Preview 2020 – Los Angeles Dodgers : Un Bulldozer Aux Roues d’Argile

Il existe deux périodes charnières dans l’année où nos esprits se laissent aller au doux parfum du baseball. La deuxième c’est évidemment lorsqu’arrive l’automne et ses feuilles mortes synonyme de postseason. Quant à la première, il s’agit de la fin de l’hiver accompagnée comme toujours du retour de la MLB et des espérances de chacun. Vous savez ces dernières semaines avant la reprise où l’on se surprend à croire que « cette année est la bonne », où l’on se met à rêver de voir son équipe jouer au baseball fin octobre ou à enfin finir avec un bilan positif. Comme l’an passé, The Strike Out passe en mode 30 franchises en 30 jours et vous propose de faire le tour complet de la Ligue. Pour calmer vos ardeurs de supporters ou au contraire les ranimer, même si en baseball rien n’est jamais fixé dans le marbre. Toujours placés, jamais gagnants, place aux septuples tenants du titre de la NL West, les Los Angeles Dodgers.

MLB: Washington Nationals at Los Angeles Dodgers
2020, l’année de la libération pour les Los Angeles Dodgers?

Retour sur 2019

Voila maintenant sept ans que le même scénario se répète. Immuable, Inébranlable, Implacable. Depuis 2013, il n’existe qu’une constante en National League West : les Dodgers vont remporter la Division, prendre plus de 90 victoires, et échouer dans leur quête des World Series. Et si la saison 2019 n’a pas échappé à la règle, elle a fait bien pire encore, avec un grand écart encore plus prononcé entre performance de saison (106 victoires, record absolu de la franchiser) et désillusion de postseason (Défaite en NLDS face aux Washington Nationals, vainqueurs de la Wild Card puis vainqueurs tout court).

Le contraste est saisissant, presque effrayant entre le bulldozer qui a malaxé, concassé, piétiné, éparpillé façon puzzle la concurrence en NL West (21 victoires d’avance sur les D’Backs, aucune autre franchise de MLB n’a remporté sa division par plus de 10 victoires d’avance) et le roster fébrile qui est tombé sans gloire dans des Division Series qu’ils avaient pourtant en main. Le contraste est saisissant entre les individualités triomphantes et récompensées (Bellinger MVP de National League, Ryu second au Cy Young) de saison régulière, et des performances en postseason correctes au mieux.

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Clayton Kershaw a encore craqué, lors des NLDS 2019

Outre Clayton Kershaw, dont les déboires de postseason sont bien documentés, et qui aura encore craqué face aux Nationals en concédant 5 runs en 6 manches lancées (2 G, 1 GS, 7.11 ERA, 0-1, 1 BS, 1.42 whip)  c’est notamment le cas de Cody Bellinger qui interroge et qui angoisse les supporters de Dodgers : injouable toute la saison, et MVP indiscutable de la saison de NL après la blessure de son seul concurrent sérieux, Christian Yelich, le slugger californien s’est évaporé au moment ou il fallait savoir être clutch. En témoignent ses slash-lines de saison régulière et de postseason (.305, .406, .629 vs .211, .286, .263), ses 4 hits pour 7 retraits sur prises en 21 apparitions sur la plaque, et l’absence totale de Home Runs ou même de RBI sur toutes les séries.
Bellinger, qui a maintenant une moyenne au bâton de .178 (!) en sept séries de postseason disputées, va devoir élever son jeu une fois octobre arrivé, sous peine de devenir l’héritier désigné de Clayton Kershaw dans l’imaginaire collectif, comme un joueur d’exception incapable de résister à la pression des grands soirs.

Si la postseason fut aussi courte que catastrophique, cela ne doit pas pour autant faire oublier les performances cumulées de la saison régulière : meilleure attaque de National League en termes de points marqués (866), de Home runs (274) ou encore d’OPS (.810), meilleure défense des Ligues Majeures en termes d’ERA général (.3.37 ; 3.17 pour les lanceurs partants !) et de points concédés (611), et meilleure de National League en termes de moyenne au bâton adverse (BAA ; .224). Bref, les Dodgers de saison régulière sont une unité absolument monstrueuse, et quelque chose me dit que les Dodgers 2020 pourraient être encore plus violents pour la concurrence.

La saison 2020

Car les Dodgers ne se sont pas simplement renforcé à l’intersaison, ils ont fait ce qui est peut-être le plus gros trade de ces dix dernières années en échangeant les jeunes Alex Verdugo (106 matchs en 2019 : .294/.342 /475, 3.2 WAR), Jeter Downs (INF, Prospect MLB #44) et Connor Wong (C, INF) en échange de Mookie Betts et David Price, rien que ça !

Avec l’arrivée de Price pour compenser le départ de Hyun-Jin Ryu vers Toronto, les Dodgers s’offrent un quintuple All-Star, Cy Young en 2012 avec les Rays, qui affiche un ERA de 3.31 sur 321 matchs lancés en saison régulière (et 23 en postseason). Rarement blessé, toujours solide, Price a su en outre passer outre sa propre malédiction en postseason au meilleur moment, pour remporter deux victoires, dont le point décisif, lors des World Series 2018. Il rejoindra une rotation qui compte déjà dans ses rangs le monstre Clayton Kershaw et l’héritier Walker Buehler : le premier sort de sa seconde saison de sa carrière avec un ERA supérieur à 3 (3.03), une première depuis son année de Rookie en 2008 (4.26), et une statistique qui dit tout de ce qu’il est : même sur le déclin physiquement et handicapé par des douleurs dorsales récurrentes, il reste – à l’aise – parmi les tout meilleurs lanceurs des Majors.
Le second, qui a connu son premier All Star Game l’an dernier, fut l’une des rares satisfactions des Division Séries 2019 coté Dodgers, avec ses 12.2 manches lancées en deux rencontres pour 5 hits, un seul run, 15K et un ERA de 0.71. Si il peut gagner en régularité sur le cours d’une saison entière, il sera tout a fait capable d’aller se frotter au meilleur pour le titre de Cy Young (9e en 2019, il est également 9e de NL à l’ERA (3.26) et à la moyenne adverse (.223), 10e au nombre de Strikeouts (215) et 5e au FIP (3.01), entre autres…).

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La rotation 2020 des Dodgers : Intouchables?

Le reste de la rotation, qui a vu partir Kenta Maeda chez les Twins, se composera de l’incroyablement talentueux mais problématique lanceur mexicain Julio Urias, qui a pu lancer quelques matchs en 2019 entre une blessure qui l’aura tenu éloigné des terrains pendant un an et une suspension pour violences domestiques qui lui aura valu une suspension en cours de saison, et du bon soldat Alex Wood, qui revient à LA après une saison difficile chez les Reds (blessé lors du Spring Training, il n’aura joue que 7 matchs, avec un bilan de 1-3 et un ERA de 5.80, son pire en carrière). De quoi voir venir, surtout avec les prospects Dustin May (MLB #23) et Josiah Gray (MLB #67)  prêts à saisir leurs chance en cas de blessure ou de méforme de l’un des titulaires.

Coté bullpen, Kenley Jansen (63.0 IP, 33 SV, 3.71 en 2019) , débarrassé de ses problèmes de cœur, gardera son poste de Closer et cherchera à retrouver son niveau de 2016-2017 pour améliorer une équipe de relève « seulement » troisième de National League en termes d’ERA l’an dernier. Il sera accompagne comme la saison dernière de Pedro Baez (69.2 IP, 3.10), du starter reconverti Ross Stripling (90.2 IP, 3.47), du prometteur rookie Tony Gonsolin (40.0 IP, 2.93) ou encore de Joe Kelly, Adam Kolarek et Jimi Garcia. Arrivée notable, celle de Brusdar Graterol, rookie arrivé des Twins lors du trade incluant Kenta Maeda, et dont la fastball a atteint 103.8mph lors d’un match de Minor League. S’il arrive à garder un certain niveau de contrôle de sa zone avec ce niveau de vélocité, il pourrait devenir le facteur X d’un bullpen déjà bien fourni.

Pour ce qui est du lineup, c’est bien simple, il n’y a que du talent. Du talent établi et expérimenté en Turner (3B) et Pollock (LF), du talent d’un autre monde en Betts (RF, MVP AL 2018) et Bellinger (CF, MVP NL 2019), le talent dormant de Corey Seager (SS, RoY 2016), foudroyé en 2018 par une rupture des ligaments du genou et sur le chemin de la rédemption, et les talents bruts de la jeune garde des Dodgers avec Gavin Lux (2B), Max Muncy (1B) et Will Smith (C),. Le Farm system de LA qui n’en finit plus de produire et voir éclore des All Stars en puissance. En parlant de All Stars, il est bon de noter que Lux et Smith sont les deux seuls membres de ce Lineup type a n’avoir pas connu les joies du All Star Game… et pour cause, ils n’ont démarré leur carrière dans les Majors que le 28 mai dernier pour l’un, le 1er septembre pour l’autre. Tous les autres ont connu le Match des Etoiles et au moins un Top 20 au classement MVP.

Que rajouter de plus, sinon que renforcer la meilleure attaque de National League en allant chercher l’un des trois meilleurs joueurs d’American League ressemble pas mal à une formidable idée pour dominer le monde. Reste à garder la tête froide quand viendront les célébrations d’Octobre : a ce petit jeu, nul doute que l’expérience récente de David Price et Mookie Betts sera précieuse à Dave Roberts et a son groupe.

Le joueur à suivre : Gavin Lux 

Il est la dernière pépite du Farm System des Dodgers. Débarqué dans les Ligues Majeures en septembre dernier pour y prendre la place de Kike Hernandez sur le deuxième coussin, Gavin Lux sera le titulaire du poste quand la saison 2020 démarrera enfin.

A 22 ans, l’actuel prospect #2 de MLB (#4 pour Baseball America) est d’ores et déjà le favori des bookmakers pour le titre de Rookie of the Year. Et pour cause, si le jeune infielder des Dodgers s’est fait relativement discrets pour ses premiers pas dans le Show des Majors,  (.240/.305/.400, 2HR, 9 RBI, SB), il a mis la Pacific Coast League (AAA) à feu et à sang avant d’être appelé chez les grands. En 49 matchs pour les Oklahoma City Dodgers, il affiche une slash line « Barrybondesque » de .362/.478/.719 pour 13 HR et 39 RBIs.

Lux, qui a été replacé de son poste originel de shortstop a celui de joueur de seconde base en raisons de doutes sur la qualité de ses lancers défensifs, reste néanmoins tout à fait correct dans ce domaine, particulièrement à un poste moins exigeant défensivement. Il allie également une vitesse de course et un instinct qui pourraient faire de lui un redoutable coureur de bases si l’occasion lui en est donné.

Pour ce qui est des performances au bâton, il a travaillé d’arrache-pied lors de son parcours en Minor League pour gagner en patience et en jugement des pitchs, même si cela ne s’est pas forcement vu lors de ses quelques apparitions en septembre dernier (24 K pour 7 BB, contre 42 et 33 lors de son passage en Triple-A), et l’expérience venant, il devrait être capable de se développer en un bon .300 hitter pour les Dodgers. Même topo pour ce qui est de la puissance, lui qui n’a frappe aucun Home Run en 2016 n’a fait que progresser ensuite avec 7 en 2017, 15 en 2018 et 29 en 2019.

Vous l’aurez compris, Gavin Lux n’a pas le profil d’un Acuña, d’un Tatis, un de ces showmans qui éclaboussent la Ligue de leur talent spectaculaire dès leur début. Il serait plus judicieux, peut-être, de le comparer a un Cody Bellinger, dont l’on ne sait toujours pas vraiment s’il est une superstar après un titre de Rookie of the Year et un de MVP… Voilà exactement le type de joueur que Gavin Lux pourrait bien devenir !

La star : Mookie Betts

Quelle douleur de choisir. Choisir entre la légende Clayton Kershaw, le MVP Cody Bellinger, la star montante Walker Buehler, mais au final on ne peut faire autrement que se tourner vers celui que beaucoup du côté de Chávez Ravine veulent voir comme le Messie : Mookie Betts.

Car Mookie – comme Kershaw chez les lanceurs – est une ligue au-dessus du commun des All Stars. Il est l’un des 3 ou 4 batteurs de MLB qui peuvent se permettre de s’asseoir à la table de Mike Trout (et lui cirer les pompes, tout de même, soyons sérieux). Lui qui était le visage des Boston Red Sox, le poster boy, le héros de la saison 2018, aurait pu rester l’idole du Massachusetts pour une carrière entière, le destin et le Front Office de Fenway Park en a décidé autrement.

Le voilà donc projeté trois fuseaux horaires plus à l’ouest, au cœur de ce qui est en valeur absolue la meilleure équipe de baseball du monde, avec pour mission d’aller chercher le titre suprême, de contribuer à transformer les superstars stériles en gagneurs cannibales. Monstre de travail et d’envie, Betts n’aura pris qu’une semaine après son arrivée en Californie avant de s’exprimer – avec l’aval de Dave Roberts – face à ses nouveaux coéquipiers, insistant sur ses valeurs favorites et le besoin de répéter les gammes encore et encore. Un discours de cinq minutes que le vétéran Justin Turner qualifia plus tard de « spécial » et d’incroyablement effectif.

C’est ça Mookie Betts. On ne parle pas simplement ici d’un MVP, d’un membre du 30/30 club, d’un vainqueur des World Series, d’un quadruple All-Star et Gold Glover (le tout dans ses 27 premières années). On parle d’un homme qui vit pour le baseball, par le baseball, et qui a été béni dans sa jeunesse par les Dieux du Baseball. Mookie Betts est un cador, un gagneur, et il est tout ce que les Dodgers pouvaient souhaiter pour aller, enfin, chercher cette septième victoire en World Series qui leur échappe depuis 31 ans maintenant.

Notre Prono

Pas de faux suspense ici. Les Dodgers ne vont pas simplement remporter la National League West pour la huitième saison consécutive, ils vont l’annihiler sans pitié aucune. Les deux seules questions qui se posent sont « Combien de victoires » et « Combien de victoires d’avance ». Dans une division ou tous les adversaires semblent en rebuild, en construction ou sur le point de remonter à la surface, l’addition finale risque d’être salée… Je ne dis pas que le record des Mariners 2001 pourrait tomber mais… non je ne le dirais pas…

World Series - Boston Red Sox v Los Angeles Dodgers - Game Three
Cody Bellinger et les Dodgers, enfin champions en 2020?

Reste qu’il faudra ensuite assurer en World Series. Et la ce n’est pas une question de qualité pure, de talent ou de puissance, mais une question de tronche. Est-ce que les Dodgers sont capable de le faire ? oui bien sûr, comme tous les ans ! Est-ce qu’ils vont le faire ? Voilà qui est plus difficile à dire ! A part peut-être les Yankees, s’ils arrivent à éviter l’hécatombe habituelle, il n’y a pas une équipe en 2020 qui puisse comparer son potentiel à celui des Dodgers, et mon pronostic va vers une victoire finale – enfin – des Californiens. Mais les Nationals 2019 et Jean de la Fontaine vous le rappelleront en cœur : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ! »

Projections The Strike Out : 1er en NL West ; 110 victoires – 52 défaites.

Projections Bleacher Report : 1er en NL West ; 101 victoires – 61 défaites.

Publié dans MLB

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