Owen Ozanich (2ème partie): « Je ne savais pas qu’il y avait du baseball en France »

Son épopée américaine terminée, la carrière d’Owen Ozanich prend un nouveau tournant avec son arrivée dans le championnat de France élite. Il rejoint les Huskies de Rouen en 2011, se fait rapidement une renommée à l’échelle nationale en tant que starting pitcher et porte bientôt les couleurs de l’équipe de France…

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Après avoir obtenu votre diplôme universitaire en 2011, vous êtes donc contacté par Xavier Rolland, le président des Huskies, qui vous demande de venir jouer pour Rouen en première division…

Oui et pour être franc, je ne savais pas que l’on jouait au baseball en France. Après m’être renseigné, j’ai vu que Rouen était la meilleure équipe française, la plus structurée et puis j’avais envie de retrouver la terre de mes origines. Je n’ai jamais vraiment vécu en France mais lors de mes études j’avais fait un semestre à Paris et la vie m’avait bien plu dans l’Hexagone. Et puis ça me permet de rester proche de mes grands-parents, qui eux, vivent en France.

Ça fait plus de 5 ans que vous jouez en France, que pensez du niveau de notre division élite ?

C’est plus facile qu’en NCAA c’est sûr…

D’ailleurs vos chiffres (voir en bas de page) le montre… 

Oui mais j’ai la chance d’évoluer dans le meilleur club français, je préfère jouer avec que contre Rouen. Et sincèrement, même si la Division 1 monte de niveau année après année, on se doit de gagner tous les matchs. Si on perd un match même contre Montpellier [ce fut le cas, le week-end précédent, NDLR] ou Sénart, c’est que nous n’avons pas joué à notre niveau. On a un lineup avec beaucoup de talents et des étrangers qui ont parfois évolué jusqu’en triple A aux USA.

Vous êtes quand même le détenteur du record absolu de division 1 en terme de pourcentage de victoires, d’ERA et de WHIP en saison régulière où vous n’avez perdu qu’un seul match, c’était en juin 2015. Dans ce cadre-là il n’est pas difficile pour vous de garder de la motivation ?

Non, je suis un compétiteur et je sais que dans ce sport rien n’est acquis d’avance. Le baseball n’est pas un sport simple, il peut se passer beaucoup de choses donc il est nécessaire de conserver sa concentration et de rester sérieux.

C’est ainsi que vous avez décrochez en avril 2015 votre premier perfect game avec 15 strikeouts, et le seul -pour l’instant- de l’histoire de la D1  ? 

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Feuille de marque du perfect game d’Ozanich

Oui, c’était bien (rires). C’était un match serré contre Chartres, d’habitude lorsqu’on prend de l’avance au score on fait tourner le bullpen, mais là c’était un match accroché, le coach m’a fait confiance et je suis allé au bout. C’est un excellent souvenir, d’autant que c’était un match à distance avec le lanceur d’en face, un vénézuélien qui avait joué en Triple A. C’était un gros match en termes de pitching.

Outre vos statistiques impressionnantes au lancer, vous faites de bonnes apparitions à la batte (il coupe)…

J’ai arrêté aujourd’hui. Mais effectivement de 2011 jusqu’à la fin de la saison 2014, je jouais dans le champ lorsque je ne lançais pas. Évidemment en tant que shortstop ou en deuxième base, parfois même dans le champ extérieur.

Vous réalisez même une grande performance en 2013 lors d’une compétition européenne pour permettre à la France de rester dans le Groupe A de la Champions Cup pour 2014 avec un premier match conclu par un 3 sur 3 à la batte avec 3 RBIs contre Anvers. Dans le match décisif suivant contre Moscou, vous réalisez un one-hitter complete game shutout avec 13 strikeouts… 

Oui… J’ai vécu une belle année en 2013.

C’est le moins que l’on puisse dire puisque vous affichez un ERA inférieur à 1 toutes compétitions confondues, vous n’avez pas été contacté par d’autre clubs européens ?

Oui, il y a eu des contacts notamment en Allemagne, mais Rouen c’est chez moi. Mes coéquipiers sont mes meilleurs amis et puis je dois beaucoup au Président Rolland qui est venu me chercher à un moment où je ne me voyais plus trop sur les terrains. Et puis si je rejoins une équipe à l’étranger, le calendrier sera plus chargé et je serais en conflit avec mon club pour rejoindre l’équipe de France et je n’ai pas envie de ça. Je me sens très bien à Rouen, je suis salarié du club et m’occupe des lanceurs de l’académie de Normandie dont Yoann Vaugelade, qui, aujourd’hui lance en équipe nationale. Je ne peux être que satisfait !

L’équipe de France vous tient vraiment à cœur…

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Oui c’est une chance formidable de pouvoir porter les couleurs de son pays. Mon plus beau souvenir restera l’euro 2014 en Allemagne, où on bat les Allemands devant près de 3000 personnes pour le match d’ouverture. Je me souviens même que c’était un vendredi, ce jour-là on a compris qu’on était capable de battre les bonnes équipes européennes. Je suis certain que les Allemands étaient convaincus de nous battre facilement mais nous on a eu un déclic. On sait qu’on peut rivaliser avec les Pays-Bas, on les a déjà battu d’ailleurs [en préparation de l’Euro 2014, NDLR] ou encore les Italiens. Et même affronter les meilleures nations mondiales sans faire trop de complexes.

L’équipe nationale a même réussi à décrocher sa première victoire en qualification WBC contre l’Espagne cette année ?

Oui, je suis plutôt satisfait de notre campagne. On perd deux fois contre le Panama où l’on a joué notre premier match devant plus de 11.000 personnes et notre seconde rencontre contre eux était très serré. Les grosses nations on peut les jouer, tout peut se passer dans le baseball. Si vous prenez la Team USA au basket contre la 25ème équipe mondiale, cette dernière n’arrivera jamais à gagner. Dans notre sport c’est différent. Si on assure en attaque, en défense, qu’on commet peu d’erreurs et avec un petit brin de chance, on peut le faire. Il faut rester consistant dans la performance et continuer à lancer des strikes comme l’ont fait Cespedes ou Vaugelade lors de la qualification WBC.

Quelle est l’ambiance au sein du groupe de l’équipe de France ?

Ça se passe vraiment bien et c’est de plus en plus professionnel avec la montée en niveau du coaching staff au fur et à mesure. Cette professionnalisation on l’a acquise grâce à Eric Gagné et Stephen Lafargues, le DTN, ils nous ont donné les moyens d’être plus pro. Je me souviens de ma première sélection en EDF, on était un peu dilettante, sans trop d’esprit d’équipe.

Le limogeage d’Eric Gagné ne risque pas de bouleverser tout ce qui a été construit avec Gagné ?

Non, il nous a laissé une très bonne base de travail et avec le nouveau coach Kieran Mattison on va conserver ce professionnalisme, d’autant que les joueurs ont davantage d’expérience, ont parfois évolué à l’étranger et c’est bénéfique. Sans parler des étrangers qui viennent en D1 et nous amènent une façon différente d’aborder les grosses échéances. On a une mentalité plus basée sur la gagne, l’approche est meilleure et on n’a peur de personne. On déteste la défaite. Avant on ne pensait pas pouvoir rivaliser, maintenant on aborde chaque match plus sereinement. Lors de notre campagne au Panama, Éric nous a vraiment boosté, mais il souhaitait retrouver les big leagues, il est d’ailleurs parti en Arizona pour le spring training des Dodgers. Il a fait un vrai bon boulot mais Kieran nous connait très bien et prend régulièrement des nouvelles de nous. Tout le monde est derrière lui !

Vous avez connu aussi l’aventure de la Team Europe l’an passé, vous étiez le seul français présent dans le roster de la première tournée…

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Disons qu’il y a eu deux ères dans cette équipe d’Europe : la première c’était les deux matchs contre le Japon en mars 2015  que vous évoquez. Je n’ai pas joué mais on a disputé deux rencontres devant plus de 20.000 personnes, c’était énorme. La deuxième période, c’était lors de l’Asian Winter League où la Team Europe était composée de très jeunes joueurs. Avec le catcher allemand Howard, j’étais le plus vieux du roster. L’équipe des deux tournées n’avait donc rien à voir, j’étais le seul (joueur et staff compris) à avoir participé aux deux tournées. J’avais fait une bonne AWL, d’autant qu’on a eu beaucoup de mal dans cette compétition avec une victoire en 15 matchs. Le niveau était très élevé… À l’avenir il est très probable que les prochaines équipes européennes soient composées uniquement de jeunes parce que les joueurs confirmés sont souvent pris pour des raisons et d’autres.

Certains partent d’ailleurs jouer en Australie pendant la hors-saison, un championnat que vous avez découvert de 2011 à 2013…

C’était vraiment une superbe expérience, les gens sont super sympas, l’Australie c’est un peu comme les big leagues… hormis le salaire ! On voyage en avion, on dort dans des hôtels et on joue dans des grands stades.  J’ai principalement joué au niveau club en SABL avec East Torrens et fait deux apparitions en équipe première pour l’équipe première d’Adelaide.

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L’Australian Baseball League est affilié à la MLB, vous aviez encore un espoir à ce moment de vous faire remarquer par les scouts américains ?

Oui j’avais 22 ans à cette époque et c’était encore possible. D’autant qu’il y avait dans le roster d’Adelaide des futurs joueurs de MLB comme James Jones, Hu Ching-Lung et Ji-man Choi. En face il y avait des joueurs comme Kevin Kiermaier, Brandon Barnes, Dae Sung Koo, Brad Harmon ou Luke Hughes entre autres. À cette période j’étais le seul européen, il me semble à évoluer en Australie, depuis d’autres ont saisi cette opportunité.

À travers votre expérience dans les quatre coins du monde, comment jugez-vous l’évolution du championnat de France et en Europe ? 

Depuis 5 ans ça a vraiment évolué. On a la plus grosse capacité d’évolution puisqu’on part de très loin. Ce qui manque c’est l’argent, il y a des bons joueurs en D1 mais avec plus de moyens on arriverait à en attirer davantage. On voit que ça a bien évolué en Europe avec la construction de plus en plus de stades. On espère avoir une vraie ligue européenne qui ne serait pas cantonnée qu’à 4 équipes comme cette année. Ça pourrait fonctionner et attirer un millier de personnes dans les stades, il faut suivre le modèle des ligues indépendantes américaines. Je pense qu’il nous faut l’aide de la MLB, même si elle risque d’avoir une position intrusive, mais c’est elle qui a les moyens de faire progresser le baseball à l’étranger.

Enfin, ce qui frappe tout au long de votre parcours c’est la fidélité que vous ayez eu pour les clubs, que ce soit dans le Vermont ou à Rouen ? 

Oui c’est important pour moi de rester fidèle à un club. J’ai toujours aimé les joueurs qui restent dans le même club et qui ne passent pas d’équipe en équipe. Rouen est un club familial où l’on favorise l’intégration des nouveaux et ils nous le rendent bien. Ils ne jouent pas qu’une seule année avant de partir. Ils restent avec nous et on peut créer quelque chose au-delà du terrain, c’est ce qui explique principalement la réussite de Rouen depuis des années.

Owen Ozanich en quelques points :

Age : 26 ans (27 le 23 juin)

Nationalité : Franco-américaine

Lancers : Fastaball, slider, changeup

*Owen Ozanich en chiffres : 

Totaux avec Rouen (Coupe d’Europe, Challenge de France, Division 1 confondus)

  • 2011: 82.1 IP, 8-2, 43 K, 2.30 ERA.
  • 2012: 116.2 IP, 14-3, 86 K, 2.00 ERA.
  • 2013: 144.1 IP, 15-3, 144 K, 0.99 ERA.
  • 2014: 68.1 IP, 6-2, 54 K, 2.10 ERA.
  • 2015: 71.2 IP, 11-1, 67 K, 1.38 ERA.
  • 2016 : 37 IP, 4-0, 36K, 1.70 ERA.
  • Total avec Rouen : 533.1 IP, 60-11, 441 K, 1.69 ERA, 5.43K/BB, 0.86 WHIP

Total en Coupe d’Europe avec Rouen :  57.0 IP, 44 H, 11 ER, 12 BB, 40 K, 3-4 record, 0.98 WHIP, 1.73 ERA

Total en tant que batteur avec Rouen : 291 (60-for-206), 45 runs points inscrits, 8 doubles, 1 triple, 27 RBI et 10 stolen bases

Total en Equipe de France : 51.2 IP, 2-3, 42K, 3.83 ERA

Total en Equipe d’Europe : 19.1 IP, 17K, 1.86 ERA, 0.98 WHIP.

Total en Australie : 141 1/3 IP, 8-9, 110K, 3.31 ERA, 1.10 WHIP, 2 saves.

Fait marquants de sa carrière :

  • Une seule défaite en saison régulière en division 1. Record total 39-1
  • Premier perfect game de l’histoire de la D1, le 25 avril 2015
  • Seul français présent dans le premier roster de l’histoire de l’équipe d’Europe
  • Leader dans l’histoire de la D1 française dans les catégories : pourcentage de victoires (.845), WHIP et ERA.
  • Meilleur lanceur du Challenge de France 2011 et des Finales 2015 du championnat.
  • Une participation à la SABL All-Star Game en Australie

Note de la rédaction : Nous tenons à remercier le plus sincèrement du monde, Owen Ozanich pour sa disponibilité, son humilité et sa gentillesse.

 

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