Postseason 2021 – San Francisco Giants : La belle histoire peut-elle se prolonger ?

©SF Giants

Dire que la présence des Giants en octobre n’est pas une surprise, c’est peut être un peu prétentieux de la part de certains. Au vu du renforcement de ses rivaux en NL West, il ne faisait aucun doute (même pour mes éminents confrères) que les résidents de l’Oracle Park devaient se battre pour être au-dessus des 50% de victoires.

Pourtant, on y est, les Giants sont en Postseason. En tant que champion de la NL West et meilleure équipe de la ligue aux nombres de victoires (107). Et en regardant LA les yeux dans les yeux durant tous l’été, tout en laissant les Padres loin dans le rétro. Et Ca tombe bien, les hommes de la baie vont pouvoir se mesurer à l’ennemi juré des Dodgers durant ces Divisions Series 

Oracle Park
La fumée générée par les mega-feux de forêts californiens créent une atmosphère unique à l’Oracle Park et dans toute la Bay Area ©Tony Avelar/AP

Recap saison régulière

Une saison toute en maîtrise, avec un record de victoires depuis la création de l’équipe, et première équipe qualifiée pour octobre, alors que la majorité des fans et suiveurs s’attendaient à une saison difficile. Mais, la capacité du front office à identifier les joueurs nécessaires à l’organisation et la capacité du coaching staff à rendre les joueurs meilleurs a fait évoluer les mentalités tout au long de la saison.

Pour commencer, quand DeSclafani lance un shutout face aux Rockies le 26 avril, on peut se dire que si les frappeurs suivent la même tendance, peut être que ça va le faire pour les playoffs. Mais personne n’y croit vraiment. 

Fin mai, alors à 28v – 16d, les Giants voient se profiler la première série contre les Dodgers, et se font balayer lors des 4 premiers matchs. Le 28, alors qu’Albert Pujols frappe en 9e manche ce qui semble être un walk-off home-run, Mike Tauchmann effectue un sauvetage qui permet aux Giants de rester dans la partie et de pousser pour remporter le match. Le « Mike Tauchmann game » sera un marqueur, les remplaçants étant le héros d’un match, chacun à un moment-clé de la saison. Du coup, les playoffs en fin de saison, pourquoi pas ? Mais là aussi personne n’y croit encore ou ne veut y croire. En effet les Padres sont encore devant dans cette NL West d’enfer. 

Le 23 juin, les Angels et les Giants s’affrontent dans la rencontre de la saison. Le duel est acharné, les 2 équipes se rendant run pour run durant les manches supplémentaires 10, 11 et 12. Avant que les Giants n’aient un coup de chaud et scorent 7 runs pour arracher la victoire en 13e manche. Ils passent alors en tête de la NL West. A partir du 23 juin, les Dodgers compileront 62v pour 26d. Ce ne sera pas suffisant.

Le 01 août, Kris Bryant débarque dans la Bay Area. Et pour son premier match, claque un home-run face aux Astros, et les Giants remportent la série. L’équipe était déjà forte, et maintenant, Kris Bryant est la touche finale, la cerise sur le gateau. C’est la manière non verbale du front office d’annoncer aux autres équipes et aux observateurs: « We mean business ».

Kris Bryant Giants
Vous remarquerez que personne ne se mouille quand à la position de Kris Bryant ©Scott Strazzante/SF Chronicle

Petit point stat 

Le point d’orgue de ce retour au premier plan ? La série de 6 victoires consécutives en septembre chez les Rockies (record en une saison). La franchise du Colorado n’avait pas été balayée à la maison dans une série de 3 matchs ou plus depuis 2019. Et Denver fut si souvent le cimetière des ambitions automnales des Giants pré-2010 que ces séries et la maîtrise affichée (48 runs marqués pour 13 encaissés) sont les bonus de cette saison régulière.

Ces séries contre les Rockies furent aussi un bon résumé des performances de tout le groupe :

  • Au niveau du pitching, l’équipe possède l’un des plus bas taux de home-runs et de walks accordés de la ligue. Cela aide grandement dans un stade comme le Coors Field, réputés pour être favorable aux frappeurs. Et de manière générale dans toute la ligue.

Kevin Gausman, lanceur All-Star (6e de la MLB en ERA – 2.81 et en strikeouts – 227), agent libre en 2022, vient de disputer sa meilleure saison en carrière et est en course pour le Cy Young dans la NL. La rotation des titulaires, c’est à dire Gausman – Anthony DeSclafani (leader MLB en shutouts) – Logan Webb – Alex Wood et Johnny Cueto, sont TOUS à un ratio victoire/défaite de 50% ou plus. Le bullpen maintient un ERA inférieur à 3.00 (mention spéciale à Tyler Rogers) et Jack McGee est le closer que personne n’attendait (31 saves sur 36 tentatives, 8e de la MLB). Ce groupe de releveurs possède entre autres le meilleur ERA de la ligue, alors que la rotation des starters possède la 3e ERA moyenne de la ligue.

clique ! ce sera plus clair ©Baseball-reference.com
  • Au niveau des frappeurs, l’équipe possède l’un des plus hauts taux de home-runs et de walks marqués, cela aide aussi dans un stade comme Coors Field, pour les mêmes raisons que précédemment.

Partant d’une philosophie simple et applicable par tout le monde (« Drive the pitches you’re supposed to » -> Soit efficace sur les lancers qui te sont favorables ), les Giants l’ont appliquée à la perfection cette saison. Clairement la meilleure équipe dans l’efficacité à la batte, avec la meilleure moyenne de distance parcourue par une balle en jeu, et un gros travail sur l’efficacité, avec un barrel rate (combinaison angle et vitesse de sortie) et un angle de frappe dans le top 3 de la ligue. Et, avant tout, une performance de groupe homogène, avec un champ de frappeur aussi dangereux les uns que les autres. La preuve ? Cette équipe 2021 est la première dans l’histoire des Giants à dépasser les 200 home-runs en saison, avec 9 joueurs à plus de 11 longues balles.

clique ! ce sera plus clair ©baseball-reference.com

Ce groupe de batteurs, quand on y regarde de plus près, est très homogène et compact. On se rend compte aussi qu’il possède un noyau de cadres très expérimentés, et certain depuis longtemps au club :

  • Buster Posey, le receveur triple vainqueur des World Series avec SF, ancien MVP, légende du club, qui renaît cette année après quelques saisons galères (blessure, covid,…). Déjà bien avancé sur la route de Cooperstown, un dernier baroud d’honneur en World Series peut lui ouvrir en grand les portes du Hall of Fame.
  • Brandon Crawford (SS), double vainqueur des World Series (’12, ’14) avait un peu disparu des radars après le départ du manager Bruce Bochy (2007 – 2018, 3x World Series ’10,’12,’14). 2021 marque son retour en forme, avec des records en carrière à la moyenne au bâton (> .300), aux home-runs et aux RBI. Et des stats défensives dignes d’un 4e Gold Glove pour lui.
  • Brandon Belt (1B, LF), aussi double vainqueur des World Series (’12, ’14) s’épanouit avec le coach Kapler et depuis deux saisons est de retour dans ses standards de début de carrière, et même cette année, son record en carrière de home-runs. Sa blessure le 28 septembre est malheureusement un coup dur pour l’équipe, son pouce cassé nécessitant 4 semaines d’arrêt. De retour pour les World Series ?
Giants Postseason 2021
de gauche à droite : Buster Posey (C, 3 bagues), Brandon Crawford (SS, 2 bagues), Gabe Kapler (manager, 1 bague comme joueur des Red Sox 2004), Evan Longoria (3B) et Brandon Belt (1B, 2 bagues) – Un noyau clairement construit pour octobre ©MLB.com

Les propriétaires des Giants ont su prendre le virage qui s’imposait après les années Bochy/Sabean. L’embauche en 2018 de Fahran Zaïdi fut, a posteriori, un coup de maître, même si le CV de Zaïdi parle pour lui, en tant qu’ancien protégé de Billy Beane chez les A’s et comme GM qui a construit et ramené les Dodgers au sommet (2 finales perdues en 2017-2018).

La réunion avec Gabe Kapler, ancien responsable du développement des joueurs chez les Dodgers de Zaïdi, permet d’avoir un tandem sans friction aux manettes, ce qui laisse les joueurs débarrassés des influences extérieures néfastes.

De plus, le président des opérations baseball a eu la bonne idée de faire venir dans la Bay Area le joueur des Cubs avec une plus-value pour l’effectif, Kris Bryant. Un Kris Bryant un peu en dedans depuis le All-Star game mais décisif dans les moments-clés, ancien MVP, vainqueur des World Series en 2016, et surtout, capable de jouer 3B ou dans tout le champ extérieur.

La polyvalence, c’est justement le mantra n°1 de Zaïdi et du manager Kapler. La structure mise en place depuis 2018 et l’ajout de Kapler en 2020 porte enfin ses fruits :

  • Une polyvalence des joueurs de position, surtout les champs extérieurs.
  • Une rotation des joueurs (platooning) en fonction des besoins du manager pour faire face à l’équipe adverse. Les Giants ont été les champions des mouvements entre l’équipe principale et ses équipes de ligues mineures (347 transactions !)
  • Un vivier de joueurs en contrat mineur. Et ce pour parer à toute éventualité qui pourrait se présenter.
  • Un département analytics à la pointe, après des années à végéter. Ce qui implique une gestion des matchs très « analytique », à l’instar de ce que fait Kevin Cash à Tampa.
  • Un coaching staff conséquent (12 coachs) et jeune, ce qui amène une fraîcheur et un renouvellement qui plaît beaucoup aux joueurs.
  • Une structure des contrats courte, peu d’engagements sur le long terme, ce qui incite les joueurs à ne pas se cacher, toujours tout donner pour pouvoir négocier le meilleur contrat possible en fin de saison. Le côté négatif est que les joueurs partiront aussi plus facilement et rapidement de l’équipe, avec un noyau dur plus difficile à garder.

Du coup, un groupe soudé, une stabilité de travail, dans un environnement calme et posé, avec des coachs à disposition. Une relation front office / équipe bien huilée et vous avez la recette d’une équipe homogène et résiliente ( jamais plus de 4 défaites consécutives), qui n’a pas connu un seul passage à vide et qui arrive reposée et gonflée à bloc.

Passé récent en Postseason

Il n’en faudra pas moins pour améliorer les performances de l’équipe en playoffs. Depuis la dynastie régnante sur la Ligue à partir de 2010 et le dernier titre en 2014, le club n’a participé qu’à une série en playoffs, en 2016, éliminant les Mets en Wild-Card et chutant face au futur champion, les Chicago Cubs. Historiquement, les Giants ne sont pas une équipe de playoffs, n’ayant participé que 26 fois à la postseason, en 116 ans d’existence.

MadBum Postseason Giants
Mad Bum est le dernier pitcher des Giants vainqueur en playoffs ©Sport Illustrated


NLDS vs Dodgers

©MLB

Joueur-clé : Buster Posey. L’âme de l’équipe. De retour au très haut niveau et en mission pour une 4e bague avant d’affronter la free agency. Une cauchemar pour les lanceurs, encore plus cette saison avec un taux de walk supérieur à 10%, lié à sa grande patience au marbre. Une grosse performance cet automne serait accessoirement bien pratique pour négocier un dernier gros contrat ou partir à la retraite en tant que Giants All Time Great.

Joueur à suivre : Logan Webb. C’est le meilleur pitcher de l’équipe depuis le All Star break avec 16 départs, 7-0, 2.71 ERA, 100 strikeouts. Héros du dernier match de saison régulière avec 8 manches lancées de grande qualité et un home-run. Il est sur une courbe ascendante, le tout au cours de sa première saison complète. Et on sait qu’il ô combien important d’avoir une rotation performante en séries. C’est le futur ace de la franchise.

Logan Webb Giants
Logan Webb est clairement prêt pour la saison d’hiver. crédit : NBC sport

Facteur X : Le management. Pour ces premiers pas en playoffs, le manager Gabe Kapler sera sous le feux des projecteurs. Sera-t-il capable de transposer en octobre la réussite qui l’a accompagnée durant toute la saison ? Ces centaines de décisions qui ont quasiment toutes tournées dans le bon sens, dans le confort d’avoir 162 matchs, seront-elle prises avec autant de calme et de zenitude dans la chaleur et la pression d’un match de division ? Surtout face à l’ennemi et grandissime favori les Dodgers ? Comment équilibrer les sacro-saintes datas avec le ressenti du terrain, les tripes ? Plein de questions auxquels le coaching staff des Giants vont devoir répondre. Mais ils ont déjà fait mentir beaucoup de monde durant la saison regulière, et ils seront ravis de le refaire durant cette postseason. 

Prono

Série plus que serrée entre les 2 rivaux de la NL West, et éternels rivaux depuis leurs années à New-York (Brooklyn Dodgers et New-York Giants).  Les Angelinos seront revanchards d’avoir été privés du titre de Division mais seront amputés de Clayton Kershaw et de la grosse batte de Max Muncy. Deux véritables coups durs. Surtout, ils ont dû attendre la toute fin de la 9e manche lors du match de WIld Card face aux Cards pour se qualifier. Dans quel état de fatigue mentale seront-ils ?

Les Giants connaissent la recette pour les battre et ils espèrent que Bellinger continue de sous-performer face à eux (.162 à la batte durant la saison régulière). En tout cas du côté de la Baie, on souhaite que la série soit à l’image de la saison. C’est à dire de passer du « nan, ce n’est pas possible » à « le titre est vraiment envisageable ». SF passe 3-2


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