Andrew McCutchen peut-il redevenir « Cutch » ?

C’est l’histoire d’un mec qui a chopé la pire galère qu’un joueur de baseball peut attraper : le slump. Sauf que sa descente aux enfers à lui n’a pas duré plusieurs jours ou plusieurs semaines. Non. Le fantôme d’Andrew McCutchen a végété sur les diamants de Major League pendant cinq longs mois. Une éternité pour un des meilleurs joueurs du circuit. Récit.

Allégorie du slump. Pantalon sale, tête basse, casque à la main et moral dans les chaussettes… CP : Fred Vuich

« Baseball is 90% mental and the other half is physical ». Cette citation de Yogi Berra est l’une de mes préférées. D’abord car elle illustre parfaitement ce que représente le baseball. Un ensemble alambiqué de détails qui forment une entité, un sport. Un sport complexe qui se joue avant tout dans la tronche. Ensuite parce qu’elle peut décrire quasiment chaque cas lié à ce jeu. Comme celui d’Andrew McCutchen, véritable star MLB aux multiples récompenses individuelles depuis ses débuts dans le grand show en 2009.

L’an passé ‘McCutch’ a été un spectre. Une chimère affichant les pires statistiques de sa brillante carrière. Une moyenne au bâton famélique (.256 pire pourcentage en carrière), une présence sur les buts en-deçà de .340 (pire moyenne en carrière), des RBI en baisse (moins de 80 pour la première fois depuis six ans et sa seconde année en pro) et seulement 69 BB obtenus pour un joueur qui en récoltait 98 en 2015. En 2016, McCutchen le quintuple All-Star est devenu Andrew, simple joueur de baseball.

« L’aspect mental était énorme. C’est venu comme ça, à force de ne plus frapper et de ne plus être sur les bases comme j’avais l’habitude de l’être ».

A. McCutchen – Mars 2017 / Sports Illustrated 

Un vrai faux départ à digérer

Mais plus grave que cette demi-année passée sur les terrains tel un irréel pantin, c’est ce langage du corps aperçu sur les bases qui a réellement inquiété bon nombre des observateurs. À commencer par le board des Pirates qui a passé l’hiver à vouloir réaliser « The Trade » incluant son voltigeur vedette. On a parlé d’un deal envoyant McCutch aux White Sox en retour de l’ace José Quintana. Ce fut d’ailleurs LE feuilleton de ses derniers mois du côté de Pittsburgh. Au final la franchise de Robert Nutting a refusé de brader son « franchise player » et n’a pas bougé le petit doigt. Tout ça pour ça me diriez-vous. Pas certain que les « Bucs » aient mis leur célèbre numéro 22 dans les meilleures conditions pour débuter l’exercice 2017 après une off-season marquée par de multiples tractations pour l’envoyer loin de la Pennsylvanie. Même si l’intéressé, lui, assure ne pas être perturbé par ces rumeurs à l’orée de la cuvée 2017.

« Ça ne me dérange pas. C’est le business. Je suis toujours là, dans les Majors. De nombreuses fois nous avons des attentes de quelque chose, et bien souvent ces attentes ne finissent pas comme nous l’aurions imaginé. Parfois on doit prendre un autre chemin, une autre route. C’est ce que j’ai toujours fait. Mais je sais que j’ai une destination et que cette route va me conduire à ma destination. Cette saison je suis juste assis sur la place du conducteur, suivant les indications et sachant que je vais finir par y arriver ». 

A. McCutchen – Mars 2017 / Sports Illustrated 

Un discours imagé et fataliste pour un « McCutch » qui veut avant tout refaire surface et retrouver sa grinta caractéristique sur les bases.

Un fantôme sur les sentiers

Le « Cutch » en action, une image qu’on aimerait revoir très bientôt… CP : Gene J. Puskar/AP

Six. C’est le nombre de bases volées par le 11e pick de la draft 2005. Ridicule pour un joueur ayant déjà volé plus de vingt bases pendant cinq saisons consécutives (2009-2013) dépassant même la barre des trente en 2010. Alors, certes, le natif du Maryland n’a plus ses jambes de vingt ans. Mais certains signes ne trompent pas. Le quadruple Silver Slugger n’a presque jamais essayé de voler en 2016. Restant tel un épouvantail sur son coussin. Et pire encore, lorsqu’il a tenté il fût mis dehors plus souvent (sept fois) qu’il n’eut réussit (six). Il y a trois ans, lors de son année le couronnant MVP, McCutchen avait avancé de la première base à la troisième sur près de la moitié des ‘simples’ frappés par ses coéquipiers. L’an dernier il ne l’a réussi qu’à 17%, soit seulement à cinq petites reprises sur ses 153 matchs disputés. À titre de comparaison c’est moins sur l’édition 2016 qu’un gros bébé comme Albert Pujols. C’est moins que 173 autres joueurs des Majors. On parlait précédemment de langage corporel sur les sentiers qui a interpellé les observateurs à commencer par ‘McCutch’ lui-même.

« Chaque fois que j’étais sur les bases, je ne voulais pas ruiner ça. Comme je l’ai dit c’est le côté mental. Je suis parti ? Dingue… Ok, allons voler cette base… Ah… Je n’ai pas été ici depuis un moment… Depuis plusieurs matchs. La dernière chose dont j’ai besoin est de réaliser un mauvais saut et me faire retirer ».

A. McCutchen – Mars 2017 / Sports Illustrated 

L’heure de la rédemption

En fait le jeune trentenaire pensait au négatif plutôt qu’à utiliser sa vitesse pour arriver à la base suivante. Au point que ça en est devenu obsessionnel pour lui.

« De nombreuses fois je me disais : ‘Ah, je vais y aller doucement parce que je veux donner à Polanco sa chance, ou je veux qu’il swing, qu’il frappe cette balle mais il y a deux outs. Je ne peux pas être le 3e mort. Alors je vais juste attendre’. Je me disais des choses comme ça. Je suis un gars qui a une moyenne de présence sur base à .400, je suis un gars qui obtient des bases. Alors quand j’ai l’opportunité je vais prendre la prochaine. J’étais à peine à .300 l’an dernier, ça m’a bloqué. Ça m’a freiné mentalement. Je n’étais pas assez sur les sentiers pour courir ».

A. McCutchen – Mars 2017 / Sports Illustrated 

Petit réajustement entre amis en outfield… CP : Frank Franklin

Petite révolution, en 2017, Andrew McCutchen ne jouera plus Center-Field. Clint Hurdle a décidé qu’il était l’heure pour son étoile de passer le flambeau à Starling Marte au centre en repositionnant McCutchen à droite. À un poste moins exposé, qui demande forcément moins de puissance athlétique et physique qu’en CF. Une manière de protéger son joueur afin de le relancer. Peut-être aussi pour lui permettre de retrouver son niveau en vue d’un trade où son prix aura repris de la valeur pour les « Black and Gold ».

 

« See you soon buddy… » CP : Tim Heitman/USA Today Sports

Aujourd’hui il est difficile d’imaginer la franchise aux cinq world series prolonger McCutchen à qui il reste un an de contrat à 14M$ plus une autre à 14.5 M$ en option pour le club. Surtout lorsqu’on
sait que les Pirates sont la seule franchise MLB à n’avoir jamais garanti plus de 60 M$ à un joueur. Et c’était il y a 17 ans lorsque les Buccos prolongeaient alors leur catcher Jason Kendall. Dans cette optique, compliqué d’imaginer le front office des Pirates offrir une extension à McCutchen.Mais dans le fond peu importe où McCutchen finira. Peu importe quelle « route » il empruntera. Il peut simplement tirer une force incroyable de cette saison cauchemardesque.

« J’ai appris de cette saison. Vous avez deux chemins. Soit vous prenez cette expérience comme une mauvaise chose. Soit vous la prenez comme quelque chose de bénéfique qui vous permettra de devenir meilleur frappeur. Et c’est ce que j’ai fait. Quand les choses vont bien, super. Quand elles vont mal, je sais comment gérer et m’ajuster le plus rapidement possible. Je vais être meilleur que je l’ai été. Je suis juste impatient d’y retourner, de continuer à apprendre, à m’ajuster et à prendre beaucoup de plaisir à le faire ».

A. McCutchen – Mars 2017 / Sports Illustrated 

Pour Andrew McCutchen il est l’heure de redevenir celui que tout le monde connaît, que tout le monde respecte. Pour Andrew McCutchen il est l’heure de redevenir « Cutch ».

 

J-Sé Gray « In Billy Beane we trust »

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