À la découverte du softball masculin avec Sébastien Guidoni, coach des Panthères de Pessac

Aujourd’hui débute la finale du championnat de France D1 de softball masculin. Une finale qui opposera les Panthères de Pessac, champion en titre, aux Braconniers de Montpellier.

Pessac est le club phare du softball français masculin des années 2000-2010. Les Panthères ont glané pas moins de dix titres de champions depuis 2000 et détiennent la couronne de champion depuis 2012. C’est aussi un club qui s’est illustré au niveau européen. Il vient d’ailleurs de décrocher un titre de vice-champion européen historique puisque c’est la première fois qu’un club français atteignait la finale de la coupe d’Europe en ESF Cup.

En face, les Braconniers sont une jeune équipe créée il y a deux ans au sein d’un club phare de la D1 Baseball, les Barracudas de Montpellier. Pas étonnant d’y retrouver des joueurs évoluant ou ayant évolué au plus haut niveau du baseball français comme… chez les Panthères. Car durant plusieurs années, Pessac a aussi connu la D1 Baseball avec des joueurs jonglant entre les deux disciplines au plus haut niveau.

C’est donc un vrai choc entre le chef de la meute du softball masculin et le jeune loup aux dents longues qui va avoir lieu. Un choc qui signe aussi l’évolution positive du softball masculin français. Même s’il vit toujours dans l’ombre du baseball, il commence désormais son ascension vers la lumière.

Qui mieux que Sébastien Guidoni pour nous guider dans le monde du softball masculin français et international ? Président de la Commission Nationale Sportive Softball à la fédération française et coach des Panthères de Pessac, Sébastien Guidoni est surtout un vrai fan de softball et un ardent militant de sa cause. Championnat de France, coupe d’Europe, équipe de France, jeunes et développement, embarquez dans le monde trop méconnu du softball au masculin.

L'équipe vice-championne d'Europe de Pessac. Attention, des Braconniers se cachent sur cette photo.
L’équipe vice-championne d’Europe de Pessac. Attention, des Braconniers se cachent sur cette photo.

Pessac vice-champion d’Europe avec une défaite d’un point seulement en finale. Une première pour un club français en softball masculin. Comment s’est construit cet exploit durant la compétition ?

C’était la 11ème participation de Pessac à une coupe d’Europe. On connaît donc bien nos adversaires. Cette année, les règlements ont permis plus de renforts, chose dont toutes les équipes ont profité.

Nous sommes partis avec un groupe restreint de 12 joueurs, permettant à chacun de se sentir indispensable. Dès le premier jour, nous créons la surprise en battant les champions du Danemark Stenlose Bulls, ancien champion d’Europe et un des clubs les plus solides d’Europe. Avec cet exploit, la compétition était parfaitement lancée.

Nous avons ensuite joué nos autres matchs dans la poule la plus relevée, quatre des six équipes étant médaillées en fin de tournoi ! Cette forte opposition nous a permis de nous préparer parfaitement pour la seconde moitié de la compétition, l’ESF CUP, dans laquelle nous avons été reversés.

Après un premier match raté contre les Hollandais d’Adegeest, à notre portée, nous n’avions plus le droit à l’erreur avec le double elimination system.

La journée du vendredi restera grandiose avec l’équipe qui arrive à enchaîner 4 matchs pour battre, Nice, Medvedi, les Chicaboo’s et Tenerife. La journée a commencé à 09h00 pour l’échauffement et s’est terminée à 23h30 ! Cette journée assurait la première médaille française de l’histoire.

Mais le groupe ne voulait pas se contenter de ça et voulait repartir au combat pour la dernière journée. La demi-finale contre les Italiens de Junior Alpina se jouera au Tie Break avec une victoire 7-5 de Pessac sur un Grand Slam ! Pour la finale, les joueurs ont tout donné mais défaite 3-2 contre les Hollandais. Ça s’est joué à un ou deux détails.

L’équipe a toujours cru en elle et savait qu’elle pouvait affronter n’importe qui, un état d’esprit très conquérant !

Pour un compte-rendu plus détaillé de leur parcours, retrouvez l’interview de Sébastien Guidoni sur le site Stats Soft France.

Pensez-vous que le softball français a acquis, grâce à ce parcours, une nouvelle dimension à l’instar de ce qu’a fait Rouen au niveau du baseball avec sa finale européenne de 2007 ?

Je ne sais pas si on peut se comparer à la performance de Rouen qui reste immense, mais ce qui est sûr c’est que nos adversaires nous ont vu différemment des autres années et nous avons gagné leur respect. Beaucoup de coaches adversaires nous ont félicité. Tous nos adversaires ont dû à un moment sortir leur meilleur lanceur, ce qui n’était pas le cas avant. Après une 4ème place l’an dernier, cette seconde place confirme que le softball français monte et, effectivement, nous commençons à être vu différemment par nos adversaires mais aussi par la fédération européenne.

La Coupe d’Europe est un moment particulier où les équipes se renforcent exceptionnellement avec des joueurs de grand talent venant du monde entier, notamment au niveau des lanceurs. Quel genre de joueurs peut-on rencontrer parmi ces renforts ?

On retrouve sur la compétition 20/30 joueurs qui font partie des tous meilleurs du monde ! Cette année, huit lanceurs faisait partie du top 30 des lanceurs mondiaux (Godoy-Herbel, Potolicchio, Gervassutti, Montero, Skaldny, Darby…). On avait aussi une dizaine de joueurs qui font partie des tous meilleurs, comme le catcheur Vénézuélien Flores ou le Néo-Zélandais Ben Enoka. Tous ces joueurs sont professionnels et sont les stars mondiales de la discipline, connus et respectés. Certains de ces joueurs, pour leurs qualités, ont été approchés par les franchises MLB.

L’apport de ses renforts étrangers semble finalement donner à la coupe d’Europe des airs de Champions League en football où la réalité de club n’est pas forcément en concordance avec la valeur réelle du softball du pays d’origine du club.

C’est tout à fait vrai. D’ailleurs, l’équipe qui domine en Europe est la Roma qui, sans ses renforts, six argentins de l’équipe nationale, ne serait pas du tout à cette place. Idem pour les belges de Brasschaat qui sont double vice-champions en Super Cup mais qui, sans les renforts, ne disputeraient probablement pas la Super Cup. Ça permet en tout cas de côtoyer le meilleur niveau mondial. Après, la compétition est forcément un peu biaisée puisqu’on peut, sur une semaine, monter une équipe très forte sans règles de qualification.

En tout cas, ce tournoi est devenu l’un des plus relevés au monde.

D’ailleurs, quelles sont les nations majeures ou les grands clubs du continent européen pour le softball masculin ?

En Europe, la nation dominante est sans contestation la République Tchèque. Ils viennent d’ailleurs en coupe d’Europe sans renforts et rivalisent avec les meilleurs. En championnat d’Europe des nations, ils raflent tout depuis des années en senior comme en junior. Au niveau mondial, la République Tchèque se situe désormais dans le top 8 voir le top 6, les autres nations européennes en sont loin.

Derrière la République Tchèque, c’est le Danemark qui s’impose en n°2. Ils ne jouent qu’au softball. Ils ont eu une politique ouverte sur les étrangers qui leur ont permis de progresser très vite. Ils ont quelques joueurs de très haut niveau. Ensuite viennent la Hollande et la Grande Bretagne, puis la Belgique et la Croatie.

La France, avec une équipe nationale, devrait pouvoir rivaliser avec la Belgique et la Croatie voir la Hollande.

Le softball féminin de haut niveau est mieux connu et reconnu. Les noms de Jennie Finch ou Cat Osterman parlent plus facilement aux amateurs de softball comme la National Pro Fastpitch et le championnat NCAA. Quelles sont les nations qui dominent le softball masculin au niveau mondial ? Quels sont les joueurs stars et les compétitions majeures ?

Depuis quelques années, c’est le Canada et la Nouvelle-Zélande qui dominent la discipline, avec juste derrière l’Australie, le Venezuela, l’Argentine et le Japon.

La méga star mondiale est le lanceur australien Adam Folkard, capable d’enchaîner les perfect game avec une rare constance ! Il lance à presque 150 km/h, lâchant la balle à environ 12 mètres avec le jump (petit saut vers l’avant effectué au moment de lancer, ndlr), maîtrisant, de plus, de nombreux effets. Il avait lancé en coupe d’Europe en 2014. Les autres stars qu’on peut nommer au hasard sont les frères Enoka (NZ) Sean Cleary (CAN), Ramon Jones (VEN), Lucas Mata (ARG), Nick Shailes (AUS).

 

Hormis le championnat du monde des nations, la compétition majeure en softball masculin est l’ISC World Tournament où 48 équipes de clubs nord-américains se rencontrent sur une semaine. Tous sont renforcés par les stars mondiales et on assiste sur une semaine, à la mi-Août, à ce qui se fait de mieux dans ce sport. Il y avait d’ailleurs cette année une vingtaine de joueurs à la coupe d’Europe qui revenaient juste de ce tournoi.

Adam Folkard. Statistiquement, vous avez plus de chance d’être frappé par une météorite que de frapper ses lancers.

La finale D1 masculine se joue ce week-end entre Pessac et Montpellier dans la plus grande confidentialité, même par rapport à la D1 baseball. Quelle est la situation du championnat, ses forces et ses faiblesses ? Quels sont les axes de développement ciblés par la FFBS et les clubs ?

Depuis trois ans maintenant, le championnat a commencé à se structurer avec un titre national qui se joue non plus sur un week-end ou deux mais sur une saison entière. Cette année, il y a eu 20 matchs par équipe de round robin. Les clubs se structurent et les étrangers commencent à arriver. Cette année, chaque équipe avait au moins un lanceur étranger de bon niveau, permettant la progression des frappeurs.

Même si le réservoir de joueurs augmente chaque année, que de plus en plus de joueurs se spécialisent, il faudra en passer par une pratique jeune structurée pour assurer la relève, mais aussi orienter les joueurs de baseball en « fin de carrière » vers cette discipline. Aujourd’hui on trouve dans le championnat de France une bonne trentaine de joueurs ayant évolué en D1 Baseball. Il faut aussi que les clubs prennent conscience que cette discipline permet de conserver bon nombre de joueurs une fois la carrière baseball effectuée et ainsi conserver des ressources importantes au sein des structures.

Avec un championnat qui a vu son niveau augmenter et la belle performance européenne de Pessac, la création d’une équipe de France masculine de softball semble être la suite logique. Où en est ce projet que certains appellent de leurs vœux depuis de nombreuses années ?

Si on peut comprendre la réticence de la FFBS par le passé, compte tenu du manque de matchs et de l’absence de structuration de la D1, ce n’est plus le cas, et effectivement les performances en coupe d’Europe comme le niveau du championnat peuvent permettre d’élaborer un projet pour le championnat d’Europe 2018 et le championnat du monde 2019.

La situation n’a jamais été aussi favorable et cette équipe de France serait un détonateur pour cette discipline. De plus, le softball masculin décolle en Europe. Cette année, l’Italie, la Suède et l’Allemagne ont participé pour la première fois au championnat d’Europe des nations. Il ne faudrait pas manquer le train.

Quel est l’état général du softball masculin en France et ses articulations avec le softball féminin, mixte et le baseball ?

Le masculin est en plein développement comme évoqué ci-dessus, et pour le féminin, notre haut niveau progresse bien avec un nombre de filles très compétitives en hausse et une génération de jeunes performantes qui commencent à jouer à l’étranger. Là aussi, la pratique jeune doit s’intensifier et dès le plus jeune âge. Le nombre de clubs pratiquant le softball féminin doit aussi progresser. On pousse les clubs à ne pas se contenter d’un mixte loisir mais bien de proposer aux jeunes filles une pratique de compétition.

Pour le mixte, le débat est entier entre partisans du Slow et du Fast (le Slowpitch est une forme de softball avec des lancers lents en cloche où la frappe est au centre du jeu tandis que le Fastpitch permet des lancers rapides pour empêcher les batteurs de frapper la balle comme au baseball, ndlr). Le Fast mixte est une spécificité française qui ne doit pas être abandonné pour la pratique loisir et tournoi mais quand on aura développé suffisamment la pratique de genre, le mixte s’imposera de lui-même en Slow comme partout dans le monde. Notre mixte Fast est là pour masquer les carences de notre Fastpitch de genre. On espère rétablir l’équilibre.

Concernant le baseball, il ne faut surtout pas opposer les deux disciplines. Il n’est pas interdit pour un joueur de pratiquer les deux et, depuis peu, pour les filles aussi. Un club doit être capable de développer les deux disciplines.

Un bon joueur de baseball sera un bon joueur de softball et inversement. Les grands clubs de baseball en proposant du softball de compétition continueront de grandir comme ça se voit beaucoup en Italie, en Hollande, en République Tchèque ou en Allemagne. La France a fait le choix de conserver les deux disciplines dans une même fédération. Tous les pays ne sont pas sur ce schéma. Ça doit être une force et certainement pas une opposition.

Comment améliorer la visibilité du softball, aujourd’hui encore dans l’ombre du baseball ?

En structurant encore plus nos championnats, en proposant des compétitions attractives, type Challenge de France, en communiquant sur les performances des uns et des autres et en faisant comprendre à l’ensemble des ligues que le softball est à travailler au même titre que le baseball en version compétition.

Duel entre bêtes sauvages et chasseurs sauvages.
Duel entre bêtes sauvages et chasseurs sauvages.

Programme des 2016 French Men’s Softball Series

Lieu : Stade de baseball de Veyrassi, Montpellier

Game 1 : Samedi 10 septembre à 17h.
Game 2 : Dimanche 11 septembre à partir de 10h30 avec un duel au sommet entre les deux lanceurs phares du championnat, Sebastian Gervasutti pour les Braconniers et Thomas Diaz pour les Panthères
Game 3 : En cas d’égalité, un 3ème match sera disputé le dimanche en début d’après-midi pour départager les deux équipes.

Retrouvez les résultats de la saison sur le site fédéral de statistiques : ffbsstats.org

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