Indians, Red Sox : L’American League se joue-t-elle dans le dos des Astros?

Quand l’on parle d’American League, au terme de cette première moitié de saison 2017, deux noms reviennent sans cesse, et ce fort justement. Celui des Houston Astros tout d’abord, rouleau compresseur intouchable de l’AL West qu’ils mènent par 16.5 victoires, un bilan de 60-29 au All Star Break, et le duo Correa-Altuve pour mener la danse. Celui d’Aaron Judge ensuite, le rookie des New York Yankees, phénoménal de confiance et de puissance, qui s’est permis de claquer plus de 30 Home Runs en une demi-saison pour maintenir les Yankees en position plus que confortable dans l’AL East. Attention cependant, dans cette furie offensive, à ne pas négliger deux équipes qui semblent parfaitement taillées pour emporter la mise en Ligue Américaine. Peut-etre mieux, même que les grands artificiers du Bronx et du Texas : Boston et Cleveland.

Cleveland Indians v Boston Red Sox
A Cleveland comme à Boston, les yeux sont déjà rivés vers la Postseason… et une possible revanche de l’ALDS 2016?
Au vu de la première partie de saison, difficile de ne pas voir les Red Sox et les Indians se disputer la seconde des AL Division Series comme ce fut déjà le cas en 2016 (3-0 Cleveland), la première opposant – bien entendu – Houston au vainqueur de la Wild Card. Leaders de leur division sans forcément impressionner, les deux équipes semblent cependant au-dessus de leur division, dans une AL Central à son plus faible niveau depuis bien longtemps pour les Indians, dans une AL East qui leur est promise jusqu’à la véritable éclosion du projet Yankee pour les Sox.

Alors pour l’instant ça ronronne, ça fait le boulot, ça avance masqué dans l’ombre des Astros… mais, sur les bords du Lake Erie comme sur la côte Atlantique, on sent un potentiel sportif et humain pas encore entièrement exploité depuis le début de la saison, et une expérience qui pourrait faire la différence quand viendront les grands rendez-vous de l’Automne.

Boston Red Sox : La Force Tranquille

Nous vous parlions il y a quelques jours de la furia offensive des Houston Astros, leaders d’American League ou de MLB dans quasiment toutes les catégories possibles, et emmenés par des leaders individuels tels que Correa, Altuve et Springer (12.50 WAR à eux trois en une demi saison). S’ils possèdent la deuxième moyenne au bâton d’American League, les Red Sox ont eux choisi une toute autre voie pour s’afficher parmi les favoris de cette saison. Derniers d’American League (et 26e de MLB) en termes de Home Runs frappés, le Boston Post-Ortiz est tout sauf une équipe de sluggers :  15e d’AL en Home Runs (92) donc, 7e en triples (11), 3e en doubles (165), seconds au nombre de coups-surs (821), Boston est surtout redoutable dans le jeu court et le base-running. Une stratégie qui a – on s’en souvient – merveilleusement réussi aux Kansas City Royals de Ned Yost, vainqueurs des World Series en 2015 et finalistes en 2014.

SaleLeaderboard
A mi-saison, Chris Sale peut prétendre au Cy Young et à la Triple Couronne d’American League
Par ailleurs, avec le départ de David Ortiz et l’arrivée de Chris Sale, les rôles sont désormais clairement définis au sein du line-up et de la rotation des Red Sox :

– sur la butte, Chris Sale (voir cu-dessus) est l’as incontestable de cette équipe et, si il arrive à garder la tête froide, il semble bien parti pour aller chercher ce trophée Cy Young qui lui échappe depuis si longtemps, et peut même sérieusement envisager la triple couronne (1er aux Strike Outs – 178, 2nd à l’ERA – 2.62, 2nd aux victoires – 11)

– sur le terrain, Mookie Betts mène la danse dans le ball club du Massachusetts en termes de WAR (4.22, 5e de MLB) mais aussi de Doubles (29), Home Runs (16), RBIs (53), buts volés (15) et buts sur balles (42), pour seulement 35 retraits sur prises en 353 passages au bâton (Parmi les cadors de la MLB, seul Daniel Murphy peut se vanter d’un taux comparable de résistance aux Strike Outs) .ll est aussi capable de coups d’éclat magnifiques, comme ce match à 8 RBI au début du mois de Juillet. Un taulier, un vrai.

Mais Chris Sale et Mookie Betts ne font pas tout et c’est la toute la force de ces Boston Red Sox version 2017. Derrière les deux leaders, peu de joueurs aux statistiques incroyables, pas de grands artilleurs, pas de bras intouchables, mais un groupe homogène, solide, et qui semble taillé pour affronter les joutes de la postseason.

Les Red Sox compteront notamment, coté lanceurs, sur un Craig Kimbrel (23/25 SV, 1.35 ERA, 0.50 WHIP) de retour à son meilleur niveau après deux saisons difficiles, sur le toujours dangereux David Price, et sur un retour en forme de Rick Porcello. Au niveau des batteurs, difficile de ne pas predire un destin en or pour le rookie Andrew Benintendi, qui semble calquer sa trajectoire sur celle de Mookie Betts, l’un des rare « Five Tool Players » (nous reviendrons bientôt sur ce terme) de la Ligue, et sur un lineup qui, dans son ensemble, est remarquable d’homogénéité et de régularité. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder la slash-line moyenne des huit principaux batteurs (200 At Bats et Plus) de la franchise et la comparer aux statistiques individuelles :

RedSoxBats

Le constat est assez clair, si l’on exclut les deux receveurs, Christian Vazquez et Sandy Leon, qui se partagent le job à part égale sans trop de succès, le line-up des Red Sox est un modèle de régularité en termes d’apport offensif, sans réels coup d’éclats ni véritables points faibles. Ennuyeux, peut-être, mais aussi diablement efficace! Et, avec un pitching staff qui apporte sa contribution en postant le deuxième ERA de la Ligue Américaine (troisième pour les starters, second pour les releveurs), Boston, les hommes de John Farrell semblent avoir toutes les cartes en main. Si la belle machine ne s’enraye pas et si le groupe est épargné par les blessures, Boston a une belle gueule de champion en puissance !

Cleveland Indians : à la force des bras

Pour Terry Francona et ses hommes, le retour sur terre n’a pas forcement été facile, à la suite des World Series perdues face aux Cubs. Entre les blessures récurrentes de l’indispensable Jason Kipnis, les mauvaises performances des lanceurs Salazar et Tomlin, et les soucis de santé du coach lui-même, les Indians pourraient facilement avoir perdu le fil d’une saison qu’ils ont démarré bien calmement, dans l’ombre de Twins renaissants.

Pourtant, à l’heure du All Star Break, les Indians sont plus que jamais leaders de la Division AL East, et bel et bien dans la course au Commissioner’s Trophy. Une fois encore, la première force des Indians est un pitching staff qui, même si ses starters restent à bonne distance de leurs performances de 2016, est tout simplement le meilleur d’American League en termes d’ERA (3.78), de WHIP (1.22) de coups surs (693), de points (347) et de coups de circuit (96) concédés, rien que ça.

Les Pierres angulaires de ce pitching staff dominateur ?

Corey Kluber tout d’abord, le héros malheureux de la postseason 2016, lui qui s’est permis de jouer avec les records de Randy Johnson avant de devoir céder à la fatigue et aux battes Chicagoanes lors du match 7. Cette saison, malgre un bref passage sur la Disabled List, Kluber affiche déjà 10 « Quality Starts » en 14 matchs lancés, pour un ERA de 2.80 et un bilan de 7-3. Il fait aussi parti d’un groupe très réduit de sept starters avec un WHIP de 1.00 en ayant débuté plus de 10 matchs. Les cinq autres ? Kershaw, Wood, Keuchel, Scherzer, Greinke et… Zack Godley (Arizona).
Avec Kluber au top, bien soutenu par un Carlos Carrasco au diapason (10-3, 3.44) et Mike Clevinger (5-3, 3.02) qui s’est installé dans la rotation, on attendra un réveil des Tomlin (5-9, 5.90), Bauer (7-7, 5.24) et Salazar (3-5, 5.50) lors de la deuxième partie de saison. A eux trois, ils ont ramené 34 victoires (23 défaites) en 2016, et leur fin de saison déterminera si Cleveland possède simplement une rotation de haut de tableau, ou une fois encore la meilleure rotation d’American League.

Indians Bullpen

Outre Kluber, les Indians s’appuient encore, et je serais tenté d’écrire surtout, sur le meilleur bullpen des Ligues Majeures, tant en termes de statistiques (voir ci-dessus) que d’individualités. On ne pourra jamais assez souligner le niveau de performance des releveurs de l’Ohio lors de la postseason 2016, du prodigieux Andrew Miller au closer Cody Allen, en passant par Brad Shaw, Zach McAllister ou encore Dan Otero.
Et cette saison encore, Andrew Miller se classe parmi les tous meilleurs releveurs de la Ligue en termes d’ERA (1.42) de WHIP (0.68), de Strikeouts (67) et de moyenne au bâton concédée (.132). Avec notamment l’apport d’Allen (2.62, 16/17 SV) et celui du jeune Nick Goody (33.1 IP, 2.16), arrivé du farm system des Yankees cet hiver, Terry Francona peut se reposer tranquillement : une fois la sixième manche atteinte, (presque) plus rien ne peut arriver a son équipe.

LINDOR-BRANTLEY-KIPNIS
Michael Brantley, Francisco Lindor et Jason Kipnis ont les clés de la fin de saison des Indians
Pour les Indians, le véritable axe de progrès se situe dans le batting order, ou la franchise de Cleveland n’est pas particulièrement mauvaise mais parfaitement banale. Malgré le recrutement d’Edwin Encarnacion cet hiver (18 HR, 48 RBI), la saison All Star de Jose Ramirez (.332, 17 HR, 48 RBI) et l’apport inattendu de Lonnie Chisenhall (.305, 12 HR, 51 RBI pour un joueur dont la meilleure performance sur une saison complète était de 13 HR et 59 RBI en 2014), Cleveland est bien calé vers  le milieu du classement d’American League dans toutes les statistiques offensives : 5e moyenne au bâton (.262), 7e au nombre de hits (774) et de runs (421).

Cependant, avec le troisième OPS de la Ligue (.778) et le second plus petit nombre de Strike Outs concédés (614), on sent les hommes de Francona capable de lancer la machine à tout moment. D’autant plus que Jason Kipnis et Michael Brantley devraient être à nouveau en mesure de déployer tout leur potentiel offensif en cette deuxième partie de saison. Si les deux hommes et Francisco Lindor retrouvent leur tout meilleur niveau, l’offense des Indians n’aura pas grand-chose à envier à celles des Astros ou des Nationals sur le chemin de la postseason.

Au vu des qualités intrinsèques de ces deux équipes, de l’homogénéité de Boston et des atouts encore inexploités des Indians sur la butte comme dans le batting order, je me risquerai donc une fois de plus au petit jeu des pronostics – un exercice qui ne m’a que rarement réussi ces dernières années, admettons le – pour prédire la présence du vainqueur d’une ALDS entre Boston et Cleveland en tant que représentant de l’American League lors des World Series. Et j’irai même plus loin (folie !) en annonçant le titre suprême aux Indians, à la seule condition (tout de même conséquente) que l’adversaire final ne soit pas les L.A. Dodgers !

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