World Series : l’heure de Kershaw?

C’est un fait avéré depuis déjà plusieurs saisons: Clayton Kershaw est le meilleur lanceur de sa génération. Et de loin ! Au fil des saisons, le numéro 22 des Dodgers a fait tomber record après record, rendu fou les compteurs et les statistiques… oui mais voilà, quand s’annonce octobre et que débute la postseason, il a souvent semblé incapable d’élever son niveau, d’aller chercher les ressources qui ont permis à quelques artistes comme Madison Bumgarner, Randy Johnson ou encore Pedro Martinez d’écrire la légende des playoffs. Contexte, pression, fatigue, ou tout simplement manque de support dans les moments clés ? 

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A l’aube des World Series 2017, plus d’excuse possible, CK est qualifié pour le Fall Classic à la tête de la meilleure équipe au monde. Et, face à des Astros incontenables et un Justin Verlander en mode Légende, c’est à lui de hausser son niveau de jeu une fois pour toute, pour mener les siens au titre suprême et remettre l’église au milieu du village.
Car, s’il est bel et bien le meilleur pitcher de son époque, l’absence d’une bague au doigt réduirait dramatiquement son héritage dans la légende des Ligues Majeures. Lui qui, saison régulière après saison régulière, brille pourtant par sa régularité quasi-clinique, aux confins de la perfection.

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Dr Clayton en saison régulière

Depuis 2011, année du premier de ses trois Cy Young Awards, les chiffres de  Kershaw en saison regulière sont vertigineux. En sept saisons, son ERA le plus haut, sur une saison entière, est de 2.53 (pour comparaison, le meilleur ERA de Max Scherzer en carrière est de 2.51, cette année), il n’a jamais eu un taux de victoire inférieur à 60% ou un ERA+ inferieur à 150 (ce qui, en 2017, le placerait à hauteur de Gio Gonzales (Nats), et a accumulé les récompenses individuelles, en attendant que vienne enfin l’heure des Dodgers.

Kershaw

Pour conquérir ses 18 victoires (4 défaites) en 27 matchs lancés en 2017, le numéro 22 de Los Angeles a su, comme toujours, utiliser à la perfection une palette de lancers au-dessus de la moyenne. Kershaw alterne principalement entre une balle rapide qui, si elle n’est pas la plus impressionnante des Majors (93 mph de moyenne), résulte en un taux « anormalement » élevé de Groundballs, et un slider d’une violence inouïe pour aspirer l’âme de ses adversaires.
En 2017, le Slider du Triple Cy-Young a ainsi atteint une vélocité moyenne de 88.9 mph, représentant du même coup la principale source de strikes de Kershaw. Pour comparaison, Aroldis Chapman et son bras bionique n’ont jamais pu faire aussi bien (88.5 mph en 2014 tout de même), en huit saisons dans les Ligues Majeures, ça vous classe un bonhomme en terme de puissance !

Et quand cela ne suffit pas, Kershaw peut toujours se reposer sur l’une des plus belles et des plus effrayantes balles courbes du baseball moderne… Et là, une courte vidéo vaut tous les mots :

Si sa saison a été quelque peu perturbée par une blessure au dos au mois de juillet, et par la curieuse série de défaites des Los Angeles Dodgers au début du mois de septembre, cela ne semble avoir laissé que peu de traces sur l’As de Dallas. Kershaw et les siens ont balayé (3-0) les Diamondbacks lors des Division Series, retourné les Cubs (4-1), tenants du titre, lors des Championship Series, et se présentent dans la position de grand favoris face aux Astros dans ces World Series. Et Kershaw et ses coequipiers n’ont aucune intention de s’arrêter avant d’avoir atteint leur Graal, et d’avoir ramené les Dodgers sur le chemin d’un titre qui les fuit depuis 29 ans maintenant (1988)

Le bullpen cache-t-il les faiblesses de Kershaw et de LA ?

Pour atteindre leur but, les Dodgers ont bâti l’un des pitching staffs les plus impressionnants et les plus complets des Ligues Majeures, comparable – pendant la saison régulière – seulement à celui des Cleveland Indians, en qualité comme en densité. Accompagné dans la rotation par Alex Wood (16-3, 2.72), Kenta Maeada (13-6, 4.22), Rich Hill (12-8, 3.32) et depuis cet été Yu Darvish (9G, 4-3, 3.44), il s’appuie aussi sur le meilleur bullpen de National League.

A commencer par Kenley Jansen, l’intouchable closer qui a réalisé une saison quasi-parfaite en tous points avec 41/42 aux Saves, un ERA de 1.32 et 5 victoires en relève… Il n’a pour l’instant concédé que 2 hits en 7 matchs joués lors de cette postseason (8 IP, 0.00, 3/3 SV, 2 H, 1 R, 0 ER, 12 SO). Mais on parlera aussi de Brendan Morrow (43.2 IP, 2.06 en saison régulière / 8.1 IP, 1.08 en postseason), et du reste du bullpen (Fields, Cingrani, Stripling, Baez, Avilan…) qui n’a pratiquement rien eu à faire, le starter Kenta Maeda réussissant un intérim parfait (5 IP, 2-0, 0.00, 0 H, 0 BB ), et je dis bien parfait, en cinq manches de relief lancées

Bref, LA présente à l’ouverture de ces World Series, un bullpen qui dans son ensemble aura contribué pour 32 victoires et un ERA de 3.38 en saison régulière, de loin le meilleur de National League dans ces deux domaines, ainsi qu’en termes de WHIP, de Runs concédés ou de moyenne au bâton pour l’adversaire… un bullpen qui a dominé les deux premiers tours de postseason de la tête et des épaules en ne concédant que trois runs mérités pour un ERA de 0.94, et qui n’a même pas commencer à gratter la surface de son potentiel, tellement les bras frais et dispos sont légion dans l’enclos des californiens.

Mais vous voyez ou je veux en venir… Si les Dodgers marchent sur la postseason, si les battes, même les plus improbables (coucou Kike Hernandez), n’en finissent plus de pousser LA en fusillant à tour de rôle les lanceurs adverses, Kershaw et ses coéquipiers de la rotation n’ont pas encore totalement convaincu, exception faite de Yu Darvish qui affiche un bilan de 2-0 et un ERA de 1.59 en deux matchs.
Alex Wood a perdu son seul match lancé lors des Championship Series (face aux Cubs et Jake Arrieta) tandis que Rich Hill s’en sort avec deux non-décisions. Kershaw, quant à lui termine ces deux premiers tours de postseason avec un bilan de 2-0 au compteur, certes, mais aussi de nombreuses questions, 7 points mérités et un ERA de 3.63.

Mister Kershaw, et les mystères de la postseason:

Et tout Los Angeles de s’inquiéter, car Kershaw et la postseason, c’est l’un de ces mystères que seul le baseball peut produire. Serait-il soudainement sensible à la pression, lui qui a de la glace dans les veines en saison régulière ? Est-il tout simplement plus exposé face à un niveau de batting plus élevé qu’en cours d’année ? Toujours est-il que le Kershaw de saison régulière et celui de postseason, jusqu’à cette année, ne se ressemblent en rien.

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A l’ouverture de ces playoffs 2017, Kershaw présentait ainsi un bilan de 4-7 en 18 matchs de playoffs lancés, pour un ERA de 4.55 indigne de ses performances en saison régulière (2.36). Mais, après une première victoire face aux Diamondbacks lors du Game 1 des NLDS, qui n’aura pas fait grand-chose pour rassurer les sceptiques sur sa capacité à faire la différence en postseason, Kershaw semble peut-être avoir trouvé son rythme de croisière…

Lors de ce premier match de la postseason des Dodgers, en 6.1 manches lancées pour une victoire 9-5, Clayton Kershaw avait concédé quatre points. Sur quatre Home Runs.. Par quatre batteurs différents. S’il a pu compter sur son offense et sur son bullpen pour lui assurer la victoire, on était encore bien loin de ses performances linéairement fabuleuses de saison régulière.
Mais surtout, Dave Roberts a pu mettre le doigt sur les limites physiques d’un Kershaw qui n’a tout simplement pas (ou plus) la caisse pour lancer au bout de la nuit. Trois des quatre points concédés par Kershaw ce soir-là le furent à partir de la sixième manche et au-delà des 75 lancers effectués.

Et, si l’on est tous tentés d’ouvrir la bouche à chaque sortie d’Avril à Septembre, béats d’admiration face à ses masterclasses, un coup d’œil aux statistiques de Kershaw en saison régulière conforte ce constat. Au-delà de la sixième manche, le bras ne répond plus aussi bien et l’ERA chute déjà un petit peu (2.19 contre 3.13). Au-delà des 75 lancers, le contraste est d’autant plus saisissant puisque l’on passe d’un ERA de 1.75 et une moyenne adverse de .203 et 7.70 K/BB à un ERA de 4.17, une moyenne de .240, et 4.80 K/BB. Plus saisissant encore, Kershaw concède 20 buts sur balles en 134 manches lancées avant le pitch 75, 10/41 ensuite… Grosse fatigue.

Cette perte de puissance quand approche la septième manche est-elle la raison de tous les soucis historiques de Kershaw en postseason ? Probablement pas tous, 2016 notamment en étant un parfait contre-exemple. Mais en ce qui concerne 2017, cela pourrait être bien la réponse, que le blocage soit mental ou physique (Kershaw souffre notamment depuis plusieurs saisons de soucis récurrents au dos).
Critiqué pour avoir laissé son as lancer 100 pitchs lors du match face aux D’Backs, Dave Roberts a changé son fusil d’épaule lors des deux starts de Kershaw face aux Cubs. Résultat ? 87 et 89 lancers lors de ses deux sorties face à Chicago, pour une non décision et une victoire, 11 manches lancées, 7 hits et 3 points concédés lors de ces deux matchs. Pas parfait, certes, mais suffisant pour mettre le bullpen sur les rails et assurer deux victoires cruciales aux Dodgers.

Ce mardi, Clayton Kershaw lancera le Match 1 des World Series avec son Graal en ligne de mire. Il sera opposé sur le monticule au numéro deux dela rotation des Astros, le Local Hero Dallas Keuchel, et il fera face à ce que les Ligues Majeures offrent de meilleur en termes d’armada offensive. On attendra de voir jusqu’où le lanceur des Dodgers peut tenir la balle pour donner à son bullpen les clés du final, et les mettre dans les meilleures dispositions possibles face à une équipe de relève adverse qui n’est pas vraiment le gros point fort des texans.
On observera enfin, bien entendu, son duel à distance avec Justin Verlander, dont les playoffs sont déjà proches des records du genre (24.2 IP, 4-0, 1.46, 24 SO… une cinquième victoire le placerait à égalité avec Randy Johnson et Pedro Martinez pour le plus grand nombre de succès en une postseason).

Si chacun d’entre eux devait lancer deux matchs, Kershaw, le linéaire, serait-il capable de prendre le dessus sur Verlander, exemple même d’un joueur au sommet de son art capable de se transcender au moment le plus important? Une chose est sure, face à une équipe des Astros surpuissante et gonflée à bloc, le grand rendez-vous des Dodgers avec l’histoire  ne pourra se faire qu’avec un Kershaw au sommet de son art !

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2 réflexions sur “World Series : l’heure de Kershaw?

  1. « face à une équipe de relève adverse qui n’est pas vraiment le gros point fort des texans. »
    Bonsoir,je suis pas sur que la relève de LA soit meilleure que celle de HOUSTON. Peacocq et Mc Cullers peuvent aussi bien starter que finir un match, Devenski et Giles. .ces 2 la valent 2 Jensens sans oublier Harris. .c’est bien étoffé tout ça
    En face il n’y a que Maeda , Morrow et Jensen qui valent la comparaison, Watson est plutôt décevant durant cette post-season. Notre ami Kershaw ne pourra pas faire le boulot de tout le monde malheureusement

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  2. Difficile, parce que sur ces World Series le bullpen des Astros s’est complètement surpassé alors que celui des Dodgers est en train de s’effondrer sous nos yeux… Sur la saison et la postseason, il était quand même difficile d’imaginer un tel scénario au niveau de la relève, de voir Morrow et Jansen s’effondrer en même temps, de voir un des deux meilleurs bullpens de MLB devenir moyen tandis que celui des Astros, qui a été moyen toute l’année (Giles, Liriano, Devenski, Musgrove ce n’est pas l’assurance tout risque)…

    Mais c’est aussi le role de la postseason puis des World Series de rebattre toutes les cartes, et clairement les Astros et .J. Hinch jouent le coup a merveille…

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