San Francisco Giants : Les pairs fondateurs du succès

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« Il reste des cases vides, Messieurs, Dames, pair ou impair ? Faites vos jeux ! » S’il n’est pas compliqué d’assimiler le baseball à la roulette par son imprévisibilité, les Giants semblent avoir trouvé le moyen de « piper » les dés. Vainqueurs des World Series les années paires (2010,2012 et 2014), les Californiens n’ont jamais été en mesure de concourir pour les playoffs les années impaires (2011,2013 et 2015). À l’aube de la saison 2016, parviendront-ils à passer du rang de géants à celui de magiciens ? À la rédaction nous ne sommes ni l’un, ni l’autre alors à défaut de prévoir l’avenir interrogeons-nous sur les clés qui ont fait le succès des Californiens afin d’envisager si oui ou non les éléments sont là pour quadrupler la mise.

« Depuis le 1 octobre 2010, tous les matchs à domicile sont guichets fermés »

Nous l’avons déjà vu, l’effectif des Giants a été considérablement renforcé et très peu appauvri qualitativement. Pour cet article, nous avons fait le choix de ne pas nous intéresser strictement à ce point. Car si le niveau du roster est un élément clé de la bonne marche d’une équipe, c’est loin d’être l’unique facteur de réussite dans une saison régulière à plus de 162 matchs. Il suffit de regarder la dernière saison de Seattle pour en avoir la preuve. A vrai dire, les trois titres glanés en cinq ans par les Giants, ne sont justifiés ni par la somme des talents présents dans l’organisation ni par une domination écrasante au cours de la saison régulière. Bien au contraire. Il plane au dessus de l’AT&T Park comme une atmosphère positive, enivrante, imperceptible et pourtant tellement présente.

Présents, les supporters des Giants le seront, c’est d’ailleurs une des clefs de la réussite de la franchise. On ne compte plus -même si elles sont d’usage- les déclarations des joueurs qui déclarent « combien il est stimulant de jouer devant une foule passionnée et massive ». En effet, depuis le 1er octobre 2010, toutes les parties jouées à l’AT&T Park, le sont à guichets fermés. Cela représente plus de 41,500 personnes à chaque match. Amplifiée par le phénomène « bandwagon »*, la base de supporters est colossale que ce soit à domicile ou à l’extérieur. Et si pour la 6ème année consécutive, le calendrier fait que les Giants ont démarré une nouvelle fois leur saison « on road« , ils pourront compter à leur retour sur un public passionné. Passionné, sinon dopé par les performances d’un autre club de la baie : Les Golden State Warriors. Traditionnellement les supporters des uns sont aussi ceux des autres, alors si l’équipe de NBA parvient à conserver son titre, cette énergie très positive pourrait se déplacer à 17 kilomètres de l’Oracle Arena autrement dit dans l’antre des Giants. Dans tous les cas, pas de surprise pour 2016, la fanbase répondra présente même si elle devra mettre au placard les costumes à l’effigie de certains de ses chouchous qu’elle avait pris l’habitude de supporter.

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L’an passé, le début de saison des Giants s’était fait pour la première fois depuis sept ans sans Pablo Sandoval. Le « Panda » n’avait connu jusqu’alors que le club de la baie avant de filer chez les Boston Red Sox. Ce début d’année 2016 verra l’absence d’un autre « Giants de toujours », Tim Lincecum. Au club depuis 2007, il a été laissé libre par le club et s’en ira très prochainement vers une autre équipe. Les « Black and Orange » devront également se passer d’Affeldt et Vogelsong, deux pitchers arrivés respectivement sur la baie en 2009 et 2011. Le premier qui se dit « tombé amoureux de San Francisco » est parti à la retraite mais gardera un rôle de représentant au sein du club, quant au second il est retourné à Pittsburgh. Ces quatre là représentaient 11 titres en cumulé obtenus sous l’uniforme noir et orange. Pour autant, l’esprit Giants a t-il  été heurté ?

L’âme d’une équipe

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« C’est le sacre d’une équipe talentueuse qui aime le baseball et adore jouer ensemble », avec ces mots, Joe Buck ne s’est pas trompé. Voici comment le commentateur de la Fox a résumé le premier titre des Californiens après le dernier out de l’édition 2010. Quatre ans plus tard, la descente de la dernière balle des World Series 2014 dans le gant de Sandoval s’est amorcée au rythme d’une marche lente entre Bumgarner et Posey conclut par une embrassade entre les deux hommes une fois la balle gantée. Cet amour entre les joueurs ne semble pas être une façade. A la suite de l’obtention d’une distinction personnelle en 2014, Hunter Pence avait tenu ce discours auprès de ses coéquipiers : « Je savoure chaque minute avec vous. Je sais que certains d’entre vous n’aiment pas quand je vous dis « je vous aime », vous pensez que c’est mielleux mais je suis convaincu que c’est la chose la plus forte que nous possédons ». Et cette « chose » ne semble pas pressée de quitter la baie de San Francisco.

« Les âmes vagabondes »

Pour autant le monde des Giants n’est pas celui Bisounours, ils ne sont donc pas immunisés contre les émotions négatives. Les départs de Sandoval et Lincecum, principalement, pourraient bousculer un équilibre bien établit avec les années. Le Panda était l’incarnation de cette franchise insouciante, quand il se présentait tout sourire face aux caméras quelques minutes avant le match des 7 des WS 2014. Il était le leader de la « Latino’s connexion » du vestiaire composée par Blanco, Romo et Pagan. Sandoval incarnait  l’image de cette franchise : médiocre en saison mais ultra décisif en octobre. D’ailleurs quelques mois après son arrivée à Boston, son nouveau coach, John Farell s’est dit impressionné par les qualités de leader du 3rd baseman.

Souvent impérial en postseason, Tim Lincecum est la deuxième âme des Giants à s’en être allée. Davantage contraint à prendre la porte, il aura connu sportivement des fortunes diverses : Artisan du succès en 2010 mais devenu indésirable les dernières années. Il était l’icône des supporters pour ses performances (inutile de les détailler) mais aussi pour ses excès. Notamment lorsqu’il se fait attraper en 2009 avec du cannabis et du matériel pour fumer. Il sera très douloureux pour la fanbase de voir son double CY Young (2008,2009) porter un autre uniforme cette année.

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Si on met la qualité de ces joueurs en rapport avec leur coût, ces deux départs s’expliquent logiquement mais nul doute qu’ils laisseront un vide dans le vestiaire.

L’esprit Giants arrivera t-il à supplanter ces départs ?

Autant le dire, cette vague de départs est la plus importante qu’ont connue les Giants version Even Year, pas numériquement mais « spirituellement ». Dans une équipe de baseball où les transferts sont incessants il faut savoir composer avec cette dimension. Et même si les départs de Sandoval et Lincecum sont forts symboliquement les Giants ont les moyens de surpasser cela sur le terrain.

« Chemistry brings wins » (L’alchimie rapporte des victoires)

Avant toute chose, quand la franchise californienne a décidé de ne pas prolonger Barry Bonds en 2007, la philosophie a changé. Au diable la superstar -si exceptionnelle soit-elle, en l’espèce- dévoreuse de projecteurs et vive le collectif. Un sentiment amplifié depuis 2012, avec le début de la fièvre acheteuse des rivaux de toujours : les Dodgers. Les supporters des Giants y avaient répondu par ce slogan « chemistry brings wins ». Plus qu’un bon mot, cette expression révèle la réalité de ce que vivent les Giants. Sans titre, sous l’ère Barry Bonds, ils en comptent 3 depuis… Ainsi, les Giants ne sont pas tenus par une superstar qui effacerait les autres mais par un effectif bien rôdé composé de leaders techniques. Du roster des World Series 2012 en ce qui concerne les joueurs de position, les Giants ont -à l’exception de Pablo Sandoval- conservé les éléments clés**. Très peu de variation (Span sera le seul « étranger » de la lineup) avec cette philosophie en toile de fond qui permet une plus grande cohésion de groupe (les Giants n’ont enregistré que 3 arrivées à l’intersaison contre 13 pour Milwaukee). Même quand Buster Posey affiche des stats hallucinantes année après année, il n’endosse jamais le costume de superstar dont Mike Trout s’accommode parfaitement. L’absence d’égos surdimensionnés permet une meilleure intégration des nouveau arrivants, par ailleurs. Tout le monde y trouve sa place et la concurrence semble être saine. Ceci explique en partie les trois sacres des Giants. Alors si certains vont laisser un vide, d’autres sont arrivés pour essayer de le combler.

Si on prend les cas d’Angel Pagan, Gregor Blanco ou Hunter Pence, on a l’impression que ces joueurs sont nés dans la baie et qu’ils jouent leur vie à tous les matchs. Et pourtant ce n’est pas le cas. A l’image d’un Blanco sauvant le perfect game de Cain, quelques mois seulement après être arrivé sur la baie.

On se souvient aussi du retour décisif d’Ishikawa l’an passé ou de l’apport monumental de Morse dans les playoffs alors qu’il était arrivé seulement au milieu de la saison. A croire que le costume Giants donne des ailes. On attribuera par ailleurs le succès des Giants lors des playoffs 2012 à Hunter Pence. Le Right Fielder, devenu Californien l’année même, avait tenu un discours vibrant aux joueurs avant le match 3 contre les Reds alors que son équipe était menée 2-0. Ce « speech » aurait été la clé fondamentale dans le comeback des Giants qui avait fini par remporter la série 3-2 avant d’enlever les World Series.

Les mains de fer

Avec un regard plus froid, ce succès en 2012 à l’image des deux autres a été en partie possible grâce à la grande qualité des lanceurs. La « pitching farm » véritable marque de fabrique des Giants est d’une stabilité exemplaire. En 2016, on retrouvera pas moins de cinq pitchers alignés dans le roster des WS 2010 : Bumgarner, Cain, Casilla, Romo et Lopez. Une stabilité salvatrice dans ce qui est l’ADN des Giants version « tueurs », incarnée par le coach Bruce Bochy.

En poste depuis 2007, l’ancien catcher a la confiance totale de ses patrons. Actuellement, la franchise californienne est la deuxième de la MLB à accorder une telle longévité à son coach. Seul Mike Scioscia engagé en 1999 par les Angels peut se targuer de faire mieux. A l’image de son équipe Bochy n’est pas un personnage enivrant. Ses conférences de presse sont assimilés à un « somnifère » par le commentateur Jon Miller. Partisan du « small-ball » le style de son équipe n’est pas toujours très chatoyant mais terriblement efficace. Il se fait un devoir de maintenir la cohésion au sein du groupe, se maintient volontiers à l’écart du succès et clame « laisser les joueurs prendre leurs responsabilités ». Pour lui la concentration est un point fondamental « quand vous avez une équipe qui ne met pas beaucoup de runs par match, les joueurs ne peuvent pas se mettre à se distraire à rater des occasions. Notre objectif est de gagner et ils le savent ». Il est vrai que dans une saison si longue avec des matchs tous les jours, le rôle du coach s’apparente davantage du management. Mental d’un côté et sportif de l’autre, c’est à dire mettre les bons joueurs au bon moment et au bon endroit. Ça Bochy a toujours su le faire. Ainsi lorsqu’il décide de ne plus faire joueur Melky Cabrera après que celui-ci ait purgé sa suspension suite à une consommation de produits dopants, il s’y tient même si certains joueurs s’y étaient opposés. Sous ses apparences bonhommes il n’hésite pas à se mouiller pour l’équipe, la franchise s’évertue d’ailleurs à recruter des joueurs qui ont un excellent état d’esprit afin de coller à l’image du club.

Un virage jeuniste ?

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Souvent vu comme une maison de retraite, l’organisation fait de plus en plus confiance aux jeunes par ailleurs. Si l’an passé les Giants avaient la moyenne d’âge la plus élevée de toute la MLB, ce ne devrait pas être la même chose cette année. Il suffit de regarder du côté des transferts où l’on a remplacé du vieux (Hudson 40 ans, Vogelsong 38 ans, Lincecum 31 ans, Affeldt 36 ans) par des joueurs dans la fleur de l’âge (Cueto 30 ans, Span 32 ans, Samardzija 31 ans). Certains diront perte d’expérience…. soit puisque les trois arrivants ne pèsent pas les 9 titres cumulés de leur prédécesseur. En effet, le « Shark » n’a joué qu’un match de postseason, il avait affronté 4 batteurs et avait encaissé 1 run… C’était en 2008 et il avait 23 ans. Cueto lui a joué 6 matchs de postseason en tant que starter dont trois l’an passé lors du sacre des Royals dont le match 2 des World Series avec à la clé un complete game shutout. Span, lui a disputé trois fois le premier tour des Playoffs, deux fois avec Minnesota et une fois avec les Nats (en 2014), à chaque fois son équipe n’a jamais dépassé ce stade de la compétition. Mais on connait la capacité des Giants à bonifier les talents (Scutaro, Vogelsong ou encore Blanco). À défaut de superstars, ce qui n’est plus la marque de fabrique des Giants, les californiens vont devoir composer avec un alliage entre jeunes et expérimentés assez nouveau même s’il a commencé à être amorcé l’an passé. Capture

(Surlignés en jaune : Les joueurs issus de la formation Giants)

Vous verrez d’ailleurs (dans le tableau ci-dessus) l’immense proportion dans les Giants 2016, de joueurs non seulement jeunes mais surtout issus de la formation Giants. D’ailleurs l’infield de l’équipe type sera composé par Posey-Belt-Panik-Crawford et Duffy. Uniquement des Giants pure race ! D’autant qu’en cas de blessure, la rotation sera assurée par Adrianza, Brown ou Tomlinson, là encore que des bébés Giants qui ont pu jouer l’an passé. En près de 200 apparences, ce dernier avait fini avec .303 de moyenne à la batte. Sans parler des deux premières saisons fantastiques de Panik (All-Star en 2015) et des débuts de l’outfielder Jarrett Parker qui avait réussi en trois matchs et 9 passages à la batte à inscrire 5 home-runs dont trois dans le même match (un record pour un rookie de la franchise) et un grand slam. Ce dernier représentera une sérieuse option avec Williamsson derrière le trio expérimenté Pagan-Span-Pence. Côté pitchers aussi, de jeunes talents comme Broadway ou Osich devraient faire parler la poudre derrière les expérimentés Lopez, Kontos, Romo ou Casilla. Mention spéciale pour Strickland et Heston, 27 ans tout deux, et très chuchotés dans l’organisation depuis des années. S’ils n’ont pas le profil de jeunes stars, ils commencent peu à peu à montrer leur qualité sur le tard.

Synthèse

Pourquoi faut-il miser sa chemise sur les Giants ?

  • #EvenYear
  • La stabilité du coach
  • Une équipe-type solide
  • L’alchimie entre les joueurs
  • Une pépinière de jeunes talents
  • Un pitching staff très performant sur le papier
  • Un public ultra fidèle

Pourquoi ne peut-on pas faire tapis ?

  • Perte de joueurs clés garants de l’âme Giants (Sandoval, Lincecum, et Affeldt)
  • Reverrons-nous le vrai Cain ?
  • Les jeunes vont-ils réussir à confirmer ?
  • Des paris spéculatifs (Span et Samardzija)
  • Toutes les séries ont une fin
  • Un banc assez léger en cas de blessures dans la lineup

 * Phénomène US, sportif mais aussi politique qui consiste à suivre l’équipe ou la personne qui gagne.

** Posey, Belt, Crawford, Blanco, Pence et Pagan étaient dans la lineup 2012 des WS. Posey, Belt, Panik, Crawford, Pence et Blanco étaient dans la lineup des WS 2014 (Pagan était blessé, Duffy dans le roster). Mis à part Blanco qui devrait débuter sur le banc, on retrouva tous ses joueurs dans la lineup 2016 des Giants.

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2 réflexions sur “San Francisco Giants : Les pairs fondateurs du succès

    1. Bonjour,

      Merci pour le commentaire et pour votre appréciation. Coquille corrigée sur les Reds 😉 (je suis impardonnable), quant à Strickland c’est un peu comme Heston, ils ne sont ni jeunes, ni expérimentés. Alors j’ai mis un petit mot sur eux à part. Pour Heston, je me rappelle très bien qu’on parlait beaucoup de lui il y a encore deux ou trois ans de ça mais je trouve Strickland bien plus performant. Je ne vois pas Heston prendre un jour une place de starter aux Giants.

      En tous cas merci de nous suivre et continuez surtout 🙂

      Vlad,

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