World Series ’20 – Rays vs Dodgers, le match des franchises

De nouvelles World Series signifient un nouveau match des franchises. Pour ces Séries Mondiales 2020, une affiche inédite. Si les Los Angeles Dodgers sont des habitués de notre match des franchises, les Tampa Bay Rays sont des petits nouveaux. Après tout, il ne s’agit que de leur deuxième participation à la grande finale MLB et la première sous l’ère TSO. On vous rappelle le principe. Le match des franchises revisite l’ancienneté, le palmarès, les Hall of Famers, l’impact sportif, le poids économique et l’impact dans la culture populaire de chaque équipe. Qui sortira vainqueur de ce duel aux airs de David contre Goliath ?

CréditMLB

Ancienneté

Rays : 1998. Les Tampa Bay Rays sont les petits derniers de la MLB avec les Arizona Diamondbacks en National League. Créés avec la dernière expansion des Ligues Majeures, cinq ans après leurs cousins de Floride, les Marlins, les Rays ont débuté leur carrière sous le nom de Devil Rays, une variété locale de raies. Mais un changement de proprio en 2007 conduit la franchise à un changement de nom, de logo et d’uniformes. Après avoir examiné plusieurs options (Dukes, Stripes, Nine, Aces, Bandits, Cannons), c’est finalement le nom de Rays qui est adopté pour assurer une continuité.

Dodgers : Les Dodgers ne furent pas toujours l’équipe emblématique de Los Angeles (Angels who ?). Tous les fans de baseball le savent. Avant d’arriver dans la Cité des Anges, les Boys in Blue étaient les gars de Brooklyn et les représentants des petites gens de Flatbush, quartier de Brooklyn, et les pensionnaires d’Ebbets Field. Ils furent longtemps l’une des deux grandes équipes de New York avec les Giants, avant la prise de pouvoir des Yankees durant les années 20 puis leur déménagement sur la côte Ouest en 1958, quatre ans après les Giants.

Il faut dire que l’histoire des Dodgers remonte presque aux débuts de la MLB. La franchise est créée en 1884, sous le nom des Brooklyn Atlantics, au sein de la jeune American Association (1882) qui cessera ses activités en 1891. En 1890, les Dodgers rejoignent la première des Ligues Majeures, la National et ne la quitteront plus jamais. En revanche, ils quittent leur premier nom en 1885 et vont en changer souvent : Grays, Bridegrooms, Grooms, Bridegrooms (à nouveau), Superbas, Trolley Dodgers, Superbas (encore), Robins et enfin Dodgers dès 1932. En même temps, ça prend du temps de trouver soi-même un surnom cool !

Résultat : Plus d’un siècle sépare la création des deux franchises. Tout est dit. Les Rays sont déjà groggys.

Palmarès

Rays : Contrairement aux D’Backs, avec lesquels ils partagent leur année de création, les Rays n’ont toujours pas remporté les World Series. Les D’Backs ont remporté leurs premières et seules World Series, en 2001, face aux Yankees de New York dans une série mondiale d’anthologie. Les Rays ont attendu 2008 pour connaître, sous la houlette de Joe Maddon, leurs premiers playoffs et leurs premières World Series, dans lesquelles ils furent défaits par les Phillies de Philadelphie, 4 matchs à 1, même si 4 des 5  rencontres se sont finis par 1 ou 2 points d’écarts. Avec 2020, l’équipe de Tampa Bay remporte son deuxième championnat de l’Américaine, après avoir atteint les playoffs en 2010, 2011, 2013 et 2019, avec trois titres de divisions au total en 2008, 2010 et 2020.

World Series : néant

American League (2) : 2008, 2020

Dodgers : Malgré leur ancienneté, les Dodgers ne comptabilisent que 6 titres en World Series dont le premier n’arrive qu’en 1955 contre les Yankees. Il faut dire que les Bronx Bombers furent les bêtes noires des Dodgers en World Series, les Yankees étant les responsables de 6 de leurs 12 défaites dans les Séries Mondiales. Néanmoins, leur 6 titres les placent au 6ème rang des vainqueurs des World Series, derrière les Yankees (27, oui, 27, vous avez bien lu, 27, c’est ça… 27), les Cardinals (11), les Athletics (9), leurs rivaux des Giants (8) et les Red Sox (8, ce n’est pas 27 mais c’est honorable bien que très loin de 27, je veux dire entre 8 et 27, il y a pas mal de chiffres quand même comme 13, 18, 22 ou encore 26, juste avant 27). Cela dit, dans le cœur des fans, les Dodgers comptent un 7ème titre après le scandale des Astros de Houston de l’hiver dernier.

En revanche, avec 24 titres en National League, dont celui de cette saison, les Dodgers ont tout de même une étagère à trophée garnie depuis le premier fanion en American Association en 1889.

World Series (6) : 1955, 1959, 1963, 1965, 1981, 1988

American Association (1) : 1889

National League (24) : 1890, 1899, 1900, 1916, 1920, 1941, 1947, 1949, 1952, 1953, 1955, 1956, 1959, 1963, 1965, 1966, 1974, 1977, 1978, 1981, 1988, 2017, 2018, 2020

Résultat : Prime à l’ancienneté, un univers sépare les deux vitrines à trophée. Dodgers six.

Hall of Famers

Rays : Pour une équipe encore jeune dans l’histoire de la MLB, il est difficile de placer des joueurs ou des managers à Cooperstown. Un seul Hall of Famer est passé par Tampa en la personne de Wade Boggs mais ce dernier a été introduit au Temple de la Renommée avec la casquette des Red Sox de Boston. À titre de comparaison, les D’Backs n’ont vu que passer que trois Hall of Famers dont un seul a été introduit avec la casquette de l’équipe d’Arizona, le grand, dans tous les sens du terme, Randy Johnson. Les Marlins, créés en 1993, en ont eu 6 mais aucun à Cooperstown comme Marlins.

Dodgers : De très nombreux joueurs et managers de légende, introduits au Hall of Fame, sont passés par les Dodgers comme Tony Lazzeri, Casey Stengel, Al Lopez, Greg Maddux, Pedro Martinez ou Rickey Henderson. Sur l’ensemble de ces joueurs d’exception, 13 joueurs et 2 managers ont été introduits comme membres des Dodgers. Le plus connu de ces joueurs est assurément Jackie Robinson, dont le numéro 42 est le seul retiré dans tous les équipes.

On y trouve aussi Sandy Koufax, aka Le Bras Gauche de Dieu, l’un des meilleurs lanceurs de l’histoire de la MLB. Suivent Pee Wee Reese (que tout le monde a vu dans le film 42, short-stop légendaire), Roy Campanella (l’un des premiers Negro Leaguers à rejoindre Robinson en MLB), Burleigh Grimes, Willie Keeler, Wilbert Robinson, Don Sutton, Duke Snider, Dazzy Vance, Zack Wheat, Walter Alston et Don Drysdale. Les deux managers sont les mythiques Léo Durocher et Tommy Lasorda.

Résultat : Quand vous êtes la franchise de Jackie Robinson et Sandy Koufax, il faut amener du lourd pour oser rivaliser (en gros, faut vous appeler les Yankees de New York). Dodgers Walk of Fame.

Wade Boggs en mode beau gosse de Floride

Impact Sportif

Rays : L’impact sportif des Rays reste difficile à mesurer. Certes, leur saison 2008 est considéré comme un petit conte de fées mais, sans victoire au bout, la belle histoire est incomplète. Qu’en sera-t-il pour 2020 ? Il est certain que les Rays, qui présentent un des plus petits budgets de la MLB, a montré depuis 2008, avec plusieurs qualifications en playoffs et deux en World Series, qu’il était possible de gagner, un temps, avec peu de moyens, en utilisant intelligemment les statistiques avancées et en fortifiant son farm-system. Un modèle que seuls les Astros ont rendu victorieux. Mais une victoire entachée d’un scandale de triche et avec une équipe au payroll bien supérieurs à celui des Rays.

Au crédit des Rays et de leur talentueux manager Kevin Cash, l’équipe floridienne a remis au goût du jour la technique de l’Opener. Si on ne peut parler de révolution tactique, elle a été utilisée par d’autres franchises, offrant une solution quand la rotation est en panne.

Dodgers : Au contraire des Yankees, des Athletics, des Reds ou des Orioles, les Dodgers n’ont jamais possédé une équipe considérée comme l’une des meilleures de l’histoire de la MLB mais certaines de leurs saisons sont rentrées dans l’histoire comme celle de 1942 où ils ont passé les 100 victoires avec 104 parties gagnées mais ce sont les Cardinals avec 106 victoire qui remporteront le fanion de la NL cette année-là. Ils ont d’ailleurs obtenu le même nombre de victoires cette année mais dans une saison de 162 matchs contre 154 en 1942.

Cela dit, les vraies saisons historiques des Dodgers resteront à jamais 1947 et 1955 (première victoire en World Series avec un vol de marbre de Jackie Robinson dans le match 1). La première saison citée est bien entendu celle de l’arrivée de Jackie Robinson en MLB après une saison en Ligues Mineures. Les courages de Branch Rickey, alors General Manager des Dodgers qui décida de son recrutement, et Jackie Robinson, qui vécut un chemin de croix pour se faire accepter, permettront à la MLB de rentrer pleinement dans le 20ème siècle en brisant la Color Barrier ségrégationniste. C’est un événement historique qui a marqué l’ensemble du sport US et, au-delà, la société américaine, célébré depuis chaque 15 avril avec le Jackie Robinson Day.

La fin de la barrière raciste a également libéré un potentiel sportif, celui des Negro Leagues où se jouait un baseball aussi bon qu’en MLB et possédant parmi les meilleurs joueurs de tous les temps, au premier rang desquels se trouvaient Satchel Paige et Josh Gibson. D’ailleurs, même si certaines équipes tarderont à s’y mettre, de nombreuses stars et prospects des Negro Leagues vont rapidement débarquer en MLB avec succès : Don Newcombe, Roy Campanella, Larry Doby pour ne citer qu’eux.

Bien sûr, en plus des joueurs afro-américains, la voie sera ouverte pour les joueurs hispaniques puis asiatiques. Willie Mays, Ernie Banks, Felipe Alou, Roberto Clemente, Hideo Nomo, Ichiro Suzuki… merci qui ? Merci les Dodgers ! D’ailleurs, les Dodgers seront la première équipe à engager un coréen (Chan Ho Park, 1994) et un taïwanais (Chen Chin-Feng, 2002) ainsi que le deuxième japonais (Hideo Nomo, 1995).

De la fin des années 40 aux débuts des années 80, les Dodgers furent l’une des meilleures équipes de la MLB, régulièrement en World Series bien que peu victorieux. Que ce soit dans les Séries Mondiales ou dans les Séries de la Nationale, les Dodgers vont se frotter aux meilleures équipes de l’histoire, les Yankees de DiMaggio ou des M&M Boys bien entendu mais aussi les incroyables Athletics et Reds des années 70 qui vont donner quelques unes des meilleures équipes de la MLB. Des obstacles qui les empêcheront de glaner bien des trophées avant de baisser de niveau durant les années 80 et la décennie suivante.

Résultat : Avec leur courte existence, au regard de celle des Dodgers, et leurs petits moyens, les Rays ne déméritent pas dans ce duel. Mais, en face, vous avez la franchise qui a brisé la Color Line alors… Dodgerson Day.

Kevin Cash, le manager des Rays est un gagnant. Normal, c’est un ancien Yankees.

Poids économique

Rays : Les Rays de Tampa Bay est un poids plume de la MLB, ce qui rend d’autant plus admirables les succès de l’équipe depuis 2008, notamment dans leur division qui compte deux des cinq équipes les plus riches de la MLB, les Yankees et les Red Sox. Alors que les Yankees et les Red Sox trônent tout en haut de liste des salaires de la MLB, les Rays se situent à la 28ème place, gagnant seulement une place par rapport à 2019.

Au niveau économique, les Rays se situent au bas de l’échelle de la MLB. 28ème au niveau de sa valeur marchande (1,050 milliards de dollars), 26ème pour les revenus et 29ème pour la présence au stade. Un Tropicana Field parfois quasi-vide qui a posé la question du déménagement de la franchise ou d’une garde partagée avec Montréal. Son marché immédiat de 3 millions d’habitants est l’un des plus restreints des Ligues Majeures.

Dodgers : Les Dodgers sont un monstre économique. Le magazine Forbes a évalué la valeur de la franchise à 3 milliards de dollars en 2020 soit la franchise la plus chère et la plus puissante économiquement après les Yankees de New York (et 14ème mondiale, tous sports confondus). Normal puisque, si New York est logiquement le premier marché MLB, Los Angeles, deuxième ville du pays, est tout logiquement le deuxième marché. Et ce, malgré la concurrence des Angels. Comme les Pinstripes, les Boys in Blue font marcher à fond le merchandising, le logo du club étant devenu le logo de la ville comme dans la Big Apple. Il suffit de voir en France : casquettes, sweat, tee-shirt avec les logos des Yankees et des Dodgers sont légion, bien plus que les autres franchises de la MLB.

De plus, le Dodger Stadium, alias Ravez Chavine, fait le plein avec plus de 3,9 millions de spectateurs cumulés et une moyenne de 49,065 spectateurs en match cette saison, ce qui en fait le leader MLB devant les Cards et les Yankees depuis de très nombreuses saisons. Et les droits TV des Dodgers, qui ont atteint les 3 milliards, assurent un bel avenir pour l’ex-équipe de Brooklyn.

Résultat : Les Dodgers sont un poids lourd non seulement de la MLB mais aussi du sport mondial. Tout le contraire des Rays qui tentent d’exister économiquement en MLB, avec les difficultés de stade et de public que l’on connaît. Là encore, deux réalités s’affrontent. Goldgers.

Impact dans la culture populaire

Rays : Avec une jeune histoire, difficile d’exister dans l’histoire de la MLB et dans la culture populaire américaine. Quand on pense aux Rays, on pense d’abord à un Tropicana Field désertique pour se moquer de la franchose floridienne ou aux petits poucets de l’Américaine qui réussissent à batailler avec les Yankees et les Red Sox pour les encenser. Ou encore au film The Rookie (Rêve de Champion), production Disney, sur l’histoire vraie de Jim Morris, ancien joueur des ligues mineures, qui quitta le monde du baseball professionnel à cause de blessures et devint professeur de lycée au Texas et coach de l’équipe de baseball de l’établissement. À 35 ans, pour répondre à une promesse faite à son équipe, il tente des essais auprès des Devil Rays. Étonnamment, il enchaîne 12 lancers à 98mph, lançant plus fort que durant sa jeunesse. Quelques mois après, il fait ses débuts avec les Devil Rays en MLB face aux Texas Rangers à Arlington. Une belle histoire qui donna un peu de visibilité aux Rays.

Dodgers : J’en ai parlé précédemment mais l’image de marque des Dodgers est et restera Jackie Robinson. Un des actes fondateurs de la réconciliation nationale pour lutter contre la ségrégation. L’histoire de Jackie Robinson, de Branch Rickey et des Brooklyn Dodgers a été plusieurs fois portée à l’écran, notamment par Jackie Robinson lui-même en 1950 et récemment avec le film 42. Il a fait l’objet également de nombreuses publications et, même en France, son histoire est régulièrement reprise.

Sandy Koufax fut également important et marquant dans l’histoire du club, de la MLB et des États-Unis, à la fois car c’était un lanceur extraordinaire, permettant ainsi aux Los Angeles Dodgers d’avoir un joueur les sortant de l’ombre de Jackie Robinson et des Brooklyn Dodgers. Ayant lancé un perfect game, refusant de jouer un match de World Series durant Yom Kippour et considéré comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire, il reste un monument de la culture populaire sportive aux États-Unis.

Mais les Dodgers, comme les Giants, représentent bien plus dans une Amérique nostalgique d’un passé glorieux et sans tâche( bien que fantasmé). Le déménagement des Giants et des Dodgers sur la côte Ouest fut vécu comme une trahison à New York. Le départ des Dodgers donna même le goût à la politique et au militantisme au démocrate Bernie Sanders. Leur stade, Ebbets Field, fut détruit comme le Polo Grounds des Giants. Cette destruction leur conférera une dimension à la fois poétique et mythique d’une Amérique nostalgique, une dimension bien explorée dans le livre culte de WP Kinsella, Shoeless Joe.

D’ailleurs, malgré leur déménagement, la rivalité Dodgers-Giants reste l’une des plus âpres du baseball et du sport américain, bien plus qu’avec les Angels, derby de moindre valeur. La rivalité avec les Yankees reste également vivace mais plus par nostalgie, renvoyant à un passé glorieux de la franchise et à une époque rêvée du baseball.

On peut mentionner que les Dodgers seront l’équipe perdante d’un match considéré comme l’un des plus importants du baseball, le Miracle de Coogan’s Bluff de 1951 où fut frappé The Shot Heard ‘Round The World. Un autre homerun, celui si victorieux, garnit également la légende des Dodgers dans la culture populaire américaine, le walk-off homerun d’un Kirk Gibson blessé, pinch hitter malgré tout, lors du match 1 des World Series 1988.

Enfin, on ne peut parler culture populaire des Dodgers sans évoquer Vin Scully, légendaire commentateur de la franchise qui a pris sa retraite en 2016 après 66 ans de bons et loyaux services à suivre l’équipe, de Brooklyn à Los Angeles. Une retraite qui donna même des articles en France tant il fut une institution à lui seul, à l’instar de Harry Caray aux Cubs.

Résultat : Les Rays ont tout une légende à bâtir. Les Dodgers sont déjà installés très haut dans le grand livre du baseball. Dodgers legendary.

Verdict

On aime les petits poucets. On aime David contre Goliath. On aime le pot de terre contre le pot de fer. Mais enfin, ici, les Rays ont fini en grillade sur le BBQ des Dodgers. Il n’y a jamais eu match. Avec un siècle d’écart dans leur création, c’est d’une logique imparable. Mais les Rays, étoiles montantes de l’American League, peuvent commencer à parcourir les années-lumière séparant les deux équipes à brandissant le trophée dans quelques jours. Pour le moment, KO monumental des Dodgers.


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