Avril, Terre de Galères

On ne remporte pas les Ligues Majeures au mois d’avril, mais on peut parfaitement tout y perdre. Si la phrase est bateau et quelque peu cliché, elle n’en reste pas moins implacable de vérité. Bien sûr, une équipe peut trouver ses marques en cours de saison, et un verdict sur 25 matchs ne peut pas vraiment présager d’un destin au terme des 162 rencontres de la saison régulière. Jetons donc sans plus tarder un coup d’œil sur les géants endormis de ce début de printemps, et essayons de déterminer leurs chances de venir se mêler à la lutte pour les Play-offs quand viendra le mois d’Octobre.

MLB: Boston Red Sox at Toronto Blue Jays
John Gibbons, Manager des Toronto Blue Jays

Nous ne nous intéresserons pas ici aux Braves (.435) ou aux Padres (.407), qui abordent cette saison sans aucune véritable ambition sinon celle de se reconstruire. Nous ne parlerons pas non plus des Reds (.458) dont le beau début de saison était, comme attendu, un feu de paille. Nous détournerons enfin les yeux du destin des Rays (.462) et des Athletics (.440), qui devraient logiquement se tirer la bourre pour éviter l’honneur douteux d’être la pire équipe d’American League.
Non, ici nous vous parlerons de ces poids lourds des Ligues Majeures, ces équipes qui font partie du paysage récent des play-offs et que l’on attend parmi les géants de l’automne. Une sélection à laquelle les Cardinals (.500) ont échappé grâce à une série de neuf victoires sur leurs onze derniers matchs : une série qui sonne comme un exemple à suivre pour les mauvais élèves de la Ligue, et surtout une condition sine-qua-non pour garder un espoir de jouer les premiers rôles quand viendra l’été.

Kansas City Royals

Bilan Actuel : 7-16 (.304)
Chances d’atteindre la postseason : <1%

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Eric Hosmer en 2017 : .225/.281/.292, 1HR, 6 RBI

Je vais être honnête… Si j’inclus les Kansas City dans ce groupe, c’est uniquement parce qu’ils sont les champions 2015 et finalistes 2014. Il y a deux ans. Il y a une éternité. Habités d’un feu intérieur et d’un état d’esprit exceptionnels dans leur route vers le titre, les hommes de Ned Yost ne sont plus qu’une pale imitation d’eux-mêmes.
Hosmer, Moustakas, Cain sont toujours là mais ils seront free-agents l’hiver prochain, le MVP des World Series 2015 Salvador Perez est redevenu un bon receveur sans plus, et la mort accidentelle de Yordano Ventura, cet hiver, a donné un dernier coup au moral des Royals.
Quelques statistiques décrivent bien l’état de délabrement du roster de Kansas City :

  • Une moyenne au bâton collective de .210, la pire des Ligues Majeures.
  • Un ERA collectif de 4.19, treizième d’American League, principalement à cause d’un bullpen défaillant (5.67) qui a concédé 49 des 100 runs encaisses par les Royals en Avril.
  • Un leader individuel au bâton, le rookie Jorge Bonifacio, qui affiche .292, et un leader à l’OPS (Mike Moustakas) qui émarge à .856

On en oublierait presque les belles performances des Starting Pitchers, Danny Duffy (2-1, 2.81), Ian Kennedy (0-2, 2.30) et Jason Vargas (3-1, 1.40) en tête, qui possèdent le quatrième ERA collectif des Majors (3.38, les Cardinals sont premiers avec 3.32). Mais leur job est bien ingrat, abandonnés par leurs batteurs et leurs releveurs. Dans un contexte de fin de règne, attendez-vous à voir les Moustakas et compagnie quitter le navire d’ici la trade deadline pour laisser la place aux jeunes. La saison risque d’être bien longue aux confins du Kansas et du Missouri.

Seattle Mariners

Bilan Actuel : 11-15 (.304)
Chances d’atteindre la postseason : 10%

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Felix Hernandez peut-il redevenir King Felix?

Un début de saison des Seattle Mariners, c’est un peu comme un début de saison du Stade Rennais (oui, j’ai le malheur de… bon, bref…). Il y a toujours, dans l’Etat de Washington, cette petite flamme d’espoir, ce sentiment que c’est pour cette année, que peut-être un nouvel Ichiro Suzuki va se dévoiler à la face du monde, que les Mariners vont exploiter ce potentiel qui sommeille en leur roster, au bâton comme sur la butte. Parce que « King » Felix Hernandez ou Robinson Cano, parce que Hisashi Iwakuma ou Nelson Cruz. Parce qu’autour deux, les Mariners possèdent un effectif solide et de jeunes stars telles que Jean Segura et le rookie Mitch Haniger, arrivés cet été des Diamondbacks.

Pourtant, les Mariners déçoivent en ce début de saison, comme d’habitude pourrait-on dire. Au bâton, c’est raisonnable et les Mariners sont le 2eme producteur de points (119) d’American League derrière les Yankees, grâce aux locomotives Cruz (.315, 7 HR, 23 RBI), Haniger (.342, 4HR, 16 RBI) et Cano (4HR, 18 RBI) qui continue à faire rentrer les points malgré un .252 au bâton. En défense, c’est plutôt propre avec un Fielding Percentage dans la moyenne de la Ligue. Mais sur la butte…
Heureusement, il y a James Paxton (3-0, 1.39) car sinon c’est le désert. Felix Hernandez (2-2, 4.73) enchaine les saisons de transitions, Iwakuma n’y arrive plus (0-2, 4.15), et Yovani Gallardo (1-3, 5.08) a totalement perdu pied.
Et si on y ajoute le bullpen, c’est bien pire encore. Les releveurs de Seattle offrent un ERA de 5.80 (29e des Majors) et un misérable 4 sur 9 aux sauvetages, tous à l’actif du jeune Edwin Diaz (23 ans, 4/5, 3.60), ancien starter en Ligues mineures que l’on attendait comme un releveur de milieu de partie, et qui n’était en aucun cas destiné à devenir le closer des Mariners.

Mais pour les Mariners, même un bullpen stabilisé et une rotation retrouvée risqueraient d’être bien trop peu pour revenir se mêler à la lutte pour les play-offs, dans une division que les Astros dominent en ce début de saison, dans une ligue ou les Yankees, Orioles, White et Red Sox ont tous des vues sur la Wild Card et le titre suprême… Et, même s’ils ne sont aujourd’hui que 3.5 victoires derrière les places pour la Wild Card, la marge d’erreur semble minime pour les Mariners, et leur propension à gâcher des victoires toutes faites beaucoup trop importante.

Toronto Blue Jays

Bilan Actuel : 8-17 (.320)
Chances d’atteindre la postseason : 5%

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Les Bat-Flips de José Bautista, ce n’est plus ce que c’était

Après deux défaites lors des American League Championship Series en 2015 et 2016, Toronto était une fois encore un candidat légitime au titre cette saison. Était, car en ce premier jour de mai, les chances de Toronto de se mêler encore à la lutte pour les playoffs semblent bien, bien maigres. Il y avait pourtant de quoi être optimiste pour la franchise canadienne à l’intersaison : le seul départ majeur, celui d’Edwin Encarnacion, était remplacé par l’arrivée du solide Kendrys Morales. José Bautista avait resigné pour un an avec l’envie de faire oublier sa piteuse saison 2012, Marcus Stroman et Aaron Sanchez devaient mener les Jays vers de nouveaux sommets… et puis… tout s’est effondré avant même de se mettre en place.
A cause des blessures, tout d’abord, celles du MVP 2015 Josh Donaldson et de Troy Tulowitzki, tous les deux sur la DL en ce moment, mais également celles de J.A. Happ blessé au coude après un début de saison catastrophique (0-3, 4.50) et d’Aaron Sanchez, en délicatesse avec l’un de ses doigts et qui n’a lancé qu’une manche, ce week-end, pour son retour de l’infirmerie.

Mais le véritable problème est ailleurs pour les Blue Jays. Eux qui comptaient parmi les meilleurs attaques des Ligues Majeures ces deux dernières années ne marquent plus. Avec 89 runs en 25 matchs, seuls les Giants (87) et les Royals (63) font pire en ce moment. Les Jays frappent .228, 26eme bilan des Ligues Majeures et .198 avec des coureurs en positions de marquer (29e). C’est là, véritablement, que la batte d’Edwin Encarnacion – et ses 127 points produits en 2016 – fait défaut.
Kendrys Morales fait ce qu’il peut, et il est le meilleur producteur de RBI des canadiens (.227, 4HR, 14 RBI), mais il n’a ni la présence ni la puissance de l’homme au perroquet. Et derrière lui, c’est catastrophique : Justin Smoak (.273, 4HR, 12 RBI) et Troy Tulowitzki (.263, 10 RBI) sont les deux seuls joueurs à avoir atteint les 10 points produits. Russell Martin ou Devon Travis ne ressemblent en rien de Major Leaguers cette saison, et que dire de Jose Bautista : .178, 16 Hits, 7 points produits, 16 Walks et 30 Strike Outs (!) en 57 passages au bâton… La saison est encore longue, mais le contrat de 18 millions de dollars offert au slugger dominicain ressemble de plus en plus à une œuvre de charité, et de moins en moins à une bonne idée.

Avec un ERA collectif tout juste dans la moyenne (4.14, 17eme de MLB), un Roberto Osuna qui passe complètement à côté de son début de saison au poste de closer (3-6, 5.63) et l’absence d’une alternative crédible (les Jays affichent un bilan de 6 sauvetages réussis sur 14 opportunités) dans le bullpen, Toronto est au bord du gouffre. Alors certes, il est très simple de définir les manques et les axes de progrès des Blue Jays… Mais les mettre en place, réinstaller la confiance et réchauffer les battes est une autre histoire. Avec le second pire bilan de toutes les ligues majeures (devant Kansas City), Toronto est déjà dos au mur, et on ne voit pas vraiment qui ou quoi pourrait venir les sauver.

San Francisco Giants

Bilan Actuel : 9-17 (.346),
Chances d’atteindre la postseason : 15%

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Jeff Samardzija en 2017: 5 starts, 0-4, 6.32, 23 Points concédés

Le parallèle entre le début de saison des Giants et celui des Jays (voir ci-dessus) est assez saisissant. Un effectif relativement stable, des stars blessées, des battes muettes, et une saison galère qui s’annonce pour les californiens.

Sur le papier, les Giants ont pourtant, comme toujours, un effectif impressionnant, des all-stars potentiels à tous les postes du terrain, des battes de feu, des bras monstrueux et, depuis cet hiver, l’un des meilleurs closers du baseball en la personne de Mark Melancon (5/7 SV, 2.79), qui ferait presque oublier la faiblesse relative de leur bullpen (3-5, 5/10 SV, 5.04)
Malheureusement pour les fans des Giants, rien ne leur sourit en ce début de saison 2017. Tout d’abord, le groupe de Bruce Bochy souffre énormément des blessures en ce début de saison, notamment celles de Denard Span, Brandon Crawford, et tout récemment, celle de leur superstar Madison Bumgarner, qui sera absent des terrains pour trois mois suite à un accident de moto-cross.
Mais le véritable souci des Giants se situe bien au-delà des blessures, entre faillites individuelles et collectives sur la butte comme à la batte.

Ainsi, si Jason Cueto tient son rang malgré un ERA plus que modeste (3-1, 5.10), il en est tout autre pour Jeff Samardzija (0-4, 6.38), ses quatre défaites et ses 23 points concédés en cinq matchs, ou pour Madison Bumgarner, irréprochable jusqu’à son accident mais parfaitement abandonne par ses batteurs (4 MJ, 27 IP, 3.0, 0-3). Celui qui s’en sort le mieux est Matt Cain (2-0, 2.30), mais difficile pour une franchise comme les Giants de considérer Cain comme le point d’ancrage de leur rotation.

A la batte, le constat est encore plus catastrophique : Apres 26 matchs joues, seuls Brandon Belt (11) et Hunter Pence (10) on atteint les dix points produits… et le premier a, à ce jour plus de strike-outs que de coups-surs à son compteur (29 contre 23). Résultat, seuls les Royals (63, avec trois matchs de moins) ont marqué moins de points que San Francisco (87), et le déficit de puissance est tout aussi criant (16 Home Runs en 2017, seul Boston a fait pire avec 15).
Avec la 28e place au classement de la présence sur base (.289), les Giants confirment une tendance déjà vue lors du début de saison l’an dernier, et corrigée par la suite pour leur ouvrir la porte des play-offs. Pour Bruce Bochy, toute la difficulté sera de trouver, une fois encore, les mots et les actes pour remettre en selle son batting staff en perdition

New York Mets

Bilan Actuel : 10-14 (.417),
Chances d’atteindre la postseason : 30%

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La rotation des Mets, ses superstars, son ERA de 4.18 (21e en MLB)

Parmi tous ces galériens du printemps, les Mets sont sans aucun doute ceux qui se trouvent dans la meilleure position (ou la moins critique, selon le point de vue). Pourtant, il y a de quoi s’inquiéter pour la franchise de New York, entre mauvaise gestion des blessures, battes en bernes et une « dream-team » de lanceurs qui n’en finit plus de passer à côté de son rendez-vous avec l’histoire.

Si la division NL East semble largement hors de portée des hommes de Terry Collins, dominée qu’elle est depuis l’an dernier par les Nationals, la Wild Card est encore accessible, mais pour cela, les Mets vont devoir élever sérieusement leur niveau de jeu, eux qui ont la particularité d’avoir disputé tous leurs matchs du mois d’avril contre des adversaires de leur division, pour cinq séries perdues sur huit disputées, et une dernière place à l’Est.

La faute à une rotation de stars décimée par les blessures depuis deux ans, et qui continue de ne pas tenir ses promesses. Matt Harvey (2-1, 4.25) n’est jamais vraiment redevenu le Black Knight, Jacob deGrom (2-1, 4.25) tarde à confirmer ses énormes saisons de rookie et sophomore (2014-15), Steven Matz est sur la liste des blessés depuis le Spring Training, avec une inflammation au coude, et Noah Syndergaard (1-2, 3.29) vient de l’y rejoindre, victime d’une blessure aux dos deux jours après avoir refusé une IRM pour une raideur au bras. Du coup, les Mets dont la grande force est sensée être le pitching, possèdent le 25e ERA collectif des Ligues Majeures (4.53), le 21e pour les lanceurs partants (4.18) et encore le 25e pour un bullpen capable de trous d’airs ahurissant, comme lors de la défaite 23-5 face aux Nationals, ce week-end, après deux victoires consécutives contre Scherzer puis Strasburg au Nationals Park.

C’est la toute la particularité des Mets, capable de faire craquer (7-5) le Cy Young en titre un jour, et d’exploser dans des proportions rarement vues le lendemain.

A la batte, c’est la même histoire. New York souffle le chaud et le froid, et n’existe presque que par les Home Runs, une situation qui était déjà la norme à Citi Field l’an dernier, et qui tranche avec l’incapacité des Mets à prendre et gagner les bases. Ainsi, pour 37 Home Runs frappés cette saison, New York (3e en MLB) n’a marqué que 103 points (18e). Pire, les Mets possèdent la pire moyenne au bâton de la National League (.217) et le 27e OBP des Ligues Majeures (.290). Sans surprise, au vu de leur manque de présence et de vitesse sur base, ils sont aussi l’une des trois seules équipes à avoir tenté dix vols de buts ou moins (10), avec Baltimore (10) et Colorado (8).

Privés de Syndergaard et de Matz, handicapés par les blessures récurrentes de Cespedes, Duda ou encore Flores, les Mets avancent dans le noir en ce début de saison. Et si les belles performances de Jay Bruce (.292, 7 HR, 16 RBI), Michael Conforto (.321, 6 HR, 13 RBI) et Travis D’Arnaud (.226, 4HR, 16 RBI) sont porteuses d’espoir pour les Mets, l’équilibre du club semble encore une fois bien fragile, et leur meilleure chance d’accéder aux play-offs, aujourd’hui, semble résider avant tout dans la relative faiblesse de tous leurs rivaux désignés pour la course à la Wild Card.

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