Montréal expose ses Expos!

C’est l’un des sujets qui va animer la saison à venir : une expansion est-elle en préparation dans les bureaux de la MLB ? Plusieurs noms de villes ont circulé ces derniers mois : Mexico City, Portland… et Montréal. La Ville Royale du Québec a perdu son équipe des Expos en 2004 quasi dans l’indifférence générale, mais beaucoup rêvent aujourd’hui du retour de ceux que l’on surnommait « Nos Amours ». Il y a quelques mois, l’Hôtel de ville de Montréal accueillait une exposition sur l’histoire de sa franchise : « Montréal, à coup sûr ». L’occasion de revenir sur les grandes heures des Expos.

La ville de Montréal est en plein boom à la fin des années 60 : elle dépasse les 2 millions d’habitants, est candidate à l’organisation des Jeux Olympiques de 1976 et accueille l’Exposition universelle en 1967. Le succès populaire de ce dernier évènement est immense et transforme la ville : construction du métro et de l’Ile Notre-Dame (grâce à la terre extraite des chantiers) et inauguration de la désormais célèbre place des Arts, investie par plusieurs dizaines de spectacles et festivals chaque année.

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L’Hôtel de Ville de Montréal / Photo personnelle.

Le maire de Montréal, Jean Drapeau, a une nouvelle idée pour faire rayonner sa ville : héberger une équipe de la MLB. Cette candidature a deux handicaps : aucune ville hors des Etats-Unis n’a jamais possédé une franchise (les Blue Jays de Toronto naitront quelques années plus tard, en 1977) et surtout Montréal ne possède pas de stade adapté au baseball professionnel ! Ce dernier obstacle serait insurmontable aujourd’hui, mais pas à l’époque puisqu’en mai 1968, la MLB choisit San Diego et Montréal comme villes d’expansion pour disputer la saison 1969. Le choix se porte par défaut sur l’aménagement du stade Jarry avec la promesse des institutions de posséder un stade couvert dès 1972. Tout doit aller très vite pour débuter la saison : le nom de EXPOS est choisi en référence à l’Expo universelle de 1967 et les couleurs tricolores de l’équipe rappellent forcément les origines françaises de la ville. Les équipes sont formées grâce à une draft interne dans la Ligue et la première « star » des Expos s’appelle  Rusty Staub, surnommé le Grand Orange.

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Les maillots des Expos à travers les années / Photo personnelle.

Les Expos jouent le premier match de leur histoire en MLB le 8 avril 1969, contre les Mets au Shea Stadium de New York, et s’imposent 11-10. La première à Montréal c’est le 14 avril face aux Cardinals de Saint-Louis. On l’a dit cette partie est historique puisque c’est la première de MLB à être disputée à l’extérieur des États-Unis. Chance des débutants ou pas… les Expos l’emportent là encore 8-7 devant 29 184 spectateurs. Tout semble leur sourire puisque trois jours plus tard seulement le lanceur Bill Stoneman lance le premier no-hitter de l’histoire de la franchise contre les Phillies de Philadelphie (il en signera un autre en 1972). Mais logiquement, cette saison est compliquée avec un bilan final de 52 victoires et 110 défaites.

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La première saison des Expos en 1969 / Photo personnelle.

Les années suivantes sont difficiles, même si le bilan progresse un peu mais l’effectif n’est pas à la hauteur. Il est essentiellement formé de vétérans rejetés par leur équipe. Il faut attendre 1975 pour voir évoluer la première pépite formée au club : Gary Carter, considéré comme l’un des meilleurs catcheurs de l’histoire de la MLB et membre du Hall of Fame. Malgré ça, c’est toujours aussi compliqué pour Montréal qui concède 107 défaites en 1976… une saison catastrophique qui passe presque inaperçue grâce aux  Jeux Olympiques qui se déroulent dans la ville en juillet 76. L’année suivante, c’est l’installation au Stade Olympique de Montréal, qui n’a pas de toit contrairement à la promesse des dirigeants! Mais les joueurs de baseball ne sont pas la première équipe locale à jouer dans la nouvelle enceinte : ils ont été devancés en septembre 1976 par les Alouettes de Montréal, franchise de CFL (Ligue Canadienne de Football). 57 592 spectateurs assistent au premier match des Expos contre les Phillies (défaite 7-2). Quelques années plus tard, la capacité du Stade est réduite à 43 000 spectateurs. Ce n’est qu’en 1986 que le toit rétractable du « Big O » est installé et il fait l’objet de nombreux incidents au fil des ans : une toile qui se déchire à plusieurs reprises, effondrement d’une poutre, courants d’air, mauvais éclairage… Les infrastructures – ou plutôt leurs défauts – seront l’une des raisons du désamour du public et du départ de la franchise car la Ville va refuser de construire un nouveau stade (voir plus bas).

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Les Expos s’installent au Stade Olympique en 1977 / Photo personnelle.

Le début des années 80 marque le premier âge d’or des Expos avec un effectif composé de Gary Carter (Hall of Fame), Andre Dawson (Hall of Fame), Tim Raines (Hall of Fame), Steve Rogers, Warren Cromartie ou Ellis Valentine. Record de 91 victoires en 1979 et un immense succès populaire et la barre des 2 millions de spectateurs franchie pour la première fois. Mais cette année et les suivantes, Montréal va échouer dans sa quête de disputer les World Series, de peu bien souvent. Autre crèvecoeur pour les fans : le départ de Gary Carter en 1984. Le chouchou est échangé et les Expos baissent clairement de niveau. 1987 semble être l’année de la résurrection puisque l’équipe surprend avec 91 victoires mais terminent 4 matchs derrière les Cardinals et ne disputent pas les play-offs. En 1989, les Expos récupèrent le lanceur All-Star Mark Langston des Mariners en échange de trois jeunes pitchers dont un certain Randy Johnson. L’équipe occupe la première place de la division pendant un mois et demi au coeur de l’été mais craque ensuite dans les deux derniers mois et échoue encore aux portes de la postseason.

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Le n°30 de Tim Raines / Photo personnelle.

En 1992, Felipe Alou est nommé coach des Expos et cela marque un nouveau tournant. Il deviendra le meilleur gérant de l’histoire des Expos en termes de victoires (691), le tout en 1409 matchs dirigés, un autre record. Il est désigné coach de l’année en NL en 1994, et finaliste à trois autres reprises. La même année en 1992, Gary Carter revient au club. En 1993, l’équipe connaît sa meilleure saison depuis 1979 avec 94 victoires mais sans toutefois arriver au but ultime. En novembre 1993, le GM Dan Duquette réalise une transaction d’abord controversée mais qui se révèlera une des meilleures : il envoie une des vedettes, Delino Deshields, aux Dodgers de Los Angeles et reçoit en échange un jeune lanceur du nom de Pedro Martinez (futur Hall of Famer)! L’année 1994 s’annonce très prometteuse et les Expos – pour une fois – ne déçoivent pas. Le 12 août, ils affichent le meilleur bilan de toute la MLB avec 74 victoires et 40 défaites, mais tout s’écroule pour Montréal puisqu’une grève déclenchée par l’Association des joueurs entraîne l’annulation du reste de la saison. Pour la première fois depuis 1904, les World Series n’auront pas lieu alors que les Expos étaient les grandissimes favoris (voir cet article de Radio Canada sur cette maudite saison 1994).

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Produits dérivés des Expos / Photo personnelle.

Cette grève a non seulement gâché les chances des Expos d’enfin disputer les World Series mais elle plombe aussi les finances du club qui doivent se séparer en 1995 de joueurs très importants (Larry Walker, John Wetteland, Marquis Grissom, Ken Hill) pour libérer des fonds. Malgré des pronostics pessimistes, l’équipe est à la lutte pour les play-offs en 1996 grâce notamment à son ace Pedro Martinez, qui confirmera la saison suivante en décrochant le NL Cy Young, le seul de l’histoire de la franchise. En cette même année, le propriétaire Claude Brochu annonce qu’un nouveau stade verra le jour dans les prochaines années dans le centre de Montréal grâce à l’apport du gouvernement québécois et du secteur privé. Comme il faut une nouvelle fois dégager des fonds, l’équipe est remaniée et les vétérans transférés, ce qui laisse émerger un nouveau talent : Vladimir Guerrero (qui vient d’être élu au Hall of Fame ce mercredi!).

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Produits dérivés des Expos / Photo personnelle.

En octobre 1998, les actionnaires mettent la pression sur Claude Brochu qui finit par quitter son poste alors que les Expos connaissent une vraie désaffection du public : seulement 750 000 spectateurs en 1999 malgré les exploits de Guerrero (42HR et 131 RBI’s) mais 94 défaites! Les démarches pour la construction du stade sont abandonnées suite au refus du Gouvernement du Québec d’investir dans le projet. En décembre 1999, Jeffrey Loria devient le nouveau propriétaire du club et un nouvel espoir renaît… espoir qui ne se concrétisera jamais. Le talent de Vladimir Guerrero ne suffit pas et le public ne répond plus présent. En 2003, la MLB oblige Montréal à jouer 22 matchs à Porto Rico pour générer plus de revenus. Avant la saison 2004, la star Guerrero s’engage avec les Angels, prélude à la mort des Expos.

Le 29 septembre, la Ligue annonce officiellement le départ de la franchise pour Washington DC dès l’année suivante. Le même jour, les Expos jouent et perdent leur dernier match à domicile devant 31 395 spectateurs au Stade Olympique contre les Marlins. Le 3 octobre, Montréal joue le dernier match de son histoire (pour le moment). Comme un symbole, c’est au Shea Stadium de New York contre les Mets, là où tout avait commencé en 1969. Les Expos concèdent une ultime défaite.

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2004, dernière année des Expos en MLB / Photo personnelle.

Les Expos de Montréal auront évolué dans la Division Est de la National League pendant 36 saisons, de 1969 à 2004. Ils ont disputé 5 698 matchs pour 2 755 victoires et 2 943 défaites et ne sont donc jamais apparus en World Series.

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Maillot des Royaux de Montréal porté par Jackie Robinson en 1946 / Photo personnelle.

Les Royaux de Montréal

Si les Expos ont évolué en MLB, il ne faut oublier de mentionner dans l’histoire du baseball à Montréal l’équipe des Royaux. Ils ont joué de 1897 à 1917 puis de 1928 à 1960 en Ligue Mineure, en étant notamment club affilié des Brooklyn Dodgers entre 1939 et 1960 (AA puis AAA). Les Royaux de Montréal ont eu l’honneur de voir les débuts professionnels sous leurs couleurs d’un certain Jackie Robinson en 1946. Le joueur sera, l’année suivante, le premier noir à évoluer en MLB, brisant ainsi la barrière de la ségrégation raciale. Le film « 42 » a récemment raconté l’ascension de Robinson et surtout la difficulté qu’il a eu à se faire accepter (bande-annonce ci-dessous).

 

En plus de Robinson, d’autres futurs grands noms de la MLB ont joué avec les Royaux :

  • Roy Campanella en 1947 avant de jouer chez les Dodgers. Le catcheur a été 8 fois All-Star, triple MVP de la National League, vainqueur des World Series en 1955. Membre du Hall of Fame.
  • Tommy Lasorda de 1950 à 1955 puis de 1958 à 1960. Le lanceur n’a jamais vraiment percé en Ligue Majeure mais s’est illustré en Mineure : meilleur lanceur en 1958, il remporte aussi trois titres de la Ligue Internationale. Lasorda est d’avantage connu pour sa carrière de manager : il restera 21 saisons à la tête des Dodgers!
  • Roberto Clemente en 1954. Le Portoricain est une idole à Pittsburgh où il a disputé toute sa carrière avec les Pirates. Il meurt dans un accident d’avion à 38 ans en participant à une mission caritative au Nicaragua. Il est élu au Hall of Fame en 1973, l’année suivant sa disparition.
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La mascotte Youppi! accueille les visiteurs de l’exposition à l’Hôtel de Ville / Photo personnelle.

Youppi!

Indissociable de l’histoire des Expos de Montréal : la mascotte Youppi! Elle officie toujours mais pour la franchise de NHL de Montréal : les Canadiens. Vous pouvez retrouver son histoire dans l’article que nous avons consacré aux mascottes de la MLB (ici).


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