Preview 2020 – Philadelphie Phillies : L’an II de Bryce Harper

Il existe deux périodes charnières dans l’année où nos esprits se laissent aller au doux parfum du baseball. La deuxième c’est évidemment lorsqu’arrive l’automne et ses feuilles mortes synonyme de postseason. Quant à la première, il s’agit de la fin de l’hiver accompagnée comme toujours du retour de la MLB et des espérances de chacun. Vous savez ces dernières semaines avant la reprise où l’on se surprend à croire que « cette année est la bonne », où l’on se met à rêver de voir son équipe jouer au baseball fin octobre ou à enfin finir avec un bilan positif. Comme l’an passé, The Strike Out passe en mode 30 franchises en 30 jours et vous propose de faire le tour complet de la Ligue. Pour calmer vos ardeurs de supporters ou au contraire les ranimer, même si en baseball rien n’est jamais fixé dans le marbre. Place aujourd’hui aux Phillies de Philadelphie

Phillies

Retour sur l’année 2019 : 

Deux petites saisons et puis s’en va. Gabe Kapler n’aura donc pas tenu bien longtemps sur le banc des Phillies. Le nouveau manager des Giants n’aura pas su mener à bien le projet du GM Matt Klentak, qui avait pourtant déboursé près de 400M$ lors de l’offseason 2018 avec notamment l’arrivée XXL de Bryce Harper.

Malgré des résultats jugés trop loin des attentes, les Phillies réussissent à présenter un bilan à l’équilibre pour la première fois depuis 2012 mais manquent encore les play-offs pour la 8e saison consécutive. Un désaveu lorsqu’on récupère au mercato hivernal des Harper, McCutchen, Segura ou Realmuto. Et si environ 600 000 spectateurs de plus qu’en 2018 se sont rendus au Citizens Bank Park pour voir la bande à Harper, sur le terrain les résultats ont été franchement moyens dans tous les domaines.

16e défense, 17e à l’ERA, 22e moyenne collective au bâton avec le 22e total de HR, Philly a fait du Philly. Ni très mauvais, ni très bons mais systématiquement très médiocres comme son rang final l’indique : 16e. L’an II de Bryce Harper débute à Philadelphie avec un sacré paquet de stars dans l’effectif. La mission est claire, les Red Pinstripes doivent partir à la chasse aux contenders dès 2020 !

2020 : 

Car on ne peut afficher la 3e payroll de National League sans ambitions. Le proprio John S. Middleton a mis la main à la poche mais a-t-il les talents nécessaires pour concurrencer les Nats ou les Braves ?

Cet hiver, les « Phils » ont enrôlé Didi Gregorius (16 HR, 61 RBI, .238 avg) et Josh Harrison afin de renforcer la charnière SS-2B et consolider l’angle d’un infield parfois un peu tendre. L’ancienne idôle des Metropolitans va venir récupérer la place d’arrêt-court à Segura (12 HR, 60 RBI, .280 avg) qui devrait, lui, se balader entre le 2e et 3e coussin. Reste le jeune Scott Kingery en progression constante du haut de ses 25 ans et qui peut jouer 3eB même s’il est meilleur sur la deuxième.

Durant le spring training, Joe Girardi, recruté cet hiver, aura tout le loisir de tester sur ces deux postes Kingery et Segura. L’infield sera donc un parfait mélange entre jeunes joueurs en pleine progression (Kingery, Hoskins) et cadors expérimentés (Gregorius) voire All-Star (Segura, Realmuto). Sans oublier le futur à l’image d’Alex Bohm (3B/1B) qui sort d’une belle saison en Triple-A (.305 avg, 21HR, 80 RBI) et est classé Top 30 prospect par MLB Pipeline, et numéro 1 chez les 3e base !

Dans le champ extérieur on aura comme à L.A deux MVP avec Harper (2015) et McCutchen (2013), bien que le second nommé soit tout juste sur le chemin du retour. Avec une saison tronquée par une vilaine blessure au genou, « McCutch » a eu neuf mois pour se remettre de son opération. Ce délai sera-t-il suffisant ? Aucune certitude à ce niveau même si Girardi ne prendra aucun risque avec un joueur dont le corps vieillissant envoie de plus en plus de signes d’inquiétudes. Justement la gestion d’effectif et l’impact d’un Joe Girardi sur un groupe de qualité sera le factor X de la réussite de l’équipe. D’autant plus que l’ex-Manager des Yankees débarque pour influer un nouveau souffle au Citizens Bank Park avec deux nouvelles têtes : Bryan Price (Pitching coach) et Joe Dillon (Hitting coach). Comme on vous le décrivait ici, l’expérience d’un homme qui a gagné le titre à la fois en tant que joueur et coach a une valeur inestimable pour Philly. Il est celui qui a réussi à pousser au maximum la qualité d’un Core Four New-Yorkais pourtant très âgé (entre 35 et 40 ans) afin de gagner l’ultime titre des Yankees. A lui de tirer le meilleur d’un groupe au potentiel alléchant sur le papier mais qui peut décevoir à tout instant.

Sur la butte on surveillera les débuts de Zack Wheeler, 11-8, 3.96 ERA l’an passé avec NY, à qui le board de Philadelphie a offert 118M$ sur cinq ans. Tout simplement le 2e plus gros salaire de l’équipe derrière l’intouchable Harper. Le droitier aura la lourde tache d’accompagner Aaron Nola dans ce qui peut constituer un ticket 1-2 redoutable. Nola, justement, est attendu au tournant suite une saison 2019 décevante alors qu’il avait crevé l’écran en 2018 pour finir sur le podium du Cy Young (17-6, 2.37 ERA). A 26 ans, il incarne le futur de la franchise et doit s’inscrire dans la longue lignée des lanceurs de légende ayant joué pour Philadelphie. Il a en tout cas les armes pour devenir le digne héritier des Hamels, Halladay, Lee ou Schilling.

La rotation sera donc emmenée par un trio qui a de la gueule avec Nola – Wheeler – Arrieta. Derrière les Eflin, Velasquez et Pivetta devraient se disputer les spots 4 et 5 même si Eflin semble avoir une longueur d’avance. Il faudra aussi surveiller l’évolution de Spencer Howard, classé 9e prospect MLB du côté des lanceurs droitiers, qui pourrait avoir une promotion durant la saison. Enfin Neris (3-6, 2.93 ERA, 28 saves) lancera en 9e manche à moins que Dominguez ne revienne bien de sa blessure au coude.

Le joueur à suivre : J.T. Realmuto

On aurait pu choisir Wheeler en « joueur à suivre » de cette preview, mais ça aurait été faire déshonneur à J.T. tant ses stats 2019 ont été affolantes. 25 HR, une moyenne au bâton à 27% et des RBI en pagaille : 83 au total. De toute la MLB, aucun catcher n’a produit plus de points (83), inscrit plus de runs (92), de Hits (148) ou de doubles (36) que J.T. Realmuto en 2019.

Logiquement élu All-Star pour la 2e fois de sa carrière, J.T. a aussi braqué son 2e Silver Slugger après 2018 mais surtout son premier Gold Glove. Réussissant par l’occasion un doublé Bâton d’Argent – Gant d’Or extrêmement rare en National League où les Molina en défense et Posey en attaque ont pris l’habitude de se partager ces deux trophées majeurs depuis une décennie. Realmuto est seulement le premier catcher qui réussit à rompre l’hégémonie du duo depuis 2013 et… Molina ! Avant ça il faut remonter à l’exercice 2007 pour retrouver trace d’une telle saison chez un receveur en la personne de Russel Martin alors aux Dodgers, une autre époque !

Bref, Realmuto devrait encore étinceler sur le diamant des Phillies, et le board des « Fightins » aurait tout intérêt à donner le chèque que réclame son catcher. Afin de verrouiller définitivement le seul joueur des Phillies élu cet hiver dans la All-MLB First Team et qui sera Free Agent à la fin de l’année…

La Star : Bryce Harper, sérieusement qui d’autre ?

Après être devenu le Free Agent le plus cher de l’histoire du baseball avec un contrat sur 13 ans à 330M$, il est possible que l’ancienne idole du Nationals Park ait eu la tête quelque peu à l’envers sur le début d’exercice 2019. Résultat : une première non sélection au All-Star Game depuis 2014 en guise de sanction. Mais aussi des Nats réalisant un incroyable pied de nez à l’histoire en décrochant les World Series fin octobre, alors que le MVP 2015 regardait les play-offs sur son canapé. Mais cette ironie du sort ne doit pas faire oublier le fabuleux athlète qu’est le gamin de Las Vegas.

D’abord parce que sur une saison en demi-teinte Bryce Harper a fait mieux que n’importe quel joueur ayant évolué sous le jersey des Phillies lors des dix dernières années. Ses 35 HR font figure de meilleure marque à Philadelphie depuis dix ans et les 36 bombes de Jayson Werth ou les 45 de Ryan Howard. Période qui coïncide donc avec l’âge d’or (2006-2011) d’une légende parmi les légendes des Red Pinstripes. D’ailleurs en terme de RBI, seul Howard a réussi à faire mieux que 114 RBI depuis 15 ans en Pennsylvanie. Mais on parle-là d’un des dix plus grands joueurs des Phillies. Un Harper en demi-teinte pendant les deux-tiers de la saison est donc le meilleur joueur des « Phils » depuis une décennie. Imaginez lorsque le golden boy va nous sortir des saisons pleines… Car si on considère que le numéro 3 des « Fightin’ Phils » a fait chauffer la machine sur la fin de saison dernière, on va tout droit vers des hauteurs inconnues.

Jusqu’à fin juillet, on l’a dit, Harper n’était pas lui-même à la plaque. Ses 16 HR et son OPS à .839 n’étaient pas mauvais, mais trop loin de son meilleur niveau. En août le sextuple joueur étoilé s’est réveillé pour envoyer 11 missiles en tribunes dont un walk-off grand slam mythique face aux Cubs dans ce qui constitue son sommet chez les « Fightins ». Ce coup de bâton symbolise parfaitement la capacité qu’a Harper à changer le cours d’un match.

Ensuite sa défense semble plus sûre. Arrivé à Phila avec l’étiquette de superstar au bâton mais friable en outfield, FanGraphs le classant même 2e pire OF 2018 en défense, Harper a fait taire les critiques. Ses 13 assists en champ le classe 2e dans la catégorie derrière Leury Garcia. C’est d’ailleurs le plus haut total pour un outfielder des Phillies depuis 15 ans. Parmi les 53 joueurs de champ qualifiés son Fielding Runs Above Average (FRAA), une stat utilisée pour mesurer l’impact défensif d’un joueur, est le 9e plus haut. Alors qu’il a été recruté pour sa présence au bâton, Harper s’est retrouvé finaliste du… Gold Glove l’an passé.

Sa première saison chez les Phillies n’était pas parfaite. Son équipe n’a remporté que 81 matchs, il n’a pas été All-Star, n’a jamais été mentionné dans la course au MVP et fut loin de son meilleur niveau de 2015. Mais à 27 ans, il n’est peut-être même pas encore rentré dans son prime alors que sa défense s’améliore à vue d’œil et que son attaque reste une arme précieuse. Et si le slugger était en fait un joueur complet, capable d’être puissant à la batte et précieux en défense ? Il reste 12 saisons pour le savoir.

Notre prono : 

Si on a un tant parlé d’un Kris Bryant qui reviendrait rebattre totalement les cartes des favoris en National League en venant poser ses valises à Philadelphie, il semble aujourd’hui certain que le board a fait le choix de rester dans les clous de la Luxury Tax. Et par conséquence d’oublier cette onéreuse piste qui viendrait sacrifier sur l’autel du rebuilding les prospects Alec Bohm ou Spencer Howard.

Deux visages qui incarnent le futur de la franchise au même titre qu’un Aaron Nola il y a quelques années. Et si Nola, justement, redevient le contender au Cy Young qu’il a été en entraînant dans son sillon des Wheeler ou Arrieta pendant que le lineup performe en régularité alors le Citizens Bank Park sera tout proche d’ouvrir ses guichets pour la première fois en octobre depuis 2011.

Beaucoup de « si » pour une équipe encore fragile et inconstante, ce qui ne facilite en rien ce prono. Mais de nature joueuse, je dirais dix victoires de plus pour la bande à Girardi soit un total de 91 victoires. Ce qui, notons-le, a toujours suffit à décrocher un ticket pour le wild-card game en National League depuis son format actuel en 2012… Lisez entre les lignes et rendez-vous en octobre !

Projections The Strike Out : 2e en NL East ; 91 victoires – 71 défaites.

Projections Bleacher Report : 4e en NL East ; 81 victoires – 81 défaites.

La date à retenir : 29 mai 2020

On ne pouvait terminer cette preview sans un dernier clin d’œil à l’histoire et à un immense champion : Roy Halladay. Décédé tragiquement en 2017 à l’âge de 40 ans, il reste dans l’histoire du baseball comme étant le seul lanceur à avoir réussi un no-hitter en postseason depuis 1956 et Ron Larsen. C’était en 2010 sous la tunique des Phillies. 8 fois All-Star, 2 fois Cy Young il avait aussi réussi l’exploit de lancer le 20e perfect game de l’histoire de ce sport le 29 mai 2010. Dix ans après, la franchise de Pennsylvanie va honorer de la plus belle manière Roy Halladay en retirant son célèbre #34 le 29 mai 2020. RIP « Doc », on ne t’oublie pas ici-bas.

J-Sé Gray : « In Billy Beane we trust »


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