2 juin 1925 : Le jour où Wally Pipp a cédé sa place à Lou Gehrig

Le grand livre d’Histoire de la MLB regorge de joueurs et de franchises de légende, d’exploits mémorables et de dates inoubliables. Le récit qui suit est un savant mélange de tous ces éléments. The Strike Out remonte le temps : il y a 95 ans, jour pour jour, Lou Gehrig est titularisé sur la 1ère base des New York Yankees à la place de Wally Pipp, et le destin de ces deux hommes bascule…

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Wally Pipp (à gauche) et Lou « The Iron Horse » Gehrig à droite

Wally Pipp

Né le 17 février 1893 à Chicago, Walter « Wally » Clement Pipp débute sa carrière de joueur professionnel à 19 ans chez les Kalamazoo Celery Pickers au sein de la Southern Michigan League (Class-D) après avoir abandonné ses études d’architecture. Il dispute 68 matchs sur cette saison 1912 et est recruté dans la foulée par les Detroit Tigers, qui évoluent en American League. Il débute en Major League Baseball le 29 juin 1913, à 20 ans, mais ne dispute que douze matchs avec des moyennes peu convaincantes (.161/.235/.355), avant d’être réassigné en Double-A chez les Providence Grays. Il ne trouve pas non plus la réussite tant offensivement que défensivement (sept erreurs en quatorze matchs), et est encore rétrogradé au niveau Class-B chez les Scranton Miners de la New York State League.

Pour la saison 1914, Pipp est remonté chez les Rochester Hustlers en Double-A (International League) et y connaît cette fois un beau succès : 173 hits en 154 matchs, un AVG de .314, 27 triples (!) et est leader de la Ligue pour les HR (15, ce qui est beaucoup en pleine Dead ball Era dominée par les lanceurs), un slugging de .526 et 290 total bases. Ses nets progrès tapent dans l’œil de Jacob Ruppert et Cap Huston qui – début 1915 – doivent trouver les joueurs pour composer les New York Yankees qu’ils viennent de racheter. La direction des Tigers cède Pipp et un autre jeune joueur contre 7 000 dollars de l’époque pour chacun.

En 1915, les Yankees ne sont pas encore LES YANKEES, ils n’ont d’ailleurs même pas encore de stade rien qu’à eux. Les rois de New York sont les Giants du lanceur Christy Mathewson et du manager John McGraw qui ont remporté les World Series en 1905 et disputé les finales de 1911 à 1913. Les Yankees, créés en 1901 sous le nom des Baltimore Orioles avant d’arriver à New York avec un nouveau nom, les Highlanders, n’ont connu que cinq saisons en bilan positif et n’ont encore jamais disputé les World Series. Le jeune Pipp est désigné 1ère base titulaire dès sa première saison en 1915, mais lui comme son équipe ne sont guère en réussite.

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Pipp en 1921 / Crédits DR.

Cela va commencer à changer dès la saison suivante avec l’arrivée du joueur de 3B : Franck « Home Run » Baker. Le duo Pipp-Baker fait merveille au cœur de l’alignement des Yankees, prémices du futur Murderer’s Row. Pipp totalise 12HR en 1916 soit le meilleur total en American League, Baker en ajoute 10 et les résultats des Yankees s’améliorent peu à peu. Pipp est encore n°1 en HR en 1917, et en 1918 il passe pour la première fois la barre des .300 pour son average même si sa saison est tronquée en raison du conflit mondial (91 matchs et le reste de l’année engagé comme cadet au MIT). En 1919, les Yankees obtiennent un bilan positif pour la première fois en quatre ans (80-59) et Pipp y contribue grandement (.275/.330/.398 et 7HR).

Le destin commun du joueur et de sa franchise bascule à la fin de cette année 1919 quand la direction des Yankees s’offre pour 125 000 dollars la star des Red Sox, un certain Babe Ruth. Dès la saison suivante, le club engrange 95 victoires mais c’est encore insuffisant pour atteindre les World Series. Bob Meusel (outfielder), Waite Hoyt (lanceur), Joe Dugan (3B) ont aussi renforcé les Yankees qui décrochent enfin la première place de la Ligue Américaine en 1921 mais sont battus en World Series par les Giants. La même affiche se reproduit en 1922 avec le même résultat. Ces deux saisons-là, Pipp batte en cleanup juste derrière le Bambino et s’épanouit totalement sur le terrain (.291/.347/.427 puis .329/.392/.466) même si les tensions en interne sont nombreuses. En juillet 1922, Pipp et Ruth en viennent même aux mains dans le dugout lors d’un match après que le Babe ait critiqué son coéquipier qui avait cafouillé une balle sur sa première base. Cette bagarre permet de crever l’abcès et le duo fonctionnera à merveille l’année suivante.

L’acte de naissance officieux des Yankees porte la date de 1923 : inauguration du Yankee Stadium dans le Bronx, AL pennant avec une avance de 16 matchs et première victoire en World Series, en dominant enfin les Giants 4 matchs à 2 ! Pipp n’est pas loin de manquer ces finales car il s’est blessé à la cheville dans le dernier mois de la saison régulière (une saison qu’il terminera à une moyenne de .304 avec 109RBI). Pendant son absence sur blessure, le manager Miller Huggins titularise en 1B un jeune prospect du nom de Lou Gehrig pour quatre matchs puis déplace Babe Ruth du champ droit à la 1B sur les quatre suivants. Pipp, rétabli à temps, peut finalement tenir sa place en World Series et soulève le trophée, le premier de l’histoire de la franchise… et pas le dernier! En 1924, malgré le duo efficace Pipp-Ruth (AVG .295 ; 9HR ; 114 RBI ; 19 triples pour le premier), les Yankees terminent 2e en AL et manquent la finale après trois consécutives.

Lou Gehrig

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Le jeune Gehrig sous le maillot de la fac de Columbia / Crédits DR.

Henry Louis « Lou » Gehrig est né le 19 juin 1903 à Manhattan dans le quartier de Yorkville. Il découvre le baseball dans la rue et dispute son vrai premier match à l’âge de 17 ans au Cubs Park (rebaptisé plus tard Wrigley Field) : son équipe de la New York School of Commerce affronte la Lane Tech High School de Chicago, devant 10 000 spectateurs, et Lou frappe un Grand Slam dans la 9e manche, avec une balle qui sort du stade selon la légende. En 1921, le jeune homme entre à la prestigieuse université new-yorkaise de Columbia pour étudier l’ingénierie avec une bourse pour jouer au football. Le même été, il contourne le règlement universitaire pour disputer une dizaine de matchs de baseball professionnel avec les Hartford Senators de la Eastern League (Class-A) sous un nom d’emprunt. Columbia découvre les faits et le suspend de participation à ses ligues sportives pour l’année. Il retrouve les terrains de football en 1922 puis ceux de baseball en 1923.

Le 18 avril 1923, Babe Ruth inaugure en fanfare le Yankee Stadium avec un HR face à son ancienne équipe des Red Sox. Le même jour, Lou Gehrig – lanceur pour Columbia – réalise 17K face au Williams College mais ne peut empêcher la défaite des siens. Plus que son énorme performance sur le monticule, ce sont ses aptitudes au bâton qui attirent l’œil des scouts depuis le début de saison et notamment ses HR en cascade. Parmi ces scouts, Paul Krichell qui travaille pour les Yankees. Il convainc ses patrons de signer le garçon dès cette fin du mois d’avril 1923. Lou Gehrig interrompt ses études et devient joueur de baseball professionnel à pas encore 20 ans.

Le jeune new-yorkais fait ses débuts avec les Yankees le 15 juin comme pinch-hitter. Il dispute seulement 13 matchs en MLB mais affiche de belles promesses : .423/.464/.769 et un OPS de 1.234 avec 11 hits (dont 1HR) et 8 RBI en 24 at-bats. Avec son numéro 4 dans le dos – puisqu’il batte 4e dans l’alignement derrière le n°3, Babe Ruth – Gehrig remplace le 1B titulaire, Wally Pipp, pour quatre matchs en fin de saison régulière 1923 lorsque celui-ci est blessé à la cheville. Pipp rétabli, Gehrig ne fait pas partie du roster des Yankees qui remportent le premier titre de la franchise. Le reste de cette saison 1923, il l’a passé à martyriser les lanceurs adverses en Class-A avec les Hartford Senators : .304 de moyenne avec 24HR (69 hits) en 59 matchs. La suivante, 1924, Gehrig la partage de nouveau entre quelques apparitions en MLB (10 matchs ; .500/.538/.583) et la Class-A (134 matchs ; AVG .369 ; .720 SLG ; 37 HR).

Le 2 juin 1925

Privé de leur héros, Babe Ruth, blessé, les Yankees débutent très mal la saison 1925. Le 6 mai, Huggins envoie sur le banc son shortstop Everett Scott qui est sur une série de 1 307 matchs consécutifs, record à l’époque. Avant leur rencontre du 2 juin, face aux Washington Senators, les Yankees affichent un bilan de 15 victoires et 26 défaites et restent sur cinq revers de suite. Ils n’ont alors qu’un demi match d’avance sur la 8e et dernière place en AL et sont à 13.5 longueurs de la tête de la Ligue. Ce jour-là, ce n’est pas un mais six titulaires qui sont appelés à s’asseoir sur le banc. Wally Pipp, qui affiche des moyennes très décevantes depuis le début de saison (AVG .244 et 23RBI), est remplacé en 1B par Lou Gehrig, aperçu brièvement un an et demi auparavant.

La version alternative n°1

Pipp sur le banc et remplacé par Gehrig à cause des mauvais résultats des Yankees c’est l’une des versions des faits. Car il en existe une autre : ce 2 juin, avant la rencontre, Pipp aurait indiqué à son manager qu’il souffrait de maux de tête. Miller Huggins lui aurait alors conseillé de prendre deux aspirines et qu’il profiterait de cette journée pour tester le jeune talen,t avant de redonner sa place à Pipp le lendemain.

Cette légende du cachet d’aspirine a été mentionnée pour la première fois par Pipp lui-même en 1939, soit 14 ans après les faits, auprès du journaliste du New York World Telegram, Dan Daniel. Le joueur – alors retraité – explique qu’il souffrait fréquemment de maux de tête après un accident dans sa jeunesse : il avait reçu un palet de hockey au-dessus de l’œil gauche, ce qui avait endommagé son nerf optique et donc pouvait lui provoquer des douleurs.

Les enfants de Pipp interrogés des années plus tard par les médias ont avoué qu’ils n’avaient jamais vu leur père souffrir de migraine au cours de sa vie. Au lendemain du match et les jours suivants, les journaux ne relayeront pas non plus cette version… pire, elle a été démentie par le joueur lui-même en 1953 dans une autre interview !

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« J’ai pris les deux aspirines les plus coûteuses de l’histoire » – Crédits DR

La version alternative n°2

« Please don’t believe that aspirin story. It just isn’t true. » Ce sont les mots de Wally Pipp en 1953 dans une interview donnée cette fois au New York Times. Il évoque alors des maux de tête consécutifs à une balle reçue dans la tête lors d’un batting practice le 1er juin, soit la veille du fameux match contre les Senators. Pipp explique ne pas avoir pu éviter le lancer de Charlie Caldwell et avoir pris la balle dans la tempe. Il ajoute avoir été emmené à l’hôpital où il serait resté quinze jours. Pendant son absence, Gehrig est étincelant et Pipp ajoute que le manager Huggins aurait été bien mal-avisé de lui rendre son poste une fois rétabli.

Cette version des faits est celle utilisée, ou du moins suggérée, dans le film The Pride of the Yankees (La Fierté des Yankees), consacré à Lou Gehrig et sorti en 1942 [voir notre article sur les films de baseball]. Pipp y est interprété par l’acteur George MacDonald et dans une scène, il demande à céder sa place car il voit double depuis qu’il a reçu une balle pendant un match (« I been seeing double since I was beaned the other day »).

Mais premier problème : Wally Pipp ait apparu sur le terrain le 3 juin, le lendemain du match face aux Senators, en tant que pinch hitter sans que cette histoire de maux de tête/HBP ne soit évoquée… On imagine alors qu’il s’agissait bien d’une excuse pour justifier sa mise sur le banc. Mais surtout deuxième problème : Pipp a bien été victime d’un hit by pitch le 2 juillet 1925… donc pas le 1er juin mais un mois après!

On peut reprocher au journaliste du New York Times de 1953 de ne pas avoir vérifier l’information concernant ce pseudo HBP. Il lui suffisait même de lire les archives de son propre journal. En effet, le 3 juillet 1925, un article du Times relate l’accident de jeu, cette balle lancée par Caldwell qui atteint Pipp à la tête. Ce dernier a été grièvement blessé et est resté une semaine à l’hôpital, non pas pour des maux de tête mais pour un traumatisme crânien voire une fracture du crâne selon les témoignages, son pronostic vital ayant même été engagé ! Fait exacte cette fois-ci : à son retour dans le roster des Yankees, Wally Pipp avait bien été remplacé dans la hiérarchie par le jeune Gehrig.

Retour au 2 juin 1925

Les Yankees mettent fin à leur série de défaites en remportant ce match contre les Senators. Gehirg participe grandement à la victoire avec une ligne de 3 sur 5 et c’est bien l’Histoire de la MLB qui change ce jour-là. Si Huggins avait assuré à Pipp qu’il retrouvait sa place le match suivant, après son mal de tête, il n’y eut pas de match suivant… Pipp ne sera plus jamais titulaire en 1e base pour les Yankees en cette saison 1925, pas un seul match, se contentant d’apparitions en tant que pinch hitter de Gehrig en fin de rencontre face aux lanceurs gauchers (l’un des rares points faibles en début de carrière pour celui que l’on va bientôt surnommer The Iron Horse).

Des destins croisés

Délogé de son premier coussin par Gehrig, Wally Pipp est transféré aux Cincinnati Reds à la fin de cette saison 1925. Il y réalise trois très bonnes saisons avant de rejoindre en 1929, les Newark Bears au sein de la International League (encore une moyenne de .312 sur la saison). Il empoche à sa signature 40 000 dollars de l’époque (près de 600 000$ actuels) soit plus que sur l’ensemble de ses saisons en MLB ! Il prend sa retraite sportive en octobre 1929, juste au moment du crash boursier… Tout est toujours question de timing avec Wally Pipp !

Sa deuxième vie le mènera dans les marchés boursiers (il écrira même un livre économique), le monde des médias avec des émissions pour les Detroit Tigers (sa première équipe MLB) et des collaborations avec Sports Illustrated notamment. Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il travaille dans une usine du Michigan qui fabrique les bombardiers B-24, puis, au sortir au conflit mondial, devient représentant pour les constructeurs automobiles, secteur florissant de la région de Detroit. Grand amateur de golf, il n’en oublie pas pour autant sa passion pour le baseball : il assiste à de nombreux matchs des Tigers et ne manque pas un seul des Old Timers’ Game des Yankees auquel il est invité (match en lever de rideau d’une rencontre MLB qui rassemble les gloires passées du club). Wally Pip s’éteint le 11 janvier 1965 à l’âge de 71 ans.

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Crédits DR

Les trajectoires de Pipp et de Gehrig sont bien entendues complètement différentes à partir de ce 2 juin 1925 : si le premier abandonne définitivement son statut de joueur cadre des Yankees, la destinée du second se met en marche. Il ne quittera plus le lineup à partir de ce jour-là et pendant les 14 saisons suivantes… pas un seul match d’absence! Mais petite nuance, on croit à tort que son incroyable série de 2 130 matchs consécutifs a démarré ce jour-là… mais le n°1, c’est en fait la veille quand il « pinch hit » en cours de partie pour le shorstop Pee Wee Wanninger. La saison 1925 de Gehrig est déjà prometteuse (AVG .295 ; 20HR en 126 matchs) mais ce sera en fait la plus mauvaise de sa carrière MLB en terme de moyennes ! Le joueur explose l’année suivante à l’âge de 23 ans, mais malgré ses prouesses en World Series (AVG .348), les Yankees s’inclinent face aux Cardinals.

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Le duo magique Ruth – Gehrig / Crédits Heritage Auctions.

En 1927, Gehrig réalise l’une des meilleures saisons de l’histoire à la batte : AVG .373 ; SLG .765 ; 218 hits (52 doubles, 18 triples) ; 47HR ; 175 RBI (battant au passage le record de son coéquipier Babe Ruth, 171, établi six ans auparavant). Les Yankees signent un bilan de régulière de 110 victoires et 44 défaites, terminent champions de Ligue Américaine avec 19 matchs d’avance sur le deuxième (!) et réalisent un sweep des Pittsburgh Pirates en World Series. Grâce à ses perfs individuelles, Lou est nommé MVP de la AL mais reste dans l’ombre du Bambino qui s’offre le nombre magique de 60HR cette saison-là (Gehrig en comptabilise lui 47). On parle des Yankees de 1927 comme de la ou l’une des meilleures équipes de l’histoire, avec son lineup baptisé le « Murderers’ Row ». Gehrig remportera au total six World Series (ses moyennes entre 1927 et 1937 sont indécentes !).

Bien que les chiffres évoquent une bonne saison en 1938, l’état de santé de Gehrig interroge. Il enchaîne toujours les matchs (sa série est bien sûr toujours en cours) mais il est évident qu’il souffre de multiples blessures consécutives à des HBP ou des lumbagos notamment. L’inquiétude augmente lors du Spring Training 1939 (aucun HR), et se confirme en avril où il signe le pire mois de sa carrière au bâton en MLB (AVG .143 ; 1 seul RBI). Le 30 avril, il n’obtient aucun hit lors de son match face aux Washington Senators… son 2 130e match consécutif, le dernier de cette improbable série et le dernier tout court de sa carrière!

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A la Une : fin de série pour Gehrig.

Le 2 mai, après un jour off, les Yankees sont à Detroit pour affronter les Yankees. Avant la rencontre, Gehrig approche son manager Joe McCarthy et lui annonce qu’il ne veut pas jouer pour le bien de l’équipe (« I’m benching myself for the good of the team »). Le public lui réserve une énorme ovation quand le speaker annonce avant le playball que le new-yorkais ne sera pas titulaire. Parmi les spectateurs, se trouve – par le plus grand des hasards – un certain Wally Pipp, qui vit dans la région ! Capitaine des Yankees, Gehrig reste auprès de l’équipe malgré ses douleurs dont il ignore encore la cause. Le diagnostic tombe le 19 juin, le jour de son 36e, anniversaire : il souffre d’une maladie neurodégénérative et incurable : une sclérose latérale amyotrophique ou SLA, également appelée dans le monde francophone « maladie de Charcot ». En anglais, on parle de ALS (amyotrophic lateral sclerosis) et surtout désormais de « Lou Gehrig’s disease ». On ne reverra jamais Lou Gehrig sur un terrain de baseball car il annonce sa retraite deux jours après le diagnostic. Une exception : la cérémonie d’hommage organisée le 4 juillet 1939 au Yankee Stadium et restée dans les mémoires…

« Fans, for the past two weeks, you’ve been reading about a bad break. Today, I consider myself the luckiest man on the face of the earth. I have been in ballparks for 17 years and have never received anything but kindness and encouragement from you fans ». – Lou Gehrig, 4 juillet 1939, Yankee Stadium.

Ce moment fait partie de l’Histoire de la MLB mais aussi de l’Histoire américaine. A cette occasion, les Yankees retire son numéro (le premier d’une longue série). Lou Gehrig est élu au Hall of Fame à l’issue d’un vote spécial en décembre de cette même année 1939, il est alors le plus jeune intronisé (Sandy Koufax le détrônera de cet honneur en 1972). La légende s’éteint le 2 juin 1941 à quelques jours de son 38e anniversaire.

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4 juillet 1939 : une page de l’Histoire de la MLB / Crédits DR.

« Wally Pipp » devient une expression populaire

Wally Pipp a réalisé une carrière MLB très honorable (AVG .281 en 15 saisons avec 90HR ; 997 RBI et 1941 hits). Il a certes perdu sa place aux Yankees du jour au lendemain, mais il l’a perdue au profit de celui qui allait devenir le plus grand joueur de première base de l’histoire et l’une des figures majeures de ce sport et du sport américain tout court. Aucune honte donc à ce parcours… Pourtant, Wally Pipp est à son insu rentré dans le langage populaire du baseball et plus globalement de la vie courante.

« Être un Wally Pipp » est une expression que l’on a du mal à traduire en français mais qui se rapproche de « Qui part à la chasse, perd sa place »… Du genre : « Attention, si vous laissez votre place à quelqu’un pour effectuer une tâche, ce quelqu’un peut être meilleur que vous et vous piquer  le job ». En baseball, « être un Wally Pipp » c’est bien sûr si vous êtes mis sur le banc (surtout pour un petit bobo) et que votre remplaçant sort un grand match. « If a guy sits on the bench one day and the guy taking his place has a great game, the guy on the bench becomes Mike Pipp or Joe Pipp or whoever Pipp for the whole day. », explique ainsi l’ancien Major Leaguer et manager Mike Scioscia dans cet article de Sports Illustrated« It seems to happen every time a regular gets taken out. If the new guy gets a knock [hit] in his first AB, right there everybody in the dugout starts calling the guy on the bench ‘Wally Pipp' », confirme dans le même article l’ancien pitcher des San Francisco Giants, Mike Krukow.

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Deux hommes aux destins croisés / Crédits Heritage Auctions.

On n’a jamais dit de Lou Gehrig qu’il avait été « Wally Pippé » le 2 mai 1939, et pourtant son remplaçant Ellsworth « Babe » Dahlgren a signé un homerun et deux doubles lors d’une victoire écrasante des Yankees 22 à 2 face aux Tigers ! Sans le fameux mal de tête/mise sur le banc de Wally Pipp le 2 juin 1925, il n’y aurait peut-être jamais eu le Lou Gehrig que l’on connait aujourd’hui, cette légende du baseball ! Et inversement, sans Lou Gehrig, on ne connaîtrait peut-être pas non plus l’histoire de Wally Pipp !


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