Comment les Angels ont découvert Mike Trout

C’est l’un des grands mystères de ce XXIe siècle. Un de ces moments qui même 10 ans après, continuent d’être une interrogation.  Comment Mike Trout s’est retrouvé sélectionné en 25e position de la Draft 2009 ? L’un des meilleurs joueurs de l’Histoire du baseball a vu des joueurs comme Donovan Tate (coucou les Padres) ou encore Jiovanni Mier lui passer devant. C’est la beauté et les aléas de la Draft, mais surtout cela souligne le travail de l’ombre d’un métier, souvent oublié, celui de scout. Découvrons ensemble comment un scout a réussi à voir le potentiel d’un joueur que 24 équipes n’ont pas vu. 

C’est l’un des plus gros vol de l’histoire de la Draft, Mike Trout sélectionné par les Angels en 25e position de la Draft 2009

Nous sommes donc en 2009, et les Angels viennent de subir deux revers consécutifs lors des Divisions Series (en 2007 et 2008). Pire, le club vient de perdre durant la Free Agency Mark Teixeira arrivé durant l’été, son closer Francisco Rodriguez et le lanceur Jon Garland. Trois membres importants du roster et si c’est difficile à accepter pour les supporters, il y a quand même une petite satisfaction, le club récupère deux choix de draft en compensation (car oui à l’époque signer un joueur libre signifiait perdre un premier tour de Draft). Les Angels se retrouvent dans une position inhabituelle de devoir choisir à la 24e et 25e position. Une aubaine pour un club dans une spirale positive et en bataille pour une place en playoffs. Car à la sortie de la saison 2008, les hommes de Mike Scioscia sortent d’une saison à 100 victoires et accèdent alors aux playoffs pour la 5e fois en 7 ans (une autre époque). Il était donc difficile pour le club de trouver des pépites pour remplir le farm system.

 

Eddie Bane, Directeur du Scouting des Angels entre 2004 et 2010. Photo DR

C’est en tout cas l’avis d’Eddie Bane, le chef du scouting des Angels entre 2004 et 2010, qui s’est confié au journaliste Chuck Wasserstrom : « J’ai débuté avec les Angels en 2004, et à l’époque, on a trouvé Jered Weaver à la 12e place. Sinon la plupart du temps, on a jamais eu de choix dans les 25 premiers grâce à nos jolies performances sportives mais aussi au fait que la direction préférait se concentrer sur le transfert de joueurs ».

En effet si les Angels se sont retrouvés avec 5 picks dans les 50 premiers choix, il ne fait pas oublier que le club s’est séparé de son premier tour, classique (le 32e choix), en s’offrant les services de l’agent libre, Brian Fuentes. Une tendance récurrent du côté de la Californie puisqu’entre 2003 et 2008, le club a dû lâcher 7 premiers tours de draft en compensation. Abyssal pour un farm sytem. Mais en 2009 tout va changer grâce à Eddie Bane et ses collègues pour ce que l’on pourrait qualifier de l’une des meilleures drafts réalisées par un club.

 

En effet les Angels vont sélectionner Randal Grichuk avec le 24e choix, un certain Mike Trout en 25e, le regretté Tyler Skaggs en 40e et Garrett Richards en 42e. Avec en bonus, Patrick Corbin pris lors du 2e tour. Je n’ai jamais vu une équipe sortir de la Draft en se disant qu’elle avait mal drafté » se rappelle Eddie Bane, tout le monde pense que sa draft est l’une des meilleures de l’histoire. Bien sûr je plaide également coupable. Je ne sais pas si le mot coupable est le bon terme, mais on aime tellement scouter que l’on pense que les joueurs que l’on sélectionne sont les meilleurs. C’est comme ça que cela marche. On pense à aider notre club en formant un farm system de qualité. Et pour une fois en 2009, je pense que l’on a vraiment réussit à faire cela. Mais cela reste une rareté. »

Malgré Mike Trout, c’est bien Strasburg qui était considéré comme le meilleur jeune de sa cuvée de Draft et qui a été séléctionné avec le premier choix. Photo DR

 

Les 5 joueurs sélectionnés par Eddie Bane seront et sont des joueurs confirmés de MLB avec bien sûr la cerise sur la gâteau : Mike Trout. Pourtant en 2009, les yeux sont tournés vers un certain Stephen Strasburg. Sa place est déjà prédestinée, il sera le n°1 de la draft. « Je ne l’ai vu lancer que deux manches, mais cela m’a suffit » se souvient l’ancien chef scout. C’était une vraie perte de temps. On ne se concentre pas sur Strasburg lorsque l’on sélectionne en 24 et 25e position ». Réaliste, Bane décide de se concentrer sur les joueurs qu’ils pensent pouvoir attraper. Et le premier joueur de sa liste, est un lycéen jouant en champ extérieur. Non, non ce n’est pas celui que vous pensez. « Un des mes scouts, Jeff Malinoff, un des meilleurs concernant les batteurs, vient me trouver en me disant qu’il aime particulièrement un jeune joueur, un certain Randal Grichuk. Je vérifie avec le responsable scout de la région et lui aussi est admiratif des qualités du garçon, confie Eddie Bane. Et c’est vrai qu’il avait tout. Un gros frappeur qui balançait des Home runs aussi bien en champ droit qu’au centre. Il avait une puissance évidente, des énormes qualités physiques. On pensait qu’on pourrait l’avoir avec nos deux premiers picks. C’est difficile de décrire l’excitation lorsque l’on remarque les qualités d’un joueur que personne n’a vu auparavant. Randal, son physique a évolué avec l’âge mais il n’est pas si différent que lorsqu’il était au Lycée. Pour moi c’était un first rounder évident. Je me suis dit qu’il arriverait difficilement jusqu’à nous car on pense que les autres ont vu les même choses que nous. Heureusement pour nous, ce ne fut pas le cas. 

Et évidement, un autre dossier est arrivé sur sa table. Un autre lycéen évoluant lui aussi en champ extérieur . Un certain Mike Trout qui joue dans un petit Lycée du New Jersey. Et après 8 all-star et 3 MVP, c’est toujours impensable de se dire qu’il a été sélectionné si tard.  Pourtant il existe des raisons.

Une affaire de météo

Si je vous dis :

  • La météo du Nord Est est si difficilement prévisible, qu’il est difficile de planifier ses déplacements
  • Le climat est si froid et humide que le travail physique des joueurs est limité comparé à ceux venant d’autres régions du pays
  • Les lanceurs de cette région sont considérés comme passables mais les batteurs sont mauvais
  • Comme les saisons sont plus courtes qu’ailleurs, certaines équipes ne prennent pas le temps d’envoyer des scouts

Vous me dites que ce n’est qu’une succession d’excuses qu’un enfant pourrait sortir. Pourtant pour Eddie Bane c’est bien la réalité du métier. « C’est vrai que lorsque que vous vous rendez dans le Nord Est fin mars, début avril, il y a de grandes chances qu’il y ait de la neige et que vous perdiez plusieurs jours. Alors que vous pourriez être tranquillement en Californie à superviser un tournoi lycéen et assister à plusieurs matchs en une seule journée, avoue l’homme de 68 ans. « Mais pour moi, il en est hors de question. Il ne faut pas prendre en compte l’âge ou la région, il faut voir le tout dans son ensemble. Après c’est vrai que je me rappelle que Baltimore avait drafté au premier tour un jeune du Nord Est, un certain Billy Rowell. Hors ce dernier a été un désastre et il se peut que depuis, certaines équipes se méfient des jeunes joueurs venant de la-bas. Je peux l’affirmer, plusieurs équipes ne se sont pas rendues à Millville pour voir Mike Trout. 

Ca donne bon teint d’être les parents du GOAT. Photo DR

Et pour Bane, c’est un appel de son scout de la région, un certain Greg Morhardt, ancien joueurs dans les ligues mineures qui fit la différence. Durant 3 ans en Double A, il a eu comme coéquipier Jeff Trout. Le futur père de Mike qui est né on le rappelle en 1991. Oui, oui il n’a que 29 ans. C’est ainsi qu’un matin, Morhardt passe un coup de fil à Bane pour lui parler « d’un futur hall of Famer. J’ai entendu cette phrase tellement de fois, se remémore t-il. Mais la plupart du temps cela vient des parents et pas d’un scout du niveau de Greg. J’en ai d’abord rigolé mais je n’ai surtout pas oublié de garder le nom en mémoire. J’ai d’abord cru qu’il n’avait pas les idées claires car il parlait du fils d’un de ses anciens coéquipiers et je ne dois pas être biaisé par cela. »  

Pour résumer, la relation entre Morhardt et le père de Mike Trout ne doit pas interférer avec la vision d’ensemble de Bane. C’est pourquoi ce dernier décide de faire confiance à son collègue et de se rendre dans la petite ville du New Jersey pour se faire sa propre idée. Il se rend donc à un match du lycée local et les premiers abords ne sont pas très encourageants. Ces enfants travaillaient durs, c’était évident mais il n’avait pas beaucoup de talent. Pourtant dès le premier coup d’œil vous devinez qui est Mike Trout. Il sortait logiquement du lot. Il y avait un batting practice et il explosait littéralement toutes les balles. Le match débute, et c’est toujours un moment que les gens ont dû mal à croire. Mike frappe une balle facile en champ gauche, il court aussi vite qu’il le peut et se retrouve en 3e base car personne n’est parvenu à se saisir de la balle. Il a eu plusieurs autres coups sûrs durant le match et lors de la 5e manche, je dis à Greg. « C’est bon on s’en va ». Et dans la voiture je lui dit, si ce gars est disponible lorsque l’on draft au premier tour, on le prend. 

A ce moment Bane est déjà conquis. Mais il décide d’en faire plus et il demande à Morhardt, l’ami de la famille Trout et scout de la région, de lui organiser un rendez-vous avec Mike Trout et sa famille. 10 jours plus tard, Bane est attablé avec Debbie (La mère), Jeff (le père) et Mike. Et ce qu’il va voir va le conforter dans son choix. « Sa maman était incroyable et son père s’amusait à taquiner Mike comme si de rien n’était. Il y avait beaucoup d’amour. Je pense que c’est ce que j’ai vu de plus impressionnant chez Mike avant sa Draft. Sa relation avec ses parents. A la fin du repas je n’avais qu’une hâte. Etre à la draft ».

Les dessous d’une draft

Nous sommes le 9 juin, jour de draft. Il était désormais quasiment évident que Grichuk serait disponible aux Angels lorsque ce sera à leur tour de choisir. Mais la vraie question est de savoir si Mike Trout, lui serait toujours dispo. Eddie Bane arrive à l’événement stressé et essaye de garder secret ses choix le plus possible. Seuls une poignée de gens sont au courant de ses décisions.

« C’est la partie paranoïaque du travail. je ne voulais pas qu’on sache que je voulais choisir deux lycéens de champ extérieur. Et il aurait été facile de deviner nos choix. » De nos jours, on parle toujours du risque de choisir des joueurs du lycée mais pour Bane, ce n’est pas une question d’âge mais de choisir le meilleur joueur disponible. J’ai lu que Trout était le 9e ou 10e joueur de notre liste. Et je le redis, ce n’était absolument pas le cas. Il était deuxième juste derrière Strasburg. Et le désormais ex-scout des Angels confie volontiers qu’il a bien stressé durant cette draft. « La seule autre équipe qui avait Mike Trout aussi haut dans sa « Wish List », de ce que j’ai pu apprendre, c’était les Yankees. Heureusement pour nous, ils étaient derrière nous à la draft. Damon Oppenheimer (NDLR : Vice président et chef du scouting des Yankees) m’a avoué que Mike aurait été leur choix et qu’il avait fait l’un des meilleurs essais qu’il avait pu voir de sa carrière. Je me suis aussi méfier d’Oakland car Eric Kubota (NDLR : Chef du scouting des A’s) avait fait un superbe travail sur lui. Et enfin il y avait également les Dbacks. »

Pourtant après 23 choix, Mike Trout est toujours disponible. Quand résonne dans la salle le traditionnel : The Los Angeles Angels are on the Clock. Les Angels ont donc deux choix successifs. Mais ce n’est pas le nom de Trout qui sort avec le 24e choix mais bien celui de Grichuk. Pourquoi ?

« Je ne veux pas offenser Randal, on le voulait également absolument. Mais l’agent de Mike Trout, Craig Landis m’appelle une semaine avant le début de la draft pour me dire que Mike veut un meilleur bonus à la signature. Je lui répond que je viens de parler à son père et que Mike va signer pour la somme normale. Je vérifie tout de même avec Morhardt qui me confirme que Trout va signer pour la somme normale. Pourtant l’agent me dit que cela a changé et qu’il faut appeler le père. Je reste ferme, et je lui rétorque que je ne le ferais pas car je sais pour combien Mike va signer. Je pense qu’à ce moment je l’ai un peu déstabilisé. Mais comme je suis un peu rancunier, lorsque j’ai su que l’on aurait Randal et Mike, j’ai décidé de prendre Randal d’abord pour que l’agent de Mike gagne un peu moins. Les agents ont de plus en plus de pouvoir mais la seule chose qu’ils ne peuvent pas contrôler, c’est l’ordre dans lequel on va sélectionner nos joueurs. 

Morale de l’histoire, il est important de bien connaître le joueur, son environnement, son entourage et pas seulement ses performances sur le terrain. Le travail d’un scout en somme. Je savais que Mike ne voulait qu’une chose, c’était de joueur au baseball et de prouver à tout le monde qu’il était le meilleur joueur, termine Eddie Bane. Je me souviens, 10 ou 12 jours après la draft, je reçois un appel de Jeff Trout qui me dit de venir le sauver car Mike ne tenait plus en place. La famille arrive à Anaheim quelques jours plus tard pour signer le contrat, à la somme prévue. Mike se rend au stade pour frapper un peu et il se met à démolir des balles que des joueurs de MLB ne parvenaient pas à toucher. C’est à ce moment là que je me suis rendu compte que l’on avait fait quelque chose de grand pour la franchise. 

Bien évidemment Bane n’a pas la science infuse. En effet après un quasi sans faute lors de cette draft. Il va passer complètement à côté lors du choix 48. En effet les Angels vont choisir le gaucher Tyler Kehrer alors que 11 choix plus tard, un certain Nolan Arenado sera sélectionné par les Rockies. C’est l’un des regrets de ma carrière. Pas sur le fait d’avoir pris Kehrer qui était un gros bosseur et une personne admirable, mais son problème de blessures a vraiment saccagé sa carrière.  Mon regret c’est que c’est un enfant du coin. En effet le joueur de 3e base a passé son enfance a seulement 32 kilomètres d’Anaheim. On voulait être les meilleurs dans le scouting de la Californie. Tout le monde parle du fait qu’on a fait l’une des meilleures draft. Avec Nolan cela aurait été encore plus beau. 

Comme quoi en un pick on peut passer de génie à loser. Et c’est aussi ça la beauté de la draft.

 

 

Source : MLB Trade Rumors et sa série Inside the Draft Room

 

 

 

 

 

 


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