L’image de la MLB se dégrade et c’est inquiétant pour son avenir

Le 6 août dernier, le coach de 3ème base des A’s d’Oakland, Ryan Christenson, a effectué un salut nazi devant les caméras de télévision après la victoire de son équipe face aux Texas Rangers. Si le coach s’est défendu en parlant d’un geste involontaire et d’un mouvement de karaté mal exécuté pour plaisanter sur la distanciation physique, l’image, tout comme la gestion de cette affaire par son club et la MLB, a choqué de nombreuses personnes, au premier rang desquelles les fans de baseball. Un nouveau couac pour l’univers de la MLB qui vit, entre scandale historique et pandémie, l’un des pires moments de son existence. Avec une image qui se dégrade rapidement et une fanbase qui ne cesse de vieillir, la MLB est-elle au bord du gouffre ?

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Ici, on en revient au débat sur le déclin supposé du baseball de l’autre côté de l’Atlantique. Pour beaucoup, point de déclin quand on voit les recettes amassées par la Ligue Majeure de Baseball, qui est sur 17 années consécutives de profits records, particulièrement grâce à de juteux contrats de droits TV avec des chaînes locales, où le baseball représente parfois leurs meilleures audiences, ou avec les chaînes nationales comme le deal avec la Fox qui représente 5,1 milliards de dollars sur la période 2022-2028.

Pourtant, si on y regarde de plus près, il n’y a pas de quoi se réjouir. Les audiences nationales sont en baisse, y compris sur de grands rendez-vous comme le All Star Game et les World Series (la série finale a perdu 20 millions de téléspectateurs en 30 ans). Les spectateurs sont de moins en moins nombreux dans la grande majorité des stades des Majeures, laissant voir à la télévision des stades quasiment désertés durant certaines rencontres (19 des 30 ballparks ont vu leur affluence baisser en 2019). On pourra rétorquer que les baisses ne sont pas importantes mais elles restent régulières, dessinant une tendance qui semble inéluctable à l’heure actuelle. Et la fanbase de la MLB recule sans cesse son âge médian pour arriver à 57 ans en 2019 (il était de 52 en 2006), contre 37 ans pour la NBA et 47 ans pour la NFL. Lors du dernier sondage Gallup sur les sports favoris des américains, en 2018, seuls 9 % des sondés ont répondu que le baseball était leur sport préféré. Le pire résultat pour le baseball depuis la création du sondage en… 1937.

Ce n’est pas un secret que les jeunes générations, des enfants aux jeunes adultes, sont davantage attirés par la NFL et la NBA, tandis que la MLS (7 % des sondés Gallup) ne cesse de croître en intérêt, lorgnant sur deux des quatre sports majeurs en termes d’intérêt : la MLB et la NHL, cette dernière devenant de plus en plus un sport de niches. Certes, la MLB n’est pas très loin de la NBA qui obtient 11 % des adhésions comme sport numéro 1, loin derrière le football américain avec 37 %. Les deux ligues se livrent une lutte pour la deuxième place depuis les années 90. Cependant, la popularité de la NBA chez les jeunes publics semble donner vainqueur la NBA dans un futur proche. Cette tendance se retrouve également dans la pratique où les jeunes joueurs sont de moins en moins nombreux dans les championnats de Little League, obligeant certaines formations à fusionner pour aligner une équipe.

Les gros contrats TV et les contrats records de joueurs qui se sont succédés ces deux dernières années ne peuvent donc masquer que la MLB est désormais un édifice fragile. Ses fondations, que sont les fans, étant si précaires, elles ne pourront supporter le poids de l’argent d’un business qui semble avoir pris totalement le pas sur toute autre considération, à commencer par les fans et le jeu lui-même. Dans ce contexte, les derniers mois de la MLB sonnent comme la disgrâce du National Pastime où son image n’a eu de cesse d’être piétinée par ceux-là même qui sont censés protéger ses intérêts ou en montrer la beauté sur le terrain.

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Ce type de photos revient sans cesse dans de nombreux ballparks – crédit : Getty

En premier lieu, on pense au scandale des Astros cet hiver et que nous avons largement traité sur The Strike Out. Ce scandale est devenu historique, se plaçant au rang des Black Sox de 1919 et de la Steroïd Era. Défrayant la chronique, faisant réagir au-delà de l’univers de la MLB, il exposa les turpitudes des équipes et des joueurs, tout en mettant à mal la crédibilité, déjà peu glorieuse, de la MLB et de son commissaire Rob Manfred. Le fait que les joueurs ne furent pas sanctionnés, en vertu d’un accord d’immunité en cas de témoignage, fut particulièrement mal pris par les fans. D’où le soutien au releveur des Dodgers Joe Kelly quand celui-ci à lancé sur les frappeurs Astros lors de la récente série entre les deux équipes. Suspendu pour ces faits, Kelly fut le premier joueur sanctionné dans le cadre du scandale des Astros. Une sorte d’anormalité qui fit de lui un héros, les #freekelly fleurissant sur la toile. A ce scandale, s’ajouta celui, moindre, des Red Sox de 2018 ainsi que de fortes suspicions sur les Yankees à la même période. Ce qui signifie que deux des trois derniers champions de la MLB ont été sanctionnés pour une triche lors de leur saison victorieuse. De plus, la MLB a donné l’impression de protéger les joueurs coûte que coûte, et plus encore les Yankees, et d’avoir été clémente dans ses sanctions. Le monde du baseball est sorti (provisoirement?) de ces affaires avec un sentiment de malaise généralisé.

A peine passée ce scandale historique, la MLB dut affronter la pandémie du COVID-19. Quand il est apparu que l’on pourrait espérer reprendre le championnat en été, qui plus est pour le 4 juillet, lors de la fête d’indépendance, on se dit que la MLB avait l’occasion de briller seule pour lancer le retour du sport aux Etats-Unis. Une nouvelle fois, la MLB loupa le coche. Mais ce loupé se fit dans les grandes largeurs à travers le spectacle pitoyable de mois de négociations ubuesques entre la MLB et la MLBPA, l’association des joueurs. Négociations qui semblaient accorder plus d’importance à l’argent qu’aux conditions de reprise sur les terrains, avec en toile de fond les prochaines négociations du CBA et un possible lockout en 2021 ou 2022. Des négociations si peu crédibles qu’on se demandait si les propriétaires et les joueurs essayaient réellement de trouver une solution de reprise d’ailleurs. Or, ce spectacle n’est pas sans rappeler les différents lockout et grèves de joueurs de la MLB dont celle de 1994-1995 qui avaient faire chuter drastiquement les assistances dans les stades et éloigner de nombreux fans de la ligue. Pour remédier à cette catastrophe, le baseball avait choisi une solution toute aussi scandaleuse : la course aux homeruns à base de stéroïdes. Une solution qui avait sauvé le baseball avant de le faire sombrer à nouveau avec le rapport Mitchell au milieu des années 2000.

Il résulte de cette situation que les conditions de reprise ont été, pour le moins, légères, en plus de retarder la dite reprise, forçant à un championnat à 60 matchs plutôt que 81 rencontres ou plus. Comme symbole d’une ligue qui ne s’est pas suffisamment préparée, la multiplication des cas de Covid depuis l’Opening Day avec les Marlins de Miami, les Phillies de Philadelphie et les Cardinals de Saint Louis, obligeant le report de nombreux matchs et la mise à l’écart d’équipes pendant plusieurs jours. Mais le pire fut d’apprendre que ces contaminations étaient le fait de comportements irresponsables comme ces joueurs des Marlins sortant faire la fête dans un bar ou ceux des Cardinals dans un casino. Dernier fait en date, le jeune lanceur des Indians, Zach Plesac, renvoyé en quatorzaine chez lui pour être sorti de l’hôtel de l’équipe afin de faire la fête avec des amis. D’une manière générale, la MLB a tapé du poing sur la table sur ces comportements, expliquant qu’ils n’étaient pas toujours optimum dans les stades non plus, menaçant même d’annuler la saison si cela continuait. Or, la MLB est également responsable de la situation, n’ayant pas prévu de sanctions en cas de violation du protocole sanitaire. Il semble que les négociations salariales furent plus importantes pour chaque partie que de mettre en place un protocole strict et respecté.

Scandales de triche, négociations catastrophiques et pandémie mal gérées, l’image de la MLB fut dantesque ces derniers mois. Et ce ne furent pas les seules raisons. Deux autres affaires ont sali l’image de la MLB. La première concerne les ligues mineures avec leur « réorganisation » par la suppression de 42 équipes. Déjà prévues avant la pandémie pour des raisons de « performance », celle-ci a donné le coup de boost parfait à Manfred pour mettre son plan à exécution, en arguant des difficultés financières des propriétaires MLB dans un contexte économique et sanitaire extrêmement difficile. Personne n’est dupe. La raison du profit était déjà la seule raison de cette décision, bien avant le Covid-19, alors que celle-ci va porter un coup fatal à de nombreuses économies et vies locales, tout en faisant perdre de l’influence à moyen et long terme au baseball. Une décision qui s’ajoute à la draft au rabais 2020 qui indique des ligues mineures au régime sec désormais.

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Le scandale des Astros aura fait beaucoup de mal à la réputation de la MLB

La deuxième renvoie aux nouvelles règles. L’image de Manfred qui dénature le jeu au profit du business a encore gagné en poids cette saison. Avant la pandémie, la nouvelle règle des lanceurs (trois frappeurs affrontés minimum) et le projet d’élargissement des playoffs à 16 équipes ont fait beaucoup parler. La MLB donne l’impression de multiplier les règles ou les pistes de travail pour trouver le gadget miracle qui permettra d’accélérer le rythme des matchs et baisser ainsi leur durée. Pour beaucoup de suiveurs (fans, joueurs, journalistes…), cette stratégie conduit la MLB dans le mur et le jeu à se dénaturer. C’est notamment l’avis de deux stars de la MLB, les lanceurs Trevor Bauer et Sean Doolittle, qui ont publiquement affirmé qu’il fallait d’abord travailler sur l’accessibilité aux matchs avant de penser modifier les règles sans cesse. En ligne de mire pour les deux joueurs et de très nombreux fans, le système de blackout qui restreint le visionnage de matchs aux États-Unis.

Le plus inquiétant est que la pandémie semble donner à Manfred l’occasion d’accélérer ses réformes pour passer en force de manière sournoise. Avec des règles comme celle du tie-break (coureur en 2B lors des extra-innings), les playoffs à 16 équipes ou les double-headers en 7 manches, ce qui peut apparaître comme des règles d’urgence sur une saison exceptionnelle, peut aussi ressembler à un laboratoire d’expérimentation pour faire passer ses changements décriés dans quelques années voire dès 2021. Là aussi, la MLB ne sort pas grandie de ce procédé.

La ligue est sous le feu de critiques depuis bien longtemps mais Manfred apparaît aujourd’hui comme l’un des pires commissaires du baseball de l’histoire. Certains se posent même la question de son amour du baseball. Peu voient dans ses réformes la défense des intérêts du business et du jeu. Seulement du business. Quant au déclin du baseball, il amène beaucoup d’inquiétudes. Bien sûr, la MLB a affronté de nombreuses crises et de nombreuses périodes de moins bien. Son déclin fut prophétisé de nombreuses fois depuis le début du 20ème siècle. A chaque fois, il rebondit pour briller avec insolence comme sport roi de l’Amérique grâce à Babe Ruth en 1920, Jackie Robinson en 1947 et, avec regrets désormais, les stars de la Steroïd Era comme Marc McGwire, Sammy Sosa et Barry Bonds.

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Période salvatrice avant de devenir symbole de honte, la Steroïd Era – crédit : Andy Lyons/Getty Images

Mais à ces époques, le contexte était différent. Le baseball n’avait que peu de concurrent et ses marges de manœuvres étaient également plus importantes. Aujourd’hui, le baseball semble anachronique aux jeunes générations du smartphone. Et, comme le décrivait le journaliste Dave Zirin dans un billet pour The Nation l’an dernier, en plus de ce « problème existentiel », les propriétaires devront faire face à une fanbase de plus en plus réduite, à des contribuables qui ne voudront plus financer des stades avec de l’argent public et des droits TV qui pourraient décliner fortement comme la fanbase. Sans cette double perfusion d’argent public et de droits TV, qui créé un paradoxe où déclin et richesse cohabitent, comme le rappelle Zirin, les propriétaires devront vendre un produit que les gens veulent. Ce qui ne semble pas être leur priorité actuellement.

Face au défis futurs, le baseball devra changer, comme il l’a fait à maintes reprises, tout en trouvant l’équilibre, difficile, entre tradition et évolution. Il faudra que la MLB, et ses partenaires, répondent autant aux intérêts du jeu, qu’aux attentes des fans, et futurs fans, et aux impératifs du business. Pas seulement aux velléités d’une minorité (propriétaires, dirigeants MLB, grandes stars du jeu, agents) voulant garnir toujours plus leurs comptes en banque.

Répondre à ces défis exige que la MLB apparaisse comme le lieu d’un changement positif. Tous les faits énumérés dans ce billet montrent qu’elle est actuellement tout le contraire. Elle est le symbole d’un business vampirisant, de la dénaturation du jeu, de la désorganisation et du manque d’intérêt pour les fans. Ces derniers, y compris les die-hard fans, l’ont bien compris depuis trois décennies, la grève de 1994-1995 marquant une rupture, et ils se détachent progressivement de la ligue. Par ailleurs, cette mauvaise image est incapable de séduire des publics plus jeunes, voire même de capter leur attention. Et sans eux, pas d’avenir.

Dans un monde qui va toujours plus vite, la MLB n’a plus le luxe d’attendre pour réagir. Malheureusement, la ligue risque de ne le faire que quand les dollars seront absents de son compte en banque. Il sera déjà trop tard.


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