Mode d’Emploi : Le Hall of Fame, comment ça marche?

Ce mardi, Cooperstown va – peut être – accueillir sa nouvelle promotion. Peut-être, dis-je bien, car le ballot actuel, entre superstars de « second rang » et géants honnis du baseball, pourrait voir janvier 2021 devenir la première année sans Hall of Famers depuis 1960. Cela dépendra principalement des cas combinés de Barry Bonds et Roger Clemens, ainsi que de celui de Curt Schilling. Les deux premiers pourraient rester une fois de plus à la porte en tant que têtes d’affiche de la Stéroïd Era, le troisième pour sa personnalité oscillant entre divisive et détestable.

La promotion 2021 des candidats au Hall of Fame

Car non, l’intronisation d’un joueur, dirigeant ou même arbitre de baseball ne se fait pas uniquement sur la foi de critères purement statistiques, mais plutôt sur un ensemble de critères définis par la Baseball Writers’ Association of America (BBWAA) ou le Veterans Committee.

Avant de se pencher sur le Veteran Committee, voici les critères d’éligibilité pour entrer dans le ballot de la BBWAA, des critères qui s’appliquent pour les joueurs récemment retraités :  

  • Le joueur doit avoir participé (au moins une apparition) à un minimum de 10 saisons en Ligues Majeures
  • Le joueur a pris sa retraite depuis au moins cinq saisons
  • Le joueur doit être accepté dans la liste par un comité de sélection , et ne pas avoir été banni du baseball

Ce dernier point explique pourquoi Shoeless Joe Jackson (Impliqué dans le Black Sox Scandal) et Pete Rose (accusé de paris sportifs concernant l’équipe qu’il manageait), pourtant deux légendes du sport bien ancrées dans sa culture,  n’ont jamais eu la chance d’être considérés pour une intronisation, malgré des appels réguliers pour un pardon. Cela viendra peut-être un jour.

Mais revenons-en donc aux modalités de vote. Un joueur admis dans le ballot de la BBWAA sera éligible au Hall of Fame pour une durée maximale de 10 ans. Par exemple, le lanceur Mark Buehrle, vainqueur des World Series avec les Chicago White Sox en 2005 et auteur de 16 saisons d’une carrière solide dans l’Illinois puis chez les Blue Jays, et qui a pris sa retraite en 2015, est entré pour la première fois dans le ballot cette année, et y restera au maximum jusqu’en 2030.

Baseball Hall of Fame 2021: SN's Ryan Fagan explains his ballot | Sporting  News
Barry Bonds, Scott Rolen, Mark Buehrle : trois hommes, trois styles, trois destins, et s’il fallait n’en choisir qu’un ?

Il y est entré en compagnie de Tim Hudson, Torii Hunter, Dan Haren, Barry Zito, Aramis Ramirez, Shane Victorino, A.J. Burnett, Nick Swisher, LaTroy Hawkins et Michael Cuddyer. Alors bien entendu, en regardant cette liste, on peut se dire qu’aucun de ces joueurs ne semble un candidat naturel au Hall of Fame, à l’inverse de Derek Jeter l’an dernier ou de David Ortiz qui apparaitra l’an prochain.

Et un coup d’œil rapide au Tracker de Ryan Thibodeaux, qui répertorie chaque année les ballots rendus public avant le vote des journalistes, semble indiquer que seuls Buehrle donc, Hudson et Hunter pourraient obtenir 5% des votes ou plus. 5% des votes c’est justement le « cut », le minimum à obtenir lors de n’importe laquelle des dix années de présence dans le ballot pour y rester. On peut donc estimer sans trop risquer de se tromper que Hawkins, Cuddyer, Ramirez et compagnie ne reviendront pas l’an prochain.

Mais comment obtient-on ces votes ? 

Une fois les joueurs sélectionnés, les joueurs passent à l’épreuve suivante, celle du vote. Comme expliqué ci-dessus, un joueur obtenant moins de 5% de votes sera automatiquement exclu des votes futurs, et un joueur obtenant plus de 75% de votes sera intronisé à Coopertown. Chaque votant peut décider de choisir un maximum de 10 noms sur le bulletin à sa disposition, il peut aussi décider de ne cocher aucun nom si aucun joueur ne mérite l’élection à ses yeux.

Les critères pour être l’un des « grands électeurs », ils sont habituellement environ 400, sont assez simple : il faut avoir été un membre de la BBWAA depuis au moins dix ans : le « W » pour Writers est important ici, puisqu’il confirme que les votants doivent écrire sur le baseball, qu’ils soient journalistes de la presse papier ou en ligne ou chercheurs, tandis que les journalistes du secteur audiovisuel ne sont pas admissibles dans l’associations : sauf bien sûr s’ils cumulent les deux casquettes, comme par exemple Ken Rosenthal, le journaliste star de Fox Sports et de The Athletic. Vous l’aurez compris, on fait tout ce que l’on peut, mais The Strike Out ne participera pas au vote cette année encore!

Baseball Hall of Fame 2020: How The Post voted their ballots
Chaque votant choisira jusqu’à dix noms en son âme et conscience, et en vertu de critères aussi idéalistes que parfaitement imprécis

Quant aux critères retenus par ces électeurs pour attribuer leur vote ? Ils sont aussi nombreux que le nombre de journalistes et d’auteurs qui composent le jury, et sur des critères très subjectifs :

Voting shall be based upon the player’s record, playing ability, integrity, sportsmanship, character, and contributions to the team(s) on which the player played.

« Le vote doit être basé sur les performances du joueurs, ses qualités et esprit sportifs, son intégrité, son caractère et sa contribution au performances de(s) équipes dans lesquelles il a joué. « 

Dès lors, un Curt Schilling, personnage détestable et en friction constante avec les médias et le grand public pendant sa carrière et depuis sa retraite, part avec un handicap considérable dans l’opinion des journalistes, même s’il semble proche de rentrer parmi les immortels cette année, dans sa neuvième année. Autre joueur remarquable doublé d’un personnage détestable et détesté, Albert Belle sera tombé avec moins de 5% dès sa deuxième année de présence dans le ballot. Avait-il le calibre Hall of Fame ? C’est discutable. Serait-il tombé après seulement deux années de présence s’il avait été un joueur sympathique, affable et accommodant : absolument aucune chance.

Dans un autre registre, des joueurs comme Barry Bonds et Roger Clemens paient principalement pour avoir été les têtes d’affiches de la Stéroïd Era. S’il est indiscutable que leur implication dans le dopage organisé au sein de la MLB des 1990-2000s est un manquement flagrant aux règles d’intégrité dictées par la BBWAA, aucune hiérarchie n’existe pour déterminer à quel moment la qualité sportive et l’héritage d’une ancienne gloire priment ou non sur ses fautes dans le vestiaire, sur le terrain ou même dans la vie de tous les jours.

Mais assez de bavardage : que ce modèle soit juste ou non, un joueur n’aura que trois options initiales. Attendre dix ans et disparaître du ballot, être élu avec 75% ou être éliminé en passant sous les 5%. Puis, quelques années plus tard, viendra la seconde chance.

Le Veterans Committee

Une fois exclus de la course au Hall of Fame par la « route principale », les joueurs vont avoir une seconde opportunité de rejoindre le Hall of Fame, via différents comités regroupés sous la dénomination générale de Veterans Committee. Créé par le commissioner Landis en 1939, la fonction originale de ce comité fut de sélectionner les meilleurs joueurs du 19e siècle et de les introniser à Cooperstown. Après avoir sélectionné cinq joueurs lors de la première session, puis 6 lors de sa deuxième session en 1953, le comité composé de 11, 12 puis 15 membres continua à choisir ses « immortels » au rythme d’une session tous les deux ans, et de deux joueurs par session, puis deux joueurs et une personnalité non joueur (Manager, Dirigeant, Propriétaire, etc) à partir de 1971.

National Leon Day brings back memories of one of the Negro Leagues' best  pitchers | Baseball Hall of Fame
Le lanceur Leon Day, en 1935 sous le maillot des Newark Eagles (Negro Leagues). Il sera élu au Hall of Fame en 1995, six jours avant sa mort.

Le Veterans Committee a continué à évoluer, au fil des ans, nommant à chaque session des joueurs, managers, dirigeants mais aussi des arbitres, puis prenant – enfin – en considération les Negro Leagues à partir de 1995.

Le système actuel, en vigueur depuis le début du 21e siècle, est ouvert à tous les membres vivants du Hall of Fame ainsi que tous les vainqueurs vivants du J. G. Taylor Spink Awards et du Ford C. Frick Award, récompensant respectivement des membres de la presse écrite et du secteur audiovisuel (TV et Radio confondus) pour leur mérite et leur contribution à la grandeur du baseball.

Si les Comité des Vétérans a connu plusieurs formules, notamment pour rattraper le retard sur la reconnaissance due aux gloires de l’ancien temps et à celles des Negro Leagues, il fonctionne aujourd’hui de manière relativement fluide, et en sessions alternatives pour intégrer selon les années, les joueurs et personnels de quatre ères différentes du baseball : Early Baseball (1871-1949), Golden Days (1950-1969), Modern Baseball (ou expansion era : 1970-1987) et Today’s Game (1988 à aujourd’hui). Chacun de ces comités est composé de 16 personnes, sélectionnables selon les critères cités dans le paragraphe précédent.

Les élections se tiennent deux fois par période de cinq ans pour les comités « Modern Baseball » et « Today’s Game », une fois tous les 5 ans pour le comité « Golden Days » et une fois tous les dix ans pour le comité « Early Baseball »

Les joueurs et personnels des trois premières catégories peuvent être proposés à l’élection à chaque session du comité adéquat, à condition d’avoir participé à au moins dix saisons, les critères pour la quatrième catégorie sont les suivants :

  • Un joueur doit avoir participé à au moins 10 saisons de Ligues Majeures, et terminé sa carrière de joueur (mais pas forcément de manager ou autre cadre dirigeant) au moins 15 saisons avant de devenir éligible au Hall of Fame par la route du Veteran’s Commitee. Il deviendra donc éligible un an après la fin des 10 ans de présence maximale dans le Ballot initial.
  • Un Manager, arbitre ou dirigeant doit avoir pratiqué à son poste pendant au moins dix saisons et avoir pris sa retraite depuis plus de cinq ans, ou avoir dépassé l’âge de 65 ans et pris sa retraite depuis plus de 6 mois.

Ici encore, 75% des votes sont nécessaires, soit 12 des 16 membres du comité désigné pour la session en cours.

Exemple pratique : Le lanceur Jack Morris, quatre fois vainqueur des World Series avec Detroit (1984), les Twins (1991) et les Blue Jays (1992 et 1993), a terminé sa carrière en 1994 au terme de sa 18e année dans les Ligues Majeures, et est devenu éligible au Hall of Fame en 2000. Avec un score maximal de 67.7% en 2014 (la durée maximale de présence dans le ballot n’est passée de 15 ans a 10 ans qu’en 2014), il ne sera pas admis au Hall of Fame en première session, mais redeviendra éligible en 2016. Il sera élu avec 14 votes lors de la session de 2018, en compagnie de son ex-coéquipier aux Tigers, Alan Trammell.

A noter que lors d’une élection du Veteran’s Committee, la consigne faite aux votants est de prendre également en compte la carrière de manager ou de dirigeant d’un ancien joueur au même niveau que sa carrière de joueur, mais de décider finalement dans quel rôle il doit être honoré. Ainsi, Joe Torre, déjà un très grand joueur, 9 fois All Star et MVP de National League en 1971, mais qui n’aura jamais dépassé les 22% dans l’élection régulière, fut admis en 2014 en tant que Manager, une fonction dans laquelle il aura fait bien mieux qu’égaler ses performances de joueur, puisqu’il deviendra l’entraîneur emblématique des Yankees de l’époque Core-Four et les mènera à quatre titres suprêmes entre 1996 et 2000.

A noter également qu’il n’y a pas eu de session du Veteran’s Commitee en décembre 2020, en raison de la pandémie de Covid-19, et que cette session qui devait être dédiée aux époques « Early Baseball » et « Golden Days » se tiendra en décembre 2021.

La promotion 2019 : Harold Baines, Lee Smith, Edgar Martinez, Mike Mussina, Mariano Rivera et Roy Halladay (représenté par sa veuve, Brandy). Au rattrapage, de justesse, à l’unanimité ou à titre posthume, tous sont désormais égaux parmi les immortels.

Après le vote, l’intronisation. Une fois élu, les heureux « immortels » seront présentés au Hall of Fame Museum de Cooperstown, dans l’Etat de New York, pour une cérémonie  d’intronisation ou le public pourra revivre leurs exploits, où ils dévoileront la plaque de cuivre gravée avec leur nom, leur visage et la franchise dont ils ont décidé de porter la casquette au Hall of Fame. Ils seront ensuite invités à s’exprimer face à la foule sur leur carrière, leur vie, et leur vision du baseball. Surtout, ils vivront pour toujours parmi les éternels, les beaux et les vilains, les élégants et les brutaux, les sournois et les géniaux, tous ces hommes et femme(s)* élus au Temple de la renommée, comme un reflet éternel d’un siècle et demi de baseball et d’histoire entremêlés.    

*332 hommes, et une femme, une seule à ce jour. Si l’on on peut imaginer et espérer que cela changera dans les années à venir, au fur et à mesure que les femmes sont intégrées à tous les niveaux de la vie du baseball majeur, je vous invite à découvrir, chez nos amis d’Honus, l’histoire incroyable d’Effa Manley, dirigeante historique des Newark Eagles de Negro Leagues, combattante des droits civiques, et admise au Hall of Fame lors de la session de 2016.

 


Une réflexion sur “Mode d’Emploi : Le Hall of Fame, comment ça marche?

Laisser un commentaire