WBCQ 2020 – Quelle équipe de France pour les qualifications à la World Baseball Classic 2021 ?

Avec des adversaires comme l’Afrique du Sud, le Nicaragua, l’Allemagne ou encore le Brésil, les Bleus ne partent pas gagnants dans ces qualifications à la World Baseball Classic 2021. Surtout après avoir échoué à accrocher le top européen et le tournoi qualificatif olympique lors du dernier Euro. Mais rien n’est perdu pour les Bleus qui ont connu un vrai power up, tant dans le roster que l’encadrement, pour ce WBCQ 2020. Avec le triple vainqueur des World Series Bruce Bochy à sa tête, la France a de vraies raisons de croire à une première participation à la WBC.

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Saint Bochy apportant la bonne parole en Gaule (délocalisée en Arizona) – crédit FFBS

Etat des lieux : la France part de loin

Ce n’est pas faire injure aux Bleus que de constater froidement la stagnation de l’équipe phare du baseball français en Europe. Certains diraient même qu’elle régresse un peu. Alors que de premiers résultats positifs arrivent en jeune, que les espoirs français s’exportent dans les colleges US voir dans le système MLB, comme Yoan Antonac aux Phillies, et que l’équipe de France a de plus en plus d’opportunités de jouer au haut niveau (WBCQ 2012 et 2016, Friendship Series, Yoshida Challenge…), les Bleus s’enlisent aux portes du top 5 continental, n’arrivant pas à franchir un cap.

Si les WBCQ de 2016 semblaient avoir montré une équipe de France en progrès, avec une victoire sur l’Espagne et des matchs accrochés face aux nations sud-américains, les Friendship Series contre l’Afrique du Sud (5 défaites pour 2 victoires) et une septième place à l’Euro 2019 ont montré les limites actuelles des Bleus. Heureusement pour la bande à Bochy, les règles de qualifications de joueurs en WBC, beaucoup plus larges que les règles strictes des compétitions classiques (Euro, JO), permettent de booster les équipes. Cela vaut pour la France. Néanmoins, sur les 28 joueurs du roster, treize ont participé au dernier Euro. Un pool de joueurs qui aurait pu gagner un ou deux effectifs si Maxime Lefèvre et Bastien Dagneau avaient pu être disponibles.

Passons maintenant en revue le roster et le staff de la Team France.

Les Lanceurs : un vrai besoin qui a été satisfait

Le pitching staff a été la grosse faiblesse des français ces dernières années comme la montrait le dernier Euro où les Bleus ont affichés le 9ème ERA de la compétition avec 7.67, très loin du top européen (Pays-Bas 1er 1.98, Italie 2ème 2.53). Pour espérer quoique que ce soit dans ces WBCQ 2020, la Fédération Française de Baseball Softball et la DTN devaient profiter des largesses du règlement WBC pour recruter des bras capables d’être à la hauteur d’une telle compétition où les batteurs à l’expérience professionnelle sont légion. Aidé par l’aura d’un Bruce Bochy, on peut dire que les dirigeants français ont su répondre aux besoins de l’équipe.

Et ce, sans aller chercher au fin fond des ligues mineures et des colleges US des joueurs potentiellement qualifiables. Au contraire, la France s’est beaucoup renforcée au sein de sa D1 avec quelques lanceurs talentueux, rompus au baseball professionnel en ligues mineures ou dans des ligues pros indépendantes, qui régalent la première division française depuis quelques années. On retrouve dans cette catégorie : le MVP des French Series 2019, le rouennais Yoimer Camacho (qui sera de retour en Normandie cette saison), l’ace des Cougars de Montigny Yorfrank Lopez (meilleur lanceur D1 de la saison 2018), Rayner Oliveros (Boucaniers de La Rochelle) et James Murrey (passé par le PUC, Toulouse et désormais à Montpellier).

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Le pitching sera la clé du succès pour les Bleus – crédit FFBS

Ils accompagneront des joueurs français plus établis comme l’ace habituel des Bleus Owen Ozanich, Leonel Cespedes, Marc-André Habeck (trois joueurs qui étaient dans le championnat italien en 2019), Robyn Clara (franco-néerlandais ayant évolué dans le championnat des Pays-Bas avant de rejoindre Sénart) et les jeunes pousses Yoann Vaugelade (Rouen), Lilian Amoros (Savigny) et Ismael Pontiac (Montpellier et NJCAA D1 Cochise College). Pontiac ne sera pas le seul lanceur venu du système universitaire américain puisque le roster comporte également Eric Moore, franco-américain de la Catholic University en NCAA D3, déjà présent au dernier Euro.

Enfin, l’autre boost donné au pitching staff vient du haut niveau du baseball organisé de la MLB avec Brett Bochy, Jason Alexander et Donato Auguste. Le premier n’est autre que le fils de Bruce Bochy mais c’est également un ancieur lanceur des Ligues Majeures, apparaissant dans sept rencontres entre 2014 et 2015 avant sa retraite sportive. Quant à Jason Alexander, s’il n’a pas encore rejoint la MLB comme son frère Scott (lanceur des Dodgers qui pourrait rejoindre les Bleus en 2021 en cas de qualification), il reste un lanceur qui évolue en AAA pour le compte des Los Angeles Angels. Enfin, le jeune Donato Auguste évolue dans la Rookie League pour le compte des Chicago Cubs.

Analyse : La France présentera un tout autre visage qu’à l’Euro avec un pitching staff solide, malgré l’absence de Yoan Antonac, qui n’a pu être libéré par les Phillies. Même s’il n’est plus professionnel, Brett Bochy pourrait apporter une expérience inestimable sur le monticule, tout comme Jason Alexander. Camacho et Lopez ont montré, en survolant la D1, qu’ils étaient un niveau au-dessus du pitching français. Owen Ozanich, seul lanceur français à jouer au niveau des imports en D1, semble bien revenir depuis sa grave blessure avec Parme en coupe d’Europe 2019. Cespedes et Habeck, comme Ozanich, se sont mesurés au meilleur championnat européen après une saison en Italie. Côté jeune espoir, Lilian Amoros s’est révélé en championnat la saison dernière (4-4, 2.90). La France est certainement l’équipe de sa poule qui s’est le plus renforcée au niveau des lanceurs, ce qui lui donne de vraies chances de qualification.

Les joueurs de position : French Bombers

Si les lanceurs ont collectivement déçu à l’Euro 2019, la défense n’a pas été au mieux pour les supporter. Les français ont terminé à l’avant dernier rang pour les erreurs et le fielding pourcentage. Ce qui a sauvé les Bleus sur la compétition, c’est son attaque, la troisième meilleure de l’Euro en moyenne de frappe (.306), slugging (.496), homeruns (10, ex-aequo avec l’équipe boostée d’Israël) et en runs (58). Des perfomances qui ont permis aux Bleus de titiller l’espoir d’aller aux qualifications olympiques. Le roster de ces WBCQ devrait résoudre le problème de la défense tout en boostant la puissance de l’attaque.

La grande recrue en la matière reste le Major Leaguer Alen Hanson qui a cumulé depuis 2016 un total de 261 matchs de MLB sous les couleurs des Pittsburgh Pirates, des Chicago White Sox, des San Francisco Giants, où il a connu Bruce Bochy et des Toronto Blue Jays. Il vient de signer un contrat de ligues mineures avec Seattle Mariners qui ont accepté, grâce à Bochy, de le libérer le temps du tournoi. Certes, Hanson n’est pas une star de la MLB mais c’est un joueur qui a l’expérience du plus haut niveau, celui des Ligues Majeures (.234, 12HR).

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Alen Hanson, aucun lien de parenté avec les frères du même nom, sera l’une des pièces maîtresses des Bleus – crédit Scott Cunningham/Getty Images

Dans l’infield, il sera accompagné de joueurs qui ont tous connu un niveau professionnel, en ligues mineures ou en indépendant, à l’exception de Frédéric Walter, qui joue entre Montpellier et la NAIA, ligue universitaire concurrente de la NCAA. Dans cette liste, on retrouve un habitué de l’équipe national Félix Brown mais aussi Alexander Perdomo, vénézuelien qui, après les ligues mineures, a joué en France pour Toulouse, Montpellier et Sénart, Ariel Soriano, meilleur frappeur de la D1 2018 avec La Rochelle et également un ancien minor leaguer, et Ernesto Martinez Jr, actuellement en ligues mineures pour les Brewers de Milwaukee.

Au champ extérieur, pas de nouveau nom. On retrouve Nobert Jongerius, qui joue dans le championnat néerlandais, Jacques Boucheron, une des meilleures battes de la D1, Mael Zan, qui joue à Montpellier et en college US, ainsi que Fred Hanvi, le deuxième français formé en France à avoir évolué en ligues mineures et qui est désormais dans l’une des équipes amateurs les plus fortes du Japon, les Tokyo Verdy Bambaataa. Chez les receveurs, pas de surprises non plus avec Andy Paz, lui aussi ancien minor leaguer qui a évolué en Italie la saison dernière, Dylan Gleeson, qui s’est imposé que le receveur du champion de France rouennais et Ivan Acuna, des Lions de Savigny, qui a joué en NCAA D2 et en professionnel au Vénézuela. Théo Lakmèche, qui vient de rejoindre La Rochelle après plusieurs expériences à l’étranger, complète cette liste comme bullpen catcher.

Analyse : Comme chez les lanceurs, cette partie du roster alterne entre joueurs professionnels, habitués de la D1 et/ou des Bleus, et jeunes talents. L’addition d’Alen Hanson est déterminante. Peu d’adversaires des Bleus peuvent se targuer d’avoir un joueur de ce niveau dans leur équipe. Le lineup sera composé de nombreux joueurs puissants, capables de sortir la balle à tout moment, d’Alen Hanson au jeune Mael Zan, en passant par Ariel Soriano, Andy Paz, Fred Hanvi, Jacques Boucheron ou encore Ernesto Martinez Jr. Un tel assemblage de joueurs pros ou anciennement pros permet également d’espérer une défense plus adroite qu’à l’Euro.

Le staff : un autre monde

Avoir Bruce Bochy comme manager semble presque irréel. L’ancien receveur des Ligues Majeures (1978-1987), reconverti en manager des San Diego Padres (1995-2006, NL manager of the year 1996) puis des Giants (2007-2019, trois fois vainqueur des World Series en 2010 , 2012 et 2014), aura sûrement sa place au Hall of Fame. Pour le moment, c’est le manager des Bleus, lui qui est né en France en 1955 quand son père militaire US y était basé.

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Avez-vous bien conscience que le grand gaillard qui porte le tee-shirt France est l’un des plus grands managers MLB des 30 dernières années ?????? – crédit FFBS

Mais l’ex grand manitou des Giants n’est pas venu seul. Avec lui, il a amené le top du coaching :

* Joe Bochy, le frère de Bruce, ancien minor leaguer et manager AAA, qui sera bench coach

* Ron Wotus, coach 3ème base des San Francisco Giants et désormais des Bleus, ancien Major Leaguer

* Steve Smith, ancien joueur et manager des ligues mineures qui a été coach de 1ère base pour les Indians de Cleveland

Bruce Bochy sera également assisté du staff français habituel avec le DTN adjoint Boris Rothermundt, le manager de Rouen Keino Perez en pitching coach, Adrien Gayaud le préparateur physique du Pôle Espoir de Montpellier et Lee Kuntz, ancien kiné chez les Nationals de Washington et les Indians de Cleveland.

Conclusion : des Bleus armés pour espérer et surprendre

Les Bleus n’arrivent pas en favoris à Tucson. Loin de là. Mais c’est une nouvelle équipe de France qui se présentera en Arizona. Certes, ce sera le cas pour quasiment toutes les équipes participantes, qui se sont renforcées, mais on peut dire sans mal que la France est sûrement celle qui a fourni le plus gros effort de renforcement de son roster, ce qui lui permet de pouvoir espérer une qualification, non comme un exploit, mais comme une vraie probabilité.

Cependant, c’est aussi une équipe qui doit apprendre à se connaître, à vivre et à jouer ensemble en peu de temps. Une contrainte qui pourrait être rédhibitoire dans d’autres circonstances mais qui ne va probablement pas poser problème ici, à la fois parce que les joueurs ont, pour une grande majorité, une expérience professionnelle ou semi-professionnelle avec de multiples changements d’équipes, voir de pays, et parce que le coaching staff est d’une très grande qualité avec, à sa tête, l’un des plus grands managers des trentes dernières années en MLB. De quoi créer un climat de performance en peu de temps.

En tout cas, avec un monticule désormais solide, une défense plus expérimentée et une attaque puissante, la France peut regarder ses adversaires dans les yeux et véritablement jouer la qualification. Une situation qu’elle n’a jamais connu en WBCQ et qu’elle va devoir apprendre à gérer d’ici le match contre l’Allemagne. Si elle n’est pas assurée de gagner la course, elle a clairement les jambes pour pouvoir la remporter.

Retrouvez l’intervention de notre chroniqueur Martin Keuchel sur les Bleus au WBCQ 2020 dans l’épisode 14 du podcast Hype, le podcast des sports US

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