«La formation française n’a rien à envier à celle des autres nations phares du baseball européen »

Le parcours prometteur de l’Équipe de France lors des récentes qualifications pour le World Baseball Classic ne doit rien au hasard. Car il s’inscrit dans la lignée d’une stratégie de formation et de structuration du baseball français mise en place depuis maintenant plusieurs années par la Fédération Française de Baseball et Softball. Deuxième partie de notre entretien avec Stephen Lesfargues, Directeur Technique National (DTN) de la FFBS.SLESFARGUES

The Strike Out : Dans la première partie de cette interview, nous avons longuement discuté des conditions pour que la France puisse s’imposer comme une puissance du baseball européen. Mais comme pour tout sport, l’élite se construit à partir d’une base pratiquante solide, notamment dans les catégories de jeunes. Quelle stratégie adopte aujourd’hui la fédération sur la formation des jeunes ?

Stephen Lesfargues : Plusieurs structures sont mises en place pour accompagner l’encadrement et la formation, dont le nouveau « Parcours d’Excellence Sportif » que j’ai mis en place en 2014. Le partage avec les ligues et les clubs doit nous permettre d’améliorer la formation de nos jeunes. Chaque joueur doit progresser, se développer et donc donner un sens individuel à son travail qu’il faut optimiser, qu’il soit en club, en équipe de ligue ou en équipe de France.

Concernant la filière de haut niveau, tout joueur qui intègre un Pôle Espoirs (ils sont 113, répartis sur les 4 entités à Toulouse, Rouen, Talence et Montpellier) bénéficie d’un suivi individuel. Les joueurs (20 en 2016) qui partent ensuite au Pôle France de Toulouse ont des objectifs à atteindre, des secteurs à améliorer, quand et comment y parvenir, ainsi que le suivi du double projet (scolaire). Nous devons ensuite accompagner les meilleurs joueurs sur les continents nord-américain ou asiatique.

TSO : Cela passe notamment par une harmonisation des structures de détection et de formation ?

SL : Oui. Auparavant, tout était désordonné. Les clubs avaient un objectif de compétition quand nous poursuivions un objectif de formation. Il y avait parfois de la jalousie ou de l’incompréhension. Désormais, nous pouvons plus facilement trouver un consensus car chacun y trouve son compte. Les collectifs de relèves sont aussi bien positionnés maintenant dans les différents championnats d’Europe. Nous voulons être sur le podium à chaque engagement d’une équipe nationale jeune, développer une culture du travail et de la victoire.

Au niveau national, la relance des Interligues,la mise en place d’un plan national de détection, la création en 2015 des camps nationaux participent à notre vision de développement de la formation des jeunes. Nous avons aussi dernièrement mis en ligne le livret sur le beeball (voir sur le site de la FFBS). Ce livret d’entraînement devrait permettre aux clubs, d’appréhender les tenants et aboutissants sur la pratique et de faire valoir les atouts de la nouvelle pédagogie évolutive de la Commission Fédérale Jeunes. La volonté de créer un réseau Technique regroupant les responsables des ETR doit prochainement voir le jour pour aborder l’ensemble de ces sujets.

TSO : Est-on plus aujourd’hui sur une volonté de professionnaliser le baseball de clubs français ou de former les joueurs français pour qu’ils puissent s’ouvrir les portes des ligues professionnelles étrangères ?

SL : Le baseball français est et va rester amateur pendant encore de nombreuses années. Notre Fédération, dans son ensemble, n’est pas encore assez développée pour soutenir une ligue professionnelle, aussi l’avenir à court et moyen terme pour nos jeunes talents est de s’orienter vers l’étranger après un passage dans la filière de haut niveau de la FFBS.

Si tous les acteurs de nos pratiques continuent de travailler dur, les conditions seront peut-être réunies, un jour, pour franchir ce palier du professionnalisme mais il faut être lucide, les budgets de la Fédération et des clubs de Division 1, surtout vu la baisse des financements publics et la difficulté à trouver des partenaires, ne sont pas suffisamment conséquents pour un environnement sportif professionnel.

TSO : Parlons un peu de votre carrière, puisque vous avez été spectateur et acteur de l’évolution du baseball français, de vos débuts en tant que joueur à votre prise de fonction en tant que Directeur Technique National.

SL : Pour moi, tout a débuté en Aquitaine. J’avais 8 ans, ma mère a rapporté un autocollant des Pitchers de Pineuilh à la maison. Mon histoire avec le baseball français commence là ! De 1988 à 2001, j’ai été sportif de haut-niveau et étudiant (double projet) au CREPS de Montpellier puis à l’INSEP sur Paris. J’ai passé mes brevets d’état (1er et 2ème degré). J’ai aussi été élu au comité directeur de la FFBS pour parler de l’échelon national.

En 2000, j’ai passé le concours du professorat de sport et intégré la Direction Technique Nationale (DTN). En 2001, j’ai incorporé la Direction départementale de la jeunesse et des sports (DDJS) du Val de Marne. En 2005, j’ai posé mes valises à Nîmes. Ce passage en service déconcentré m’a permis d’acquérir de nouvelles compétences, une plus grande connaissance du ministère et de ses services déconcentrés.

En 2013, le Président de la fédération Didier SEMINET est réélu. Il voulait m’avoir comme DTN sous son mandat et j’ai accepté. En résumé, je suis un sportif de haut-niveau qui ne s’est pas éloigné de sa fédération une fois sa carrière sportive finie. Je me suis investi à la fois comme bénévole (élu) et comme manager dans deux clubs (La Grande Motte et Beaucaire) avant qu’une opportunité se présente d’intégrer à nouveau la Direction Technique Nationale.

TSO : En quoi consiste la mission du Directeur Technique National au quotidien ?

SL : Le directeur technique national (DTN)  est placé sous la double autorité du ministère des Sports et du président de sa fédération. Il est au centre d’un système complexe où il doit composer avec des enjeux très différents (sportifs, sociaux, économiques, humains, politiques, professionnels, …).

En conséquence, il doit être à la fois entraîneur, négociateur, visionnaire, gagneur et parfois communicant. Il doit développer des relations privilégiées avec les élus et en particulier avec le président de la fédération. C’est à la fois un manager, un gestionnaire et un leader. Il dirige l’ensemble des CTN et le personnel technique mis à sa disposition comme les entraîneurs nationaux. Il contribue à la définition de la politique fédérale, en assure l’application et évalue sa portée.

Il est notamment responsable :

  • de l’ensemble des équipes de France et de la politique sportive de haut niveau,
  • de la formation et du perfectionnement des cadres,
  • de la coordination des actions entre la fédération et les fédérations sportives affinitaires, le sport scolaire et universitaire,
  • De la cohérence des projets sportifs de la fédération avec les orientations du ministère des sports,
  • de la nomination des entraîneurs nationaux et des cadres techniques nationaux.

TSO : Votre longue pratique et connaissance du baseball dans des fonctions diverses est donc un atout pour coordonner tous ces niveaux et enjeux…

SL : J’ai la chance d’avoir pratiqué le softball et le baseball toute ma vie. J’ai gagné des titres aussi bien en softball que dans le baseball comme joueur de haut niveau.

J’ai beaucoup discuté et partagé avec des personnes de tous horizons et de cultures si différentes. Je pense que mon histoire singulière de joueur, entraîneur, arbitre et dirigeant de club, de ligue ou de fédération me permette aujourd’hui dans mes fonctions de mieux appréhender les problématiques des différents acteurs de cette fédération.

TSO : Justement, avec le recul et l’expérience, comment décririez-vous l’évolution du baseball français, entre votre carrière de joueur dans les années 90 et aujourd’hui ?

SL : J’ai eu la chance de vivre une période faste pour le baseball et softball français dans les années 90. Avec un développement important du nombre de clubs et des moyens humains et financiers de la fédération. Le ministère des sports apportait aussi beaucoup plus de soutien financier qu’aujourd’hui. Le sport de compétition avait une place conséquente avec des moyens très importants par rapport au sport pour tous.

Je dirais qu’aujourd’hui les moyens ne sont pas les mêmes avec une place grandissante des enjeux financiers et sportifs. La FFBS a revu sa politique sportive avec un peu moins de moyens humains sur le haut niveau et plus sur le développement de nos pratiques sur l’ensemble du territoire.

TSO : Malgré les obstacles évidents, peut-on
imaginer voir un joueur formé en France dans les Ligues Majeures, à moyen terme ?

SL : Les exemples néerlandais, italiens ou récemment allemands montrent que oui. La formation française n’a rien à envier à celle des autres nations phares du continent. Les résultats du Pôle France Baseball de Toulouse dans les tournois inter-académies montrent que nos jeunes français sont aussi bons voir meilleurs, pour certains, que leurs homologues européens.

Des jeunes comme Fred Walter et Yoan Antonac sont observés de près par la Major League Baseball, ils pourraient suivre une trajectoire identique à celle de Max Kepler (NdR : Né à Berlin, Max Kepler fut remarqué en 2007 par un recruteur des Minnesota Twins, lors d’un tournoi national en Allemagne. Il a fait ses débuts dans les Ligues Majeures avec les Twins en Septembre dernier)

TSO : Un mot sur Mélissa Mayeux qui a fait le buzz l’an dernier ? Jusqu’où la voyez-vous monter ?

SL : Il est difficile de projeter sa progression dans les années qui viennent, pour elle comme pour les autres espoirs du baseball français et européen, car de nombreux facteurs entrent en ligne de compte dans l’émergence d’un talent.
Elle souhaite poursuivre son parcours à l’étranger, la Fédération va l’aider autant que possible. Cela passera peut-être par une bourse pour étudier dans un collège aux Etats-Unis ou au Japon.

Mélissa est très motivée, solide mentalement et veut continuer à jouer au baseball, elle étudie toutes les opportunités qui se présentent à elle pour l’après Pôle France Baseball de Toulouse.

TSO : Est-il envisageable qu’une femme (Melissa Mayeux ou une autre) soit sélectionnée avec l’équipe de France masculine dans un futur plus ou moins proche ?

SL : Il n’y a qu’un seul critère pour évoluer en Equipe nationale, c’est le niveau de jeu. Si une femme atteint un jour le niveau nécessaire pour jouer en Equipe de France de Baseball senior alors elle devrait selon toute logique être sélectionnée par le Manager.

L’écart de niveau reste à ce jour très important entre l’Equipe de France et les différents collectifs de relève. Garçon ou fille, ils sont nombreux à ne pas franchir le palier ou à mettre plusieurs années à le faire. Si une fille doit le faire à court terme, la mieux placée reste cependant Mélissa Mayeux.

TSO : Pour terminer, quelles perspectives pour le baseball féminin ? Qu’est-ce qui est fait pour son développement aujourd’hui ? Et quel chemin reste-t-il à parcourir ?

SL : Le baseball féminin est une discipline à part entière désormais reconnue au sein de la Fédération. La pratique reste limitée, en France comme à l’international, et le chemin à parcourir est encore très long avant une reconnaissance institutionnelle et sportive forte.

Il faut que les clubs et licenciées qui souhaitent développer cette pratique poursuivent leurs efforts et que le nombre de pratiquantes augmente, c’est la clé de l’avenir du baseball féminin en France et dans le monde de manière générale.

Merci à Stephen Lesfargues pour sa disponibilité.

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