Interview : à la découverte du Pandemic Baseball Book Club – chapitre 1

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Avec quatre mois de retard, la saison 2020 de la MLB a pu débuter fin juillet dans des conditions très particulières pour joueurs, staffs mais aussi journalistes. Ces derniers ne sont pas épargnés par la crise économique qui a succédé à la crise sanitaire : des dizaines de journalistes ont été licenciées chez The Athletic et de nombreux journalistes ou auteurs de livres de baseball ont vu la sortie de leur livre perturbée par la pandémie puisque les librairies ont fermé. Il a donc fallu s’organiser pour la promotion des ouvrages et c’est ainsi qu’est né sur internet le collectif Pandemic Baseball Book Club qui propose des débats et des rencontres virtuelles entre auteurs et lecteurs. Les fondateurs Anika Orrock, Jason Turbow, Eric Nusbaum et Brad Balukjian ont accepté de répondre aux questions de The Strike Out. Ce long entretien sera découpé en plusieurs chapitres. Pour commencer : l’origine du PBBC.

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The Strike Out : Quelle est l’origine du Pandemic Baseball Book Club (PBBC)? Et d’où viennent le super logo (la balle de baseball qui porte un masque) et ce sous-titre français : « cul-de-sac »?

Jason Turbow : Le Pandemic Baseball Book Club est un collectif d’auteurs qui ont un point commun : la publication de leurs livres sur le baseball a été perturbée par le Covid. Quand on a compris que les signatures/rencontres dans les librairies étaient annulées, on s’est tourné vers internet et on a lancé un appel pour qu’un maximum d’auteurs nous rejoignent. Le logo a été dessiné par l’une de nos membres, Anika Orrock, auteur du fabuleux livre « The Incredible Women of the All-American Girls Professional Baseball League » [note : La ligue féminine créée pendant la Seconde Guerre mondiale, popularisée par le film « A League of their own », « Une Equipe hors du commun »]. Quant au sous-titre, cette expression française est assez commune dans la langue anglaise, alors ça ne nous parait pour nous pas si étranger que ça! C’est l’un de nos fondateurs, Brad Baljukian, qui l’a utilisé lors d’une conversation pour la création du collectif. Ça m’a plu et on a donc mis ça à la Une… Bravo pour l’observation!

Anika Orrock : Je viens de réaliser ce que veut dire la traduction littérale de l’expression française « cul-de-sac » ! Ici aux Etats-Unis, un « cul-de-sac » est une impasse d’un quartier agréable, qui se termine généralement par un rond-point pour faire demi-tour. Mes grands-parents vivaient dans un « cul-de-sac », et c’était un endroit super pour discuter entre voisins et pour jouer quand on était enfants. J’adore le sens américain de l’expression mais je dois avouer que la traduction de l’expression française est à mourir de rire! En tant qu’illustratrice, je suis peut-être influencée mais je crois très fort au pouvoir du visuel. Quand on a commencé à travailler sur ce projet, ma première idée a été « Il nous faut une identité visuelle! ». Cet aspect est souvent relégué au second plan. Ça a été super fun pour moi de créer ce logo, surtout parce que personne ne me donnait d’ordres ou de consignes! Je leur ai simplement dit qu’on avait besoin d’un logo, je l’ai fait, et peut importe s’ils aimaient ou non!

TSO : Ce n’est pas courant que des auteurs travaillent sur un projet commun. Vu de l’extérieur, on vous imagine en concurrence?

Jason : C’est sans doute l’aspect le plus agréable de ce projet. La plupart d’entre nous travaille ou a travaillé dans une rédaction où il y a un esprit de camaraderie qui n’existe pas à l’inverse dans le monde de l’édition. La promotion d’un livre est bien souvent un parcours solitaire. Ensemble, on a pu fédérer les réseaux sociaux et médiatiques de chacun et ça nous a permis de travailler collectivement pour se soutenir les uns les autres. Il y a une expression qui dit que la marée montante profite à tous les bateaux, on a essayé de mettre cette théorie en application.

Eric Nusbaum : J’ajouterai que l’exercice « d’écrire un livre » est aussi un parcours solitaire. C’est beaucoup de temps passé seul avec son esprit. Alors avoir la compagnie de collègues qui sont dans le même processus mental et ensuite qui vivent ce même parcours éditorial, c’est vraiment agréable. Ça nous permet aussi de conserver du lien pendant cette période où les événements publics sont impossibles à organiser.

Brad Balukjian : Ne croyez pas ce que raconte Eric! Il n’aime rien d’autre que de s’enfermer dans la pièce la plus sombre des salles d’archives d’une bibliothèque et ainsi éviter tout contact humain pendant des heures. Clairement oui, l’union fait la force. Ce n’est pas parce qu’on fait de la promotion pour « They bled blue » [écrit par Jason Turbow, l’histoire des Los Angeles Dodgers de 1981] que « The wax pack » [écrit par Brad Balukjian, un livre-enquête sur des joueurs découverts dans un paquet de trading cards] ne va pas se vendre, au contraire.

Anika : Comme c’est mon premier livre, je n’ai pas vraiment de repères pour comparer. Mais pas longtemps avant la sortie, je commençais à me rendre compte de la compétition et de la concurrence dans le marché de l’édition et ça ne me plaisait pas du tout. Je ne suis pas une compétitrice dans l’âme et ça m’angoissait de devoir me faire une place là dedans. Juste avant que tout ne s’arrête, Brad m’a envoyé un message de soutien sur Twitter, et en fait ça m’a fait cogité, je me demandais si il ne se moquait pas de moi. Aujourd’hui, je dis bravo à Brad pour avoir eu le courage d’afficher ses soutiens publiquement et très rapidement. Lancé un livre pendant la pandémie, en plus un livre sur le baseball quand il n’y a pas de baseball, ce n’est vraiment pas l’idéal, mais je n’imagine pas un meilleur scénario que celui qui s’est finalement déroulé pour nous. Les circonstances ont fait naître cet esprit de communauté, coopération, collaboration et amitié, qui autrement n’aurait peut-être jamais existé. C’est vraiment quelque chose de très spécial.

TSO : Anika vient de le dire, promouvoir un livre de baseball quand il n’y a pas de baseball c’est compliqué… mais le succès immédiat du collectif, l’accueil que vous avez reçu des lecteurs est-il lié justement à tout ce contexte de saison repoussée, de librairies fermées? Aurait-il pu exister dans des circonstances « normales »?

Jason : Ce qui est sûr c’est que nous n’aurions pas lancé ce projet si les rencontres « physiques » n’avaient pas été annulées, mais il est difficile de dire aujourd’hui si l’absence du baseball « en live » a été bénéfique ou non pour nous. D’un côté, les fans ont cherché d’autres moyens pour rester connectés au sport. De l’autre, les livres de baseball ont l’habitude de sortir au printemps parce que l’excitation des fans est à son comble en cette période et que ces livres accompagnent le lancement de la saison et les premiers matchs. Les ventes de livres de baseball sont bien meilleures pendant les mois de compétition qu’en plein hiver.

Eric : Merci tout d’abord de parler de succès! Pour moi le succès jusque là c’est la communauté que nous avons formée. La pandémie nous a offert cette opportunité unique. Mais le vrai test sera de voir comment nous allons consolider tout ça et se projeter dans un futur où le baseball et le monde retourneront ronds à nouveau.

Brad : Dans un univers alternatif sans pandémie, est-ce que nos livres se seraient bien vendus ou mieux vendus? On ne le sera jamais et j’essaye de ne pas me poser la question pour éviter les insomnies et aussi parce que j’ai des nouveaux amis supers maintenant. Dans mon enquête sur les joueurs retraités pour « The Wax Pack », ils m’ont confié que la chose qui leur manquait le plus c’était leurs coéquipiers et la camaraderie du clubhouse. On est en train de prouver que la camaraderie existe aussi parmi les auteurs.

Anika : Jason, Eric et Brad l’ont très bien dit… C’est une chose qui ne serait jamais arrivé dans des circonstances normales, et nous avons su en tirer le meilleur. Je pense que l’absence du baseball a peut-être aidé mais le baseball en lui-même c’est plus qu’un simple match pour de nombreux fans. La nostalgie, l’histoire, le scénario d’un match, c’est ça qui créée des connexions et des relations. Dans notre collectif, nos livres abordent des sujets très divers mais c’est le baseball qui fait le lien. Je pense que – surtout dans la période actuelle – c’est ce lien que recherche les fans, ce lien qui leur offre l’opportunité d’échanger entre eux.

TSO : A la place des rencontres ou séances de dédicaces en librairies, vous avez mis en place des sessions de questions-réponses sur internet, des débats diffusés sur Zoom… Quelle est la différence entre la promotion « physique » d’un livre et cette promotion « digitale »?

Jason : Il faut être créatif. On a bien sûr mis aux points ces échanges pour permettre aux auteurs de parler de leur livre et de leur travail, mais on a aussi mis en place des débats et des discussions plus larges. On aborde et on va aborder des thèmes variés. Restez connectés avec nous!

Eric : La plupart voire tous les auteurs étaient des débutants dans cet exercice, alors j’ai aussi hâte de participer à des rencontres en librairies pour vraiment me rendre compte de ce que c’est.

Anika : Comme Eric, j’ai hâte aussi que l’on puisse rencontrer les lecteurs « pour de vrai ». Mais au moins, cet exercice à distance m’a permis d’apprendre beaucoup de choses et ce sera important quand je vais participer à des événements en direct. Si je compare mes premières interviews et ma seule rencontre physique en librairie – et oui j’ai eu le temps d’en faire une – avec les discussions que j’ai maintenant, je me sens beaucoup plus à l’aise. C’était finalement une chance de pouvoir travailler cet aspect là sans trop de pression et surtout entourés de vrais pros! C’est aussi une bonne façon de capter et comprendre l’intérêt du public.

TSO : Bien sûr, vous faites la promotion de vos livres sur le site, mais vous tenez aussi absolument à défendre les librairies indépendantes. En quoi est-ce important pour vous?

Jason : Les librairies indépendantes ont été horriblement impacté par la croissance d’Amazon. Quand les magasins ont fermé à cause du Covid, cette réalité est devenue encore plus prégnante. On fait de notre mieux pour encourager les gens à acheter auprès des commerces de proximité, plutôt que sur des immenses plateformes internet.

Brad : J’ai fait des recherches avec le dictionnaire « Polynésie Française », je vais donc poursuivre en français. [La suite de la réponse est en effet écrite en français, que je retranscris tel quel] Très important. Les grandes compagnies, comme Amazon, a trop de puissance dans l’écosystème des librairies. Je suis toujours pour le « underdog ». En fait, une grande thème de mon livre est que les joueurs de baseball « underdogs » sont plus contents dans leurs vies que les joueurs plus célèbres. Donc, je préfère qu’on achète des livres dans des petites librairies indépendantes.

Jason : Crâneur!

Anika : Brad est vraiment le gars qui se la joue dans le groupe! Je vais utiliser ma propre langue pour répondre à la question et compléter la réponse de Jason. La situation est très dangereuse pour le commerce indépendant en général pas seulement les librairies. En ce qui les concerne, il faut bien se rendre compte que ce ne sont pas simplement des endroits où on achète un livre, mais aussi un lieu de rencontres et d’échanges. Bien souvent, elle représente un endroit calme et tranquille où la communauté peut se rassembler et apprendre. Beaucoup de libraires s’engagent sur des sujets sociaux et locaux, ils sont souvent le relais et la voix de ce qui en sont privés. Même si ce n’est que virtuel pour le moment, c’est aussi la vocation du PBBC. Notre pays est tellement divisé, qu’il est important de préserver certaines fondations quand c’est possible.

TSO : On sait que Sean Doolittle (joueur des Washington Nationals) est un fervent lecteur et un ardent défenseur lui aussi des librairies indépendantes. Il adore partager ses conseils de lecture ou ses adresses quand il joue à l’extérieur. Avez-vous eu des contatcs avec lui, peut-être pour travailler à un projet commun?

Jason : Il me semble avoir écrit le premier portrait de Doolittle dans la presse nationale quand il jouait chez les A’s. J’ai essayé de le contacter sur Twitter à propos de cet amour qu’il a des livres, mais je n’ai pas encore eu de réponse. Quand on aura l’opportunité de nouveau d’interagir normalement avec les joueurs, je le rencontrerai directement.

Anika : Peut-être que Brad pourra lui parler en français! [La compagne de Sean Doolittle, l’auteur américaine Eireann Dolan, a étudié en France, et elle échange parfois en français sur les réseaux sociaux avec les fans].

 

A suivre – Chapitre 2 : L’écriture d’un livre de baseball


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