A la recherche du Wax Packer perdu …

Existe-t-il une vie après le baseball professionnel ? Pour répondre à cette question, prenez un vieux paquet de cartes Topps, un thermos de café et votre vieille Honda. Préparez vous à traverser les Etats-Unis d’est en Ouest et du nord au sud. Si vous n’avez pas le courage, installez vous confortablement dans votre canapé et ouvrez le génial The Wax Pack, On the Open Road in Search of Baseball’s Afterlife de Brad Balujkian.

La couverture du livre The Wax Pack et les quinze cartes Topps de 1986

Brad Balukjian n’est pas un ancien joueur de baseball ni un journaliste sportif. Brad est professeur de biologie – entomologiste plus exactement – au Merrit College d’Oakland. C’est un passionné de baseball depuis sa plus tendre enfance – il partage cette passion avec son père qui l’a initié. Pour répondre à cette question, il a eu une idée un peu folle, que personne avant lui n’avait jamais eue – ou du moins jamais réalisée. Ouvrir un petit sachet Topps qui contient une quinzaine de cartes de joueurs de la Major League de Baseball et partir à leur recherche à travers le pays. Le petit grain de folie de Brad Balukjian est l’année choisie. Il aurait très bien pu ouvrir un paquet du début des années 2000 et partir en quête de joueurs fraîchement retraités. Il a préféré corser l’exercice en ouvrant un paquet de l’année 1986, acheté aux enchères sur eBay, prenant le risque de ne pas retrouver le moindre joueur. Et pourtant …

Des quinze joueurs du paquet, un seul est décédé. Al Cowens, joueur emblématique des Kansas City Royals, a succombé en 2002 d’une crise cardiaque. Les quatorze autres sont bien vivants. Parmi eux, d’anciennes stars, comme Carlton Fisk (introduit au Temps de la Renommé en l’an 2000), Rick Sutcliff ou Vince Coleman, des joueurs solides comme Lee Mazzilli ou Steve Yeager, ainsi que des joueurs plus anonymes, les préférés de Balukjian auxquels il s’est toujours identifié, comme Rance Mulliniks ou Jaime Cocanower, les underdogs comme il les définit.

Après neuf mois de préparation, le voilà parti pour un road trip de sept semaines, en juin 2014, de plus de 11.000 miles (18.250 kilomètres) à travers tous les Etats-Unis à bord de sa vieille Honda Accord de 2002. Brad Balujkian nous embarque avec lui dans son aventure extraordinaire à la recherche de ces joueurs qui ont, un jour, foulé l’herbe verte des plus grands stades de baseball du monde en quête du match parfait, du no-hitter ou du record de home runs. Certains auront marqué de leur empreinte le baseball, d’autres auront contribué à le rendre un peu plus populaire. Mais tous ont en commun une passion intacte pour ce sport qui leur a tout donné, au point, pour certains, d’y avoir laissé leur santé ou leur vie de couple. Tous sont des anciens sportifs professionnels qui ont leur carrière derrière eux. C’est ceux-là que Baljukian veut interroger et c’est ce qu’il fait avec beaucoup de talent.

Le livre de Balujkian est une véritable ode à l’être humain. A travers sa quête et ses rencontres, il réussit à révéler les sentiments et les fêlures de joueurs à l’égo parfois surdimensionné. Certaines conversations font entrer le lecteur dans l’intimité du joueur de baseball comme rarement auparavant. Il y apprendra que la vie de joueur professionnel est souvent difficile à articuler avec la vie de famille, que les tentations sont nombreuses et que le rôle du père n’est jamais anodin dans les choix de vie du joueur. Les confidences des joueurs interviewés permettent également à Brad de se confier lui-même. Car au-delà de l’expérience unique pour un fan de baseball, c’est également l’occasion pour l’auteur de faire un point sur sa vie, sur ses propres expériences et de creuser la relation à ses parents (on retrouve d’ailleurs le père de Brad lors de la rencontre avec Lee Mazzilli à New York et le livre est dédié à sa mère).

Au final, les 250 pages (en anglais, le livre n’ayant malheureusement pas été traduit en français) se lisent d’une traite. Ce qui ne nous oblige pas à faire comme l’auteur, c’est-à-dire ingurgiter 123 tasses de café pour rester éveillé. On pourra regretter que certaines interviews n’aient pas été plus longues car nous reprenons parfois, à contre cœur, la route vers d’autres contrées à bord de voiture de Balujkian. Mais l’originalité du sujet contrebalance ces frustrations.

Pour terminer, laissons la parole à Brad Balujkian que nous avons eu la chance de pouvoir interviewer.

Brad Baljukian, (c) Merritt College

Bonjour Brad, pourriez-vous rapidement vous présenter ?

Bien sûr ! Je m’appelle Brad Balukjian, j’ai 39 ans et je vis à Oakland en Californie. Je suis journaliste freelance et professeur de biologie au Merritt College.

D’où vous vient cette passion pour les cartes de joueurs de baseball ?

Dans les années 80, presque tous les jeunes garçons vivant aux Etats-Unis collectionnaient les cartes de joueurs de baseball. Nous vivions à une époque où les choix de loisirs étaient bien moins nombreux qu’aujourd’hui. Nous vivions sans internet ! J’aimais le baseball depuis tout petit, sans doute parce que c’était un sport qu’adorait mon père. Les cartes me permettaient de m’approprier le jeu : j’étudiais les statistiques que j’apprenais par cœur, j’organisais ma collection. Je connaissais le nom de tous les joueurs. Cela me permettait d’être directement connecté au sport que j’aimais.

Pourquoi avoir choisi l’année 1986 pour votre roadtrip ? Que signifie pour vous l’année 1986 ?

J’ai choisi de centrer mon livre autour des cartes de l’année 1986 parce que c’est l’année lors de laquelle j’ai commencé, d’après mes souvenirs, à les collectionner.

Ça a été un sacré voyage ! Comment l’avez-vous préparé ? Est-ce qu’entrer en contact avec des joueurs ayant joué dans les années 1980 a été chose facile ?

Ca n’a pas été très simple et ça m’a demandé beaucoup de travail préparatoire, qui a duré plus de neuf mois entre les recherches et l’organisation du circuit. La première chose que j’ai faite après avoir ouvert le pack a été de chercher les adresses des joueurs afin de les localiser. J’ai pris mon atlas routier des Etats-Unis et j’ai commencé à tracer les déplacements afin de tous les rencontrer en sept semaines (le temps des congés d’été de Brad, NDLR). Les contacter et les convaincre de participer au projet a également était un sacré défi. Heureusement, beaucoup d’entre eux avaient encore une ligne téléphonique fixe et j’ai ainsi pu les contacter en leur téléphonant directement et en me présentant tout simplement à eux. Vous savez, je ne suis pas un journaliste sportif et je n’avais pas de connexion particulière dans le milieu. Il a fallu convaincre avec mes propres arguments – celui d’un passionné de baseball – un sacré challenge !

Lee Mazzilli sous le maillot des New York Mets, un des joueurs rencontrés par Balukjian. Photo : DR

Vous avez rencontré de grandes stars de l’époque et des joueurs plus confidentiels. Avez-vous ressenti une différence entre les deux ?

De manière générale, plus le joueur est une star plus son ego est développé.

Parlez-nous de votre amour pour les joueurs que vous appelez underdogs (les outsiders en français) ?

Comme je l’ai écrit dans le livre, j’ai été un enfant harcelé et intimidé. Inconsciemment, quand je regardais un match de baseball je m’identifiais plus facilement à ces joueurs qui n’étaient pas des stars, qui vivaient dans l’ombre des grands joueurs. Bien que tous les joueurs de baseball aient des traits communs, j’étais plus attiré par les outsiders que par les stars.

Cinq ans après la fin de votre tour des Etats-Unis, avez-vous toujours des contacts avec les joueurs que vous avez rencontrés ?

Oui ! Une des choses qui me rend le plus fier, c’est qu’aujourd’hui, je suis toujours en contact avec certains des Wax Packers ! La crise du Coronavirus nous a contraints d’annuler la tournée de promotion du livre, mais nous avions prévu de faire quelques séances de signatures avec certains joueurs.

La présence des parents est très forte dans votre livre. Le baseball, passe-temps national, a toujours été un sport liant les pères et les fils (comme on le voit souvent dans les films américains, NDLR). En 2020, est-ce toujours une réalité ?

Oui, je pense que la relation père-fils est toujours une composante très forte du baseball. Ce que j’ai trouvé intéressant en interrogeant d’anciens professionnels, c’est que cette relation n’est pas toujours saine. J’ai été assez surpris lorsque certains des Wax Packers se sont ouverts à moi et ont partagé des détails traumatisants de leur enfance et des relations avec leur père.

Enfin, pour terminer, avez-vous appris des choses sur vous lors de cette expérience ?

Enormément. Je pense que la chose la plus importante que j’ai apprise lors de ce voyage est que nous avons beaucoup de points communs avec les joueurs de baseball de la Ligue Majeure. Grâce au livre, nous apprenons aussi à ne plus mettre tous ces joueurs sur un piédestal, ce qui est, en réalité, une chose très saine.

The Wax Pack, On the Open Road in Search of Baseball’s Afterlife, par Brad Balujkian, University of Nebraska Press, Lincoln.

Merci encore à Brad que vous pouvez d’ailleurs retrouver dans une autre interview sur notre site puisqu’il fait parti du collectif Pandemic Baseball Book Club. Une interview à retrouver par ici. 

Et vous pouvez vous procurer le livre sur le site de la Fnac ou sur celui Amazon

 

Publié dans MLB

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