 HR, 7 RBI, OPS : 1.411 !).

Si on y ajoute les « Quality Starts » de Stroman lors du Wild Card Game (6 IP, 4 H, 2R, 6 K) et surtout de Marco Estrada (8.1 IP, 4 H, 1 R, 6 K) lors du Game 1, il y a tout pour être optimiste du côté des canadiens. Si l’on ajoute que les releveurs n’ont concédé que deux points en quatorze manches lancées (tous deux par Francisco Liriano dans le match 3), il n’y a bien qu’une seule ombre au tableau, la performance plus que moyenne d’Aaron Sanchez lors du match 3 (5.2 IP, 3 H, 6 ER, 4 BB, 2 HR). Le jeune lanceur des Jays a eu bien de la chance de tomber sur un Colby Lewis cataclysmique, qui a concédé cinq points mérités en à peine deux manches !

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Les rotations de Cleveland et Toronto pour ces AL Championship Series

Face à Face

Les Toronto Blue Jays et les Cleveland Indians se sont rencontré à 404 reprises depuis la création de la franchise de l’Ontario, en 1977, pour un bilan de 203 victoires à 201 pour les Canadiens ! Cette saison, les Indians mènent 4-3 dans le duel entre les deux équipes : deux victoires partout lors des séries jouées en juillet à Toronto, et deux victoires à une pour Cleveland lors des séries jouées en aout dans l’Ohio.

Parmi ces oppositions, les Indians et les Blue Jays ont offert au public du Rogers Centre ce qui fut peut-être l’une des séries les plus spectaculaire de la saison en MLB, sur fond d’euphorie et de Canada Day : arrivés dans l’Ontario forts d’une série d’invincibilité de douze matchs, les Indians enchainaient une treizième victoire (4-1)le 30 Juin, au terme d’un match maitrisé par Carlos Carrasco (7 IP, 3H, 0 ER) et le bullpen.

Le lendemain après-midi, 1er Juillet et donc Canada Day, la magie envahissait le Rogers Centre dans un stade archi-comble qui se voyait offrir pour l’occasion le match le plus long de cette saison 2016. Marquée par l’exclusion d’Edwin Encarnacion et de John Gibbons dès la seconde manche, la rencontre se terminait finalement après 19 innings et un passage en revue intégral des bullpens des deux équipes : si Terry Francona décidait finalement de lancer son starter Trevor Bauer dans la 15e manche (pour 5 manches lancées, aucun point concédé et la victoire), Toronto terminait la rencontre avec deux infielders sur la butte : Ryan Goins d’abord, puis Darwin Barney, qui finit par concéder le run de la victoire aux Indians.

Avec 14 victoires consécutives, les Indians établissaient un nouveau record de franchise, mais leur série était brisé dès le lendemain. Zach McAllister remplacait Trevor Bauer et ne tenait qu’une manche. Ingérable pour un bullpen et une équipe épuisée par les efforts de la veille, et qui s’inclinait 17-1 le lendemain, dans une destruction en règle par des Blue Jays revanchards et déchainés !

Si les séries du mois d’Aout furent plus classiques, elles furent tout de même le cadre d’un évènement rare à ce niveau : menés 2-1 dans le bas de la deuxième manche, les Indians revenaient d’abord à niveau grâce a un Home Run de Jose Ramirez puis, le rookie Taylor Naquin frappait une longue balle à la limite du Home Run qui prenait totalement au dépourvu les outfielders canadiens Michael Saunders et Melvin Upton Jr. Les Indians s’imposaient finalement 3-2 sur un combo improbable : Walk-Off et Inside the Park Home Run !


Bonus Track

Vous le savez sans doute, c’est déjà la deuxième fois en 2016 que Toronto et Cleveland se retrouvent face à face pour se disputer une place d’outsider dans une finale majeure. En Mai dernier, les Cleveland Cavaliers l’avaient emporté face aux Toronto Raptors (4-2) pour s’en aller défier les intouchables Golden State Warriors lors des NBA Finals. La suite, on la connait : des finales complètement folles, et une victoire au bout du suspense des coéquipiers de LeBron James, pour mettre fin à 52 ans sans titre pour les équipes majeures de la cite de l’Ohio. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à Cleveland tout le monde veut continuer de planer sur les vents du succès, à commencer par LeBron et les Cavs eux-mêmes, qui ont pris leurs quartiers au Progressive Field pour ces PlayOffs d’American League!

 

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