La MLB et les étrangers #1 – Du baseball au béisbol : Une histoire américaine

En 1876, la MLB voyait le jour à Cincinnati. Dans ses premières décennies d’existence de la ligue on comptait alors une poignée d’étrangers dans les effectifs, principalement des Canadiens. Puis, la ségrégation raciale s’est arrêtée et la globalisation est passée par là, les joueurs nés hors des USA ont gonflé les rangs des rosters MLB et ils représentent en 2017 près de 30% des effectifs, un record. Les Canadiens ne pèsent plus grand chose, en revanche les nations d’Amérique du Sud et des Caraïbes ont pris le pouvoir. Comment en-est on arrivé là ? On vous raconte tout.

Comme tout le monde le sait, le baseball est le sport des américains, pour les américains et par les américains. Attention, nous n’avons pas dit étasunien mais bien américain ! Car le phénomène baseball a, depuis son apparition aux Etats-Unis, touché quasi instantanément l’entièreté du continent. Bien sûr, il n’est pas question de remettre en cause que malgré ses origines britanniques, le baseball sous la forme que nous le connaissons aujourd’hui est né et s’est développé aux Etats-Unis au milieu du XIXème siècle.

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Match de baseball à New York en 1866

Comment est né le baseball au Venezuela, à Cuba et en République Dominicaine ? 

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Les villes qui avaient des équipes dans le premier championnat de baseball aux Etats-Unis au XIXème siècle. C’est uniquement après la fin de la deuxième guerre mondiale que la MLB s’étendra en-dehors du Midwest et du Nord-Est du pays

Le premier championnat américain a vu le jour en 1857 et se jouait dans le Nord-Est du pays uniquement. Quand survient la guerre civile de 1860, les soldats au gré de leur mission introduisent le sport dans différentes zones de l’Est du pays. Certains étudiants cubains rentrent chez eux et ramènent dans leurs bagages leur connaissance du baseball, et vont en faire la démonstration sur l’île. La mayonnaise prend immédiatement et ce sport s’est très vite répandu… malgré la guerre d’indépendance cubaine (1868-1878).

Pendant cette période, le baseball a servi d’élément de résistance contre le colonisateur espagnol, qui ne supportait pas de voir que ce nouveau sport devenait plus populaire que les corridas. Toutefois il a continué à être pratiqué et promu par Esteban Ballàn, premier joueur latino-américain à avoir évolué aux Etats-Unis dans une ligue majeure (entre 1868 et 1873), qui de retour à Cuba en 1874 y fonde les premiers clubs. La ligue cubaine de baseball sera fondée en 1878-1879 et ne cessera d’être populaire dès lors. Il a été considérablement développé par les joueurs des Negro League, qui, une fois leur saison terminée venaient faire étalage de leur talent sur place en étant accueilli comme de vraies stars. Si Cuba a envoyé de nombreux joueurs dans les Negro Leagues, comme le HOF Matin Dihigo, dès le début du XXème siècle, l’île présentait des joueurs blancs sur le sol américain aux recruteurs des franchises en vue de recrutements. En 1911, Armando Marsans et Rafael Almeida deviennent les deux premiers cubains à évoluer en MLB.

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Une sélection cubaine en démonstration aux USA au tout début du XXème siècle

Durant cette guerre d’indépendance sanglante, les cubains ayant fui l’île en 1870 se sont réfugiés en République Dominicaine. Et devinez quoi ? C’est ainsi que le baseball est arrivé du côté de Saint-Domingue. En 1921, la première ligue a vu le jour avec quatre équipes, en 1956 Ozzie Virgil devient le premier dominicain à évoluer en MLB et 20 ans plus tard Sammy Sosa remporte le titre de MVP.

Au Venezuela, on a du attendre 2012 pour avoir un représentant du pays élu MVP en MLB, avec Miguel Cabrera. Là encore le baseball y a été introduit très tôt, cela remonterait à 1895. Ce sport a vu le jour grâce à des étudiants vénézuéliens qui revenaient des USA, et des cubains vivant à Caracas. Le baseball s’est développé sur place, par la présence américaine via les sites d’exploitations pétrolières. Et une nouvelle fois ce sport a trouvé un très rapide succès et c’est en 1939 – soit 18 ans après la création de la ligue vénézuélienne de baseball- qu’un local foule pour la première fois les terrains de MLB, en la personne d’Alex Carrasquel.

Mais alors pourquoi parler de ces trois pays en particulier ? Car ce sont les seules nations au monde où le baseball est le sport #1. La République Dominicaine et le Venezuela sont les deux pays qui ont eu le plus de représentants en MLB jusqu’à aujourd’hui avec respectivement 672 et 360 joueurs . Ils devancent nettement Porto Rico (258), Canada (246) et Cuba (200). D’ailleurs à l’ouverture de la saison 2017, la provenance des 259 étrangers soit près de 30% des joueurs (un record) dans les rosters MLB confirme cette tendance.

D’où viennent les baseballeurs étrangers évoluant en MLB cette saison ?

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Caraïbes (139 joueurs)

Amérique du Sud (79 joueurs)

Amérique du Nord (15 joueurs)

Asie (15 joueurs)

Amérique  Centrale (7 joueurs)

Europe (2 joueurs)

République Dominicaine (93)

Venezuela (77)

Canada (6)

Japon (8)

Nicaragua (4)

Allemagne (1)

Cuba (23)

Brésil (2)

Mexique (9)

Corée du Sud (5)

Panama (3)

Pays-Bas (1)

Porto Rico (17)

Taiwan (2)

Curaçao (4)

Australie (2)

Aruba (1)

Iles Vierges Américaines (1)

Retour aux Origines 

Et si la République Dominicaine et le Venezuela envoient le plus de représentants en MLB depuis une trentaine d’années, ça n’a pas toujours été le cas. Ce sont d’abord les Canadiens et Cubains qui ont eu leurs heures de gloire en MLB dans les premières décennies de l’existence de la ligue. Les premiers ont commencé à jouer contre des équipes américaines dès 1880, le baseball a joué un rôle si important dans ce pays-là qu’en 1913 il y avait 23 clubs de ligues mineures au Canada, un chiffre jamais égalé depuis. Malgré la Grande Dépression et la restriction des visas dans les années 20, les Canadiens ont pu en vertu des accords avec les USA venir jouer en MLB. Sur 246 joueurs nés au Canada, 127 d’entre eux y ont évolué entre 1871 et 1955. C’est la même chose pour Cuba qui est resté sous influence américaine dès son indépendance en 1902. Sur les 200 cubains qui ont évolué en MLB jusqu’à présent, 117 d’entre eux ont fait leurs débuts avant 1970. Depuis les relations entre Cuba et les USA sont devenues impossibles et les insulaires doivent fuir l’île pour rejoindre la MLB, parfois au péril de leur vie. A moins d’un changement politique majeur, initié par Obama mais freiné par Trump, le nombre de cubains débutant chaque année sera ridicule en rapport avec leur niveau.

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Evolution du nombre d’étrangers dans les rosters MLB depuis la création de la ligue (1) et de 2004 à 2017 (2)

Fin du racisme et prise de pouvoir des nations latines 

INFOGRAPHIE Il faut absolument la consulter pour comprendre l’article. Elle présente l‘évolution depuis la création de la MLB du nombre de joueurs des 5 nationalités dominantes qui ont fait leur début en ligue majeure. Ce graphique ne prend en compte que l’année du début en MLB des joueurs. Peu importe le nombre de matchs qu’il ont disputés ou le temps qu’ils sont restés. Exemple : Jose Molina, a débuté en 1999 et a disputé son dernier match en 2014, dans notre tableau il rentre dans la colonne « Années 90 » et pas « 2000 » ni « 2010 ».

La réduction des joueurs de ces deux nations a profité à d’autres, principalement aux Cubains et Vénézuéliens qui ont profité de l’évolution du cours de l’histoire. Car l’histoire de la MLB, c’est celle des Etats-Unis et donc de la ségrégation raciale. En 1947 Jackie Robinson devient le premier joueur noir à évoluer en MLB mais il faudra attendre 1959 pour que les Boston Red Sox deviennent la dernière franchise à se mettre au pli. Dans les 18 franchises MLB de l’époque, leur premier joueur noir a été pour quatre d’entre elles un latino. A partir des années 50, les franchises MLB ont donc commencé à s’intéresser aux joueurs étrangers, évoluant en Negro Leagues ou dans leur pays d’origine.

Malgré le grand Aparicio, 28 vénézuéliens seulement ont débuté en MLB avant 1980, et cela en dépit de l’influence des USA sur cette nation. Ce chiffre a explosé à partir de cette date alors que le pays a connu une grave crise dans les années 80, liée à la chute des prix du pétrole. Le Venezuela a connu une inflation de 16% en 86 et 84% en 89. C’est dans les années 90 que 23 des 30 franchises de MLB ont ouvert des académies au Venezuela. Alors que 66% de la population était touchée par la pauvreté en 1995, ces académies proposaient des conditions de vie favorables. Avec l’augmentation des salaires en MLB, ces centres représentaient beaucoup pour la famille des adolescents. José Altuve ou encore Miguel Cabrera sont passés par ces académies. C’est ce qui explique que dans les années 2000, le nombre de joueurs ayant fait leur début a doublé (130 contre 62). Une croissance ininterrompue dès lors, puisqu’en 2017, ils sont la deuxième diaspora de MLB avec 77 joueurs.

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Une image qui illustre les émeutes violentes et répétitives au Venezuela. Un pays qui s’enfonce dans la crise et la violence

La République Dominicaine : L’eldorado pour toute l’Amérique latine 

Nous avons vu lors de la dernière WBC que le baseball vénézuélien était loin d’être ridicule, cependant le pays connait une crise terrible en ce moment. La recrudescence de violence et la tension entre Washington et Caracas – ce qui implique que les américains, y compris les recruteurs doivent se munir de visas pour rentrer au Venezuela – a considérablement ralenti les ardeurs de la MLB. Aujourd’hui seulement 4 franchises ont encore des académies dans le pays ; Chicago, Tampa Bay, Detroit et Philadelphie, ce qui devrait considérablement réduire le nombre de vénézuéliens en MLB à moyen-terme.

Alors ces derniers, et plus généralement tous les joueurs qui vivent dans des régimes socialistes en Amérique du Sud et Centrale (Nicaragua, Panama, Mexique et Cuba), filent vers la République Dominicaine. Cette petite île représente un eldorado pour les baseballeurs en devenir. Depuis les années 80, les 30 franchises MLB ont des académies sur place profitant de l’engouement de la population autour de ce sport et de l’état précaire du pays. Un tiers de la population vit avec un dollar par jour, les investissements dans l’éducation sont très faibles et la situation sanitaire est déplorable dans les zones rurales. Alors là encore, le baseball représente une issue favorable quand on a des exemples comme Robinson Cano, David Ortiz, Vladimir Guerrero ou encore Pedro Martinez.

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Robinson Cano, chez lui à Saint Domingue dans un des quartiers qu’il a contribué à reconstruire

Tous ont d’ailleurs monté des fondations ou refondé des villages entiers à coup de millions pour améliorer la qualité de vie des gens sur place. Les 30 franchises MLB investissent 125 millions de dollars par an dans les académies sans parler des fortunes distribuées aux joueurs dominicains en bonus à la signature ou encore les centaines de millions de dollars de salaire. Au regard des magnifiques infrastructures, Seattle vient par exemple d’ouvrir un camp de 24 hectares pour un coût de 7 millions de dollars (photo ci-dessous), et en comparaison avec l’état général du pays, le baseball représente beaucoup pour cette nation et ses habitants. Ce sport générerait près d’un demi milliard de dollars pour l’île chaque année, une rentrée non négligeable.

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Et même si ces académies MLB donnent de faux espoirs à beaucoup de jeunes, arrachés bien trop tôt du système scolaire (parfois à partir de 14 ans), il n’y aucun signe de ralentissement de la tendance sur place. Un fait relativement troublant puisque 2% des dominicains vivent du baseball et une quantité incroyables de jeunes se retrouvent à 19 ans sans la moindre formation, livrés à eux-mêmes.

Porto Rico : Un système de draft qui pose problème ! 

Enfin, nous n’avons pas encore évoqué Porto Rico, et pour cause l’île dispose d’un statut un peu particulier. Territoire non incorporé des Etats-Unis, Porto Rico a toujours été un pourvoyeur de talent comme Ivan « Pudge » Rodriguez mais, depuis un pic dans les années 90 où 60 porto ricains ont fait leur début, la tendance est à la baisse.

Pourquoi ? C’est très simple, depuis 1990, la MLB a décidé que les porto ricains ne sont plus éligibles à la draft internationale (système en vigueur pour les pays cités ci-dessus) où les joueurs peuvent être signés dès 16 ans, mais doivent passer par la « 1st year player draft » au même titre que les Canadiens, États-Uniens et habitants des Iles Vierges américaines.

Pour se présenter à cette phase de ballottage, ils doivent compléter au moins leur cursus au lycée.  Problème le système d’éducation à Porto Rico est loin d’être aussi bon qu’au Canada et aux Etats-Unis. Pire, il n’existe quasiment pas d’infrastructures liées au baseball dans le cadre des études secondaires. Les jeunes se désintéressent donc peu à peu du baseball, la célèbre winter league porto ricaine Roberto Clemento est d’ailleurs passé de 12 à 5 équipes et on ne peut pas dire que le public soit au rendez-vous (ci-dessous).

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Pour remédier à cela la MLB a crée une académie pour favoriser l’accès aux universités américaines et l’obtention de bourses pour ceux-ci. Carlos Correa a été l’un des élèves de cette académie et en est l’exemple de réussite le plus frappant. Néanmoins il est impossible de nier que d’autres sports sont devenus populaires à Porto Rico et que les jeunes joueurs se sentent lésés avec cette nouvelle draft devenue contraignante.

Aujourd’hui, la République Dominicaine est le seul pays sûr pour les franchises MLB. Alors que le Venezuela s’enfonce dans la crise et que Porto Rico se désintéresse peu à peu du baseball, Saint Domingue est devenue un point d’ancrage solide pour toute l’Amérique centrale et caribéenne. Parallèlement le sport se développe aussi au Mexique, mais les relations tendues entre Washington et Mexico depuis l’élection de Donald Trump pourraient freiner cette progression. Idem pour Cuba… Quant à l’Amérique du Sud, hormis le Venezuela, le football a une place si proéminente que la place pour le baseball est quasi nulle.

A suivre : La MLB et les étrangers #2 l’Asie

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