Life in Mets 2021 : Comment j’ai appris à relativiser les malheurs de la vie en regardant les Mets.

Interlude : Tandis que les Braves et les Dodgers se préparent pour un week-end décisif lors des National League Championship Series, chez les Mets, on a déjà tourné la page d’une saison typiquement Mets. Prometteuse, décevante, frustrante et finalement ratée dans les grandes largeurs. Dans le Queens, on se projette déjà sur l’après, mais l’après est un vaste champ de questions auxquelles les candidats potentiels aux postes disponibles dans le Front Office ne semblent pas pressés de s’attaquer. Propriétaire interventionniste, président aux allures de Control freak, environnement toxique, les chantiers sont nombreux et ont des allures d’Écuries d’Augias pour la vict… l’heureux futur responsable des Mets. On fait le point sur une offseason qui s’annonce particulièrement Rock’n’roll du côté de Citi Field.

Soyez discret supporter des Mets, sinon cela vous revient dans la face ©AP / John Bazemore

Ceux qui me lisent le savent, ce n’est pas facile d’être fan de baseball US dans nos contrés. Difficultés d’accès aux retransmissions, horaires peu compatibles avec une vie sociale et/ou familiale, …

Un esprit retors (ou une commotion cérébrale) pousse le vice un peu plus loin, et vous voilà fan d’une équipe spécifique.

Supporter une équipe, quelques soient les raisons, c’est s’ajouter des contraintes dans l’exercice de sa passion : suivi des résultats spécifiques, suivi du classement, affût des rumeurs, etc…

Dans l’exercice masochiste du fanatisme sportif, il existe un ultime niveau de souffrance : être supporter des New York Mets.

Chaque supporter des Mets le sait, la saison finit 2 fois. La fin officielle et la fin officieuse, celle qui fait dire à tout bon fan des Mets qui se respecte : « Ok, où est cette VHS de 1986 ? »

La fin officielle, ce fut le 25 septembre dernier, quand les pensionnaires du Citi Field ont mathématiquement perdu toutes chances de se qualifier pour la Postseason. Triste fin de septembre pour une équipe en état végétatif avancé, toujours souriante, toujours positive malgré la tournure prise par la saison. En effet, mi-juin, les Mets avaient 9 chances sur 10 de finir en playoffs selon FanGraphs. 1 chance sur 10 de se rater, c’est largement plus que nécessaire pour bousiller une saison dans le Queens.

En l’espace de 2 mois, une franchise pourtant réputée pour ses plantages, erreurs, accidents industriels, cafouillages, aura réussi à passer de prétendant au titre, équipe cool, en tête de la NL East pendant la moitié de la saison, à 3e de division, avec un ratio victoires/défaites inférieur à 50%.

Le pire ? Les Braves peuvent être champion. Les Braves !

Alors as-t-on vu venir la fin précoce avant la fatalité mathématique ? Plusieurs candidats se présentent pour le titre de fin de saison officieuse.

Le 13 septembre, première manche, Jeff McNeil face à Adam Wainwright des Cardinals. 2 in, 2 out. 1, 2, 3, you’re out ! Wainwright nous rejoue la même musique que lors du match 7 des NLCS de 2006. Et, sel sur la plaie ouverte, chambre en interview d’après match :

« I like nostalgia, I felt Mets fans in a bases-loaded situation wanted to see me throw two curveballs and a changeup … I gave the people what they wanted. »

Autant retourner le couteau dans la plaie et vous offrir ce souvenir. Où est ma VHS de 1986 ?

C’est d’autant plus cruel pour les fans, car les Mets sortent d’une Subway Serie victorieuse (la 2e de la saison) et émotionnelle pour les 20 ans des attentats du 9/11 au World Trade Center.

Mais avant tout, c’est la faiblesse des batteurs de l’alignement qui est mis en exergue par les difficultés rencontrées par McNeil. Nous y reviendront.

Un autre candidat est le 29 août. Francisco Lindor et Javier Baez, à peine descendu de l’avion qui l’amène de Chicago, déclare la « Guerre des Pouces » aux supporters. Et, à la mode New Yorkaise, se déroule rapidement en 2 jours d’hystérie collective et médiatique pour finir par l’adoubement du transfuge des Cubs moins de deux semaines après. Classique, dans la veine de la discussion animée entre McNeil et Lindor le 07 mai, « à propos d’un rongeur dans le tunnel ». Passons…

 Le 17 juillet ? Alors menant la NL East d’une courte tête et au sortir du All Star break et de la victoire du Polar Bear lors du home Run derby, les fragiles Mets (psychologiquement et physiquement), perdent en l’espace d’une heure trente, le meilleur lanceur sur terre (Jacob deGrom) et le joueur le plus talentueux de l’effectif (Francisco Lindor). Et s’amorce une série de 13 matchs à l’extérieur contre les Dodgers et les Giants, les 2 mastodontes de la NL West. Les Mets rentrent avec un superbe 2-11 dans la valise, dont 7 défaites par un run d’écart. Bilan comptable : ratio victoires défaites sous les 50%, 3e de la NL East, 7 ½ victoires derrière les leaders, Les Braves (qui restent sur 9 victoires consécutives).

Voilà. C’est celle-ci, le 17 juillet est la date officieuse de la fin de la saison des Mets. Ou bien… ?

En fait, c’était une question piège. La saison des Mets est morte avant qu’elle ne commence.

Le 10 mars, en plein Spring Training, après un exercice de match simulé à 27 batteurs, l’équipe se rassemble au milieu de l’infield pour exulter, célébrer, se congratuler. C’est un exercice de visualisation d’une victoire en World Series. C’est important la visualisation chez un athlète, cela lui permet de mieux comprendre et anticiper les éléments clés de son sport.

Mais la visualisation, c’est dans la tête que cela se passe. Pas à la vue de tous, surtout des médias New Yorkais, peu réputés pour leur bienveillance envers les équipes locales. Et c’est le genre de situation qui vous revient au visage dès la fin de saison officielle. Belle idée de merchandising le boomerang New York Mets…

Alors que le 35e anniversaire de la (dernière) victoire en World Series est célébré, à défaut d’autre chose, la question qui revient est la même qu’à chaque fin de saison : Que manque-t-il à ces Mets pour aller au bout ?

L’équipe de 1986 était un assemblage de stars aux égos surdimensionnés. Un mélange hétéroclite de talents et de caractères qui aurait pu, qui aurait dû gagner plusieurs championnats. Miraculeusement ils en gagnèrent un. L’édition 2021 des Mets est aussi un assemblage de talents qui potentiellement peuvent rêver d’or et de gloire. Mais voilà, il n’y a pas de caractère dans cette équipe.

Toute la saison, pas une seule voix pour secouer le cocotier et mettre les joueurs et/ou le staff devant ses responsabilités. Pete Alonso a connu plusieurs périodes creuses au cours du printemps et de l’été, a toujours vanté l’esprit de travail du groupe et la positivité de celui-ci malgré la perte totale de confiance de McNeil, les problèmes d’acclimatation de Lindor en début de saison, l’absence de puissance chez Dominic Smith, etc…

Ce groupe est profondément positif et les joueurs s’adorent. Brandon Nimmo est l’homme le plus heureux du monde dès qu’il est sur le terrain avec l’uniforme des Mets. J.D. Davis anticipe déjà la tristesse que va générer son départ « de ce groupe d’amis ». Francisco Lindor a le sourire le plus flamboyant et éternel de la MLB, les joueurs de banc, le Bench Mob, est le groupe de gars dont tu veux être pote tellement ils ont l’air de s’amuser. Même le manager Luis Rojas est tellement cool qu’il ne discute pas les décisions des arbitres. Ces gars s’aiment trop. Quand tout fut chaotique dans l’entourage ou les résultats, le clubhouse était pépère dans ses charentaises

Mrs Lindor et Baez, un jugement sur le niveau de l’équipe ? ©Wendell Cruz / USA Today Sport

Ce n’est pas une équipe de fainéants, bien au contraire. 66 matchs ce sont joués d’un run et le bilan en extra-inning est de 11v-7d. Ce sont des gars qui savent se battre, mais qui n’ont pas eu de série marquante dans la saison. Alors on est d’accord que la méthode du male alpha-harceleur-engueuleur type Roy Kent n’a plus vraiment sa place dans un vestiaire, mais un peu d’amour propre n’a jamais blessé personne !

Et cerise sur le gâteau, la gestion en coulisses fut chaotique.

Premier exemple, le cas Chili Davis. Chili est le hitting coach qui a permis aux Mets de 2019 d’être l’une des meilleures équipes de l’histoire de la franchise offensivement. Alonso a claqué 53 HR, 4 autres joueurs plus de 20.  Les prévisions de 2021 mettaient l’accent sur la profondeur de la rotation des lanceurs et la défense améliorée. Marquer des runs ne serait pas une difficulté.

Et bien sûr, à la grande mode du Queens, marquer des runs fut difficile. Voire très difficile durant le premier mois. Entre en scène Donnie Stevenson. A partir du 1er mai, Alonso, Nimmo et Conforto créditent Donnie Stevenson pour l’amélioration des performances à la batte.

Mais voilà, Donnie Stevenson n’existe pas. C’est une blague potache, créée par un vestiaire à l’aise, et qui fait sourire tout le monde.

Jusqu’à ce que les problèmes au marbre resurgissent et que Chili Davis se fasse virer, directement par le propriétaire Gary Cohen. Malaise, Donnie Stevenson ne fait plus rire. Et la promotion de Hugh Quattlebaum, le hiiting coach en chef des minors, ne fera qu’aggraver les problèmes, son approche analytique étant le parfait contraire de ce que Chili Davis enseignait. Les joueurs en seront perdus pour le reste de la saison. L’équipe finira 27e de la ligue en runs et 29e en hits.

Bon, admettons que c’est quand même fun et plein de dérision de faire réapparaître le personnage pour la promo du All Star break et Home Run Derby

Pourquoi, me direz-vous, le propriétaire vire directement un coach ? C’est qu’au niveau front office, c’est un peu le chantier.

Tout juste nouveau propriétaire et fan n°1 déclaré, Gary Cohen a une vision pour son club. L’organisation doit s’articuler autour d’un President of Baseball Operations et d’un President of Everything Else.

Pour initier la recherche de la partie baseball, Gary fait revenir une légende du management, Sandy Alderson, qui sera le President of Everything Else. Alderson est la raison pour laquelle le noyau actuel de l’équipe est si intéressant, ayant été le GM à New York entre 2010 et 2018 (NL champion, Executive of the Year).

Auparavant, il a été le bâtisseur des Oakland Athletics dominateurs des années 80, mentor de Billy Beane. Il a toujours été la personne qui sort les Mets des abysses et sa mission finale est de les emmener vers les beaux jours en trouvant et formant son digne successeur.

La présentation du CV de Sandy Alderson est nécessaire, car ce qui va suivre est la liste des catastrophes managériales qui se sont abattues durant la saison :

  • Le coach Mickey Callaway, qui fut recruté en 2017 par Alderson et effectua 2 saisons moyennes, est mis en accusation pour des faits d’agressions sexuelles.
  • Le 13 décembre 2020, Jared Porter est désigné comme nouveau General Manager. Pas President of Baseball Op. Et un mois plus tard, les Mets le licencie suite à des accusations d’agressions sexuelles survenues lors de son passage aux Cubs.
  • Son remplaçant sera Alderson secondé du GM adjoint Zack Scott. Scott sera mis à pied le 2 septembre 2021 suite à une accusation de conduite en état d’ivresse.
  • Durant l’intersaison 2020-21, Alderson fut tout proche de signer Trevor Bauer, qui est suspendu pour des accusations…d’agressions sexuelles.

Donc, le propriétaire d’une franchise évalué au dela du millard de dollars va continuer de faire confiance à la même personne pour recruter un General Manager du 21e siècle. Cette même personne, quand on lui demande si l’exécutif des Mets a tiré des leçons de cette affaire Bauer:

« There were lots of questions about Trevor Bauer that we tried to answer, and … I think the process we went through was a good one. We had lots of feedback, including from our own employees, male and female. So, that’s an unfortunate situation. And the good news is it didn’t happen on our watch. »

« Heureusement que ce n’est pas arrivé chez nous » On ne peut pas dire qu’il se dédouane lui et le club en disant des choses justes. Il n’est pas du tout dans la justesse, ou dans le regret de la situation. Pas de signes que la leçon ait été retenue et que les signaux d’alarmes seront mieux pris en compte.

Mets Front Office – Une allégorie ©KC Green – 2013

Alors de quoi sera fait le futur ? Le chantier est vaste.

Un nouveau President of Baseball Operations, qui ne sera ni Theo Epstein (GM des RedSox 2004 et des Cubs 2016), ni Billy Beane (qu’on ne présente plus), ni David Stearns (PBO des Brewers, membre du front office de la reconstruction des Astros entre 2013 et 2015). Ces 3 noms figuraient dans le haut de la liste de Cohen/Alderson. Ce qui montre que la puissance financière n’est pas la seul attractivité que doit avancer le club.

Un nouveau manager. Là aussi, la situation s’annonce compliquée. L’idéal serait d’avoir rapidement un PBO ou GM qui fasse le choix du manager. Mais les coachs de qualité ne sont pas légions sur le marché, d’autant plus que le club recherche quelqu’un avec de l’expérience, mais qui sera à l’aise avec les analytics et les jeunes. Le double effet Kiss Cool ? Les Padres recherchent le même profil de manager, et on déjà commencé les interviews, notamment celle de Mike Schildt, ex-entraîneur des Cardinals.

La gestion des free-agents que seront Baez, Conforto, Syndergaard et Stroman entre autres. La gestion des arbitrations pour Nimmo, Davis, Smith ou McNeilnnotamment. La gestion tout court du cas deGrom. La volonté du propriétaire de tous faire, même dépaser la luxury tax pour gagner le titre dans les 4 ans. Mais comme le souligne Michael Conforto : « Regardez les top teams, LA, Boston, Tampa. Nous, en 1 an, on a connu 2 propriétaires, 3 GM et 2 manager. On ne peut pas s’étonner d’être où on est ».

Comme tous les ans, la saison morte n’en aura que le nom, car le grand chapiteau du cirque Mets sera en ville tous l’hiver. Et comme tous les ans, arrivant le printemps, les attentes seront hautes pour tous les fans comme moi qui espèrent le retour des Mets à un niveau AMAZIN’.


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