Preview 2020 – Cincinnati Reds : Aube Rouge sur l’Ohio

Il existe deux périodes charnières dans l’année où nos esprits se laissent aller au doux parfum du baseball. La deuxième c’est évidemment lorsqu’arrive l’automne et ses feuilles mortes synonyme de postseason. Quant à la première, il s’agit de la fin de l’hiver accompagnée comme toujours du retour de la MLB et des espérances de chacun. Vous savez ces dernières semaines avant la reprise où l’on se surprend à croire que « cette année est la bonne », où l’on se met à rêver de voir son équipe jouer au baseball fin octobre ou à enfin finir avec un bilan positif. Comme l’an passé, The Strike Out passe en mode 30 franchises en 30 jours et vous propose de faire le tour complet de la Ligue. Pour calmer vos ardeurs de supporters ou au contraire les ranimer, même si en baseball rien n’est jamais fixé dans le marbre. Place aujourd’hui à une équipe qui pourrait bien bousculer la hiérarchie régionale et faire trembler les meilleures franchises de National League  : les Cincinnati Reds

Cincinnati Reds v Miami Marlins
Sonny Gray et les Reds sont-ils prêts à prendre la NL Central par surprise?

Retour sur l’année 2019

Si la saison 2019 des Reds (75-87) peut en premier lieu sembler linéaire, avec des performances sans réel relief et, finalement, aucune série positive ou négative véritablement notable, le Front Office de Cincinnati a travaillé dur au fil des mois pour poser les premières pierres d’un projet ambitieux, alors que semblent s’annoncer les prémices d’un changement de garde en NL Central.

En 2019, et alors que se mettaient en place les pièces du puzzle, les Reds ont déjà montré des progrès considérables, sans faire de bruits, sans véritables performances de choix au bâton si ce n’est la saison gargantuesque d’Eugenio Suarez (49 Home Runs, 103 RBI… mais aussi 189 Strikeouts, pire bilan des Major Leagues dans ce domaine et gros axe de travail), le passage remarqué de Yasiel Puig entre deux trades qui l’auront vu arriver des Dodgers (Matt Kemp, Alex Wood, Kyle Farmer et Yasiel Puig contre Homer Bailey, Jeter Downs et Josiah Gray) et repartir à Cleveland (dans un trade à trois équipes qui verra Scott Moss et Trevor Bauer rejoindre Cincy et Taylor Tramell, un des meilleurs jeunes des Reds, rejoindre les Padres) en quelques mois seulement, et l’éclosion du rookie Aristides Aquino (205 AB, 19 HR, 47 RBI, .891 OPS) dans l’Outfield.

Mais c’est côté lanceurs que l’on a vu se mettre en place les bases d’un projet parfaitement alléchant, articulé autour de celui qui est destiné à devenir l’as de la franchise, Luis Castillo ( 190.2 IP, 15-8, 3.40, 226 SO, All Star) et du revenant Sonny Gray, ( 175 IP, 11-8, 2.87, 205 SO, All Star), qui a aligné à tous niveaux – ajustés ou non au stade – des chiffres comparables voire supérieurs à ceux de sa saison 2015, terminée sur le podium du Cy Young.
Une rotation qui a comme toujours pu compter sur le solide DeSclafani (166.2 IP, 9-9, 3.89) et fut encore renforcée en cours de route par l’acquisition du fantasque et mystérieux Trevor Bauer, capable lui aussi de titiller l’univers des Lanceurs d’Elite comme de passer à côté d’une saison entière. Son bilan de 2-5 et son ERA de 6.39 (FIP : 4.85) en 10 matchs lancés avec les Reds ne doivent pas être pris pour argent comptant, Bauer a tout d’un renfort de choix.

Du côté du bullpen, on sort d’une saison frustrante pour les releveurs de Cincinnati : Certes Raisel Iglesias a obtenu 34 saves en 40 opportunités, mais le closer des Reds a également terminé avec 12 défaites au compteur, plus que tout autre releveur des Majors, tandis que les autres releveurs se contentaient de faire un travail de « mangeurs d’innings » sans faire trop de bruit (Lorenzen, 83.1 IP, 7 SV ; Stephenson, 64.2 IP, 3.76 ; Garett, 56 IP, 3.21).

De quoi finir sereinement avec le quatrième pitching staff de MLB tout de même, et offrir de belles promesses pour la saison à venir, alors que les pièces du puzzle continuent de s’assembler.

L’année 2020

Si le pitching a réalisé une saison 2019 pleine de promesses, l’attaque des Reds s’est révélée particulièrement atone, malgré les exploits d’Eugenio Suarez. 24e moyenne au bâton des Majors (.244), 25e au nombre de Runs marqués (701), 22e à l’OPS (.736). A l’image d’un Joey Votto transparent (lire plus bas), les Reds sont passés totalement à côté de leur sujet dans la Batter’s Box. Une faillite offensive quasi-totale qui demandait réparation, et autant vous dire tout de suite que le General Manager Nick Krall n’y est pas allé de main morte.

Moustakas
Mike Moustakas, l’une des recrues phares de l’intersaison

Pour accompagner Freddy Galvis, arrivé de Toronto en cours de saison 2019, les Reds ont recruté du très lourd pour densifier leur lineup et accompagner leurs jeunes espoirs de l’Outfield. En plus du leadoff hitter Shogo Akiyama, cinq fois All Star en NPB (lire ci-dessous), ils ont surtout signé deux des sluggers les plus convoités de la free Agency : tout d’abord Mike Moustakas, triple All Star, champion 2015 avec les Royals et auteur de 35 Home Runs avec les Brewers l’an dernier, qui devrait s’installer sur le deuxième coussin.
Puis, en janvier, ils ont réussi à convaincre Nicholas Castellanos, qui a réalisé une fin de saison de feu une fois extrait de l’enfer de Detroit : en 51 matchs joués avec les Chicago Cubs, il affiche un OPS de 1.002 (.321/.356/.646) et un OPS+ de 151. Pour un peu de contexte, une telle performance réalisée à l’échelle d’une saison entière l’aurait placé en 7e place des Majors entre Rendon et Springer. Partie remise ? Moustakas et Castellanos, qui ont reçu un contrat identique de 4 ans et $64m, complètent un roster qui semble avoir le juste mix de jeunesse et d’expérience, avec Tucker Barnhart – l’un des meilleurs catchers défensifs actuels – et les jeunes Senzel, Winker et Aquinos pour compléter le lineup.

Coté lanceurs, les Reds ont gardé tous leurs éléments de la saison dernière et y ont ajouté deux additions bienvenues : le toujours fiable Wade Miley (245 départs en MLB pour un ERA de 4.23 en carrière) va venir renforcer la rotation aux dépens de Tyler Mahle, en grande souffrance la saison dernière (129.2 IP, 3-12, 5.14). Le vétéran Pedro Strop, ensuite, signé pour un an après une dernière saison délicate chez les Cubs. Une saison plus que moyenne (41.2 IP, 4.97 , 10 SV) qui ne doit pas faire oublier son remarquable bilan en sept saisons à Chicago (373 IP, 2.90, 1.048 WHIP, Vainqueur des World Series 2016). L’expérience de Strop, qui devrait lancer principalement dans les sept et huitièmes manches, devrait être une véritable valeur ajoutée pour un bullpen extrêmement talentueux mais manquant parfois de discipline ou de maturité.

Vous l’aurez compris, ça bosse bien du côté de Cincinnati, et la façon dont les Reds ont bâti leur équipe semble sortie d’un manuel du parfait General Manager. Suffisant pour jouer le titre dès cette saison ? Probablement pas, mais comptez sur la Red Machine pour rester au contact jusqu’au bout dans la course à la postseason. Et surtout, dans l’Ohio comme en NL Central, le soleil se lève pour les Reds quand leurs rivaux de Cleveland, de Chicago, de Saint Louis et de Milwaukee semblent proches du bout de piste ou prêts à s’endormir pour quelques saisons. Comme une atmosphère de début de règne !

Le joueur à suivre : Shogo Akiyama

J’ai longtemps hésité entre Akiyama, Senzel et Winker… tout l’outfield des Reds en fait, mis à part Nick Castellanos que l’on connait bien (et en bien). J’ai hésité, encore et encore, et puis l’exotisme a gagné la partie. Parlons donc de Shogo Akiyama.

Akiyama – le premier joueur japonais de naissance à signer pour les Reds – arrive avec une grande part de mystère et un vrai pedigree. Alors bien entendu, il n’arrive pas aux Etats Unis avec la hype d’un Tanaka, d’un Ohtani ou d’un Ichiro, mais il arrive à pleine maturité, avec tout plein de qualités à offrir à la franchise de l’Ohio.

En neuf saisons de NBP avec les Saitama Seibu Lions (ou il a notamment joué avec Yusei Kikuchi, aujourd’hui aux Seattle Mariners), Akiyama a obtenu cinq sélections au All Star Game, deux Gold Gloves, et affiche un batting average de .301 pour 1276 hits, 102 home runs et 105 buts volés. Et à 31 ans, il tente enfin l’aventure américaine pour se tester face aux meilleurs rosters du monde.

Archétype du leadoff-hitter, il a toutes les qualités pour s’imposer en haut de l’ordre de batte des Cincinnati Reds. Efficace au bâton, pas forcément puissant comme Ohtani mais capable de placer, et de frapper efficacement comme Ichiro. Rapide sur bases et capable de voler les buts, il affiche un OBP moyen de 0.399 sur les cinq dernières saisons. Ce dernier fait, serait – presque – anecdotique si Akiyama n’était pas destiné à devancer dans l’ordre de batte le maitre du genre, le grand Joey Votto (voir plus bas)

Akiyama
A 31 ans, Shogo Akiyama se prépare à découvrir les Ligues Majeures avec les Reds

En Akiyama – si son intégration au baseball américain se passe bien – les Reds ont peut-être trouvé la pièce parfaite pour compléter un bas de l’ordre de frappe terrifiant avec Votto (.307/.421/.519 en carrière) et la triade de gros frappeurs ultra-constants que sont Mike Moustakas, Eugenio Suarez et Nicholas Castellanos. A la science de Votto, à la force de frappe à venir des 3 monstres de puissance, Akiyama ajoutera une mobilité sur bases qui ne devrait pas manquer de tenir les défenses des Ligues Majeures sur leurs gardes.

La Star : Joey Votto

Malgré deux saisons en demi-teinte, Joey Votto est et reste la star, le symbole et le leader de cette franchise des Cincinnati Reds. Pourtant, alors que la saison 2019 a vu un léger rebond de la part des Rouges, le MVP 2010 est tombé à des profondeurs qu’on ne lui connaissait pas. On va faire simple, Joey Votto a fait une saison de Major Leaguer banal, sans réel point fort, sans non plus être tout à fait révoltant… Indigne de son niveau.

Lui, le roi de la présence sur base, a vu son OBP s’effondrer à 0.357. Suffisant pour se placer dans le top 50 des Majors, certes, mais insuffisant quand on a un OBP de .421 en carrière. Outre l’OBP, Votto a connu d’autres planchers lors de la saison 2019 : son OPS+ de 98 est le plus bas de sa carrière par 27 points, ses 76 Buts sur Balles sont son pire bilan sur une saison complète depuis 2009, et ses 47 points produits sont tout simplement le plus faible totale de sa carrière (si on exclut encore une fois la saison 2014 ou il n’a joué que 62 matchs à cause de multiples blessures)

Alors… déclin inévitable ou rebond à venir. Le fan de Joey Votto qui se cache en moi veut croire encore que la superstar des Reds est prête à rebondir. D’abord car le capitaine des Reds est un monstre de travail et d’envie. Ensuite, parce qu’avec les arrivées d’Akiyama, de Moustakas, de Castellanos, et les montées en puissance attendues de la jeune garde (Winker, Senzel, Aquinos), pour la première fois en une décennie, on ne demandera pas à Joey Votto de tenir la franchise, seul, sur ses épaules, mais simplement de faire ce qu’il sait faire : frapper des balles sans pression, se faire plaisir sur les sentiers et être le leader de son équipe.

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2019 fut une année désastreuse pour Joey Votto, mais la superstar des Reds n’a pas dit son dernier mot. Photo : DR

Vous voulez faire un pari ? si les Reds devaient, en Septembre prochain, se trouver au portes d’une place en postseason, aucun doute que le nom de Joey Votto sera une fois encore celui qui ressortira en grandes lettres dorées… et aucun doute que l’on retrouvera le Maestro quelque parts aux abords de son quatrième podium de MVP (Vainqueur en 2010, second en 2017 troisième en 2015)

Le prono

Ce n’est peut-être pas encore le produit fini, mais les Reds ont dessiné à coups de trades et d’achats malins les contours d’une franchise qui pourrait bien se battre avec les meilleures du baseball dans ces prochaines années. Un investissement financier majeur pour la franchise de l’Ohio dont la masse salariale pour 2020 est estimée à 133 millions de dollars, soit presque 50 millions de plus que lors de l’Opening Day.

Autant dire que les Cincinnati Reds vont devoir rentabiliser cet investissement, et le propriétaire Bob Castellini attendra probablement des résultats tangibles dans les plus brefs délais possible. Ca tombe bien, puisque les Reds semblent parfaitement équipés, avec l’expérience ajoutée des Miley, Strop, Castellanos ou Moustakas, pour viser non seulement une qualification en play-offs mais aussi se mêler à la lutte pour le titre de Division.

Est-ce que ces Reds peuvent évoluer au même niveau que les Cubs, Cardinals et Brewers ? Aucune raison de penser le contraire, mais difficile de les voir remporter la division dès cette saison. Je vais donc opter pour une deuxième place et une Wild Card gagnée de haute lutte en réglant au sprint le peloton des ambitieux de National League.

Projection The Strike Out :  2e en NL Central, Wild Card ; 90 victoires – 72 défaites
Projection Bleacher Report : 3e en NL West ; 82 victoires – 80 défaites


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