Preview 2019 – Tampa Bay Rays : s’enraciner pour s’élever

La NFL ? Terminée. La NBA ? Presque terminée. Ces deux sports majeurs aux Etats-Unis vont peu à peu laisser leurs places au 3e larron. La MLB. Un peu comme la nature, au printemps, la MLB sort de son hibernation et vient fleurir nos soirées (et surtout nos nuits). Alors qu’on se rapproche de plus en plus du début de la saison régulière, il est grand temps de présenter les forces en présence. Du coup The Strike Out passe en mode présentation et vous propose de faire connaissance avec les versions 2019 des 30 franchises. Chaque jour, retrouvez une nouvelle équipe. Place aujourd’hui aux Tampa Bay Rays.

But we’re not listening…
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— Tampa Bay Rays (@RaysBaseball) 13 mars 2019

On se croirait dans Moneyball 2.0 avec ce clip de pré-saison. Les Rays ont des choses à prouver en 2019, et ils ont faim. La ressemblance avec les Oakland Athletics de Billy Beane est frappante. Tampa Bay était condamné par toute l’industrie du baseball (toute ?) avant la saison 2018 à la disgrâce du « tanking » après s’être séparé d’Evan Longoria, le joueur emblématique de la franchise, ainsi que d’autres joueurs de premiers plans. L’objectif était de diminuer la masse salariale, c’est réussi, mais envoyer sur le terrain une équipe gagnante avec moins d’argent, chapeau !  Les Rays et leur budget d’à peine 70 millions de dollars (2ème plus petit devant Oakland), ont non seulement surpris tout le monde en 2018 mais aussi révolutionné à leur manière la stratégie du baseball. « On entend [vos critiques], mais on n’écoute pas. » Alors, visionnaires ou rats de laboratoire chanceux  ?

La saison 2018 : Révolution

Coup dur très tôt dans la saison avec la blessure de Brent Honeywell le 5 avril. Le meilleur prospect de la franchise du côté des lanceurs était tout près de rejoindre l’élite quand son coude a lâché, le forçant à suivre une opération de type Tommy John. Sur le terrain, le début de saison fut bien blême, quoique attendu selon la plupart des observateurs. Un bilan de 4 victoires pour 13 défaites (.235) en dernière place de la division n’annonçait rien de bon. Le Tropicana Field, beaucoup critiqué pour ses gouttières, accueillait davantage de supporters visiteurs que de fans à domicile, et semblait plus vide que jamais. S’ensuivit une série de 8 victoires consécutives, anecdotique pour beaucoup, symbole de renouveau pour d’autres.

L’événement de la saison 2018, toutes équipes confondues peut-être, l’événement de la décennie, du siècle, c’est bien évidemment #TheOpener ! La stratégie de l’ouvreur, consistant à aligner au départ d’un match un releveur habitué aux situations critiques de fin de match, avant de donner la balle à un lanceur de départ traditionnel. La raison est simple : la 1ère manche d’un match est celle qui voit le plus de runs marqués. C’est ainsi que le 19 mai, face aux Angels, c’est Sergio Romo qui était au départ. 588 matches en carrière, 84 saves, pas un seul départ. Mais voilà, Kevin Cash le manager des Rays avait prévu de démarrer avec le rookie gaucher Ryan Yarbrough, or le lineup des Angels est rempli de droitiers puissants, surtout au début. Gros désavantage pour le lanceur gaucher. Quoi de plus évident alors qu’envoyer le droitier Romo dans la 1ère manche afin de préparer le terrain pour Yarbrough ? Cozart, Trout et Upton en ont fait les frais. 3 batteurs, 3 strikeouts. Et Albert Pujols qui se préparait derrière Upton en inspectant Romo a dû faire face à Yarbrough dans la 2ème manche.

Le lendemain, rebelote ! Deuxième départ en deux jours pour Romo. Historique ! Cette fois-ci, il lança jusque dans la 2ème manche, affrontant 6 batteurs et en retirant 4 dont 3 strikeouts, et accordant 2 walks. Pendant le reste de la saison, Tampa Bay utilisa de nombreux Openers différents, inspirant d’autres équipes à copier l’idée, le plus récurrent étant Ryne Stanek, un rookie ayant commencé sa saison en ligue mineure. 29 départs incognito, totalisant 40 manches lancées, 53 strikeouts, un ERA de 3,38 et une moyenne adverse à 0,194. Il fut aussi utilisé 30 fois en relève pour seulement 26 manches au total.

Pendant 2 mois, les Rays étaient une curiosité avec leur tout nouveau gadget mais personne ne s’intéressait vraiment à eux ni à leur bilan encore médiocre de 37-43 (.463) le 26 juin. Après la date limite du 31 juillet, l’équipe avait radicalement changé suite à une série colossale de trades. Au revoir Chris Archer, Wilson Ramos et Nathan Eovaldi ! Bonjour Tommy Pham, Tyler Glasnow et « considérations futures » !

Encore une fois, les analystes sont confus, mais les Rays se mettent de gagner ! A 50% de victoire le 30 juillet (53-53), les Rays ont terminé la saison avec seulement 19 défaites sur leur 56 dernières rencontres (66% de victoires). C’est mieux que le final torride des Oakland A’s (36-20) qui ont réussi à arracher une place en Wildcard. Une saison qui finit en beauté, ça fait rêver pour la suite.

Les mouvements

Le bullpen a porté les Rays en 2018, alors pour 2019, renforcer la rotation serait une bonne idée. C’est fait avec l’arrivée du free agent Charlie Morton, héros des Astros, pour deux ans et 30 millions de dollars avec une option pour 2021. Une dépense rare pour Tampa Bay. Le droitier de 35 ans s’est réinventé à Houston avec une fastball plus rapide, lancée en moyenne à 96,6 mph en 2018. Autre free agent, le vétéran Avisail Garcia devrait stabiliser le champ extérieur, toujours en transition entre le magicien Kevin Kiermaier et le rookie Brandon Lowe.

Départ de Sergio Romo qui occupait le rôle de closer sur la fin de saison. Le gaucher Jose Alvarado devrait le remplacer dans cette fonction, même si on peut s’attendre à voir d’autres lanceurs aussi dans la 9ème manche.

Les Rays n’ont pas l’habitude de dépenser gros, en revanche ils sont malins et se sont trouvés dans plusieurs trades cet hiver. Les deux plus gros impliquant les Seattle Mariners et leur GM fou Jerry Dipoto. 8 novembre : Zunino et Heredia pour Mallex Smith. 13 décembre, trade à 3 équipes avec les Indians, départ de Jake Bauers, arrivée de Yandi Diaz et de ses biceps en forme d’obus. En 88 matches depuis 2017, Diaz n’a pourtant frappé qu’un seul homerun, tout simplement parce que son angle moyen de frappe est à 1,9° d’après Statcast. Parviendra-t-il à élever davantage la balle ? On notera aussi l’arrivée du releveur droitier Emilio Pagan dans le trade à 3 qui a envoyé Jurickson Profar à Oakland.

Loin du terrain, l’ancien journaliste à Fangraphs Jeff Sullivan rejoint l’équipe de direction de Tampa Bay. Il était l’un des seuls à comprendre les ambitions de la franchise à l’hiver 2018, résumant leur stratégie en disant « les Rays essayent juste d’arracher autant de victoires qu’ils peuvent ».

Les ambitions pour 2019 : Réécrire l’histoire

Comme en 2018, toutes les projections voient les Red Sox et les Yankees se battre pour la couronne de l’AL East. Les Rays pourraient avoir leur mot à dire. Peu de choses ont changé cet hiver, mais l’équipe qui revient en 2019 est celle qui a dominé la deuxième partie de saison 2018, pas celle qui trainait derrière en début de saison. Les Rays sont quasiment la copie parfaite des Athletics, mais avec un trio de starters solides avec Snell, Morton et Glasnow. Toujours ambiguë, souvent accusée de ne pas essayer de gagner, la franchise de la Floride affiche clairement ses ambitions cette année et porte fièrement ses convictions.

stanek
Ryne Stanek a un message pour vous :
« Les ouvreurs sont des humains aussi ! »

On ne gagne pas au baseball avec des gadgets, mais la stratégie de l’ouvreur est bien plus que ça. Mise à l’épreuve, utilisée à bon escient, elle a permis aux Rays de transformer une rotation non existante en un groupe de lanceurs robustes et soudés. Il faudra confirmer et montrer que tout ceci n’était pas qu’un coup de chance. A commencer avec les batteurs, menés en 2018 par C.J Cron et Daniel Robertson (122 et 127 wRC+). Le lineup manque de stars mais affiche un ensemble solide et homogène, de sorte qu’une chute de performance pour un frappeur ou deux ne devrait pas trop pénaliser l’ensemble.

Tous les ans, on peut compter sur les Rays pour remporter autour de 80 victoires. Cette année, les projections PECOTA les voient en deuxième wildcard avec 85 victoires. De quoi mériter d’être pris au sérieux.

La tête d’affiche : Blake Snell

A l’image de toute l’équipe, Blake Snell est sorti de nulle part en 2018 et tout le monde s’attend à un retour sur terre en 2019 pour le grand gaucher de 1m95. Vainqueur du Cy Young Award dans la Ligue Américaine, à la consternation de certains, choqués que lancer 180 manches puisse suffire à remporter le trophée, Snell a devancé Justin Verlander et ses 290 strikeouts en 214 manches. Le dernier lanceur à avoir remporté le trophée de Cy Young en ayant lancé aussi peu est David Cone avec ses 171 manches en 1994, l’année d’une grève qui a écourté la saison. Le succès de Snell n’est pas venu de la quantité mais de la qualité avec un ERA de 1,89, soit le plus bas dans la ligue Américaine depuis Pedro Martinez en 2000 ! C’est aussi le record de la franchise de Tampa Bay, loin devant les 2,56 de David Price en 2012, lui aussi vainqueur du Cy Young cette année-là. Encore plus marquant, son ERA à domicile de 1,27, du jamais vu depuis 1971 !

Comment alors reproduire un tel exploit ? Après une saison 2017 avec un ERA de 4,04, comment se fait-il que Snell soit soudainement devenu l’un des meilleurs lanceurs du monde ? Forcément, il a eu besoin d’un peu de chance. Snell a concédé la moyenne au bâton la plus basse de la ligue à 0,176 mais aussi une moyenne sur les balles mises en jeu parmi les plus basses de la ligue avec 0,241, ce qui laisse présager un retour de bâton bientôt. De même, son taux de walks à 3,19 pour 9 manches était à peine meilleur que la moyenne (3,25), si bien que son FIP de 2,95, quoique excellent est très éloigné de son ERA. Une différence de 1,07 soit la 4ème plus élevée de la ligue. Tout ceci force à penser que 2019 verra Snell régresser, mais que peut-on attendre d’autre après l’une des 20 meilleures saisons de tous les temps ?

La bonne nouvelle pour Snell et les Rays, c’est que sa réussite n’est pas arrivée par magie. Son taux de strikeouts a connu la deuxième meilleure augmentation de 2017 à 2018 derrière Gerrit Cole et son taux de walks aussi a fortement diminué (12ème meilleure différence). Snell a notamment dominé les meilleurs lineups de Ligue Américaine, obtenant un ERA de 2,00 face aux Red Sox, Yankees, Astros, Indians et Athletics. L’arme fatale de Blake Snell est sa curveball. Lancée majoritairement contre les frappeurs droitiers, elle n’a été frappée pour un homerun qu’une seule fois en 2018. Déjà très efficace en 2017 avec elle (0,142 xSLG), Snell l’a lancé deux fois plus souvent en 2018 (20,2% du temps). Couplée avec son slider face au gaucher, il a obtenu le meilleur wOBA de tous les lanceurs partants sur des balles cassantes à 0,140. Avec une fin de saison 2018 de folie, ERA à 1,17 en 11 matches après la pause All Star, Blake Snell est en pleine ascension, prêt à s’envoler avec son équipe.

Le joueur à suivre : Joey Wendle

Passé inaperçu derrière Shohei Ohtani, Miguel Andujar et Gleyber Torres pour le titre de Rookie of the Year en 2018, le joueur de 2ème base a produit une ligne au bâton de .300/.354/.435 avec 46 extra-base hits. Son jeu manque encore de puissance avec seulement 7 homeruns mais celle-ci ne devrait pas tarder à venir. D’après son manager Kevin Cash, Wendle pourrait frapper 30 homeruns cette année ! Avec une défense parmi les meilleures de la ligue à son poste, comme l’indique son 10.7 UZR/150 (4ème meilleur 2B avec au moins 200 manches jouées), et une vitesse qui lui a permis de voler 16 bases, il ne devrait pas avoir de difficulté à répéter sa saison à 3 WAR. C’est sa batte qui peut le propulser au rang de star s’il parvient à passer à la vitesse supérieure. Ou inférieure, car c’est sur les lancers lents que Wendle est en difficulté avec un wOBA de .287. Il rate trop souvent les balles cassantes (35,9% de swings manqués) et de manière générale il frappe la balle mollement trop souvent (2,7% de barrels d’après Statcast). Pour le moment ! S’il venait à transformer son approche à la batte, personne ne sait où cela pourrait l’emmener. Autrement dit, ce serait difficile pour lui de frapper moins bien en 2019. Que du positif.

Notre prévision

Plus que jamais capables de jouer les trouble-fêtes, les Rays conservent leur piquant toute la saison et arrachent une place en Wildcard, continuant de choquer ceux qui ont voulu ne pas les voir venir.

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