Le PitchCom, un dispositif pour mettre fin aux vols de signaux ?

Après avoir été testé avec succès lors du Spring Training de cette année (et auparavant en Single A), la MLB a approuvé l’utilisation du PitchCom pour la saison 2022. Destinée à améliorer la communication entre les lanceurs et les catchers, cette nouvelle technologie a été développée notamment pour lutter contre les vols de signaux.

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Mais c’est quoi le pitchcom ?

Créé par la société ProMystic (qui propose habituellement des produits aux magiciens et autres mentalistes pour la petite histoire) le PitchCom est un appareil portable qui transmet des signaux vocaux du receveur au lanceur. Visant à la fois à améliorer le rythme de jeu et à empêcher le vol de signaux par l’adversaire, le PitchCom permet d’éviter les signaux traditionnels que le catcher effectue grâce à une séquence de mouvements réalisés avec ses doigts.

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Le système ressemble à une télécommande que le receveur porte souvent sur un bracelet à l’avant bras. Certains joueurs, comme Kyle Higashioka des New York Yankees par exemple, choisissent néanmoins de le positionner sur leur cuisse pour être plus à l’aise et avoir la possibilité de le cacher avec leur gant. Sur l’appareil figurent neuf boutons pour appeler le type de balles demandées ainsi que leur emplacement. Leur déclenchement sur le transmetteur va dicter le lancer appelé par le catcher, par exemple « fastball up » ou encore « curveball, down and in » dans chacun des récepteurs. Les boutons sont de petite taille, et sont bien plus difficiles à voir depuis la position d’un coureur en 2ème base (ou depuis le dugout) que des signaux faits avec la main du receveur.

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Le lanceur dispose d’un récepteur inséré dans sa casquette tandis que le receveur en a un dans son casque, ce qui lui permet de s’assurer qu’il a bien envoyé le bon signal à son (ou ses) coéquipier(s). En effet, jusqu’à trois récepteurs supplémentaires sont autorisés et peuvent être portés par d’autres joueurs. Le plus souvent, ils servent à ajuster les positionnements en champ extérieur en fonction des zones dans lesquelles le receveur souhaite faire frapper le batteur. Brad Miller des Rangers s’est exprimé à ce sujet, lui qui a l’habitude de lire les gestes du receveur pour se préparer aux jeux, le PitchCom l’aide à anticiper beaucoup plus rapidement l’endroit où une balle pourrait être frappée. Bien sûr, le canal utilisé par l’appareil et ses récepteurs est crypté et il a l’avantage de pouvoir être utilisé dans plusieurs langues (vous l’aurez deviné, d’abord  disponible en anglais et en espagnol, le japonais et le coréen sont venus s’ajouter en cours de saison). Les équipes ont également la possibilité programmer leurs propres mots de code pour appeler différents types d’emplacements de manière encore plus sécurisée.

Un système anti-triche ? 

En introduisant cette technologie la ligue affiche clairement la volonté de lutter contre le vol de signaux et éviter les scandales, entre autres comme celui qui entaché le titre de World Series remporté par les Astros en 2017 (oui, oui on parle bien des poubelles !). Mais pas que… Le second objectif auquel répond ce dispositif, c’est d’augmenter la vitesse du jeu. Le système permet une communication transparente, directe et fluide entre les joueurs qui composent la batterie. Cela permet donc de limiter le temps passé entre deux lancers et très probablement d’éviter quelques visites au monticule, notamment en cas d’incompréhension, ou encore pour changer les signaux lorsque des coureurs sont sur base. Michael King des Yankees a notamment déclaré se sentir rassuré sachant qu’il n’a plus le moindre doute dans son esprit vis à vis de ce que peut penser son catcher, cela lui permet de se concentrer sur le terrain et sur son lancer.

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Ce n’est pas le cas des Brewers qui paraissent avoir presque tous avoir arrêté d’utiliser le PitchCom pour appeler les lancers. Plusieurs pitchers de Milwaukee se sont révélés peu à l’aise avec le tempo dicté par le signal avant de se positionner pour lancer. Trop rapide ou trop lent, cela nécessite de nouveaux réglages de la part des joueurs. Et les lanceurs ne sont pas les seuls à avoir leur mot à dire… Certains catchers et notamment Omar Narváez aime prendre quelques secondes entre les lancers pour traiter mentalement les informations sur le frappeur : swing, placement, etc. et considère qu’appuyer sur le bouton lui prend davantage de temps que les signaux habituels. Il préfère utiliser le temps qu’il a sa disposition pour analyser le jeu plutôt que d’aller chercher un bouton sur son avant-bras. Pour faire du volume à l’entraînement ou lors du Spring Training a contrario, le dispositif a été pleinement adopté, mais son utilisation demande visiblement plus d’adaptation pour des matchs de saison régulière.

Une technique vraiment infaillible ? 

Comme toute technologie, quelques faiblesses sont tout de même à signaler puisqu’on a déjà vu une foule particulièrement bruyante ou des difficultés techniques comme le régalage du volume, rendre l’exercice un peu plus compliqué que prévu ! Rassurez-vous les signaux traditionnels, eux, ne tombent pas en panne, et les équipes qui ont opté pour le PitchCom n’ont pas complètement oublié leur playbook pour autant ! Le système n’est bien évidemment pas obligatoire et les équipes sont toujours autorisées à faire manuellement leurs signaux, même si les équipes qui l’ont testé semblent déjà l’avoir pour la plupart entériné.

Après quelques critiques mitigées en début de saison, au final seule une minorité de joueurs de MLB s’avère récalcitrante à l’utilisation du PitchCom ou préfère simplement la tradition à la technologie. Si peu de véritables problèmes d’ordre technique semblent avoir eu lieu durant cette saison, le PitchCom pourrait être amené à évoluer pour aller vers davantage de personnalisation. Notamment s’agissant des boutons lors d’un changement de lanceur car tous ne disposent pas des mêmes types de lancers au sein de leur arsenal. Certains clubs ont pris des libertés avec la voix utilisée lors des appels : les Rangers utilisent la voix d’un membre de leur front office tandis que les Phillies ont enregistré la voix de leur catcher JT Realmuto. Et si l’on en croit les bruits de couloirs, les Dodgers pourraient bientôt jouer avec la voix de Denzel Washington dans les oreilles !

Si en septembre l’utilisation du Pitchcom était devenue banale pour de nombreuses équipes, le mois d’octobre et l’arrivée de la postseason a représenté un nouveau défi. L’environnement est beaucoup plus bruyant qu’en saison régulière et peu d’équipes souhaitaient revenir à des signaux traditionnels qui risquaient d’être volés. L’audio de l’appareil a été reconfiguré pour amplifier davantage le son. Les récepteurs ont eux aussi évolué pour se glisser dans l’oreille et permettre une meilleure écoute sans prendre le risque que le son puisse arriver jusqu’au frappeur. Lors des phases finales certaines équipes se sont montrées particulièrement créatives dans l’enregistrement de leurs propres pistes. La palme de cette année revient malgré tout à Austin Hedges, le catcher des Guardians, qui s’est enregistré un bouton « F*** yeah ! » (en anglais et en espagnol, s’il vous plaît) pour féliciter et booster ses lanceurs. Triston McKenzie, qui n’était pas au courant en a été le premier surpris !

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Quand on sait qu’une des volontés de la ligue est de réduire la durée des matchs, accélérer le rythme des lanceurs peut être l’une des solutions et l’utilisation du PitchCom pourrait avoir de beaux jours devant elle. Il se murmure même que ce ce type de technologie pourrait être proposée à d’autres sports américains. On image bien l’intérêt de ne plus se réunir lors du huddle en foot us notamment…

Publié dans MLB

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