7 Raisons pour lesquelles les Dodgers ne remporteront pas les World Series 2021

Les Dodgers sont la meilleure équipe du baseball. Fact. Ils ont terminé 2020 avec la meilleure rotation, le meilleur bullpen et la meilleure attaque de National League, le meilleur bilan de victoires de toute la MLB et une victoire, enfin, lors des World Series. Du coup, au vu du niveau de performance affichée et de l’effectif, encore renforcé par l’acquisition à prix d’or du dernier Cy Young de National League, on ne peut faire qu’un constat : les Dodgers sont tellement favoris pour faire le repeat et remporter de nouveau les World Series en 2021 qu’on ferait mieux de leur donner le trophée tout de suite. Quelle tristesse ! Du coup, je me suis armé de mon clavier, de quelques chiffres, de quelques doutes légitimes et d’une bonne rasade de mauvaise foi, et je vous affirme ici, sans trembler, que les Los Angeles Dodgers ne remporteront PAS les World Series 2021. Et comme je suis sympa, je vous donne 7 bonnes raisons :

 

1 – Le Repeat, ça n’existe plus

Depuis la fin des années 70, seules deux équipes ont réussi l’exploit de gagner les World Series lors de deux (ou trois) années consécutives : les Toronto Blue Jays (1992-93) de Cito Gaston et les New York Yankees (1998-2000) de Joe Torre qui furent, rappelons-le, l’une des meilleures équipes de toute l’histoire de la MLB.

Depuis l’an 2000 les repeat n’existent plus. Est-ce dû à une approche de plus en plus scientifique du sport, où chaque équipe rivalise de données et d’ingénuité pour construire les effectifs les plus compétitifs possibles ?  À un relâchement, le fameux « World Series Hangover » qui empêche à une équipe de mettre l’intensité physique et mentale nécessaires pour surpasser l’adversité, notamment au moment de la postseason ? Est-ce l’étiquette du favori qui handicape le Champion aux moments cruciaux de la saison ? Ou bien est-ce simplement la musique du hasard ?

Toujours est-il que les Los Angeles Dodgers ont un énorme défi à relever : prouver qu’ils ne sont pas simplement la meilleure équipe du moment mais un ball-club à classer dans la catégorie Elite avec quelques-unes des plus grands équipes de tous les temps.

2 – Rotation d’Elite, vraiment ?

Je vais ici m’attirer les foudres des fans des Dodgers, mais je ne fais pas partie de ceux qui voient la rotation des Dodgers comme l’une des plus belles rotations de tous les temps. Alors bien entendu, elle comprend deux Cy Young (et un troisième dans le bullpen) et en Clayton Kershaw, l’un des deux meilleurs pitchers de sa génération (je ne rentrerai pas ici dans le débat Kershaw vs Scherzer) mais à l’instant T, celui de la saison 2021, que d’incertitudes…

Commençons par le roi, sa majesté Clayton Kershaw : Il a tout gagné, le MVP et trois Cy Young, la Triple Couronne et même un Gold Glove. Il a régné sur la National League de 2011 à 2017, il a connu les affres de désillusions consécutives en postseason, mais il a fini par trouver la recette là aussi et obtenir sa bague en 2020. Mais le poids des années se fait sentir sur les fortes épaules du lanceur texan, qui n’a plus dépassé les 180 manches lancées depuis 2015. Son dos, notamment, supportera-t-il une saison pleine avec la postseason en prime ? Et quel effet aura sur lui la Free Agency à venir ? 

Pour Trevor Bauer, la question est différente : connu pour son caractère « particulier », son talent naturel fou et son niveau de performance en style montagnes russes, l’ancien des Indians doit assumer un nouveau statut, celui de lanceur le plus cher du monde. Il doit aussi prouver qu’il est capable de lancer en National League sans perdre ses moyens une fois passé par la frappe (Il affiche un ERA en carrière de 5.99 lorsqu’il a lancé pour une équipe de National League sans DH universel, pour un échantillon réduit, certes : 85.2 IP, 57 ER).

Puis il y a Walker Buehler qui, comme d’autres jeunes lanceurs de sa génération (Flaherty, Castillo, Soroka) doit encore confirmer qu’il est bien un as en puissance et pas un de ces quasi-top-players destinés à passer leur carrière dans les postes de 2nd ou 3e starters. Derrière lui, Julio Urias est l’archétype de l’éternel grand espoir, une sorte de Richard Gasquet du baseball qui s’est perdu en chemin entre blessures et sorties de route, et Dustin May est un talent fou mais il vivra sa première vraie saison complète dans une rotation des Majors, avec tout ce que cela contient de dangers et d’embuches. Et pour finir, donc, il y aura David Price, qui démarrera la saison dans le bullpen après avoir fait l’impasse sur la saison 2020. Les certitudes sur son niveau de jeu ? Aucune.

Je dessine ici, volontairement, un tableau un peu sombre de la situation d’une rotation qui a le potentiel pour tout détruire sur son passage, mais il est également important de noter le degré d’incertitude autour de ce qui a été l’arme numéro 1 des Dodgers depuis tant d’années. Et on le sait, lors d’une saison de MLB, rien ne se passe jamais comme prévu…

Dodgers receive 2020 World Series rings
Avec sa bague de vainqueur des World Series, Clayont Kershaw n’a plus rien a gagner. Aura-t-il encore l’appétit pour un deuxième sacre en 2021?

3 – Trop de jeunesse tue la jeunesse ?

Dans la colonne départs cet hiver, on a aura lu les noms de Joc Pederson et de Kike Hernandez pour le lineup ainsi que ceux de Pedro Baez, Alex Wood ou Jake McGee pour les lanceurs. 40 saisons de MLB a eux cinq, ce n’est pas rien. Et si tous n’ont pas marqué durablement  l’histoire de la franchise, ils auront tous contribué au succès des Dodgers ces dernières années, culminant avec le titre suprême en 2020. Un an plus tôt ce sont David Freese, Hyun-jin Ryu, Russell Martin ou encore Kenta Maeda qui avaient quitté le navire, tandis que le talentueux Alex Verdugo était lui inclus dans le deal pour Mookie Betts.

Alors certes, dans le même temps, les Dodgers se sont renforcés et ont offert deux Méga-contrats à Mookie Betts (12 ans, $365m) , donc, et à l’imprévisible Trevor Bauer (jusqu’à 3 ans et $102m) tout en faisant re-signer l’indispensable Justin Turner pour $34m sur deux ans mais…

Mais on est en droit de se demander si, en creusant un peu derrière un lineup séduisant avec son mélange de superstars et de jeunes de très grand talent, les Dodgers ne se sont pas tirés une balle dans le pied. Aucune offense aux Lux, Smith ou autres McKinstry, des joueurs talentueux, mais ils manquent à ce jour cruellement de références sur le « grind » d’une saison de 162 matchs. Max Muncy, qui a participé à la majorité des matchs des Dodgers depuis 2019, offre plus de garanties mais sort d’une saison 2020 un peu fade avec 12 HR, certes, mais une moyenne de .192 et un OPS+ de 97. Enfin, A.J. Pollock et Chris Taylor sont de bons joueurs de MLB, indeniablement des rouages utiles, mais pas des cadors.

Même topo chez les lanceurs, comme décrit dans le paragraphe précédent, ou il manque peut-être une petite dose de stabilité entre les vétérans (Kershaw, Jensen, Price) et les jeunes aux dents longues (Buehler, May, Gonsolin).

Là encore, je n’affirme pas que la mayonnaise ne prendra pas, mais en signant ses superstars sur des contrats records et en remplissant le reste du roster par des jeunes talentueux, les Dodgers jouent un numéro d’équilibriste qui leur réussit jusqu’en 2021, mais qui pourrait se retourner contre eux à tout moment, surtout si les blessures s’accumulent (à l’heure où j’écris ces lignes, Cody Bellinger, Tony Gonsolin, Brudar Graterol, Tommy Kahnle et Joe Kelly sont sur l’Injury List)

4 – Le niveau de performance de 2020 ne peut pas être tenu sur le long terme

Meilleure attaque de MLB avec 349 points marqués, deuxième meilleure défense avec 213 runs concédés, meilleur ERA collectif (3.02) et seconds derrière seulement les Indians pour la rotation (3.29 vs 3.17) et les Athletics pour le bullpen (2.74 contre 2.72), les Dodgers de 2020 étaient sur une autre planète. Ont-ils profité de la saison raccourcie pour poster de tels chiffres ? Probablement, mais ces chiffres accompagnaient aussi une tendance lourde depuis 2016 :

Les chiffres sont sans appel, et la montée en puissance des Dodgers prodigieuse dans tous les domaines. Oui mais voilà, nous revenons en 2021 à une saison de 162 matchs, les Dodgers ont connu la délivrance et ce titre qui leur échappait depuis si longtemps, et Dave Roberts ne pourra pas forcément extraire un niveau de performance aussi remarquable sur une saison quasiment trois fois aussi longue.

Comment réagira alors le cœur du roster des Dodgers, ces cadres qui ont participé à la mise en place d’un rouleau compresseur et ont eu, enfin, leur juste récompense. Les plus grands de chaque sport le diront : le plus dur ce n’est pas forcement d’atteindre le sommet, c’est d’être capable d’y rester année après année.

Si les enseignements de dix jours ne sont en rien la vérité d’une saison, on peut tout de même se demander si l’on ne voit pas déjà, justement, les premières fissures s’ouvrir dans la magnifique forteresse des Dodgers, avec un bullpen plus que suspect sur les séries d’ouvertures et responsable de 15 des 32 runs mérités concédés par les joueurs de Dave Roberts pour un ERA de 4.67 (1.59 WHIP, .262 BAA), même si il s’est bien repris lors du sweep de Nationals atroces offensivement ce week-end (Avant la série, le bullpen des Dodgers affichait un ERA de 6.11). La rotation, en revanche, démarre sa saison au rythme habituel (2.60 ERA, 0.90 WHIP, .209 BAA) tandis que l‘offense fait (bien) le taf en ce début de saison (57 R ou 5.70 RpG, .284 AVG).

Les Dodgers ont tout le temps d’ajuster leur relève, par des trades ou des promotions, mais entre blessures et performances moyennes en ce début de saison, nul doute que Dave Roberts doit d’ores et déjà commencer à se poser quelques questions sur l’approche de ses fins de matchs, lorsqu’il faudra éponger des contre-performances de starters ou faire face à des attaques plus performantes.

Et pourquoi pas tenter les 110, les 116, les 120 victoires en saison régulière?

5 – Parce qu’ils vont battre le record des victoires en saison régulière.

Bon OK. Même si des questions peuvent se poser à tous les niveaux, les Dodgers sont sacrément bien armés dans tous les domaines, avec une rotation en titane, des tauliers offensifs de très haut niveau, et un bullpen que l’on pense capable de renverser des montagnes, alors qu’est-ce qui pourrait empêcher les Dodgers de garder le niveau de 2020, d’aller chercher le record des Mariners (116 victoires en 2001) et d’enchainer en retournant tout le monde en postseason ?

Hey, mais en voilà un objectif qui aurait de la gueule pour ces Dodgers quasiment intouchables. Après tout, les 71.7% de victoires de 2020 seraient équivalent à ces fameuses, ces mythiques 116 victoires de la bande à Ichiro, et si je me suis posé la question précédemment de la capacité des Dodgers à évoluer un an de plus au-dessus de la stratosphère, le baseball est beau en ce qu’il ignore allègrement la rationalité des choses et des êtres.

Alors pourquoi pas, pourquoi pas aller chercher les 120 victoires, les 75% (122 w), écrire une nouvelle page de la légende en marchant sur la Ligue comme jamais personne ne l’a fait, en lançant gemme après gemme, en frappant plus vite, plus haut, plus fort, en prenant chaque match comme un match 7 des World Series. Punir chaque soir, tandis que les médias se passionnent toujours un peu plus pour cette course contre la montre et contre le temps une sorte de Long Gone Summer ou Sammy Sosa et Marc McGwire ne feraient plus qu’un.

Ouais mais voilà, le baseball est cruel autant qu’il est irrationnel et des quatre équipes avec les meilleurs bilans en saison régulière (Chicago Cubs 1906 : 116-36 ; Seattle Mariners 2001 : 116-46 ; New York Yankees 1998 : 114-48, Cleveland Indians 1954 : 111-43), seuls les Yankees de Jeter, Rivera, Torre et compagnie (on y revient, voir #1) ont réussi à convertir l’essai en un Trophée Suprême. Les autres resteront des chiffres, tous aussi fous qu’ils soient.

Et c’est le risque pour une équipe dominante, de se laisser griser par une folle course au record (voir aussi les 22 victoires consécutives des Indians 2017, avant de tomber face aux Yankees lors des ALDS) et de ne plus rien avoir dans le réservoir quand se pointent les grands rendez-vous d’Octobre. Surtout que, on le sait, les Dodgers avaient jusqu’en 2019 une fâcheuse habitude à connaitre des trous d’air inexplicables au moment où résonnent les sanglots longs des violons de l’automne (Kenley Verlaine RPZ). Et au vu des forces en présence, il ne faudra pas se louper.

6 – Les adversaires sont de plus en plus forts

Si l’American League semble hésiter entre deux âges, avec des Yankees qui cherchent toujours la dernière pièce, des Astros qui veulent encore exister, des White Sox ou des Blue Jays qui montent en puissance ou des Rays et Angels qui veulent surprendre ou continuer à surprendre, la National League est en ordre de marche pour tenter de faire tomber le roi Dodgers, et le moins que l’on puisse dire c’est que la Ligue Nationale est garnie de talent comme elle ne l’a pas été depuis longtemps.

Et cela commence jusque dans la division des Dodgers, cette division qu’ils gagnent sans coup férir année après année depuis 8 ans, cette NL West qu’ils dominent et que l’on n’imagine plus appartenir à une autre équipe. Oui mais voilà, même dans son salon on ne peut plus être tranquille quand les voisins bruyants décident de s’inviter à la fête. Aux Hosmer et Machado sont venus s’ajouter les Tatis, les Snell, les Darvish, et les Padres deviennent soudain une menace à court et moyen terme, quand on sait que l’as Clevinger et le Golden Rookie MacKenzie Gore devraient rejoindre la rotation d’ici 2022.

Mais les Padres ne sont aujourd’hui pas forcément la principale menace pour des Dodgers qui, en 2020, auront été poussés dans leurs derniers retranchements par les Atlanta Brave (4-3 dans le Match 7, 4-3 dans les séries) . La bande à Freeman veut sa revanche, tandis que les Phillies, les Mets, les Nationals ou encore les Cardinals, tous armés jusqu’aux dents sur le monticule comme au bâton, chercheront tous à tirer leur épingle du jeu, mais surtout :

The Los Angeles Dodgers Are 2020 World Series Champions | by Nick Martinez  | Medium

7 – Tout le monde veut la peau des Dodgers

Il y a des choses qui ne changent pas : tout le monde déteste les Yankees, personne ne sait vraiment où est Kansas City, les New York Mets étaient sur un plan mais ça a foiré, et les Seattle Mariners ne vont pas en postseason. Il y en a d’autres qui évoluent avec le temps, comme le fait que tout le monde depuis 2020 (sauf les psychopathes et les fans de Houston) veut voir les Astros se planter et que beaucoup, en leur for intérieur, aimeraient bien éviter un one-man show des Dodgers pour les 10 années à venir.

C’est pas qu’on les aime pas, avec leurs sourires hollywoodiens, leur charisme lisse (bon OK, ils ont recruté Trevor Bauer pour éviter d’être trop sympa) et leur baseball tellement efficace qu’on ne sait plus trop si l’on regarde du sport ou un cours de physique appliquée, mais tout le monde veut voir le champion poussé dans ses derniers retranchements, testé sur chacune de ses faiblesses, et ces Dodgers tellement forts en ont déjà fait le constat ces dernières années en posteason, poussés au match 7 des NLCS en 2018 et 2020 par les Brewers et les Braves, sortis contre toute attente des NLDS 2019 par les Nationals…

Tout le monde, joueurs y compris, admet que ces Dodgers sont la meilleure équipe du baseball majeur, mais quel plus beau challenge que celui de de devoir explorer et pousser ses limites au-delà de l’imaginable pour faire tomber les Bulls de Jordan, le Barcelone de Messi, les All Blacks ou les Dodgers de Betts et Kershaw. Si les Dodgers ont atteint la plénitude et la capacité à jouer au sommet de leur art sur une saison entière, leur marge de surperformance devient naturellement inférieure à celles de leurs adversaires. Et lorsque viendra Octobre, c’est dans la capacité à explorer ce réservoir de surperformance et à activer le générateur d’improbabilité infinie (42!) que se logera le secret pour faire basculer le baseball dans la folie et l’irrationnel.

Les Dodgers seront-ils alors capables de trouver la force en eux pour ne pas craquer face à l’improbable et l’impossible ?

***

Vous l’aurez compris, il faut aller chercher loin, très loin, pour voir ce qui pourra empêcher les Los Angeles Dodgers de remporter leur deuxième titre d’affilée, et la bande à Kershaw ne s’est même pas permis le moindre retard à l’allumage avec 8 victoires sur les 10 premiers matchs. Pour autant, la saison est encore longue, et si Los Angeles est plus que jamais le grandissime favori à sa propre succession, attention à l’excès de confiance. Quant à moi, comme je suis malin, je garde cet article sous le coude pour vous rappeler en Octobre que [je l’avais bien dit que les Dodgers étaient au-dessus dans tous les domaines / je vous l’avais dit qu’ils ne gagneraient pas] avec toute la mauvaise foi que cela nécessitera.

NB : Toutes les statistiques sont arrêtées au lundi 12 avril


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