Accords USA – Cuba : Le changement c’est maintenant ?

Le 22 mars dernier, les Rays ont affronté une sélection cubaine à l’Estadio Latinoamericano de La Havane. Si la dernière visite d’un club de MLB sur l’île remontait à 1999, il aura fallu attendre 88 ans pour revoir la présence d’un président américain. Dans la foultitude de vedettes, Barack Obama et Raul Castro ont assisté côte à côte à la défaite des Cubains face aux Rays. Un symbole qui devrait accoucher d’une révolution à terme, favorisant -enfin- le transfert légal des joueurs entre les deux pays.

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C’est l’histoire d’un mec. Un mec qui a tenté de quitter 4 fois Cuba, sans succès. Un mec qui au bout de la cinquième tentative est parvenu à poser le pied au Mexique après un voyage sur une barque manœuvrée par l’un des plus gros capos de la mafia cubano-américaine. Accompagné dans son périple par une prostituée, un boxeur et un prêtre, celui qui n’était pas encore un Dodger a ensuite été fait prisonnier du cartel avant d’être libéré  par son agent qui avait monté une opération quasi paramilitaire pour le sauver. Ce mec-là c’est Yasiel Puig. Il avait 21 ans, et a bien failli y laisser sa peau. Depuis il a signé un contrat de 42 millions de dollars pour 7 ans avec la franchise californienne. Loin d’être un cas isolé, les joueurs de baseball ayant fait défection se comptent en centaines. Parmi les plus notables, José Abreu, Aroldis Chapman ou encore Yoenis Cespedes. Certains ont tenté la croisière façon Puig quand d’autres ont profité d’un déplacement à l’étranger de leur équipe nationale pour mettre les voiles.

Contrer les défections

En effet, depuis l’accession au pouvoir de Fidel Castro en 1959, quitter Cuba est une mission très délicate pour les résidents et impossible pour les joueurs de baseball. Et si la quête vers un eldorado où les contrats atteignent bien souvent les huit chiffres est risquée, elle ne freinera pas des insulaires qui peuvent espérer -tout au plus- empêcher deux mille euros annuellement dans leur pays. L’apaisement des rapports entre Cubains et Américains, permettra t-il d’endiguer ce phénomène ?

C’est impossible à affirmer pour l’heure mais les signaux vont dans ce sens. D’un côté, les autorités américaines ont mis en place une réforme qui permet d’éviter aux joueurs cubains ayant quitter l’île le long processus de l’administration pour intégrer la MLB. Ils devront simplement se munir d’une attestation de résidence dans un pays tiers. À Cuba aussi les choses évoluent, puisque les locaux peuvent voyager librement depuis 2013 à condition d’avoir des papiers en règle. Un blanc-sain pour les joueurs de baseball ?

Absolument pas. Car Cuba reste très vigilant quant à la fuite des forces vives du pays. Ces derniers sont donc contraints de rester chez eux, pour éviter la « spoliation américaine », dixit les autorités.

Les athlètes sont bien entendu intégrés dans cette catégorie et lorsqu’ils se déplacent avec la sélection nationale leurs passeports sont confisqués et au retour leurs noms inscrits sur la liste des personnes interdites de vols. Ceci expliquant l’évasion des frères Gurriel en février dernier lors d’un tournoi en République Dominicaine. Deux départs de plus dans la plus pure illégalité, une situation pesante pour les autorités.

Des départs contrôlés 

Ces dernières ont pourtant permis les départs légaux de ses joueurs vers le Japon ou le Mexique ces dernières années, tout en récupérant de 30 à 70% du montant des contrats des joueurs. Évidemment aucun départ n’a officiellement été consenti vers les États-Unis, mais il se pourrait bien que la situation change. En juin 2014, la MLB a annoncé le départ de Yoan Moncada de Cuba. Non pas en bateau ni par une autre voie clandestine mais en avion et avec son passeport.

Les Cubains aurait-ils laissé filer un prospect de si grande qualité sans broncher ? C’est ce que la très curieuse version officielle laisse à penser. Annoncé comme une star en puissance dans son pays, il a été repéré à 16 ans par les « scouts » américains lors d’un tournoi international. Jusqu’à 18 ans, il a évolué en championnat cubain avant d’opter pour une tactique assez novatrice. Il a fait mine de ne plus s’intéresser au baseball.

Il a rompu son contrat avec son équipe, n’a plus souhaité porter le maillot du pays et s’est tenu à l’écart des terrains pendant l’ensemble de la saison 2013-2014. Ce coup d’esbroufe aurait suffit à convaincre les autorités cubaines de laisser voyager son poulain librement. Mal leur en a pris puisqu’il s’est installé au Guatemala, avant de s’engager avec les Red Sox moyennant une prime à la signature de 31.5 millions de dollars.

Cette version qui veut la croira, il demeure tout de même que son départ ait très certainement été arrangé. Premièrement les autorités savaient très bien que le joueur finirait par partir « à un moment ou à un autre », comme ses prédécesseurs. Deuxièmement, il est très probable que son départ ait été négocié au préalable et que le joueur se soit engagé à verser une partie de son contrat contre un départ en toute légalité. Si la vérité tient en ces dernières lignes, Cuba ne l’avouera jamais mais cela pourrait bien signifier le début d’une nouvelle ère.

En attendant la levée de l’embargo

Amorcé par les transferts dans les pays étrangers évoqués précédemment, ce serait un moyen pour eux de calculer et d’anticiper les départs afin de ne pas avoir un championnat national décimé en cours de saison : on compterait environ 150 défections par an. Ce serait aussi un moyen pour eux de conserver une équipe nationale compétitive car Moncada pourra continuer à défendre les couleurs du drapeau cubain à l’inverse des « évadés », Abreu, Puig et consorts. Même si Cuba a fait un pas en avant en accueillant les deux joueurs suscités, lors d’une tournée MLB sur l’île en décembre 2015. Un geste diplomatique très fort.

Si les relations s’apaisent entre les deux pays, le seul gros blocage réside dans l’embargo américain sur Cuba. Mis en place en 1962, il proscrit -même si avec le temps, il est moins rigide- les relations économiques entre les deux pays. C’est d’ailleurs pour cela qu’un joueur cubain doit élire domicile dans un pays tiers avant d’intégrer la MLB. Cuba qui en a assez de voir ses joueurs s’en aller sans la moindre compensation financière aimerait vivement que cette situation cesse étant donné le manque à gagner (les joueurs Cubains ont empoché 135 millions de dollars pour l’année 2015). Sans la levée de l’embargo, il est impossible de voir des transferts légaux entre les deux pays, et si Barack Obama semble vouloir en finir avec cette mesure vieille de plus de 50 ans, la situation bloque en interne. À la fin de l’année, les élections américaines auront lieu, et autant dire que si un républicain remporte la mise, les Cubains continueront à s’embarquer sur des bateaux de fortune pour pouvoir atteindre leur Graal.

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