« L’objectif ? Un podium aux Championnats d’Europe »

À quoi tient un match de baseball ? À un strike ? À une erreur ? Un petit hit ? Sans doute un peu à tout. Pour résumer : « à l’expérience ». C’est peut-être ce petit plus, pourtant si grand, qui a manqué à nos Bleus du baseball le mois dernier au Panama. Et pourtant ils nous ont fait vibrer. Oui, l’Équipe de France a régalé lors du WBCQ échouant d’un rien aux portes de la finale. Du rendez-vous en Amérique Centrale, on retiendra cette défaite cruelle face au pays hôte mais aussi cette victoire de prestige contre la Roja. L’occasion était toute trouvée pour s’entretenir avec Stephen Lesfargues, Directeur Technique National (DTN) de la Fédération Française de Baseball et Softball (FFBS).

SLESFARGUES
CP : MB Benhamida

En poste depuis 2013, ce père de famille de 46 ans est le véritable fer de lance de la FFBS. Avec simplicité, cet ancien sportif de haut-niveau a joué le jeu des questions-réponses. Pour The Strike Out, il confie son regard sur l’EDF, sa vision du jeu et défend les objectifs de la Fédé, de sa Fédé. Entretien en deux actes dont voici la première partie.

The Strike Out : Avant toute chose, on va revenir sur le WBCQ disputé au Panama. Quel sentiment prédomine, un mois après l’événement ?

Stephen Lesfargues : La frustration. Je pense que nous pouvions faire mieux. On manque de peu notre place en finale…

TSO : Justement, qu’est-ce qui a manqué aux Bleus pour passer sur ce match après avoir fait jeu égal avec le Panama pendant cinq innings ?

SL : Plus de rencontres de ce niveau sur une saison entière. On avait les moyens de gagner ce match. Il ne s’agissait pas d’un exploit mais juste d’un match de baseball entre deux équipes de très bon niveau.

TSO : Néanmoins le bilan reste positif avec un parcours intéressant et plutôt encourageant… Peut-on imaginer à terme rivaliser avec le top niveau Européen par exemple ? On pense aux Pays-Bas ou à l’Italie qui sont toujours au rendez-vous…

SL : Pour y parvenir, nous devons jouer des matchs de haut niveau. Vous parlez des Pays-Bas, ils ont créé le « World Port Tournament » en 1984. Et bien la FFBS a créé le « Yoshida Challenge-FIBT » en 2014 pour justement jouer ces matchs de très haut niveau. On doit vraiment continuer à jouer de façon plus régulière. Ça passe par des rencontres pendant le Spring Training ou l’Instructional League face à des équipes professionnelles.

TSO : On a quand même le sentiment qu’un résultat aux Championnats d’Europe est dans les cordes. Quel est l’objectif de la Fédération à moyen terme ?

SL : L’objectif est de faire les meilleurs résultats possibles dans les toutes les compétitions dans lesquelles l’Équipe de France est engagée. À court-terme, nous visons un podium au Championnat d’Europe. C’est un objectif réalisable qui a d’ailleurs déjà été réalisé dans le passé. (NDLR : En 1999, les Bleus prenaient le bronze derrière les Pays-Bas et l’Italie)

TSO : Vous avez évolué sous les ordres de Yoshio Yoshida. Quel a été son apport pour le baseball français ?

SL : C’est un grand nom qui a contribué à l’évolution de notre baseball. J’ai personnellement eu la chance de vivre la première qualification de la France à un championnat du monde sénior avec Monsieur Yoshida. Il a donné beaucoup au baseball français, laissant un héritage qui me sert de référence aujourd’hui. Notamment sur l’approche du haut niveau et des efforts à produire pour atteindre nos objectifs. Avec lui, nous avons franchi une étape. Quelques années plus tard, nous sommes dans une autre dimension. Avec des joueurs de plus en plus professionnels et des qualités athlétiques supérieures.

TSO : Ça donne forcément envie de se projeter un peu plus loin… Est-ce que dans un coin de la tête, on pense à une qualif’ pour la WBC ?

SL : Une qualification pour la World Baseball Classic est effectivement aussi un objectif pour la Fédération tant elle pourrait apporter sur le plan sportif mais aussi sur le plan médiatique et commercial. Le prize money augmente considérablement au tour principal. Cette compétition nous montre la réalité de notre niveau sur la scène internationale et le chemin qui nous reste à parcourir pour rejoindre ce Top 16 mondial. Notre victoire face à l’Espagne est encourageante et prouve qu’on progresse. Il faut poursuivre nos efforts pour être encore plus compétitifs lors du prochain tour de qualification.

TSO : Un mot sur Éric Gagné. Quel regard portez-vous sur le travail accompli par l’ex-sélectionneur ? *

SL : Éric a apporté beaucoup dans la confiance des joueurs, la gestion du stress et de l’enjeu d’une rencontre. À performer quelque soit l’adversaire, ce fut une dimension nouvelle pour l’EDF. « Baseball is confidence ». Il en parle souvent. Tout est possible dans le baseball, il suffit d’y croire et de se donner les moyens d’atteindre ses propres objectifs.

TSO : N’était-ce pas parfois ‘compliqué’ d’avoir un entraîneur national à l’étranger ?

SL : Il a aidé à trouver un collège pour certains et à obtenir un contrat pro dans la ligue CanAm pour d’autres. Avec les moyens de communication d’aujourd’hui, il est facile d’échanger régulièrement sur les joueurs et les membres de l’encadrement même à l’étranger.

TSO : Une petite anecdote à son sujet ?

SL : Non pas d’anecdote pour vos lecteurs mais cela restera une expérience enrichissante. Travailler avec un Cy Young n’arrive pas tous les quatre matins. Il y a parfois des surprises…

TSO : Tout à l’heure vous parliez de « top 16 mondial ». On comprend que Gagné a contribué à s’en rapprocher. Maintenant quel chemin reste-t-il à parcourir jusqu’à ce fameux grata mondial ?

SL : Je pense que nous avons une marge de progression importante avec une nouvelle génération pleine de talents et des joueurs d’expérience de plus en plus aguerris aux rencontres de haut niveau. Nos clubs français de haut niveau comme Les Huskies de Rouen, Les Barracudas de Montpellier ou Les Templiers de Sénart contribuent à la progression de nos meilleurs joueurs. La filière de formation de nos meilleurs talents est également importante dans notre progression avec le Pôle France de Toulouse et l’ensemble des pôles espoirs à savoir Bordeaux, Montpellier et Rouen.

TSO : Là on parle des objectifs de la Fédé mais qu’en est-t-il des moyens mis en place pour y parvenir ?

SL : La réforme des formations fédérales et la création d’un Institut de formation professionnel sont des réformes importantes pour la réussite de nos objectifs. On doit franchir une nouvelle étape sur la scène internationale. Pour cela on essaye d’avoir des joueurs de très haut niveau grâce à la formation de nos entraîneurs en clubs. On enrichit la compétence de notre encadrement en augmentant à la fois le nombre mais aussi la formation des cadres.

TSO : L’encadrement est donc une priorité de la Fédération. On suppose aussi que la jeunesse doit faire partie intégrante de votre programme ?

SL : Absolument. On doit aussi accentuer les exigences de préparation, de qualification et coordonner le tout. Par exemple en articulant les actions des structures associées comme le Centre Universitaire de Rouen et des autres clubs aux exigences des collectifs nationaux. Le but est de profiter de la dynamique dans les équipes jeunes et de l’étendre à l’équipe senior. On recherche une certaine continuité des résultats dans nos différentes équipes de France. De l’EDF sénior à nos équipes de relève. La mise en place de l’équipe de France Universitaire participe à cette transition. Cette continuité devrait permettre de capitaliser de l’expérience au-delà d’une olympiade pour le collectif sénior.

TSO : En quelque sorte, une stratégie de la transmission des compétences de l’échelon le plus bas au plus haut. Il y a-t-il une structure pour articuler ce projet ?

SL : On travaille avec le Président sur le projet du « trèfle » sur la commune de Saint-Priest. Un outil qui permettra à la FFBS d’avoir des conditions d’entraînement de haut niveau pour nos équipes de France. Il s’agira aussi d’affirmer la présence française au niveau international pour s’inscrire dans une démarche d’influence qui passera notamment par l’organisation de grands évènements compétitifs.

TSO : Et pour les français à l’étranger, de quelle manière procédez-vous ? Comment les suivez-vous ?

SL: Un suivi régulier est réalisé par Boris Rothermundt, mon DTN adjoint en charge du haut niveau. Une relation régulière est faite avec les entraîneurs des joueurs, les agents, mais aussi notre correspondant nord-américain, Patrice Baudin. Mais aussi avec les membres de l’encadrement des différentes équipes de France.

*L’interview a été réalisée juste avant l’annonce du changement d’entraîneur. Éric Gagné étant remplacé par Kieran Mattison.

Merci à Stephen Lesfargues pour sa disponibilité.

À suivre : le métier de DTN, la formation, Mélissa Mayeux et le baseball féminin dans la seconde partie de notre entretien à paraître prochainement.

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3 réflexions sur “« L’objectif ? Un podium aux Championnats d’Europe »

  1. Un petite erreur, ce n’est pas Yoshida qui coachait la France en 1999, pour la médaille de bronze, mais Ian Jordan. (François Colombier).

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