[Interview] Erwan Godet : « Il faut démocratiser le baseball »

Début mai, Erwan Godet, coach en équipe de France U15, nous accueillait dans son bureau de la maison des sports de Rennes. À l’occasion de cette rencontre, nous avons discuté baseball. L’occasion de revenir sur le baseball Français et Européen. Mais aussi de parler des jeunes, des clubs, de l’élite et les objectifs à long terme…erwan1

The Strike out :  Bonjour Erwan, tout d’abord présentez vous et parlez nous de votre relation avec le Baseball.

Erwan Godet : J’ai 42 ans, je joue au baseball depuis mes 14 ans. J’ai créé un club, les Black Panthers de Bréal sous Montfort à l’âge de 15 ans, et je suis professionnel en tant qu’entraîneur depuis les années 2000.

J’ai été président de la ligue Bretagne entre 1997 et 2000 et aujourd’hui je travaille à plein temps en tant que coordinateur de l’équipe technique régionale et ce depuis 2004. J’entraîne aussi toutes les équipes des Black Panthers de Bréal de 9u à l’équipe sénior, et je suis coach en équipe de France 15u.

TSO : Pourquoi avoir choisi le baseball ?

EG : Je n’ai pas choisi le Baseball. Le baseball a été une rencontre, une opportunité qui m’est tombée dessus et que j’ai su saisir.

Pour la petite anecdote, le baseball est arrivé dans ma vie lors d’un voyage en Angleterre en classe de troisième. Après un conflit avec de jeunes Londoniens. N’ayant pas envie que cela recommence, nous avons acheté une batte de baseball, qui heureusement n’a pas servi à autre chose que créer le club des Black Panthers.

Je me suis ensuite tourné vers le baseball car c’est un sport que je ne connaissais pas du tout, et que je voulais découvrir. Et ce fut l’une des meilleures décisions de ma vie.

TSO : Vous êtes un acteur du baseball depuis longtemps maintenant. Quel est votre point de vue général du baseball en France et quelle évolution a-t-il connu depuis que vous avez commencé votre carrière ?

EG : Je connais le baseball depuis maintenant 30 ans. Il a évolué, plus de terrains, un jeu plus dynamique, plus d’entraîneurs pro, le baseball a évolué dans les structures existantes mais ne s’est pas beaucoup développé. Le nombre de clubs à avoir péri a été remplacé par de nouveaux clubs certes mais il n’y a pas de boum de notre pratique depuis 30 ans… À mon commencement en 1989, nous étions entre 10 000 et 11 000 licenciés. Aujourd’hui on en compte un peu plus de 12 000 en France. L’évolution de ce sport est en dents de scie, car nous avons eu des périodes où nous pensions que le baseball allait se développer, et d’autres où nous sommes tombés en dessous de la barre des 8 000 licenciés.

En terme de niveau de jeu, nous arrivions déjà à accrocher les grandes nations européennes dans les années 90, mais pas de manière régulière.

Il y a encore beaucoup de travail à fournir. Il faut structurer les ligues, amener de la professionnalisation, et de l’emploi, et surtout donner l’envie et le goût du baseball dès le plus jeune âge.

« Il faut démocratiser le baseball »

TSO : Par quel moyens est-il possible de donner l’envie de jouer au Baseball ? De prouver qu’il est bien présent en France ?

EG :  Il faut passer par un processus de démocratisation du baseball. Le Handball et le Basket ont su le faire dans les années 80. Il faut passer par les écoles et le sport scolaire. L’école doit être un outil de démocratisation du baseball, c’est ce que nous essayons de faire nous en Bretagne, et le résultat est satisfaisant.

Je pense que le jour où ce sport sera implanté dans les écoles, et que vous verrez les gamins y jouer dans la cour d’école, il y aura un développement massif. C’est à dire passer de 12 000 à 30 000 licenciés, et cela peut arriver très vite avec un bon programme.

Comme je l’ai dit, il faut amener de la professionnalisation, des éducateurs sportifs, et de bons outils pédagogiques afin de rivaliser avec les autres sports. Par exemple, il est beaucoup plus facile d’attirer avec de bonnes infrastructures. Si vous avez un terrain dédié au Baseball, et des professionnels pour encadrer les jeunes, vous pourrez concurrencer les autres sports comme le basket, le football ou le tennis. La responsabilité de tous doit être fortement positionnée sur le développement de masse, c’est souvent moins attirant que la compétition dite de haut niveau pour les coachs. Mais c’est pourtant là que se joue l’avenir de notre sport. Bénévoles et professionnels doivent œuvrer ensemble, je regrette que trop de clubs quittent les championnats régionaux pour le niveau national, cela appauvrit le développement local et à terme freine le développement du niveau de pratique national.

TSO : Il y a un mois, l ‘équipe de France obtenait sa première victoire dans une compétition mondiale. Une victoire symbolique 9-2 contre l’Espagne. Mais pourquoi le niveau de la France est-il si inférieur à celui des autres nations, mêmes européennes ?

EG : La France a beaucoup progressé. Notamment grâce aux jeunes. On a un grand nombre de jeunes en structure notamment dans les pôles, qui ont un volume d’entrainement assez important. Cela permet à la France de pouvoir titiller les meilleures nations comme les pays Bas ou l’Italie. Il ne faut pas oublier que c’est un sport qui demande de l’expérience. Nos joueurs de plus de 25 ans, qui devraient être des fers de lance s’entrainent trop peu. Beaucoup de jeunes s’entrainent à un rythme soutenu car ils sont encadrés et les plus vieux vivent sur leurs acquis certes très bons mais qui mériteraient d’êtres perfectionnés avec plus d’entrainement. Il faudrait s’entrainer 4/5 fois par par semaine pour prétendre au statut d’athlètes de haut niveau, et rivaliser avec les plus grands. Et ce n’est malheureusement pas le cas de tous les joueurs qui évoluent en Elite ou D2 ou nationale. Allez voir ce qu’il en est dans des sports tels que le hand et le basket, à ce niveau là, on ne peut pas tricher avec un entrainement irrégulier.

TSO : Récemment une ligue européenne de Baseball a vu le jour. Cette ligue regroupe des équipes telles que Amsterdam, Bonn, Prague, Barcelone ou encore Munich. Rouen à évoqué la possibilité d’en faire partie. De votre point de vue, cette ligue Européenne est-elle une bonne idée ? Donnera-t-elle dans le futur de la crédibilité au baseball Européen ?

EG : Ces initiatives peuvent clairement permettre au baseball européen et français d’avancer. Mais pour ça, il faut faire un travail global. Il faut du show, des animations, et surtout un public qui ait l’envie d’aller au match. Et la présence du public passe aussi par tout ce qu’il y a autour. Aux États-Unis les spectateurs viennent voir une partie de Baseball, mais aussi passer l’après midi à se divertir. Les Américains l’ont compris et le font très bien.

Pour attirer de très bons joueurs américains ou japonais il faut construire un baseball de qualité, mais aussi d’abord un baseball démocratique, populaire. Avec un grand nombre de licenciés, qui auront envie de voir ce spectacle. Si c’est pour avoir 50 personnes derrière le Backstop, je ne suis pas persuadé de la pertinence de l’opération.

TSO : Parlons maintenant de la jeunesse dans le Baseball Français. Jonathan Mottay, Fred Walter, Yoann Vaugelade, Esteban Prioul entre autres ont été convoqués par l’équipe sénior pour le qualifier de la WBC en Mars. Qu’est ce que cela représente pour l’équipe de France d’avoir des jeunes joueurs déjà à ce niveau ?

EG : Cette sélection est une récompense pour tout le travail qui est fait dans les pôles notamment au pôle France de Toulouse, et dans tous les pôles espoirs. C’est le résultat de l’implication, du travail, et du talent de ces jeunes. De plus ces joueurs là n’ont pas démérité durant la compétition, et ont réalisé des performances très correctes.

La particularité de l’Équipe de France est qu’elle est composée de nombreux jeunes joueurs, et pour que cette opportunité de jouer au plus haut niveau se transforme, ils ont besoin d’être accompagnés par des ainés.

Et comme je l’ai dit auparavant, c’est là où le travail doit être fait. C’est à dire faire en sorte qu’au moment où ces joueurs quittent les structures ils soient encadrés, avec un projet. Après le pôle, lorsqu’on arrive à l’âge adulte et que l’on doit construire un projet professionnel, bien souvent les joueurs n’ont plus les moyens de pratiquer le baseball intensément. Et le volume d’entrainement n’est plus suffisant pour pouvoir rivaliser dans les grandes compétitions où les matchs se jouent à des détails, et ces détails sont réglés à force d’entrainement, et de gros volume de matchs.

TSO : Notre seul espoir de voir un joueur Français évoluer en MLB repose donc sur les épaules de Andy Paz récemment promu en AA chez les Athletics ? Ou le baseball Français peut prétendre à être un pays formateur de futures stars ?

EG : Oui notre filière du baseball Français est capable d’amener un joueur au plus haut niveau. Un joueur Français est constitué comme un joueur américain ou Japonais. Mais la question du volume de joueur revient toujours. Avec une réserve de 12 000 joueurs si on compare à des nations qui en ont des centaines de milliers, à travail égal c’est beaucoup plus difficile pour nous de trouver les perles rares. Donc à nouveau, il nous faut plus de joueurs pour prétendre sortir plus de stars, et on revient sur le fait de démocratiser notre activité. Je suis sûr que des jeunes avec beaucoup de potentiel dans le baseball se cachent dans les écoles et n’ont jamais entendu parler de ce sport en France. Plus on aura de joueurs, plus on trouvera ceux qui ont les capacités mentales et physiques que requiert le plus haut niveau. On n’est jamais à l’abri aussi d’avoir des joueurs atypiques, avec un talent incroyable, qui n’aura pas besoin d’un énorme volume d’entrainement. Mais ce serait un fait exceptionnel. Il faut suivre le modèle Hollandais ou Italien en terme de structuration, avec des moyens efficaces et cohérents.

TSO : Vous parliez des capacités physiques et morales des joueurs. En tant que coach et notamment en équipe de France, que recherchez vous chez un jeune joueur ? Ses capacités morales ? Physique ? Le bâton ? La défense ?

EG : En effet, j’interviens sur le coaching des 15 ans et moins en équipe de France. Je n’en suis pas le manager, mais le pitching coach. La réponse à cette question varie en fonction de la période. Si l’on recherche un joueur pour l’échéance d’une compétition majeure comme un championnat d’Europe, on prendra celui qui sera le plus en forme à son poste. Au contraire si la question se pose autour de la progression et de la manière dont on détecte un joueur, nous prendrons un joueur amené à progresser, avec un fort potentiel. Un joueur avec des objectifs définis, un mental solide, qui serait prêt à travailler et à s’engager un maximum, car en donnant, il recevra. Les qualités physiques ne sont pas déterminantes avant la catégorie U18. Elles sont certes importantes mais elles progressent en fonction du programme d’entrainement. On a vu des joueurs se transformer grâce au changement de leur programme. Je crois beaucoup à l’entrainement, la volonté et l’engagement.

TSO : Qu’est ce que cela représente pour vous d’être l’un des coachs de l’équipe 15U ? Et quelles sont les différences entre coacher en équipe de France, et dans votre club ?

EG : Être coach en équipe de France est intéressant car mon statut, n’est pas le même que dans mon club. Le travail avec d’autres est très enrichissant. S’associer, travailler ensemble, et mettre nos compétences dans un objectif commun pour faire évoluer une équipe est très enrichissant. C’est quelque chose qui me motive et que je ne retrouve pas spécialement dans mon club, car je suis le seul manager.

À titre personnel, j’apprécie de voir l’évolution des jeunes joueurs. Voir leurs débuts en 12u, puis en 15u, jusqu’à la sélection en équipe sénior. Le cas notamment d’un Esteban Prioul, formé dans le club voisin de Maure de Bretagne, que j’ai vu évolué, et qui a lancé lors du WBCQ au Panama. Ce sont des satisfactions personnelles.

Ce qui diffère le plus en tant que coach en équipe de France, c’est la ponctualité. En effet, je vois les joueurs seulement avant des échéances, là où en club je les vois toute l’année. Ce n’est pas le même travail. Si ces jeunes sont là c’est qu’ils savent jouer au baseball. Il faut surtout leur apprendre à jouer ensemble, et à créer un collectif, et une envie de gagner à des jeunes qui ne se connaissent pas ou peu. Je prends beaucoup de plaisir à faire les deux, c’est un travail différent. Ils sont tous deux très enrichissants.

TSO : Votre ligue, la Bretagne a été élue meilleure ligue de France en 2015, mais pas d’équipe en haut niveau depuis la présence des Hawks jusqu’en 2008. La ligue Bretagne espère-t-elle renvoyer un club au haut niveau ? Peut-être le vôtre des Black Panthers ?

EG : Bréal est un club en pleine croissance. Aujourd’hui, le club de Bréal peut avoir de vraies ambitions. Il y a beaucoup de jeunes. Nous possédons trois équipes en 12u, deux en 9u, une en 15u, trois en sénior, et une équipe de soft. Nous avons en terme d’effectif un plus grand nombre de licenciés que les autres clubs pourraient envier.

Concernant le baseball breton, depuis que les Hawks de La Guerche sont sortis de l’élite, seul Rennes s’est essayé à la D2, avec une présence les deux dernières années.

Mais le choix de la ligue Bretagne est tout autre. Le baseball breton se base sur la construction d’un baseball de proximité, et le développement des clubs et des catégories. Nous voulons créer un baseball accessible à tous, avec un niveau correct. Je ne sais pas si on peut parler de haut niveau en France, car le baseball n’est pas un sport professionnel. De mon point de vue, certains clubs se concentrent trop sur le haut niveau. Il faut construire de bonnes bases pour avoir d’autres objectifs. Il faut construire en France des championnats régionaux avec un bon niveau, pour avoir des championnats nationaux d’un niveau supérieur. Et quand ce travail sera fait, nous pourrons parler de haut niveau en France. Le travail doit être global. En quelques mots : démocratiser, former et évoluer au plus haut niveau dans un même mouvement.

Nous remercions Erwan pour sa disponibilité. Un grand merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

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