La valse des managers : Vent frais sur la côte Est

En Octobre dernier, la côte Est des Etats-Unis a connu un drôle de coup de balai sur son réservoir de managers. Ainsi, les Phillies, Red Sox, Mets, Yankees et Nationals ont tranché dans le vif, et cinq des six entraîneurs démis de leurs fonctions ou non renouvelés exerçaient dans le « Bos-Wash Corridor » (le sixième, Brad Ausmus, ayant quitté Detroit à la fin de son contrat avec les Tigers). Exit donc les Collins, Baker, Mackanin, Farell et Girardi, et bienvenue à la nouvelle génération de managers : en effet, sur les six postes à prendre, cinq des heureux élus n’ont encore jamais occupé les fonctions de manager en MLB. Tournons nous d’abord vers la National League East. Puisque sur les cinq équipes de cette division, trois se sont trouvés un nouvel entraîneur. Entre le changement de propriétaire et la braderie estivale à Miami, le changement de GM à Atlanta, et les nominations de Mickey Callaway, Gabe Kepler et Dave Martinez, la division va vivre un nouveau départ en 2018. Suffisant pour rebattre les cartes ?

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Dave Martinez (Washington Nationals) : Analyser, optimiser et gagner avant l’Exode

La situation : Champions incontestés de National League East ces deux dernières saisons, les Washington Nationals sont encore une fois passés à côté de leur postseason en 2017, s’arrêtant de nouveau lors des Division Series, perdues face aux Cubs (3-2). Depuis leur retour dans la capitale, les Washington Nationals n’ont encore jamais gagné la moindre série de postseason, en quatre tentatives.  Suffisant pour montrer la sortie à Dusty Baker, qui sortait pourtant de deux saisons à 95 et 97 victoires ! C’est que le temps presse dans la capitale américaine : Gio Gonzalez, Daniel Murphy, Matt Wieters et surtout Bryce Harper, entre autres, seront Free Agents au terme de la saison 2018. Et l’on peut légitimement penser que la fenêtre d’action des Nationals pour enfin voir (et remporter) les World Series risque de se fermer en cas de départ du MVP 2016 l’automne prochain.

Effectif: Max Scherzer vainqueur de son troisième trophée Cy Young, Stephen Strasburg troisième et Gio Gonzalez sixième : voilà qui plante le décor. A elle seule, la triplette d’as des Nationals a engrangé pas moins de 46 victoires en saison régulière l’an dernier, malgré un bullpen défaillant, l’un des pires de National League, (du moins la première moitié de la saison). Si le club de la Capitale pourrait bénéficier d’un autre starter pour renforcer leur rotation (sans manquer de respect à Roark ou Cole), il semble remarquablement bien armé. D’autant qu’offensivement, il y a du niveau. Avec peut-être le meilleur joueur de National League en Bryce Harper, les retours en forme d’Adam Eaton et Trea Turner, l’éclosion annoncée de Victor Robles, et un effectif sans réelle faiblesse, le potentiel des Nationals est sans limite, et les 100 victoires un objectif parfaitement envisageable, si les organismes tiennent le coup et si la mayonnaise prend bien.

Le défi : Pour Dave Martinez, la mission est claire : il possède l’une des toutes meilleures équipes des Ligues Majeures, il doit l’emmener au titre suprême… et si possible dès cette saison. Pour cela, il devra immédiatement mettre sa patte sur un groupe de joueurs qui, en interne, a exprimé sa frustration après le départ de Dusty Baker :« mécontents des bouleversements continus, de l’incertitude autour de l’équipe, et de la perception que cela crée». On peut tout de même imaginer qu’il aura une saison régulière plutôt tranquille avant d’entrer dans le vif du sujet à l’automne, tant la marge de manœuvre des Nationals est grande par rapport aux quatre autres équipes de NL East sur une saison complète.

Le Manager : Drafté par les Chicago Cubs en 1983, Dave Martinez a fait une solide carrière dans les Ligues Majeures, au poste d’outfielder, sans jamais faire de véritables étincelles. En seize années au plus haut niveau, il a joué pour une dizaine de franchises, disputant généralement entre 100 et 150 matchs par saison.
S’il vivra son premier mandat en tant que manager d’un club de MLB, Dave Martinez ne manque pas d’expérience, avec dix années de coaching sous les ordres de Joe Maddon, chez les Tampa Bay Rays puis chez les Cubs, avec lesquels il a participé à la victoire historique lors des World Series 2016. Lors de cette décennie sous les ordres du « Maître », il s’est fait une solide réputation : celle d’un bench coach capable d’être ferme mais aussi à l’écoute, et de gagner le respect de ses stars : Evan Longoria et Ben Zobrist, entre autres, militaient pour qu’il prenne la succession de Maddon quand celui-ci a quitté les Rays pour les Cubs. Il s’est aussi fait remarquer par sa compréhension sans égale de l’approche analytique du sport, s’affirmant aux Rays et chez les Cubs comme le parfait complément à Maddon, pour transformer les flux de données venues du back-office en mines d’or tactiques et autres gains marginaux.

Les objectifs pour 2018 : Remporter le Pennant de National League ; Remporter les World Series

Est-ce que l’on y croit ? Est-ce la poisse? Est-ce un manque de culture de la gagne ? Voilà deux saisons que les Nationals se liquéfient lors des Division Series, dans des séries qui leur tendaient les bras. Les Nationals ont toutes les armes pour remporter les World Series, cela ne fait aucun doute, mais sont-ils capables de le faire ? (Pour faire court : pas vraiment)

L’avis de… Joe Maddon (2015):  « Il comprend tous les chiffres existants. Il comprend les gens. Il est vraiment très bon pour aborder les sujets difficiles. Il est très honnête, direct et franc. C’est absolument vital. Parfois il est nécessaire d’être un peu brut et honnête avec quelqu’un pour se faire comprendre. Il a ces qualités (…) . Il est absolument prêt. L’équipe qui va le recruter a beaucoup de chance. »

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Mickey Callaway (New York Mets) :  Redémarrer la machine

La situation : Champions de National League contre toute attente en 2015, les Mets sont tombés lors d’un Wild Card Game homérique l’année suivante, avant de réaliser l’une des pires saisons de leur histoire en 2017 (70-92). Entre l’avalanche permanente de blessures et l’anémie offensive chronique des hommes du Queens, plus rien ne tournait rond chez les Mets. Et la perte de contrôle de plus en plus visible de Terry Collins sur ses hommes ne pouvait en aucun cas apporter une solution au problème. Les incidents cette saison avec Matt Harvey et Noah Syndergaard étaient sans aucun doute la marque d’un malaise bien plus profond, et le signal que pour Terry Collins, 68 ans, l’heure est venue de passer la main à la nouvelle génération.

Effectif: Sur le papier, ça reste du solide. Avec un pitching staff (Harvey, de Grom, Syndergaard) au potentiel insondable mais limité par des années de blessures récurrentes sous les ordres du tandem Collins/Warthen, les Mets ont la capacité d’être la meilleure franchise dans ce domaine. Et puisqu’à la batte aussi, les Amazin’ ont les moyens de se défendre entre expérience (Cespedes, le retour de Bruce, les arrivées de Frazier et Gonzalez) et jeunesse qui monte (Conforto, Rosario, Smith), il faudra surveiller de près les hommes de Mickey Callaway, et sa capacité à tirer le meilleur d’un groupe qui ne demande qu’a montrer toute l’étendue de son talent !

Le défi : Les Mets possèdent aujourd’hui un pitching staff qui a le potentiel d’être l’un des tous meilleurs de MLB, ce qu’il fut notamment en 2015. Avec une bonne alchimie sur le terrain, et une véritable reprise en main humaine et sportive du vestiaire, Mickey Callaway et son nouveau staff pourraient parfaitement redevenir des prétendants au titre en National League East en 2018. Et si plusieurs cadres seront Free Agents l’an prochain (Harvey, Cabrera, Familia), les départs devraient s’effectuer de manière contrôlée et pourraient laisser aux Mets encore une saison pour tenter de retrouver les joies du mois d’Octobre, avant probablement de passer à ce qui devrait être une phase de reconstruction autour de Michael Conforto, Amed Rosario et Noah Syndergaard.

Le Manager : Lanceur moyen de MLB avant de s’exiler en Corée du Sud puis en Chine, Mickey Callaway s’est révélé comme un pitching coach de très haut niveau dans l’organisation des Indians. Promu au poste de pitching coach de l’équipe première par Terry Francona, il a accompagné la progression de Corey Kluber (Cy Young 2014 et 2017) et celle du pitching staff de Cleveland, l’un des tous meilleurs des Ligues Majeures ces dernières années.  Entre 2014 et 2017, Les Indians ont notamment été, chaque année, l’équipe qui a produit le plus de retraits sur prises (et aussi celle qui a lancé le plus de curveballs).
A bonne école auprès de Terry Francona, Callaway devrait opérer une véritable révolution par rapport au style de Terry Collins, toujours réfractaire à la révolution analytique malgré les pressions de son Front Desk. Comme son mentor, Callaway s’appuie largement sur les données à sa disposition, notamment dans le domaine de la préparation physique, tout en accordant une large place dans sa prise de décision au côté humain et à l’instinct du manager. Une approche qui lui a notamment permis de mettre fin lors de son arrivée à une vague de blessures dans le pitching staff des Indians, similaire à celle que connait aujourd’hui le roster des Mets.

L’Objectif pour 2018 : Une qualification pour la postseason, probablement via une Wild-Card

Est-ce que l’on y croit ? La lutte pour les Wild Cards de National League sera féroce cette saison, avec 8 à 10 équipes capables de prendre les deux strapontins derrière les intouchables (vraiment ?) Dodgers, Cubs et Nationals. Mais sur le papier, les Mets semblent faire partie des équipes les mieux armées pour valider leur ticket.

L’avis de… Terry Francona :  « Les fans des Mets ont de la chance, vous avez un gars spécial. Je ne le connaissais pas quand il a pris le poste pour les Indians, et son niveau d’expertise, la confiance qu’il générait, était largement supérieurs à ses années d’expérience. Il sera un très bon Manager. Il est confiant, il sait comment parler aux joueurs, il a de grandes qualités humaines. Il sera très bon. »

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Gabe Kapler (Philadelphia Phillies) :  Reconstruire, encore…

La situation : Le 28 Septembre 2011, les Phillies en terminaient de la saison régulière avec un bilan de 102-60, dominant de la tête et des épaules tous les bilans de la MLB. S’imaginaient-ils alors que l’âge d’or de la franchise de Pennsylvanie touchait à sa fin ? Car depuis six saisons, les Phillies n’ont pas réussi à reposter un seul bilan positif, et ils ont terminé la saison 2017 avec un bilan de 66-96, troisième pire performance de toute la MLB. Vous l’aurez compris, les Phillies ont touché le fond malgré un farm-system prometteur, et ils ne peuvent que progresser. Exit donc Pete Mackanin, qui passera le reste de son contrat à Philadelphie dans des bureaux, et bienvenue au néophyte Gabe Kapler.

Effectif : La signature (surprise) de Carlos Santana cet hiver n’y fait rien, ou si peu, l’effectif des Phillies est trop jeune, trop juste, et trop léger pour pouvoir prétendre jouer un rôle dès cette saison. Avec Aaron Nola et Jerad Eickhoff comme têtes de rotation sur la butte et un bullpen moyen au mieux, les Phillies n’offrent aucune garantie. Sur le diamant, le leadership devra venir de Carlos Santana, toujours solide avec les Indians ces dernières années, et des très talentueux mais irréguliers Maikel Franco et Odubel Herrera. Derrière, on attendra l’éclosion de J.P. Crawford, ancien top 5 prospect pour Baseball America et la MLB (aujourd’hui 16 et 37 respectivement), ou la confirmation de la révélation Rhys Hoskins. Et pas grand-chose de plus, si ce n’est l’espoir de voir éclore au grand jour des talents que l’on n’attendait pas : allez, on va se mouiller et mettre une petite pièce sur l’outfielder Roman Quinn !

Le défi : Cette saison encore, les Phillies ne peuvent pas ambitionner de se mêler à la lutte pour les places en postseason. Avec un pitching staff pas vraiment taillé pour les Big Leagues et un lineup talentueux mais manquant, lui aussi terriblement d’expérience comme de densité, ils devraient se battre avec les Marlins pour ne pas finir derniers de National League East. Si les Phillies voient l’avenir à moyen terme, et une reconstruction qui devrait leur permettre d’être compétitifs à l’horizon 2020, l’ambition de Gabe Kapler et de ses hommes devrait pour le moment être de celle de passer les 75 victoires, pour la première fois depuis 2012… et pourquoi pas si tout se passe bien, approcher la barre des 81 succès et un retour à l’équilibre.

Le Manager : En douze saisons de Major League (et une en NPB), Kapler s’est offert une carrière d’outfielder honnête, à défaut d’être exceptionnelle, qui culmina lors de sa participation à la victoire des Boston Red Sox lors des World Series 2004. Coach de l’équipe d’Israël lors des qualifications pour le World Baseball Classic 2013, Kapler s’est aussi fait remarquer par la justesse de ses analyses en tant qu’analyste pour Fox Sports, ou il avait notamment le rôle d’expliquer et de décrypter l’approche analytique et les Sabermetrics.

Directeur du développement des joueurs chez les Los Angeles Dodgers depuis 2014, Kapler s’est fait là aussi remarquer pour sa remarquable maîtrise de l’outil statistique, et pour une obsession, parfois difficile à suivre par ses joueurs, pour les questions de nutrition, imposant notamment le tout-organique a ses joueurs.

Motivé par une obsession permanente du détail et une personnalité des plus intenses, celui que l’on surnommait « The Body » lors de ses années de joueur en raison de sa remarquable musculature vient appliquer à Philadelphie cette philosophie qui lui a permis de passer d’un 57e tour de Draft aux World Series : tout voir, tout analyser, tout comprendre, ne jamais rien lâcher.

L’objectif pour 2018 : entre 75 et 82 victoires.

Est-ce que l’on y croit ? On a envie d’y croire, mais franchement ça va être dur. A moins que le management des Phillies ne décide de casser la tirelire pour un starter et un outfielder de niveau All-star, la probabilité de voir les Phillies renouer avec le succès dès 2018 est quasi-nulle.

L’avis de… Dave Roberts : « Avec la Culture qu’il a instaurée, ses enseignements, il a clairement eu un impact sur les gars qui sont avec nous aujourd’hui*. Gabe et son staff ont joue un rôle énorme dans ce que nous vivons cette année »

*Interview donnée pendant les World Series 2017

La suite de notre bilan sur la valse des entraîneurs sera à retrouver, ce jeudi.


2 réflexions sur “La valse des managers : Vent frais sur la côte Est

  1. Excellent article qui résume bien la situation à l’est ainsi que les nombreuses interrogations. Saison passionnante à venir. Et en tant que fan des Mets j’espère que Callaway ne sera pas confronté aux blessures en cascade de la rotation. Par ailleurs, afin de suivre la saison (je ne sais pas si c’est le lieu) mais si amateurs afin de participer à une fantasy free ESPN league, je cherche 3 owners pour un draft ce dimanche: dphet@hotmail.fr

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