La France de nouveau dans le grand bain du baseball

Pour la seconde fois, la Major League Baseball a invité la France à participer aux qualifications pour la World Baseball Classic 2017, après la première épopée de 2012. Les Bleus tenteront d’accéder à la compétition reine du baseball mondial en affrontant, du 17 au 20 mars prochains, le Panama, hôte de la poule, la Colombie et l’Espagne.

Disons-le clairement. La France a peu de chances de pouvoir affronter en 2017 les équipes américaines, dominicaines ou japonaises et leurs joueurs de la MLB. Même si un format court comme celui des qualifications de la WBC permet toujours un espoir, les Bleus vont se heurter à un baseball de haut niveau, à des équipes où nombre de joueurs, si ce n’est tous, sont professionnels ou ont connu le très haut niveau mondial en amateur. On pense au coach des Templiers de Sénart, Rolando Merino, qui fut une star de l’équipe nationale cubaine et du championnat de Cuba. Il défendra les couleurs espagnoles. Oui, oui, espagnoles. Les règles de qualification des joueurs n’ont rien à voir avec un championnat du monde classique. Elles sont plus souples et permettent à certaines équipes de se renforcer avec des joueurs pros qui, normalement, ne pourraient participer à une compétition continentale comme le championnat d’Europe. Ainsi, l’ex star de la MLB, Johnny Damon, passé par les A’s, les Red Sox et les Yankees, gagnant avec ces deux derniers les World Series 2004 et 2007 à Boston puis 2009 avec New York, joua les qualifications de la WBC 2013 avec… la Thaïlande !

Logo-WBC-Qualifier-2012

La France ne s’est pas privée en 2012 d’aligner des joueurs « imports » comme on les appelle mais avec parcimonie. Cette année encore, elle a renforcé son équipe avec des joueurs étrangers de la D1 mais vivant en France depuis de nombreuses années et demandant leur naturalisation comme le meilleur frappeur de la D1 Douglas Rodriguez ou le coach et lanceur des champions rouennais Keino Perez, les deux étant originaires du Venezuela. Résultat, notre équipe est une équipe profondément D1 française, donc d’un niveau amateur, avec de nombreux jeunes, notamment au monticule.

Certains ont connu le professionnalisme. Maxime Lefèvre a joué une saison aux Capitales de Québec en ligue indépendante CanAm. Félix Brown a évolué quelques mois dans cette ligue avec les Aigles de Trois-Rivières ainsi qu’au Japon et aux États-Unis. Fred Hanvi a connu les ligues mineures puis les ligues pros indépendantes au Japon. Owen Ozanich a joué professionnel en Australie. Peu sont encore dans ce système professionnel. René Leveret, après plusieurs années en CanAm avec les Capitales de Québec, a rejoint une autre ligue indépendante, l’American Association. Andy Paz est le seul français actuellement en ligues mineures, évoluant en Simple A (soit la 4ème division du baseball organisé de la MLB) pour le compte des A’s d’Oakland. Leonel Cespedes évolue, quant à lui, au Leones de Industriales dans le championnat amateur cubain mais de niveau professionnel. C’est le club le plus populaire de Cuba.

Niveau pro, on fait vite le tour de la question, comparé aux rosters panaméen, colombien et espagnol. Pourtant, jamais la France n’a connu autant de joueurs professionnels ou anciennement professionnels, sans compter les joueurs passés par les universités américaines ou canadiennes. L’apport des joueurs issus de Saint Martin, sans atteindre celui de la partie néerlandaise pour l’équipe nationale des Pays-Bas, a permis aux Bleus d’avoir un vivier de joueurs capables d’évoluer au niveau professionnel indépendant ou de ligues mineures comme René Leveret ou Félix Brown. Mais ces joueurs n’ont jamais été une garantie de succès. Certains saint-martinois ou « imports » de la campagne de 2012 se révélèrent décevants par rapport à leurs expériences professionnelles ou le niveau de jeu attendu.

Cependant, le nerf de la guerre reste la base de l’équipe soit les joueurs issus de la D1. Or, la D1, sans surprise, est loin, très loin, du niveau de jeu des championnats professionnels où évoluent nombre de nos prochains adversaires. Sans parler du fait que de nombreux joueurs colombiens, espagnols ou panaméens ont joué dans les ligues hivernales et arrivent donc aguerris tandis que nos Bleus sortent de la torpeur hivernale.

La D1 française reste un bon championnat européen. Les joueurs « imports », venant des États-Unis, du Japon, de Cuba ou encore du Canada ne brillent pas tous. Si ces dernières années, on a vu des joueurs étrangers dominants, on a vu certains ne pas surclasser les français voire même déjouer. Arriver en touriste d’un pays baseball peut être fatal à un « import » et à son équipe française. Néanmoins, la coupe d’Europe le démontre chaque année, les clubs français sont loin des clubs italiens et néerlandais qui dominent sans partage ou presque le baseball européen. Le PUC puis Rouen ont bien atteint deux ou trois fois le dernier carré, et même une finale pour Rouen en 2007, mais les clubs français finissent généralement en fin de classement et font des allers et retours entre la première et la deuxième division européenne.

Cette même base de joueurs D1 constituent habituellement l’équipe de France au championnat d’Europe des nations et là encore, la France n’atteint pas le haut du panier, réservé aux italiens et aux hollandais. Derrière, la concurrence est rude avec l’Espagne, la République Tchèque et l’Allemagne. La France a terminé 5ème de la dernière édition en 2014. Elle est passée proche du podium tout en étant loin de ses rivales directes qu’étaient l’Espagne, 3ème, et la République Tchèque, 4ème, qui passa un douloureux 14-3 aux français en poule finale. 5ème, 6ème, 8ème… voilà le niveau de la France en Europe au gré des derniers championnats. Rappelons que la France ne remporta qu’une seule médaille européenne, une médaille de bronze, et qu’elle remonte à 1999.

FRAvsAFSUD 1994
France – Afrique du Sud 1994 au Stade Pershing avec le numéro 81, la légende Yoshio Yoshida, grand short-stop puis manager des Hanshin Tigers, qu’il conduit à leur seul titre aux Japan Series en 1985.

1999. Une année où les Bleus atteignent la maturité d’un baseball français qui connut une décennie pleine de promesses. Coachés dès 1992 par la légende du baseball japonais Yoshio Yoshida, la France tente de rattraper son retard, accumule de l’expérience, écrit ses premières pages glorieuses au niveau international, avec une génération qui voit les premiers joueurs semi-pros français, Arnaud Fau et Jamel Boutagra. Mais cette progression, qui est aussi une progression globale du baseball français, cessera. Embourbée dans des querelles de chapelle et une mauvaise gestion qui la conduira au bord de la faillite, la Fédération Française de Baseball Softball et les Bleus connaîtront un coup d’arrêt.

Aujourd’hui, les comptes vont mieux et la FFBS se montre ambitieuse, notamment pour son équipe phare. Mais le retard a été pris vis à vis des top nations européennes qui, elles-mêmes, évoluent une ou deux classes en dessous des grandes nations de baseball, à l’exception des Pays-Bas, derniers champions du monde amateur en 2011 et demi-finaliste de la WBC 2013. Un retard que tentent de rattraper la fédération et la DTN en professionnalisant l’encadrement de la sélection nationale. Une professionnalisation par l’exemple avec à la tête des Bleus un grand nom de la MLB, l’ancien closer québécois des Dodgers et des Red Sox, Eric « Game Over » Gagné, Cy Young (meilleur lanceur) 2003, trois fois All Star et toujours détenteur du record de sauvetages consécutifs en Ligues Majeures.

Stages en Floride et en Arizona dans des structures MLB, matchs contre des équipes de haut niveau (équipes de ligues mineures, universitaires US, sélections japonaises, Pays-Bas…), encadrement constitué en majorité de joueurs ou de coachs pros… tout semble donner une équipe de France à la hauteur de ses ambitions. Semble seulement.

Un coup d’œil au roster français et au pool des lanceurs démontrent le chemin à parcourir. Pour la campagne 2016, la France part au combat avec beaucoup d’inexpérience au monticule. Sept lanceurs ont moins de 22 ans et beaucoup, bien que talentueux, ne sont pas des valeurs sûres de la D1 voire ont une expérience limitée de la D1. Anthony Piquet, l’un des plus grands lanceurs français des années 2000, jouait en régional cette année. Autre lanceur dominant, Samuel Meurant jouait en troisième division française. Une situation due, à la fois, à des choix et à des impératifs, certains lanceurs titulaires n’étant pas disponibles pour cette compétition. La dure loi du monde amateur.

Attention. Dans ce photomontage des Huskies de Rouen, se cache un joueur de régional. Sauras-tu le retrouver ?
Attention. Dans ce photomontage des Huskies de Rouen, se cache un joueur de régional. Sauras-tu le retrouver ?

Face à des lanceurs pros, les Bleus auront des joueurs expérimentés évoluant désormais dans des divisions inférieures et de très jeunes lanceurs. Un gouffre. Cela montre aussi le retard pris dans la formation et la détection des joueurs ainsi que dans le développement du baseball français. La participation de l’équipe de France aux qualifications de la WBC est une opportunité d’engranger de l’expérience mais ses chances sont bien moindres qu’en 2012. Son atout principal sera certainement le bâton où les français disposent, cette année, de vrais frappeurs de puissance avec Douglas Rodriguez, Ernesto Martinez, René Leveret, Bastien Dagneau ou Fred Hanvi. Mais on peut imaginer qu’en face, ils n’en manqueront pas non plus.

La France reste une nation solide du baseball européen et son potentiel est important. Mais elle ne peut plus se permettre de tergiverser. Une stagnation équivaudrait à une régression. Si le nombre de licenciés ne cesse d’augmenter depuis quelques années pour atteindre les 12 000 membres, le manque d’infrastructures est un frein. Les formules des championnats nationaux ou jeunes sont un casse-tête permanents. Il existe de vraies fragilités au sein des clubs de haut niveau, y compris en D1, championnat vitrine qui ne remplit pas son rôle et qui, bien que d’un niveau correct, ne permet pas actuellement au baseball français de passer un cap au niveau international.

La France compte près de 67 millions d’habitants. C’est un pays riche et avec une vraie tradition sportive, notamment en sport collectif où les Bleus ont brillé dans de nombreuses disciplines. Bien que les manques soient nombreux et le retard pris conséquent en terme de structuration, d’équipements et de médiatisation, les bases sont là pour développer un baseball français fort. La MLB a certainement vu ce potentiel comme elle a vu le potentiel du marché français. 67 millions de consommateurs dans un des pays les plus riches du monde, elle ne peut passer à côté. Au baseball français de répondre à cette promesse…

promise1
Allégorie du baseball français
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