Collective Bargaining Agreement : Les grandes manœuvres commencent

une des clauses du CBA de 2017 : la mise à disposition de papier toilette en quantité suffisante

Nous avions, dans un précédent article, évoqué l’histoire des relations professionnelles entre les joueurs, les propriétaires et la MLB.

 Alors que l’échéance de la présente convention collective arrive à grands pas, les premières négociations face à face ont eu lieu la semaine dernière, mettant fin aux réunions Zoom/Team qui ont rythmé le début de la saison.

Un timing surprenant

Pour commencer, une nouvelle qui de prime abord n’a aucun rapport avec notre CBA : Topps ne possèdera plus les licences MLB et MLBPA à la fin de son contrat actuel.

Concrètement, à partir de 2026, Topps ne pourra plus produire de cartes de baseball avec le logo d’une équipe de la MLB et faisant apparaître un joueur membre de la MLBPA (c’est-à-dire tous les joueurs pro de MLB).

Topps 2026 – ©reddit user u/Just_Meh26

En effet, la société Fanatics a conclu un accord avec la MLB et le syndicat des joueurs pour acquérir ces droits.

Une société appartenant à parts égales à Fanatics, à la MLB et à la MLBPA s’occupera de produire les fameuses cartes (par quel moyen, cela reste à définir).

Un nouveau contrat juteux pour la MLBPA, puisqu’il rapportera « beaucoup plus » (dixit Tony Clark, président de la  MLBPA) que ce que pouvait proposer Topps. Et la propriété de la société de production promet des revenus substantiels si la bulle spéculative des cartes sportives se poursuit.

Là où cela rejoint notre sujet, c’est que le nouveau deal pour les cartes commence en 2026. Qui sera l’année de fin du CBA en cours de négociation. Bien que la ligue et les joueurs montrent un front uni devant les médias alors que les négociations n’avancent pas, ce sont surtout les joueurs qui anticipent l’avenir.

Cette nouvelle manne d’argent leur permet, soit d’augmenter encore leurs revenus dans le cas d’une stagnation au niveau des négociations salariales, soit de compenser les pertes qui pourraient s’annoncer dans le cas de mise en place de restrictions.

Mais de quelles restrictions parlons-nous ?

Show me the money !

Cela fait longtemps qu’une question économique revient dans les discussions : comment compenser le déséquilibre compétitif avec les gros dépensiers ? Comment des équipes comme les Orioles, les Indi…Guardians ou les Pirates peuvent rivaliser avec les Dodgers, ou les Mets ayant des effectifs à 150M$, alors que leurs propriétaires ne veulent « que » dépenser 60M$ en masse salariale ?

Lors de la réunion du 23.08 à Denver, la MLB a proposé à l’association des joueurs (MLBPA) un nouveau CBA, contenant différentes propositions, dont une pour structurer et équilibrer les masses salariales au travers de la ligue.

Il s’agirait d’instaurer un plancher de masse salariale à 100M$, et une luxury tax qui se déclencherait plus bas. Actuellement, il n’y a pas de plancher et la luxury tax se déclenche à 210M$, et se compose de plusieurs paliers :

  • Si une équipe dépasse le seuil de 210M $ pour une saison, la taxe est de 20% de l’excédent.
  • Si une équipe dépasse le seuil pour une seconde saison, la taxe est de 30% de l’excédent.
  • Dans le cas d’un dépassement de 3 saisons consécutives ou plus, la taxe est de 50% de l’excédent.
legacy.baseballprospectus.com

La nouvelle proposition ajouterait un nouveau palier entre 210M$ et 180M$ et le taux de la première taxe augmenterait de 20% à 25%. Par contre, les modalités de mise en place concernant le plancher sont encore flous (utilisation de l’argent de la luxury tax, pénalisation, année de mise en place, …), mais devraient s’éclaircir si la proposition est acceptée.

Ce qui en l’état à peu de chance d’arriver. En effet, cette proposition a déjà reçu de nombreuses critiques.

Tout d’abord, du côté des propriétaires. Prenons l’exemple de Peter Angelos, patron des Baltimore Orioles, qui depuis des années est passé maître dans l’art de ne pas dépenser plus de 60M$ dans les salaires. Cela demanderait beaucoup de persuasion de la part de Rob Manfred pour le faire changer d’avis. Et quand bien même, l’hypothèse de faire venir un deuxième propriétaire pour partager les frais est peu probable, les proprios en place étant peu enclins à partager les richesses et bénéfices d’une équipe.

Ensuite, il y a encore moins de chances que la proposition trouve un écho favorable chez les joueurs. Déjà mécontents de l’ancien CBA concernant l’incitation à la dépense des propriétaires, un abaissement de la luxury tax n’irait pas du tout dans le sens d’augmenter les salaires. De plus, plusieurs critiques s’élèvent sur la possibilité laissée aux propriétaires de contourner le plancher salarial en gonflant artificiellement le contrat d’un joueur signé en free agent pour grossir la masse salariale, tout en continuant de tanker.

Cette proposition de CBA vient en réponse à une proposition faite par la MLBPA, contenant notamment un article permettant aux joueurs d’aller en arbitration salariale après moins de 3 ans de service. Proposition tout naturellement refusée par les propriétaires.

Rappelons que le CBA est un ensemble de propositions régulant les relations entre les joueurs, les propriétaires et la ligue. La période de négociations (bargaining) permet aux différentes parties de proposer un nouvel accord, mais les différentes parties de cet accord ne sont pas négociables individuellement, la totalité doit être acceptée, ou non.

Le CBA en cours expire le 1er décembre, si aucun accord n’est trouvé, l’issue ultime est l’arrêt de travail, ou lock-out, à l’instigation des joueurs ou des propriétaires. Une issue qui semblerait périlleuse pour la ligue après la pandémie et les effets sur la saison 2020 raccourcie et la saison 2021 pas en pleine capacité des stades.

Abonnez-vous à ESPN Player et suivez la saison régulière de MLB en suivant notre lien https://bit.ly/ESPNStrikeout


Laisser un commentaire