Coup de chaud sur la AL East

Alors que l’on s’attendait à un duel entre Boston et Toronto en tête de la division, ce sont les surprenants Yankees qui occupent la première place en ce début juin. Les Red Sox grignotent leur retard et se replacent quand les Blue Jays tentent de revenir après un début de saison catastrophique. Comme l’an dernier, les Orioles surprennent et les Rays, que l’on avait éliminé d’office de la course aux play-offs, sont plutôt séduisants. Premier bilan et perspective de cette AL East.

1e, NEW YORK YANKEES (32W – 22L) *

« Start spreading the news »… Cela faisait longtemps que l’on avait pas autant entendu la mythique chanson de Franck Sinatra « New York, New York » au Yankee Stadium. Elle ponctue chaque victoire des Bronx Bombers et cette année la sono a été réglée sur en boucle et non aléatoire! Peu d’observateurs imaginaient les Yankees caracoler en tête de leur division après deux mois de compétition, avec un pourcentage de victoires autour des 60%. Certes ces quatre dernières saisons, les New Yorkais ont affiché des bilans positifs (84 victoires en 2016) mais le déclin se faisait sentir à chaque non-participation à la postseason. Tout semble avoir changé cette année et on se prend de nouveau à rêver dans le Bronx. Cette résurrection a un nom et un visage…
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La révélation des Yankees et de la MLB : Aaron Judge / Crédit NY Daily News.

Aaron Judge passionne et électrise les foules à chacun de ses passages au bâton (son portrait ici). Le rookie a déjà frappé 18HR, c’est mieux que Harper, Trout ou Stanton, et tout simplement le record en MLB jusqu’à aujourd’hui. Au Yankee Stadium, une petite section a été transformée en tribunal et les supporters s’y permettent toutes les facéties en référence au nom de leur chouchou qui signifie « juge ». Les pancartes « All rise » (« levez-vous« ) fleurissent, et ceux qui sont condamnés par Judge ce sont bien les adversaires des Yankees.

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« The Judge’s Chambers » salue chaque HR de la nouvelle star au Yankee Stadium / Crédit MLB.com.

Derrière Judge, c’est toute une équipe qui est transfigurée : Starlin Castro retrouve des stats dignes de ses débuts chez les Cubs (.315), Aaron Hicks explose sa moyenne en carrière (.321 contre un record à .256 ; 6 RBI le 1er juin vs Toronto) et les vétérans chauves Holliday et Gardner trouvent aussi la distance (12HR chacun). Gary Sanchez retrouve la forme après une longue blessure (2HR le 1er juin vs Toronto)… La déception dans le lineup des Yankees, c’est le minuscule bilan de Chris Carter. Recruté sur la lancée de ses 41 bombes de l’année précédente, l’ancien Brewer était à la rue en spring training, s’est fait devancer par Bird pour la place de titulaire en 1e base. Malgré les doutes et blessures de ce dernier, Carter est incapable de redresser la barre : AVG .120 ; 4HR ; 14RBI ; SLG .333 (moyenne en carrière de .458 en SLG).

A l’image de la puissance du line-up, la rotation des Yankees a globalement élevé son niveau de jeu et c’est peut-être ça le plus surprenant dans cette première place. Ils continuent de gagner malgré la blessure à l’épaule d’Aroldis Chapman (7 saves en 8 opportunités et annoncé de retour à la mi-juin) très bien suppléé par Betances (ERA 0.49 ; 33 SO en 18.1 manches ; 5 saves sur 6 opportunités) ; et malgré un décevant Masahiro Tanaka capable du meilleur (13 SO vs Oakland le 26 mai) et du pire (7 points mérités ou plus concédés par match à trois reprises cette saison et une ERA catastrophique de 6.34 en 11 starts). Si Montgomery et Sabathia assurent, ce sont surtout Luis Severino (4-2 ; ERA 2.90) et Michael Pineda (6-3 ; ERA 3.76) qui brillent avec respectivement 76 et 67 SO et surtout des WHIP à 1.07 et 1.16. Malgré cela, on ne peut s’empêcher de penser que les Yankees doivent recruter un très bon pitcher en juillet (Quintana des White Sox, Gray des A’s, Archer ou Cobb des Rays, Vargas des Royals ou Cole des Pirates…) s’ils veulent avoir des ambitions à l’automne. Une rotation à 6 pourrait être intéressante pour donner plus de repos au vétéran Tanaka et Sabathia, ou pour remplacer le jeune Montgomery quand les matchs deviendront capitaux. Hors rotation, pas besoin de renfort extérieur quand on sait que les prospects Frazier et Torres frappent à la porte.

2e, BOSTON RED SOX (31W -25L)

A l’image d’autres favoris (Cubs, Indians, Rangers), les Red Sox avaient démarré très mollement leur saison au point de s’interroger sur l’avenir du coach John Farrell ; mais une belle série (6W de suite entre le 23 et le 28 mai) leur a permis de remonter au classement et surtout de retrouver un peu de sérénité.

L’attaque de Boston si performante la saison dernière est globalement une déception et notamment Jackie Bradley Jr (AVG .233), Hanley Ramirez (AVG .253), Andrew Benintendi (AVG .269) et Mookie Betts (AVG .264). Seul surnage Xander Bogaerts (AVG .330 et OBP .386).

Côté rotation, la recrue vedette Chris Sale assume parfaitement son rôle et répond aux attentes. Il a signé une série de 8 matchs consécutifs avec 10K ou plus. L’ancien White Sox devenu Red Sox domine la MLB en nombre de SO (119) et affiche un bilan impressionnant de 7W-2L ; ERA 2.89 ; WHIP 0.93 et AVG adverse de .201). Derrière Sale, la surprise c’est le jeune starter Eduardo Rodriguez, 24 ans, qui n’avait pas su enchainer en 2016 sur une bonne année rookie en 2015. Pour sa 3e année en Majeur, il affiche certes « seulement » 4W (pour 2L) mais 7 de ses 10 matchs débutés ont été des quality starts. En revanche, celui qui déçoit du côté de Fenway Park, c’est le AL Cy Young 2016 Rick Porcello : 3W-7L ; ERA 4.24 ; AVG adverse de .307. Il lui faut digérer son trophée et s’enlever de la pression…

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Le lanceur partant des Red Sox, David Price, est de retour dans rotation après une blessure en spring training / Crédit Boston Herald.

Cela tombe bien puisque la rotation bostonienne peut enfin compter sur un atout de choix : David Price de retour de blessure. Touché au coude lors du spring traning, l’ace a semblé en bonne forme lors de ses deux starts (1-0 ; ERA 3.00 ; 12 IP ; 11SO et un AVG adverse de .125).

On signalera aussi le toujours performant Craig Kimbrel qui manque très rarement une occasion d’assurer la victoire pour les siens avec 16 saves en 17 opportunités (2e derrière le Rockies Holland) ; avec seulement 8H et 3ER concédés en 25.1 manches lancées.

Les ambitions de postseason pour  Boston reposent sur une rotation renforcée par Price, à condition que Porcello se reprenne. Même si les besoins en starting pitchers sont moindres qu’à NY, il n’est pas à exclure qu’on recrute aussi du côté des Red Sox d’ici au 31 juillet. Il leur faudra aussi retrouver une attaque digne de son rang.

3e, BALTIMORE ORIOLES (29W – 26L)

On a l’impression de revivre la même saison qu’en 2016 du côté de Baltimore : les plus optimistes leur donnaient une petite chance de lutter pour la wild-card, les plus pessimistes les voyaient loin derrière dans cette AL East… et voilà les Orioles en bilan positif et pas si loin de la tête en ce début juin. Si l’on précise qu’ils en sont là sans le roi des closers l’an dernier, Zach Britton (seulement 8 matchs avant une blessure au bras) et sans la production normale de Manny Machado, limité à un famélique .219 en AVG. Seule bonne nouvelle, ses 12HR dont un vendredi dernier qui a fini au 2e étage de Camden Yards (depuis 2011 seul Mark Reynolds avait frappé aussi loin). Cela va un peu mieux pour le jeune joueur de 24 ans puisque jeudi il a mis fin à une vilaine série de 0 pour 18 et il a frappé 2HR en 2 jours (vendredi et samedi).

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Le DH, Trey Mancini, est une bonne surprise dans le line-up des Orioles / Crédit USA Today Sports.

Le meilleur frappeur des O’s cette saison ce n’est ni Machado donc, ni même Trumbo, voir Schoop, Davis ou Jones… mais le rookie Trey Mancini (5 matchs disputés en 2016). Il a certes moins joué cette saison que les autres (41 matchs) car barré par Trumbo au poste de DH et en défense, mais ses chiffres impressionnent tout de même (AVG .294 ; OBP .338 ; SLG .507 ; 25RBI).

Si les Oiseaux ne peuvent compter sur leur star closer ni sur leurs gros batteurs, c’est forcément que la rotation fait du bon boulot… même pas! A part Dylan Bundy (6-4 ; ERA 2.93), les partants ne sont pas garants de résultat : 3 victoires pour Gausman (en 12 starts), 2 pour Miley (en 11 starts), 1 pour Jiménez (en 8 starts) avant d’être envoyé dans le bullpen pour un rôle de releveur. Chris Tillman commence sa saison difficilement après une blessure : 6 starts ; 1-3 ; ERA 5.59 ; AVG .311 ; WHIP 1.83. La 5e place dans la rotation reste une énigme malgré la magie dont fait preuve régulièrement le coach Buck Showalter.

Alors malgré ce bon début de saison, beaucoup d’interrogations planent sur la réelle valeur de ces Orioles. Combien de temps vont-ils tenir leur bilan positif ? Leur attaque et leur rotation sont plus faibles que celles des Yankees et Red Sox, et sans Britton leur bullpen manque forcément d’assurance. S’ils tiennent la distance tant mieux ça ne fera que renforcer encore l’intérêt de cette AL East. Si Baltimore glisse dans les semaines à venir, on peut imaginer que certains éléments quitteront le club à la Trade deadline… mais avec les O’s tout est toujours possible, alors nous verrons bien!

4e, TAMPA BAY RAYS (29W – 30L)

Les Floridiens sont repassés dimanche en bilan négatif mais les voir à ce niveau-là est déjà une surprise. Entre le 13 mai et le 2 juin, les Rays n’ont perdu que 6 matchs, pour 12 succès avec des séries remportées face à Boston, Cleveland, les Yankees, Twins ou Rangers, excusez du peu!

L’attaque de Tampa Bay ne repose cette année pas uniquement sur leur star, Evan Longoria, et ça change tout. Les Rays sont la 2e meilleure équipe de MLB en nombre de HR (88 juste derrière les surpuissants Nationals), 2e en nombre de BB (223) mais aussi leaders dans une catégorie moins prestigieuse celui du nombre de K avec 607 (51 de plus que les Brewers, 2e). Ils sont enfin 4e de AL en nombre de points marqués (272). Le leader offensif cette saison s’appelle Corey Dickerson et il brille dans les stats de l’American League : 3e meilleure AVG (.336) et en nombre de runs (42), 1er en nombre de hits (76), 1er ex-aequo en extra-base hits (32) ou encore 2e en nombre de doubles (17). Dans son sillage, Logan Morrison et ses 16HR. Le joueur de première base a pourtant été très critiqué cet hiver au moment de la prolongation de son contrat.

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L’attaque des Rays est particulièrement impressionnante cette saison / Crédit Getty Images.

La rotation des Rays ne fait pas partie des meilleures en AL, mais avec quatre de ces cinq starters en dessous des 4.52 de ERA elle fait mieux que se défendre. Pour sa première saison en tant que lanceur partant, Matt Andriese, affiche un bon record de 5W et 1L en 11 starts (ERA 3.45). Il faut espérer que son passage par la liste des blessés (DL10) depuis la semaine dernière ne ralentisse pas sa production. Alex Cobb cherche lui à disputer sa première saison complète depuis son opération Tommy John en mai 2015. Il s’est adapté, se reposant d’avantage sur sa curveball et sa fastball plutôt que sur sa changeup, qui était son arme principale pré-blessure. Ses résultats ont honorables avec 4W – 5L et une ERA de 4.52 en 12 starts. Du côté de la Floride, on attendait beaucoup de Chris Archer après un bilan 2016 indigne de son potentiel (9W-19L) et il a bien rebondi : 4-3 et une ERA de 3.74; mais surtout le 3e plus grand nombre de SO de toute la MLB avec 95 (derrière Sale et Scherzer). On retiendra aussi une ERA de 3.53 pour Jake Odorizzi (3-3). La 5e place dans la rotation est plus incertaine, partagée entre Snell et Ramirez.

Après donc deux premiers mois globalement réussis, les retours prévus en ce mois de juin des blessés Wilson Ramos (catcher), Matt Duffy (shortstop) et Brad Boxberger (releveur) sont autant de signes positifs pour Tampa. Si la 1e place en AL East parait inaccessible, les Rays espèrent lutter pour la wild-card le plus longtemps possible (ils ont deux matchs de retard aujourd’hui sur les qualifiés), mais ils ont une marge d’erreur très réduite. Une blessure d’un partant ou de Dickerson ou Morrisson serait très préjudiciable et sans doute fatale.

5e, TORONTO BLUE JAYS (28W – 29L)

Les Canadiens sont de retour! Leur bilan est certes toujours négatif mais les voir à une petite victoire des .500 de moyenne et dans la lutte pour la wild-card en AL est inespéré quand on regarde en arrière et ce dra-ma-tique mois d’avril des Blue Jays. Annoncés parmi les prétendants très sérieux à la postseason, ils ont encaissé 17 défaites pour 7 ridicules victoires dans le premier mois de compétition!

Pour leur défense, l’effectif de Toronto a été décimé par les blessures : Josh Donaldson et Troy Tulowitski n’ont disputé respectivement que 17 et 24 matchs. Steve Pearce, Russell Martin, Dalton Pompey et Devon Travis sont encore sur la liste des blessés. Même poisse côté rotation puisque Aaron Sanchez ne reviendra qu’à la fin du mois (5 starts cette saison) et J.A. Happ est sorti de cette DL la semaine dernière (4 starts). Quand on sait que le jeune et le vétéran avaient cumulé 35W pour seulement 6L en 2016, leur absence explique en partie le blues des Jays.

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Le manager des Blue Jays John Gibbons et son catcheur Russell Martin ont retrouvé le sourire après un début de saison catastrophe / Crédit Getty Images.

Pour maintenir l’équipe à flot en mai et en ce début juin, un très bon Marcus Stroman (6-2 ; ERA 3.25 en 12 starts) et le régulier Roberto Osuna (13 saves en 16 opportunités ; ERA 2.78 ; WHIP 0.84) sur le monticule. Côté attaque, Justin Smoak explose sa moyenne en carrière (.283 contre .227 jusque là) avec déjà 14HR. Kendry Morales (DH) recruté pour palier au départ d’Edwin Encarnacion n’est pas encore au niveau de ce dernier mais prend ses marques dans l’équipe canadienne (AVG .265 et 11HR). En revanche, on a toujours pas retrouvé le grand José Bautista. S’il semble épargné cette saison par les blessures (57 matchs disputés, le plus grand total de l’effectif), son coup de bâton n’est plus celui qu’il était avec un AVG de .238 ; SLG .427 et 10HR.

Pour ses premiers matchs en juin, Toronto vient de partager une série avec les Yankees (2 victoires, 2 défaites), c’est encourageant. L’avenir de leur saison dépendra en premier lieu des blessures, puisque avec un effectif  au complet, les Canadiens sont largement au-dessus de O’s et des Rays. Si il y a quelques semaines, on imaginait déjà un grand ménage de juillet (voir ici), les Blue Jays pourraient finalement garder Donaldson, Tulowitski et autres jusqu’à l’automne pour avoir une chance de qualification pour la postseason.

* Classement et stats arrêtés avant les matchs du 5 juin.

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