Preview 2021 – Seattle Mariners : Encore un an et on y retourne (enfin) !

Après le marasme et la déprime de l’hiver 2020 accouchant d’une pandémie mondiale et d’une saison MLB raccourcie façon premier lavage à 60°C, TSO revient aux sources et à ses premiers amours : l’écriture. Et si pour le commun des mortels, l’arrivée du printemps signifie l’éclosion des bourgeons et les premiers chants d’oiseaux, pour la grande famille du baseball, printemps rime avec entraînement. Celui du spring training, des premières sorties avec de nouvelles couleurs pour certaines stars et de vieilles retrouvailles avec des rosters déjà bien armés pour d’autres. Que l’on soit fan de la petite balle blanche ou non, le printemps signifie surtout la préparation, le devenir. Et sans révolutionner votre quotidien, The Strike Out vous apporte son brin d’espoir : les fameuses 30 franchises en 30 jours. Aujourd’hui, on part sur la West Coast chez les Seattle Mariners!

Retour sur 2020

On dit qu’une grande équipe se reconnait dans la régularité de ses résultats. De la régularité, les Mariners n’en manquent pas, mais peut-on utiliser l’adjectif « grande » lorsque l’on parle de la franchise de Seattle, c’est moins sûr! Car on parle là de régularité dans les mauvais résultats : aucune qualification en postseason depuis 20 ans, c’est un record en cours dans les grandes ligues de sports US. On en a parlé dans notre épisode « En toute franchise« , les Mariners se distinguent aussi par le fait de n’avoir jamais disputé de World Series, c’est inédit parmi les clubs actuels et quand on sait que 5 d’entre eux – nés en même temps ou après – ont atteint au minimum la finale, ça fait très mal aux fans (nés en 1977 en même temps que les M’s, les Blue Jays ont remporté le titre en 92 et 93 ; les Marlins se sont imposés en 97, 4 ans après leur création ; les Rockies, nés en 93, ont attent les WS en 2007 ; les DBacks créés en 98 ont été victorieux dès 2001 ; les Rays créés aussi en 98 ont été deux fois finalistes ; et enfin les Nationals qui ont remplacé les Expos en 2005 se sont imposés en 2019).

Bref, tout ça pour dire qu’en 2020, les Mariners n’ont pas failli à leur réputation. Pas de postseason et une nouvelle saison bien compliquée même si on peut distinguer deux phases : un horrible bilan de 7-18 pour commencer mais un autre de 20-15 pour terminer. Le Front Office a continué l’opération dégraissage en cours d’exercice en se séparant de trois des meilleurs éléments de l’équipe à la Deadline : le catcher Austin Nola, le partant Taijuan Walker et le releveur Austin Adams. Des trades pour ajouter encore des prospects dans un farm-system qui pourrait permettre à Seattle de sortir la tête de l’eau dans les prochaines années (voir plus loin).

Alors oui bien sûr la saison a été terne une nouvelle fois dans le nord-ouest des Etats-Unis… mais ce bilan plutôt flatteur sur les 35 derniers matchs est l’illustration de quelques vraies satisfactions individuelles. En premier lieu et en lettres capitales : KYLE LEWIS. Élu Rookie de l’année en American League à l’unanimité, l’ancien premier tour de Draft (2016) a tout fait sur le front de l’attaque des M’s : meilleures AVG (.252) et OBP (.364) ; plus grand nombre de HR (11), de RBI (40) et de hits (54). Un batteur qui compte sur une vitesse de swing impressionnante mais qui a encore du travail avant de devenir un top performer dans la Ligue car il prend beaucoup de K. Mais ne boudons pas notre plaisir de voir émerger un joueur complet car la défense de Lewis est aussi à souligner. Son vol de Grand Slam sur Laureano des A’s restera comme l’une des plus belles actions défensives de la saison, toutes équipes confondues.

Si malgré ce coup de génie et d’autres actions de classe, Lewis n’est pas reparti avec un Gold Glove, c’est en revanche le cas pour deux de ses jeunes coéquipiers : Evan White (1B) et J.P Crawford (SS). Les Mariners ont affiché le 3e meilleur pourcentage collectif de fielding en American League (23 erreurs en 60 matchs). Côté team batting, ça donne plutôt une 13e place sur 15 en AL à la moyenne (.226) ou une 14e en nombre de HR (60). Côté team pitching : 12e place en ERA collective (5.03). Si les starters s’en sont pas trop mal sortis (7e avec une ERA de 4.41), c’était la cata pour les releveurs (15e et donc pire bullpen de AL avec une ERA de 5.92).

Pour les starters, on félicitera Marco Gonzales : ERA de 3.10 ; 7 victoires ; WHIP de 0.95 ; et seulement 7 BB sur toute la saison! Il affiche le meilleur ratio de MLB pour les K / BB (9K / 1BB). Derrière lui dans la rotation, c’était le désert : le Japonais Kikuchi affiche une ERA de 2 points supérieurs, Justus Sheffield a vu son % de K reculer pour sa première saison pleine mais il n’a concédé que 2 HR en 55 IP. Je vous le disais côté closers, il n’y a pas eu grand chose de notable à retenir : le meilleur élément du bullpen c’était finalement le rookie Anthony Misiewicz qui affiche un beau ratio 11.3K / 9 IP en 20 IP.

La saison 2021

2021 marquera la 6e année d’exercice du duo Jerry Dipoto (GM) / Scott Servais (manager) et si il y a de l’espoir pour les prochaines années, il va encore falloir passer celle-ci à serrer les dents. Les récompenses individuelles de 2021 pour Lewis, White et Crawford avaient quand même quelque chose de très positif pour passer l’hiver en oubliant un peu cette Xème année consécutive sans play-offs mais patatra, l’hiver ne s’est pas passé comme prévu en coulisses. Président de la franchise et dans l’organigramme depuis 25 ans, Kevin Mather a été forcé à la démission après s’être distingué par un bâchage en règles de ses propres joueurs. La scène s’est jouée sur Zoom (vous savez, votre meilleur ami professionnel) le 5 février.

En discussions avec un groupe de charité local, le Mather s’est lâché : « Kyle Seager est trop payé », « Marco Gonzales est ennuyeux », « les prospects internationaux ne font aucun effort pour apprendre l’anglais », « j’en ai marre de payer des interprètes pour les joueurs japonais », « il faut retarder les débuts des prospects en MLB afin qu’ils restent sous le contrôle de la franchise le plus longtemps possible »… bref des choses pas très bien senties qui ont immédiatement fait réagir les joueurs et leur syndicat. Le proprio des M’s, John Stanton, a présenté ses excuses au nom de la franchise et la MLB condamné ces propos dans un communiqué. Mather out, il faut passer à autre chose mais la question du service time en Minors va hanter un moment la Ligue, les proprios, les joueurs… tout le monde… alors que se profilent les négociations du CBA à l’issue de la saison (#grève).

Le communiqué du proprio des M’s, John Stanton, après les propos affligeants du désormais ex-président, Kevin Mather.

Revenons au terrain. Pas de folie à signaler cet hiver. A Seattle, on est dans l’attente de la promotion des pépites du farm-system qui devrait arriver entre 2021 et 2022, donc c’est d’avantage sur le marché prochain des agents libres qu’il faudra guetter les moves de Dipoto que l’on connait comme l’un des GM les plus agressifs. L’arrivée principale c’est en fait un retour : celui du lanceur canadien James Paxton dans le club où il a déjà passé 6 saisons entre 2013 et 2018, avec un contrat d’un an pour 8,5 millions de dollars. Autre renfort dans la rotation : Chris Flexen de retour du championnat coréen après un début de carrière aux Mets. Servais devrait opter comme d’autres managers pour une rotation à 6 avec en plus de Paxton (#3) et Flexen (#5) : Marco Gonzales en #1 (voir plus bas), le Japonais Yusei Kikuchi en #2 dont on attend l’éclosion américaine, Justus Sheffield en #4 et Justin Dunn en #6, voire Nick Margevicius.

Des renforts aussi dans le bullpen avec Rafael Montero, auteur de 4 saves en 4 tentatives avec les Rangers l’an dernier pour ses débuts en tant que closer et Ken Giles, ex-Astros et ex-Blue Jays mais qui reviendra sur les terrains seulement en 2022 après une année blanche pour cause d’opération Tommy John. Montero devrait être lancé par Kendall Graveman reconverti releveur l’an dernier. Ca manque quand même de certitudes pour un bullpen qui – rappelons-le – était le pire en AL en 2020. Derrière le marbre, il faut s’attendre à une répartition quasi égale entre Tom Murphy et Luis Torrens. Le premier avait fait du bruit en 2019 en étant le meilleur batteur de l’équipe mais aussi un excellent défenseur, mais une fracture au pied l’a privé de la saison 2020 ; le second est arrivé dans le trade de Nola l’été dernier et a montré quelques belles choses au bâton. Le 3e catcher que l’on pourrait voir en cours d’année, c’est le prospect Cal Raleigh.

Pas de concurrence a priori en 1e base : auréolé de son Gold Glove, Evan White défendra sa base. On se souvient qu’il avait signé une extension de contrat de 6 ans avant même de mettre un pied en MLB, preuve de la confiance que le FO avait en lui, mais il va quand même falloir montrer quelque chose en attaque car pour l’heure, White bâton en main, c’est moche moche moche : AVG .176 et OBP .252 en 54 matchs avec seulement 32 hits pour 84 K! Pas exclu qu’il fasse un petit tour en Triple A pour reprendre confiance si ça ne se passe pas bien cette année. Dans ce cas, les José Marmolejos ou Ty France pourraient palier à la défaillance de White. En 2e base, Dylan Moore part favori mais Shed Long Jr. prétend lui aussi à la place de titulaire. Pour cela, il devra garder la santé (saison 2020 interrompue sur blessure) et améliorer son coup de batte.

En revanche, s’il y a bien un nom que Servais est sûr de remplir soir après soir après soir sur son lineup (sauf blessure évidemment), c’est celui de Kyle Seager qui entame sa 11e saison au club. Il est le pilier mais aussi le joueur le mieux payé (18M$ pour 2021), la question est donc de savoir si le FO va le conserver jusqu’à la fin de son contrat (fin 2022) pour encadrer les jeunes ou faire un trade pour encore amasser des prospects? Aujourd’hui, les M’s n’ont pas de joueur de 3e base dans leur farm-system, c’est en partie pour cela que Seager est toujours là quand les autres sont partis pour faire place à la reconstruction perpétuelle de la franchise. A défaut de se tourner vers un prospect pour prendre la suite de Seager, pourquoi pas Ty France qui devrait faire des piges à ce poste lors du Spring Training, sinon il est le DH tout désigné après sa belle slash line de 2020 (.305/.368/.468). Comme White, le shortstop J.P Crawford a décroché son premier Gold Glove en 2020. A 26 ans, l’ancien espoir de Phillies, récupéré par Seattle dans le trade Santana vs. Segura de décembre 2018, s’impose comme l’une des pièces maîtresses du renouveau. Sa défense est au top et son bâton a un peu progressé, mais il y a la place pour encore faire mieux (.255/.336/.338 l’an dernier) et définitivement s’installer au leadoff spot.

Dernières pièces du puzzle : l’outfield. Kyle Lewis en champ centre pour débuter la saison c’est sûr, mais il faudra voir où il sera repositionné à l’arrivée de Kelenic (voir plus bas) ou si c’est ce dernier qui abandonnera son poste naturel de CF pour le champ gauche? Jake Fraley devrait y être titulaire en attendant (ou Braden Bishop), mais on imagine bien que c’est ce poste là qui sautera dès que le prodige aura mis le pied en MLB. En champ droit, c’est peu dire qu’on attend un revenant : Mitch Haniger! Après plus de 600 jours à l’infirmerie, sur les tables d’opération puis en convalescence, le voilà de retour, lui qui était incontestablement le meilleur joueur de champ de l’équipe avant son arrêt en juin 2019 (blessure à un testicule, au dos, aux abdominaux et aux lombaires). Après une si longue absence, difficile de savoir s’il pourra enchaîner les matchs soir après soir.

Le joueur à suivre : le farm-system

Kelenic, Rodriguez, Trammell, Gilbert, Hancock, Kirby… difficile de trancher entre tous ces prospects qui font saliver les supporters des Mariners! Le farm-system est le 4e meilleur de la Ligue selon Bleacher Report. Il était même 2e il y a encore quelques mois mais les Lewis, White et Dunn ont pris du galon et n’en font plus partie.

Pour réussir, un farm-system doit être bâti sur plusieurs piliers et le GM Jerry Dipoto met tous les éléments en place : des bons choix de draft (Lewis, White, Gilbert, Kirby, Hancock choisis au premier tour en 2016, 2017, 2018, 2019, 2020) + des trades à haute valeur ajoutée (Kelenic vs. Cano et Diaz avec les Mets à l’hiver 2018-19 ; Trammell vs. Nola avec les Padres en juillet dernier) + des paris sur des agents-libres internationaux (Rodriguez, Marte) + un peu de chance pour que toutes ces jeunes pépites éclosent.

Les 3 leaders de cette pouponnière sont 3 oufielders et si l’on ajoute Kyle Lewis à ce trio, il va y avoir embouteillage de talents à ces postes. Il faudra voir comment Dipoto et son manager Servais organisent tout cela. Peut-être encore plus forts que leur coéquipier ROY, Kelenic et Rodriguez apparaissent vraiment comme des futurs superstars de la Ligue, tous deux dans le Top 5 des meilleurs prospects de MLB.com.

Le premier provoquera sans doute des cauchemars aux fans des Mets dans les mois/années à venir quand on voit ce qu’ont apporté Cano ou Diaz à NY (on a un fan des Mets chez TSO qui transpire à grosses gouttes à l’idée de voir le numéro 6 de la Draft 2018 – à sa sortie du lycée – faire ses débuts en Major League). Ca devrait arriver cette année après avoir brillé en 2019 en Minors (une saison à 20+ HR et 20+ SB). Participant aux Futures Game à l’été 2019, il a ensuite peaufiné son jeu pendant le Summer Camp et sur le site alternatif des Mariners en 2020. Capable de produire des frappes lourdes dans n’importe quel spot du terrain, il est rapide et possède un très bon bras. Mêmes grosses promesses pour l’ami Julio, un an plus jeune que Jarred (20 ans seulement). Signé pour un peu moins de 2 millions de dollars à l’été 2018, il a joué en Simple A et en Arizona Fall League et s’est fait remarquer au Summer Camp l’an dernier avant de se casser le poignet sur un plongeon dans l’outfield… une blessure totalement guérie et qui ne l’a pas empêché de s’entraîner cet hiver. Le jeune dominicain attendra sans doute 2022 pour arriver en MLB, certainement en champ gauche ou droit ou sa puissance de bras sera idéale. Son coup de batte est également un outil déjà développé… ça promet. Petit cadeau bonus pour les fans des M’s qui n’ont pas eu la vie facile ces dernières saisons : walk-off hit de Rodriguez pour un point signé Kelenic pour le premier match du Spring Training! La légende est déjà en marche.

La star : Marco Gonzales

Avant son arrivée à Seattle pendant la saison 2017, Marco Gonzales en MLB c’était 5 victoires et une ERA de 5.47. Puis 13 victoires en 2018, 16 en 2019, et 7 encore en 2020 avec une ERA de 4.00 au maximum sur chacune de ces trois saisons, durant lesquelles il a à chaque fois progressé. Dans l’indifférence quasiment générale car les Mariners ne font pas vraiment la Une, le gaucher de 29 ans s’impose comme l’une des valeurs sûres de la Ligue. Peut-on faire de lui un concurrent pour la course au Cy Young face aux Cole, Bieber, Ryu, Glasnow, Giolito? Pas un favori sans doute mais dans la lutte pour les places d’honneur, oui pourquoi pas.

Désigné lanceur de l’Opening Day pour la 3e saison consécutive chez les M’s, il est le leader de l’équipe sur le monticule, même si les fans seront ravis de retrouver James Paxton cette saison. Sous contrat encore pour quatre ans, il sera le parfait leader pour encadrer les lanceurs prospects Gilbert, Hancock et Kirby quand ceux-ci vont débarquer dans le Show. Ancien premier tour de Draft lui-même (sélectionné #19 en 2013 par les Cardinals), il aura l’expérience et désormais le recul pour les mettre dans des conditions parfaites.

« Bon gars », Marco ne se prive pas de se faire entendre comme l’a prouvé le changement de sa bio sur Twitter : il a écrit « Very boring » sous son nom après le commentaire de Mather à son encontre. En plus d’un leader sur le terrain, on l’imagine vraiment leader de vestiaire et pour illustrer ce côté « porte-étendard » actuel de la franchise, une image suffit, celle qui suit. Notre lanceur a eu la chance/l’occasion/l’honneur/le privilège d’en découdre avec un certain Ichiro, légende de la franchise au même titre qu’un Griffey Jr. Ca ne sera pas facile de les rejoindre au Panthéon, mais le fait de ramener Seattle en postseason après une si longue attente pourra y faire quand même beaucoup. Tiens bon Marco, tes renforts de rotation arrivent!!!

Le prono

On a dit beaucoup de bien de ces Mariners depuis le début de cette preview, surtout des futurs Mariners, et sauf de leur ancien dirigeant Kevin Mather bien sûr, mais on demande encore un peu de patience aux fans. Les deux trios Kelenic-Rodriguez-Trammell et Gilbert-Hancock-Kirby laissent augurer de beaux jours dans le ciel souvent chargé de pluie de Seattle. Mais pour cette année ce sera encore bien trop limité pour prétendre à la postseason. Kikuchi va devoir enfin assurer son statut de numéro 2 et le vétéran Paxton retrouver une deuxième jeunesse avec son retour à Seattle, car Gonzales ne pourra pas tenir la baraque à lui tout seul. Ca manque aussi de certitudes dans le bullpen. Vivement 2022!

Prono TSO : 71 – 91, 4e de AL West.

Projections PECOTA : 70 – 92.


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