Preview 2022 – Miami Marlins : Une jeune rotation pleine d’espoir

Enfin! Avec un peu de retard sur l’horaire prévu, notre saison MLB va pouvoir commencer. Nous ne reviendrons pas sur les bisbilles entre Ligue, proprios et joueurs, concentrons nous sur ce qui va accompagner nos soirées et nos nuits pour les sept à huit prochains mois. Pour ce nouveau chapitre des Previews made by TSO, direction la Floride. En éternelle reconstruction, les Miami Marlins ont encore bougé cet hiver et à tous les étages. La rotation jeune est prometteuse mais il y a toujours des incertitudes sur la direction que prend la franchise.

La saison 2021

J’avais titré ma preview 2021 des Marlins : « Retour à la raison ». Je m’excuse auprès des fans pour ne pas m’être trompée. Il n’y a en effet pas eu de suite à la belle histoire des playoffs 2020. L’an dernier, la franchise floridienne est retombée dans ses travers, c’est à dire finir avec un bilan désastreux de 67 victoires pour 95 défaites. Au minimum 95 défaites, c’est la norme pour cette équipe sur les trois dernières saisons pleines (hors 2020 donc) avec à chaque fois la plus faible affluence à domicile. Les deux sont un peu liés, généralement.

Si les Rays font des miracles avec leurs petits moyens, ce n’est pas le cas de leurs compatriotes floridiens : depuis 4 ans, les Marlins sont dans le bottom 4 des franchises avec le plus petit total des salaires pour les 40 joueurs du roster (à l’exception là encore de la saison tronquée 2020).

C’est surtout offensivement que les Marlins ont déçu en 2021 : 29e attaque globale, 29e en OPS, 28e en HR… sur 30 équipes rappelons-le. Alors oui quand on ne marque ou ne produit pas de points c’est difficile de gagner des matchs! Et pourtant il y avait des joueurs pour faire au moins le service minimum : Jesus Aguilar, Brian Anderson, Corey Dickerson, Adam Duvall... mais tous ont été en-dessous de leurs standards.

Starling Marte – USA Today Sports

Le principal regret que peuvent avoir les Marlins concerne Starling Marte. Récupéré en août 2020, l’outfielder avait fait du lourd sur le petit échantillon proposé : .281/.340/.430 ; 6HR ; 27 RBI et 10 SB en 61 matchs (DBacks et Marlins cumulés). On le voyait bien être le leader offensif et vocal pour 2021. Victime d’une fracture d’une cote, il manque plus d’un mois de matchs entre le 20 avril et le 28 mai, mais fait la différence à son retour : nommé joueur de la semaine (7-13 juin) avec des stats folles de .500 de moyenne, 2HR, 5RBI, 4SB et un OPS de 1.298 en 7 matchs! On le tenait notre leader! Flairant le bon coup, le front office lui propose une extension de contrat à 30 millions de dollars mais le joueur la refuse le 18 juillet. Dix jours plus tard, il est envoyé aux A’s en échange du jeune lanceur Jesus Luzardo. Marte excellera jusqu’à la fin de saison à Oakland (.312/.355/.462 et 25 SB en 56 matchs. 47 bases volées en cumulé en 2021, meilleure marque en MLB).

La relative satisfaction en revanche c’est la rotation dont on avait déjà senti des prémices l’année précédentes. Jeune et talentueuse, elle a confirmé en 2021 malgré l’absence de Sixto Sanchez (voir par ailleurs). On ira pas jusqu’à parler de Big 3 à Miami, n’empêche que Sandy Alcantara (ERA 3.19 en 205IP et 33 starts), Trevor Rogers (2.64 en 133IP et 25 starts) et Pablo Lopez (3.07 en 103IP et 20 starts) ont fait plus qu’assurer. Rogers s’offrant même le seul spot de All-Star pour la franchise en juillet, avant de terminer second au vote final du NL Rookie of the Year derrière Jonathan India (Reds).

La saison 2022

Je le disais, les Marlins ne sont pas une équipe qui a l’habitude de dépenser ces dernières années. Et pourtant, ils ont sorti le chéquier avant le lockout avec la signature d’Avisail Garcia (53 millions $ sur 4 ans). L’outfielder a connu sa plus belle saison en carrière l’an dernier avec les Brewers : .262/.330/.490 ; 29HR et 86RBI. Pour quasiment la même somme, Miami a prolongé de 4 ans le contrat de son Ace, Sandy Alcantara (voir plus loin). Le short-stop Miguel Rojas a lui signé pour 2 saisons supplémentaires à 10 millions au total.

Avisail Garcia est l’une des recrues de l’intersaison des Marlins et vient renforcer un outfield en décrépitude du côté de Miami. Photo : Twitter Marlins

Autres moves mais réalisés en novembre : les trades pour le catcher des Pirates, Jacob Stallings, et pour l’infielder des Rays, Joey Wendle. Stallings représente une vraie plus-value derrière le marbre: c’est un excellent défenseur et un batteur dans la moyenne. Wendle peut lui évoluer partout dans l’infield et s’est montré souvent décisif dans une grosse équipe de Tampa.

Malgré ces mouvements, les Marlins restent pour le moment avec l’une des masses salariales les plus faibles de la Ligue (69 M$). Il y a donc encore de la marge pour recruter une pièce maîtresse une fois le lockout levé. Et il y a un joueur dont les fans rêvent : Nick Castellanos. Le Floridien retrouverait la maison et serait le choix idéal pour occuper le poste permanent de DH car ses qualités défensives sont limitées par rapport à son apport offensif. En 2021, il a un temps été dans les discussions du MVP (34 HR ; OPS .939). Une arrivée de Castellanos offrirait de belles possibilités au manager Mattingly pour composer une attaque au minimum moyenne et même plus avec donc Castellanos, Avisail Garcia, Jesus Aguilar, Brian Anderson, Garrett Cooper, Joey Wendle…

Trevor Rogers (à g) et Sandy Alcantara (à d) peuvent devenir un duo impérial sur le monticule pour les Marlins. Photo : Joseph Guzy/Miami Marlins

Côté pitching, on espère une aussi belle saison 2022 que 2021 du trio Alcantara-Rogers-Lopez avec l’apport attendu de Luzardo (voir ci-dessous). Richard Bleier et Anthony Bender seront les têtes d’affiche du bullpen avec le closer Dylan Floro. La bonne nouvelle pour les Marlins c’est qu’attendent dans les stands, dans le farm system, des jeunes pépites à fort potentiel. D’abord Edward Cabrera (prospect #1 de la franchise et #33 MLB) : 24 ans, droitier. Il ne faut pas se fier à ses timides débuts en MLB l’an dernier. Il dominait ses adversaires en Minor Leagues jusque-là avec 37% de K, des balles rapides entre 94 et 100mph et une très bonne change-up. Il faudra surtout surveiller son contrôle, lui qui concédait un peu trop de BB l’an dernier. Et puis Braxton Garrett (prospect #14) : choisi en 7e position de la Draft 2016, il a connu une opération Tommy John en 2017 et a mis un peu de temps pour éclore, mais à 24 ans lui-aussi, le gaucher peut s’imposer comme un atout de fin de rotation.

On émettra en revanche des réserves concernant Sixto Sanchez tombé au 10e rang des prospects de la franchise. Révélation 2020 mais opéré de l’épaule en 2021 et absent des terrains toute l’année, sera-t-il à 100% en 2022? Sa vitesse (96-100mph) et sa superbe change-up vont-elles régresser après l’opération? Et des questions se posent aussi sur les capacités physiques du garçon pour s’imposer en MLB. Il avait déjà été blessé en 2018. On se demande déjà parmi les insiders s’il ne se destine pas déjà à une place de releveur, certes de choix, mais donc hors d’une rotation… et pourtant le talent est fou.

Dans la pépinière des Marlins, il y a aussi deux joueurs de champ à surveiller de très près. Le 2B/SS Khalil Watson que beaucoup considèrent comme le steal de la Draft 2021. Récupéré en 16e choix, il est déjà le prospect #2 des Marlins et #47 en MLB. Et puis on espère – enfin – l’éclosion de l’outfielder JJ Bleday (n°4 de la Draft 2019). Il a connu une année sans l’an dernier au batting en Minors mais a semble-t-il retrouvé de la confiance en Arizona Fall League. A 24 ans, il est temps de le voir parmi les Grands.

Et puis on ne peut pas terminer cette présentation 2022 sans évoquer les changements qui se préparent en coulisses, encore! Le 28 février à la surprise générale, le CEO des Marlins, Derek Jeter, annonçait son départ ainsi que son retrait comme actionnaire minoritaire de la franchise. Son contrat devait normalement se terminer à la fin de l’exercice mais la rupture a donc été annoncée. Dans un communiqué, Mr Hall of Famer a expliqué que la vision actuelle des Marlins n’était pas celle pour laquelle il s’était engagé il y a cinq ans (il avait été nommé CEO en octobre 2017 après le rachat du club par Bruce Sherman).

Sans annoncer qu’il se retirait pour de bon du milieu baseballistique, Jeter laisse en tout cas un souvenir mitigé à Miami. Il a certes assaini les finances en se débarrassant de l’immonde contrat de Giancarlo Stanton (merci les Yankees!), remis sur pied le farm-system dépouillé sous l’ère Loria et sorti de bons jeunes lanceurs ; mais il n’est pas parvenu à former une équipe prêt à se battre pour une place en play-offs. On sait qu’à Miami c’est le rebuild permanent mais on pensait sans doute naïvement que Jeter allait pouvoir mettre la franchise en haut de l’affiche. Son fait d’armes restera finalement la nomination de Kim Ng comme General Manager, première femme à occuper ce poste dans un sport majeur américain.

Le joueur à suivre : Jesus Luzardo

On l’a vu, la (petite) force actuelle des Marlins c’est cette jeune et talentueuse rotation et notre joueur à suivre s’inscrit parfaitement dans cette logique. On attend en effet beaucoup cette année de Jesus Luzardo. A 24 ans, il est temps pour lui d’enfin confirmer les attentes placées en lui depuis maintenant plusieurs saisons.

Jesus Luzardo, récupéré contre Starling Marte est un joueur au potentiel énorme. Photo : AP Photo/Lynne Sladky

Drafté par les Nationals en 2016 à la sortie du lycée alors qu’il sort tout juste d’une opération Tommy John, il n’aura évolué que quelques matchs avec DC. Il sera tradé l’été suivant chez les Athletics en échange notamment du closer Sean Doolittle. En 2018, à 21 ans, il est très bon en Double et Triple A avec un bilan combiné de 10 victoires et 5 défaites ; une ERA de 2.88 et 129K. A la mi-saison, il dispute même le All-Star Future Game.

Cela lui vaut de se battre pour une place dans le roster pour l’Opening Day 2019. Son début de Spring Training va dans ce sens : 10IP en 4 starts et seulement 2 hits concédés pour 15K. Mais une blessure lui vaut d’être arrêté jusqu’en juin où il repart en Class A-Advanced pour 2 matchs avant de retrouver le niveau Triple A, mais une nouvelle blessure retarde encore ses débuts. Ce sera finalement le 11 septembre 2019 pour 3 manches en relève, et un total de 6 matchs avec les A’s.

Positif au Covid en juillet 2020 au début de la saison, Luzardo perd sa place dans la rotation. Il sort du bullpen pour 2 matchs avant d’obtenir une chance enfin de débuter une rencontre! Premier start le 4 août contre les Rangers et première victoire le 9 contre les Astros : 12 matchs au total en 2020 dont 9 starts pour 3 victoires, 2 défaites et une ERA de 4.12.

Trade Marte – Luzardo en juillet 2021 – TOPPS

On pense que ça y est le garçon est enfin prêt pour s’installer durablement dans la rotation. Mais son début de saison 2021 est très compliqué : une ERA de 5.79 sur les 6 premiers starts, et une fracture du petit doigt contactée en tapant sa main sur une table pendant une partie de jeu vidéo! Son retour fin mai se fait dans le bullpen : 4 manches sans point puis 6HR concédés en 5 sorties. Le voilà renvoyé en Triple A un mois plus tard. Fin juillet, les A’s se séparent de leur jeune lanceur : ils l’envoient à la Deadline à Miami contre Starling Marte.

Pour Luzardo, c’est un retour à la maison. Le jeune péruvien a grandi en Floride et a fait ses classes au lycée Marjory Stoneman Douglas de Parkland, un établissement tristement célèbre puisqu’une fusillade s’y est déroulée en 2018 coûtant la vie à 17 élèves et professeurs. Le 14 février, il aurait du être sur place puisqu’il revenait s’entrainer chaque hiver avec l’équipe de son ancien lycée. Alors qu’il se préparait ce matin là pour rejoindre l’établissement, il a reçu un texto du coach de l’équipe l’informant de la tragédie en cours. Au moment de son transfert l’an dernier, Luzardo n’a pas caché son émotion de revenir en Floride. On espère qu’il trouvera sur place ce petit déclic qui peut faire de lui un futur grand.

La Star : Sandy Alcantara

J’ai prévenu plus haut, les Marlins sont intéressants à suivre grâce à leurs lanceurs alors oui, la Star 2022 de l’équipe est aussi un lanceur. Vous me direz que le qualificatif « Star » est peut-être too much, et vous avez sans doute raison, mais je n’ai pas trouvé une autre Star à vous présenter. On fera donc avec l’Ace de ces Marlins. Mais attention à ne pas dénigrer le bonhomme! Car Sandy Alcantara c’est du sérieux! A 26 ans, il entre tout doucement dans ses meilleures années et ce qu’on a déjà vu de lui nous a beaucoup plu.

Sandy Alcantara s’est installé comme l’ace de la rotation des Marlins. Photo : Elsa/Getty Images

La première franchise du lanceur dominicain c’était les Saint-Louis Cardinals. Il est signé en juillet 2013 à l’âge de 17 ans en tant qu’agent libre international. Après des débuts timides en Minors, il se fait remarquer sur la saison 2017 alors qu’il évolue en Double A. Ses perfs lui valent d’être appelé dans les Bigs en septembre avant de vraiment prendre son envol quelques semaines plus tard en Arizona Fall League. Avec les Surprise Saguaros, il débute 5 rencontres pour 15IP et une sélection au Fall Stars Game.

Alors qu’on l’imagine à la lutte dans le roster de l’Opening Day 2018 chez les Cards, Alcantara est envoyé à Miami en décembre aux côtés notamment de Zac Gallen, et en échange de Marcell Ozuna. MLB Pipeline désigne Alcantara comme le prospect #3 des Marlins et il ne lui faut que quelques semaines pour faire ses débuts en MLB. Premier match, premier start et première victoire le 29 juin contre les Mets : 5IP ; 1R ; 3H et 2K.

L’adversaire lui réussit bien puisqu’un an plus tard, il signe face aux New-Yorkais son premier shutout. Une perf’ « à la Maddux » puisqu’il ne lui faut que 89 lancers pour boucler le match. En cette année 2019 et encore Rookie, Alcantara est le seul représentant de la franchise invité au All-Star Game. Il se distingue en retirant les 3 batteurs qui lui font face dans la 8e manche. Vous me direz que son bilan final est peu flatteur (6-14 ; ERA 3.88 en 197IP) mais il est aussi dû à la médiocrité de l’équipe : 57 victoires et 105 défaites!

Grâce en partie à ses très belles sorties (3-2 ; ERA 3.00 en 42IP), Miami réussit l’exploit de disputer les playoffs 2020. En 2021, la MLB le crédite de 23 quality starts sur 33 matchs débutés! Il fait des misères aux batteurs adverses grâce à sa balle rapide qui peut atteindre les 100mph mais surtout un arsenal complet avec une superbe sinker, en plus des changeup, slider et curveball. Il ne concède que 50 BB en 205IP sur la saison pour 201K et une ERA de 3.19. On attend de lui qu’il franchisse encore un pas en 2022 et s’installe dans le gratin du pitching de la MLB. En tout cas, sa direction lui fait confiance – et ce n’est pas souvent que l’on peut dire ça à Miami – avec une prolongation de contrat de 4 ans à 56 millions de dollars. On espère juste que ce n’est pas pour le trader dans les prochains mois. On vous observe les dirigeants floridiens!

Le prono

Malgré tout le bien que j’ai pu dire pour la jeune rotation et les apports intéressants de l’intersaison (en attendant mieux avec la fin du lockout?), ça sera encore une saison bien compliquée à vivre pour Miami. Son effectif global n’est pas encore bâti pour jouer les premiers rôles, et en plus il faut se sortir d’une Division Est de National League hard core. On y trouve rien de moins que les champions en titre : les Braves d’Atlanta, les nouveaux riches New York Mets qui se sont offerts un certain Scherzer cet hiver, les Phillies de Philadelphie et leur MVP en titre Bryce Harper, et à une moindre mesure les Washington Nationals du prodigieux Juan Soto… Comment voulez-vous sortir du lot? Allez, encore un peu de patience.

Prono TSO : 78 – 84, 4e en NL East.

Projection FanGraphs : 80- 82, 4e en NL East.


Une réflexion sur “Preview 2022 – Miami Marlins : Une jeune rotation pleine d’espoir

Laisser un commentaire